Nécromanciennes : La poupée maudite - Tome 4

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Pour son dix-septième anniversaire, Mira souhaite s’offrir une poupée. Cadeau curieux pour son âge. Mais dès qu’elle l’a vu dans la vitrine d’un prêteur sur gages, elle a tout de suite voulu posséder ce beau dandy en porcelaine. Rien ne la préparait cependant aux conséquences de cet acte anodin. Ni à affronter l’un des dieux-lares les plus puissants de l’au-delà.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782364752658
Nombre de pages : 33
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Extrait


« Mais pourquoi tu traînes comme ça, Mira ? »
La jeune fille qui se faisait ainsi interpeller, c’était moi. Mon grand frère, Samuel, ne semblait pas de très bonne humeur. En réalité, il était nerveux. Une demi-heure plus tôt, dans le restaurant où il m’avait invitée pour fêter mon anniversaire, il m’avait annoncé une grande nouvelle : il allait se marier. Rien de très extraordinaire, me diriez-vous. Et je serais bien d’accord. Personnellement, je ne voyais aucun inconvénient à ce qu’il se marie avec un homme. D’autres, plus stupides, auraient poussé des grands cris, je les laisserais à leurs pensées d’un autre âge. À mon avis, toutefois, ce qui le contrariait davantage, c’était qu’il devait malgré tout se taire, à propos de sa véritable nature. Celle de nocher.


J’étais née en effet dans une famille peu ordinaire. Ma mère, Elizabeth, était “morte” pendant un an, laissant la place à une amie d’enfance pour qu’elle redresse sa vie. À son retour des Limbes, celle que j’appelais depuis toujours Liz – et non maman – s’était retrouvée dans une belle pagaille, raison pour laquelle elle avait contacté la mère de Samuel, la grandiose Perséphone, ma Percy que j’adorais, elle-même nécromancienne de longue date. Tout comme ma mère, en fait.
Quant à notre père à tous les deux, Hugo, c’était un nocher. J’étais tombée, comme je vous le disais, dans une famille incroyable. D’ailleurs, je m’étonnerai toujours que nous arrivions à cohabiter sous le même toit sans trop de casse, vu les caractères peu communs en présence. Du coup, rien d’étonnant à ce que mon grand frère se questionne à propos de l’arrivée prochaine de son petit ami dans notre cercle étroit. Lui dire ou non la vérité ? Le devoir l’engageait à se taire. L’amour devait lui hurler que Johan méritait la vérité.
Je haussai les épaules. J’avais dix-sept ans, mais je n’étais pas une idiote. Je comprenais bien que ça n’avait rien de simple pour lui. Inutile de me crier dessus comme il le faisait. Je l’aimais pourtant, mon grand frère, mon champion ! Percy me racontait souvent qu’il avait su avant tout le monde que ma mère était enceinte et que mes parents le retrouvaient souvent endormi au pied de mon berceau, comme s’il avait peur qu’il m’arrive quelque chose. Il avait toujours eu une attitude très protectrice envers moi. Mais aujourd’hui, il était plus casse-pieds qu’autre chose.

« Mira ! », pesta-t-il encore d’un ton insistant. Mira, c’est pour Mirabilia, ça signifie « Merveille » en latin. Pour mes parents, je suis la 8e merveille du monde. Mais pas pour mon frère aujourd’hui.
Je me dépêchai donc de le rejoindre en soupirant ostensiblement. Il se contenta de hausser un sourcil réprobateur avant de repartir bille en tête en quête d’une bague de fiançailles. Il s’arrêtait devant chaque vitrine de bijouterie, maugréait quelques paroles inintelligibles, semblait sur le point d’entrer, repartait. Il m’exaspérait ! D’autant qu’il ne manquait jamais de se retourner systématiquement pour s’assurer que je restais bien collée à ses basques comme un brave petit toutou. Ce beau châtain aux yeux gris, qu’est-ce qu’il pouvait me rendre chèvre, parfois !

J’avais remarqué que mes parents et lui – et même Percy – m’observaient depuis quelque temps. Et je savais pourquoi. J’aurais dû commencer à montrer mes aptitudes de nécromancienne. Oh ! Effacez ce tableau de votre imagination étroite : chambre repeinte en noir du jour au lendemain, posters macabres sur les murs, crânes sur les étagères et cierges gigantesques brûlant chaque nuit dans la pièce. Rien de tel, sachez-le. Ça faisait belle lurette que les nécromanciennes avaient laissé tomber ces artifices uniquement destinés au folklore. La réalité était beaucoup moins glamour et bien souvent bien plus… mortelle. Quant à ma chambre, elle ressemblait à celle de n’importe quelle ado de mon âge : les posters représentaient surtout mes stars de la chanson ou du cinéma préférées. J’avais viré les chatons, par contre, c’était beaucoup trop gamin.
Mais les poupées…

Quoi les poupées… ?
Je me retournai. Dans la vitrine, de l’autre côté de la rue, on m’observait.
Au début, c’était juste un reflet qui me fit ciller. Puis je distinguai une forme debout derrière la surface vitrée. La curiosité me força à traverser. Samuel, plongé dans ses réflexions, n’y prêta pas attention. Pour moi, ce fut irrésistible. Je devais voir ce qui me fixait ainsi depuis un moment.

Je m’arrêtai devant une figurine d’environ cinquante centimètres de haut. Un dandy de porcelaine qui me considérait de ses grands yeux bleus et tristes. Son visage pâle, encadré par une chevelure d’ébène et surmonté par un chapeau haut de forme, s’inclinait légèrement vers la canne sculptée qu’il tenait à la main droite. Je me sentis complètement baba devant son long manteau de velours noir clouté d’argent, son gilet gris brodé et son inconcevable chemise rayée marron et blanche à jabots.

D’où sortait cette merveille ?
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