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Néon noir

De
124 pages
Dans un monde Cyberpunk des années 90 à la haute technologie omniprésente, Hélios, jeune homme n'ayant plus goût à la vie suite à la mort de son amour de jeunesse, accepte un travail douteux de la part d'un mystérieux homme d'affaire. C'est pour lui le début d'un périple à travers l'Europe, de Paris aux Balkans en guerre, où les apparences ne sont qu'hologrammes et les morts parfois plus vivants que les machines.
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Extrait
Le scalpel glissa avec une précision sublime, vingt-neuf centimètres jusqu'au poignet, treize autres perpendiculairement, juste en dessous du coude, puis de même onze au ras de l'os scaphoïde. Hélios contempla avec ahurissement la porte sanguinolente qui semblait se découper sur son avant-bras, incapable de concevoir mentalement cette trappe de chair comme une partie de son corps, incapable de sentir l'hémoglobine ruisseler sur sa peau avant de goutter silencieusement dans le bac. L'implantateur inséra consciencieusement mais avec fermeté l'endomanchette de façon latérale, les chairs cédant moelleusement sous l'intrusion. Il pressa ensuite violemment la gaze imbibée d'une substance dont, s'il ne pouvait ressentir la morsure de l'agent désinfectant, Hélios fut étourdi par l'odeur asphyxiante qui s'évapora rapidement dans l'air pourtant confiné du cabinet. Relâchant après quelques secondes sa pression, l'implantateur commença à recoudre les chairs tendues par le relief du titane avec une rapidité fluide.

Hélios regarda avec fascination la peau saillir sur les arrêtes aigües de l'implant, transcendé par la beauté reptilienne du résultat. Le bras fermement bandé, il attendit que les effets de la drogue se dissipent suffisamment tandis que l'assistant emportait le bac et les chutes de gaze souillées de sang. Dans le bureau de l'implantateur, ce dernier, débarrassé de son masque et de sa combinaison, remit à Hélios le traitement afin d'accélérer la cicatrisation et prévenir les infections, donna ses recommandations et proscrit tous contacts et sorties sans bandage durant sept jours, la perméabilité des chairs faisant d'Hélios une proie facile pour la contamination. L'implantateur sourit froidement, faisant saillir ses pommettes d'acier, serra avec rigidité la main molle d'Hélios et le reconduisit à la porte du cabinet.

Désorienté, une brûlure aigüe commençant à le lancer dans l'avant-bras gauche, Hélios s'enfonça sous la pluie acide dans le mélange doux-amer de la torpeur évanescente et de l'implacabilité de la descente.
Les traits crispés dissimulés sous sa capuche, les deux mèches noires encadrant son visage ruisselant de pluie, il serrait les dents à s'en exploser la mâchoire. Incapacité de réfréner le tremblement nerveux de sa jambe gauche, la douleur lancinante envahissant tout son corps, lui montant au cerveau, l'anxiété de la perte de contrôle de ce corps trop organique, sensible, incapable. Lui faisant face sur la banquette opposée, cet enfant trop calme le fixait, les pupilles dilatées derrière ses yeux bridés, tandis que la ville émergeait de la pluie mourante par les vitres sales du métro aérien, défilant comme un film trop vu, le cri aléatoire du train sur les rails presque comme une mélodie ronronnante : les repères du quotidien morne et apprivoisé, tout le contraire de la douleur. Elle distend la réalité, inocule la faiblesse, meut en proie, répand la paranoïa. En fuite tel un animal blessé luttant pour regagner sa tanière, Hélios tituba sur les escaliers du métro, tentant d'occulter les visages semblant se retourner sur lui, craignant de paraître suspect, de se faire contrôler alors qu'il n'était plus que douleur. Rentrer. Fermer la porte à double tour, les volets, se laisser tomber sur le matelas et avaler une pilule pour que tout s'arrête, pour retrouver l'inestimable contrôle.

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