Mots dits maux de mémoire...

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Un livre écrit par une souris dans une caverne, sous une bougie... Ismalweg, un vieux sage à la barbe sans âge, lui dicte le récit du voyage d'Artamig, son disciple, qu'il surveille calmement au fond de son chaudron. Le jeune aventurier ne sait pas ce qu'il fait entre tous les chapitres d'une vie d'amnésique. Il poursuit Béthylie dont la mémoire volage s'amuse avec des pages et des bulles de savon. Vilmarus, messager au bec bien affûté, est chargé de transmettre des lettres qu'elle a froissées avant de les poster. Une fée sans connaissance sur une toile tendue, un vieux sage, une souris, un pigeon voyageur... Un jeune décoiffé traversant une vie... Béthylie qui avance, qui aime, qui lutte et qui oublie... Trois mondes qui se croisent pour un même dessein, écrire et faire danser des mots qui font du bien...
Publié le : jeudi 26 novembre 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342044942
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342044942
Nombre de pages : 248
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Claire Lafont-Rapnouil MOTS DITS MAUX DE MÉMOIRE… Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 175, boulevard Anatole France 93200 Saint-Denis – France IDDN.FR.010.0120713.000.R.P.2015.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
« Dis-moi que si j’oublie, tu me raconteras… »
1 — Ismalweg ! Ismalweg, elle est là ! — … — Ismalweg… Ismalweg viens vite, elle est là, elle est arri-vée, tu avais raison… — Oui, oui, calme-toi Artamig, je sais, je vois. Nous y sommes. — Mais Ismalweg, vite, vite, il faut y aller… Elle est si blanche… Elle va mourir… Il fait si froid… Elle se perd… — Elle est déjà perdue. — Mais alors, que peut-on faire ? Pourquoi nous ? Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? — … L’hiver gommait les paysages quand la vibration d’un corps s’écroulant sur la neige fit sortir Artamig de son cocon de laine. Les flammes du foyer, que lui et son maître partageaient, éclai-raient, par intermittence, les murs couverts de livres et de flacons de leur terrier de fortune. Il y avait là comme une odeur de pain grillé, mêlée à celle du silence. Comme des lapins dans leur tanière, Ismalweg, un vieux sage à la barbe aussi blanche que sa tunique, et Artamig, son jeune disciple maigrelet, aux cheveux noirs, ébouriffés, vivaient sous terre. Ils se préparaient, depuis déjà bien des fagots de branches mortes, à accueillir leur fée, leur princesse à sauver. Une de ces missions aussi périlleuses que mystérieuses dont le vieux sage
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héritait sans jamais prendre le temps d’expliquer quoi que ce soit à son frêle et naïf associé. Ils s’installaient toujours en-semble, là où bon semblait au plus vieux et, le plus jeune, sans sourciller, aménageait leur refuge pour quelques jours ou des mois, parfois même des années. Ismalweg était de ceux dont le sang coule dans les veines sans que jamais une vague ne vienne dérégler le mécanisme qu’il irrigue. Un sage comme on n’en fait plus. Ses longs cheveux blancs, aussi épais et doux que sa barbe pointue, lui donnaient l’air d’un Merlin l’Enchanteur. Il allait et venait tranquillement de ses paillasses à sa marmite. Le gros chaudron de fonte, suspendu par une chaîne à un trépied de bois, se faisait caresser par les flammes d’un feu fou-gueux mais contenu. Énergique et heureux, fier de servir en chauffant la potion, il s’appliquait à crépiter sans brûler les chaussons du cuisinier. Ismalweg s’en approchait toujours plus près pour mélanger son contenu puis repartait vaquer à ses af-faires tantôt dans ses flacons, tantôt dans ses grimoires, faisant parfois des haltes pour chercher, dans le vide, réponses à ses questions. Il faisait pendre ses bras contre son ventre bedon-nant tel un pingouin sur la banquise. — Je te remercie pour cette comparaison très flatteuse ! dit le sage à Zaralia, une petite souris greffière. Lunettes rondes au bout du nez, munie d’un livre à la cou-verture de cuir et aux pages vierges, elle avait fait de la place sur l’établi, sous la lueur d’une bougie. — Eh bien quoi ? demanda-t-elle naïvement en ôtant ses lu-nettes pour en mordiller une branche, c’est joli un pingouin, non ?
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— Pas vraiment non ! Mais toujours plus qu’une musa-raigne ! les coupa Volubis, un vieux pigeon voyageur déplumé. — Déplumé ? Mais… je t’interdis de me décrire ainsi ! mes plumes sont magnifiques, contrairement à tes poils poussié-reux ! piailla-t-il du haut de son perchoir. La musaraigne fit mine de ne pas l’entendre et poursuivit son récit, tentant de décrire au mieux chaque personnage et de mettre en place le décor. Elle était toute petite sur son tapis de cire et craignait l’oiseau qui la guettait depuis les étagères du vieux sage. Une plume à la patte, elle s’appliquait à immortaliser chaque instant. Il y avait donc, dans ce terrier creusé et relié au monde par quelque conduit d’aération étroit, des êtres très différents, asso-ciés pour un même dessein : sauver la princesse perdue. Le chef d’orchestre, à la barbe blanche et au charisme certain, veillait sagement sur sa soupe pendant que son disciple observait l’objet de leur mission commune. Tel un sous-marinier concen-tré sur sa cible, Artamig n’entendait même plus les piques plus ou moins venimeuses que l’oiseau lançait à la greffière. Ainsi, en tombant sur la neige, un corps évanoui avait réveil-lé tout ce petit monde. C’était elle, la princesse perdue. Le jeune Artamig, alerté par le bruit, avait rejoint d’un bond son péris-cope de bois grinçant. Il observait la femme allongée dans la neige, sans connaissance aucune, à quelques mètres de terre et de roche au-dessus de lui. Le feu crépitait sur son lit de rochers, faisant danser quelques ombres chaudes sur les parois rocheuses de leur antre. Les gestes du « maître-soupier » étaient amples, lents et réflé-chis. Sa cuillère tournait doucement en créant une onde tout juste perceptible sur les bords du chaudron. À l’inverse de son maître, Artamig était agité. Agrippé aux poignées de son mou-
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chard cyclope, il faisait danser son postérieur dans le prolonge-ment de son dos. Courbé sur la lentille de son périscope, il observait le corps, déjà partiellement recouvert de neige, de la femme sans vie. Il était à la fois ému et excité. Son maître lui promettait ce jour depuis des mois. Ils allaient pouvoir passer à l’action. Mais qui était-elle ? En scrutant un sillon, depuis le coin de ses yeux fermés jusqu’à ses cheveux défaits, Artamig songea qu’elle devait avoir quarante ou cinquante ans. Il y en avait d’autres, tout autour de ses lèvres et sur ses joues creusées. Il observa aussi quelques filets blanc argenté dans sa chevelure. En inspectant le contour du visage, Artamig s’écria : — Elle est en vie ! Regardez la neige fondue, là, tout près de son nez ! Elle respire ! — Je te crois mon ami, c’est bien, répondit sagement Ismal-weg. Le jeune disciple, dont la maigreur enfantine était dissimulée sous une épaisse couche d’oripeaux, faisait des allers-retours entre son maître et sa lunette de bois. Il observait la fée dans la neige, lâchait son périscope pour atteindre la marmite, revenait à son poste. Il s’impatientait : — Ismalweg, que faisons-nous ? Qu’as-tu décidé ? Comment allons-nous nous y prendre ? — Pour commencer Artamig, fais-moi le plaisir de te calmer. Sache que la nervosité est contagieuse et qu’il n’y a rien de bon à sortir d’une âme en ébullition. — Certes, mon bon maître, mais une âme trop calme risque de laisser prendre la glace, et aussi sages et futés soient les pois-sons, prisonniers, ils ne pourront jamais voler !
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