//img.uscri.be/pth/1e15fd7dd3e5db652cfa5abbfb4dd7738d061e02
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

No Woman's Land

De
178 pages
Christian s'est séparé de son amour de jeunesse ; muni d'un doctorat en psychologie, il a quitté la France pour revenir chez lui, dans le quartier chrétien de la Vieille Ville. Catherine, elle, sa maîtrise de physique en poche, a laissé derrière elle le Paris de mai 68 pour s'installer en Israël. Chacun d'eux est retourné vivre chez soi. À Jérusalem. Le français est leur lieu de rencontre. Décembre 1987. L'intifada, le soulèvement palestinien, vient d'éclater. Pourtant, Catherine traverse hardiment la Vieille Ville déserte. Elle pousse la porte en fer de chez Christian. Une jeune femme est là, en train de ranger placidement des papiers sur son bureau.
Voir plus Voir moins

WOMAN’S
NOLAND
Christian s’est séparé de son amour de jeunesse ; muni d’un
doctorat en psychologie, il a quitté la France pour revenir chez
lui, dans le quartier chrétien de la Vieille Ville. Catherine, elle,
sa maîtrise de physique en poche, a laissé derrière elle le Paris de
mai 68 pour s’installer en Israël. Elle y est depuis près de vingt ans.
Chacun d’eux est retourné vivre chez soi. À Jérusalem.
Le français est leur lieu de rencontre. Pour elle, ce sont des
retrouvailles ; pour lui, une façon de rester encore un peu en France.
Décembre 1987. L’Intifada, le soulèvement palestinien, vient
d’éclater. Pourtant, Catherine traverse hardiment la Vieille Ville
déserte. Elle pousse la porte en fer de chez Christian. Elle entre Hélène Elter
chez lui. Une jeune femme est là, en train de ranger placidement
des papiers sur son bureau.
« Qui êtes-vous ? Qui cherchez-vous ?
— Je suis la petite amie de Christian. » WOMAN’S— Mais c’est moi sa petite amie ! »
Hélène Elter est née à Paris. Au Lycée Saint Louis, elle prépare les concours
d’entrée aux Grandes Ecoles. Elle échoue. En 1968, elle termine sa Maîtrise de
physique (Université de Paris). Elle s’installe en Israël. Elle partage son temps NOLAND
entre sa famille, le militantisme politique dans les quartiers défavorisés (un
temps seulement), la recherche scientifque et l’enseignement. Elle est titulaire Roman
d’un Doctorat en Histoire des Sciences (Université hébraïque de Jérusalem).
Illustration de couverture © Jacques Vainunska
ISBN : 978-2-343-05052-2
17,50 e
Hélène Elter
NO WOMAN’S LAND





No woman’s land Hélène Elter






No woman’s land


Roman













































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-33-05052-2
EAN : 9782343050522






À mes enfants,
qui m’ont fait confiance






























Première partie













Carmela vit maintenant à Paris. Elle ne revient ici que très
rarement. Je ne sais même pas pourquoi elle a voulu faire ce
voyage. Elle ne s’est jamais bien entendue avec ses parents.
Peut-être éprouve-t-elle quelques remords à leur égard.
Pauvres vieux ! Je pense qu’elle doit plutôt avoir des affaires à
régler concernant l’appartement qu’elle loue dans le centre de
la ville. Carmela a la trentaine, son corps est ferme et trapu. Ses
yeux noirs, en amande, sont aguichants, son visage mat aux
larges pommettes saillantes fait penser aux paysannes des
républiques d’Asie centrale qui figuraient dans les films ou sur
les affiches de propagande soviétique. Il ne lui manque que le
foulard sur la tête. En fait, elle porte toujours sur ses épaules
un grand châle en soie ou en cachemire, cela dépend de la
saison. Son rire est enjoué et sa langue bien pendue, surtout
quand il s’agit des hommes, de la politique, et… des hommes
qui font de la politique. Carmela est communiste.
Carmela a envie de danser, alors pour lui faire plaisir, nous
nous retrouvons à l’entrée d’une des rares discothèques de la
ville. Nous piétinons, indécises, nous rendant compte que les
jeunes qui s’y engouffrent sont quand même un peu trop
jeunes. Je propose qu’on prenne un verre dans le lobby d’un
nouvel hôtel cinq étoiles. Je connais Martin, le pianiste. Il y
joue en sourdine des pots-pourris de Gershwin, de Cole
Porter.
Le lobby est vaste, la lumière tamisée, les tables sont assez
éloignées les unes des autres, les gens se parlent en chuchotant,
ils sont peu nombreux. Les têtes se lèvent à notre arrivée : cinq
femmes ! Et bruyantes, encore !
9
Nous nous affalons sur un canapé, buvons notre verre de
vin un peu trop vite, nous parlons de nos divorces, nos enfants,
nos aventures qui sont toujours cocasses avec le recul du
temps, même si le cœur en a pris un petit coup de griffe. Les
éclats de rire fusent et choquent dans cette atmosphère
ouatée.
Martin me fait signe d’approcher et me demande de jouer
quelque chose. Il connaît mon répertoire. J’entame une valse
de Chopin. J’ai la sensation que quelqu’un s’avance vers moi.
Un homme surgit de la pénombre un verre à la main, il vient
s’accouder au piano à queue blanc. Il prend l’air sérieux et
inspiré d’un amateur de musique. Une scène du film
Casablanca me traverse l’esprit. Il marmonne quelque chose en
anglais, je suppose que c’est un compliment. « Merci,
monsieur, merci. » Ce qui, avec mon accent, donne : « Ssank
you, Ssank you. » Il a tout de suite deviné que je suis française.
Cela a l’air de le réjouir.
Je lui propose de se joindre à nous. En titubant un peu, il se
fraie un chemin parmi nos jambes pour s’asseoir entre nous. Je
le regarde à la dérobée. Ses moustaches recouvrent des lèvres
que l’on devine épaisses, ses yeux noirs légèrement bridés me
rappellent ceux de quelqu’un que j’ai aimé il n’y a pas si
longtemps. Ses dents blanches et larges de carnassier
contrastent avec le sourire débonnaire qu’il affiche. Quand il
parle, il roule les « r ».
Il fait un signe de la main en direction d’un petit groupe
tapi au fond de la salle. Il est donc, lui aussi, venu avec une
bande de copains.
Nous faisons les présentations, son nom m’échappe, je
retiens seulement qu’il arrive de Paris, qu’il vient de soutenir
une thèse de doctorat. Il s’adresse à chacune de nous avec une
courtoisie affectée dont j’ai perdu l’habitude. À côté de moi,
Liliane me chuchote à l’oreille : « Trop poli pour être
honnête ! »
Je constate que c’est Carmela qui lui plaît.
10
Il nous invite toutes au restaurant pour le lendemain soir.
Nous fixons l’heure et l’endroit.
Dans la voiture, les copines commentent cette rencontre.
Elles ont toutes fait le rapport, pas moi.
Comme il fallait s’y attendre, Liliane et Myriam sont trop
peureuses pour venir au rendez-vous ; Ruthie non plus n’est
pas là, elle est certaine qu’il va nous poser un lapin.
Il n’y a que Carmela et moi qui attendons au coin des rues
King George et Ben Yehuda, à 8 heures du soir. Elle me dit
qu’il s’appelle Christian.
Une vieille Mercedes s’arrête. Il y a deux hommes.
Christian sort et invite Carmela à s’asseoir à côté de lui sur la
banquette arrière. Je comprends qu’il ne me reste plus qu’à
m’installer devant, à côté du chauffeur, un vieux à moustache
grise, tiré à quatre épingles, dans un costume trois pièces. C’est
« oncle Jimmy ». Il porte un chapeau de cowboy beige,
certainement son image de marque. On doit dire de lui, en
clignant de l’œil d’un air entendu : « Voilà oncle Jimmy avec
son chapeau. » Il a l’air enchanté d’avoir une belle femme près
de lui. Il fait les frais de la conversation en anglais. Au
restaurant, une multitude de hors-d’œuvre sont déposés
rapidement et silencieusement sur la table, puis ce sont les
brochettes de viande. Oncle Jimmy nous propose de prendre le
café chez lui. Carmela est d’accord. Mon cœur bat un peu plus
vite. C’est une chose que de participer à des manifestations
pour la paix, de crier des slogans, et c’en est une autre de me
retrouver ici, avec ces deux inconnus, dans une voiture qui
roule la nuit dans un quartier où je ne me suis jamais aventurée.
Je sais seulement qu’il s’appelle Beit Hanina. On est dans
Jérusalem-Est. Une ruelle déserte, une porte en fer forgé, deux
étages en pierre lisse à monter : nous y sommes. L’appartement
est grand mais encombré de bric-à-brac, les fauteuils et le
canapé massifs de style néo-Louis XV me surprennent. Nous
buvons dans de petites tasses en porcelaine un café turc à la
cardamone. Nous regardons de vieilles photos en noir et blanc,
11
des petites photos aux bords dentelés qui témoignent de la
splendeur passée de la famille d’« oncle Jimmy », du temps
des Jordaniens. Carmela et Christian ont l’air de bien
s’amuser. Je ne me sens pas à l’aise. Il est déjà 1 heure du matin.
Je montre des signes d’impatience ; j’ai l’impression
désagréable d’être une rabat-joie. On me dépose chez moi, je
suppose que Christian va passer la nuit chez Carmela.
Christian me téléphone de temps en temps. Carmela a
coupé court à la relation. Il est déconcerté et cherche des
explications. Je ne peux quand même pas lui dire que Carmela
trouve qu’il est macho, facho et, en plus, qu’il n’est pas un bon
amant.
« Mais Christian, tu sais, Carmela doit bientôt retourner à
Paris, elle ne cherchait ici qu’une petite aventure, elle l’a
trouvée, c’est parfait !
− Ah bon ! Mais il fallait qu’elle me le dise ! Pourquoi ne
me l’a-t-elle pas dit ? J’aurais compris. Est-ce que tu es libre ce
soir ? On pourrait aller voir un vieux film français avec Gérard
Philippe et Michel Simon. Il passe à la cinémathèque, rue
Hébron. Là, au moins, les gens ne sont pas grossiers et la
cafétéria est sympathique, avec sa vue sur les murailles de la
Vieille Ville. Qu’en dis-tu ? »
Je savais de quel film il s’agissait. La Beauté du diable, je
l’avais vu dans mon enfance, il m’avait impressionnée, le
sourire sardonique de Michel Simon, qui incarnait
Méphistophélès, m’avait poursuivie dans mon sommeil de
petite fille et la seule allusion à Satan causait mon effroi.
« D’accord. » Cette réponse laconique cache la joie que
j’éprouve à cette invitation. Depuis mon divorce, je ne vais au
cinéma ou au concert que seule ou avec mes enfants. Je réserve
les hommes pour une activité sexuelle limitée dans le temps,
une ou deux heures, et dans l’espace, une chambre d’hôtel. Je
ne suis encore jamais sortie avec aucun d’entre eux.
Un autre soir, un autre film français : Orphée de Jean
Cocteau.
12
Quand nous sortons de la salle, Christian me prend par le
bras en s’y appuyant un peu. J’éprouve une sensation
d’intimité paisible agrémentée d’une touche
d’exhibitionnisme : « on » me voit enfin en compagnie
masculine.
« Dis-moi Catherine, quel est l’amour qui t’attire le plus ?
− Que veux-tu dire ?
− Dans le film, Orphée aime Eurydice, mais aussi la
princesse. »
Eurydice, incarnée par Marie Déat, représente l’amour
confiant d’une femme qui couve maternellement son mari,
Orphée, le beau Jean Marais, alors qu’avec la princesse – la
Mort –, c’est la passion, le mystère, la transgression. Je pense
que le visage énigmatique et troublant de la magnifique Maria
Casarès est pour quelque chose dans mon choix, car je
réponds : « l’amour d’Orphée pour la princesse ».
Le verdict tombe : « Tu es donc masochiste. » Cette
réflexion me perturbe.
En effet, il a peut-être raison, sinon comment expliquer que
j’ai pu supporter les deux dernières années de ma vie
conjugale ? J’aurais dû me séparer de Shlomi bien avant. J’ai
manqué de courage. Si j’avais un peu plus ressemblé à ma mère,
j’aurais eu cette force de décision ! Elle n’avait pas sa pareille
pour couper net les relations avec ceux ou celles qui lui
auraient lancé une réflexion désagréable, ne serait-ce qu’une
fois. À plus forte raison si son mari l’avait trompée.
De cinémas en restaurants, nous commençons à nous
raconter notre vie. En français.
Un soir, au café Atara, rue Ben Yehuda où nous avions
rendez-vous, il sort de sa poche une boîte : « Ouvre, c’est pour
toi. »
C’est un lourd bracelet en argent, parcouru par de larges
nattes en relief qui s’entrelacent.
13
« Mets-le. » L’ouverture est assez étroite, ce qui exige une
certaine dextérité pour l’enfiler la première fois, mais le tour
de main s’acquiert vite.
« Il te plaît ? C’est un bracelet bédouin ancien et rare.
C’est très difficile d’en trouver un authentique, j’ai beaucoup
cherché. »
J’invite enfin Christian chez moi.
La moitié de la semaine ainsi qu’un week-end sur deux
j’habite avec mes enfants dans la maison familiale. Chaque
mardi soir, leur père vient m’y remplacer. C’est un
arrangement avant-gardiste, nous sommes peut-être les seuls
parents divorcés de la région à avoir conclu tacitement ce
genre d’accord. Nous ne voulons pas l’ébruiter, de peur de voir
défiler chez nous une cohorte de travailleurs sociaux ou
quelques délégués du rabbinat soucieux de la santé mentale de
nos enfants. Le reste du temps, j’habite seule un deux pièces,
cuisine et salle de bain ; c’est le rez-de-chaussée d’une villa en
pierres blanches en haut de la colline de Malha. La maison est
accolée à un minaret désaffecté – vestige de l’histoire guerrière
de la ville – devenu le refuge des pigeons. Dans le jardin, au
printemps, c’est l’éblouissement odorant des rosiers et des
bougainvilliers luxuriants aux fleurs violettes et orange. Ce soir
j’ai rendez-vous avec Christian. Je vais le chercher à la station
d’autobus et nous montons en silence la rue étroite et
escarpée. Ses poches sont pleines de cacahuètes, de noix de
cajou et de pistaches. Il m’en m’offre à intervalles réguliers.
C’est la première fois qu’il vient ici. Je suis fière de mon piano
qui occupe la moitié du salon. C’est un quart de queue noir qui
porte ces mots magiques : « Bluthner » et « Leipzig »,
calligraphiés à l’ancienne avec des pleins et des déliés dorés.
Christian et moi nous asseyons côte à côte sur le canapé bon
marché laissé par les propriétaires. Nous parlons
machinalement de choses et d’autres. Cette conversation
futile m’épuise. Qu’on en finisse déjà ! Je sais très bien que
bientôt nous ne serons plus des copains qui marivaudent, mais
14
deviendrons des amants. J’ai le trac, un trac plus fort que
l’exaltation érotique. Nous nous retrouvons vite dans la
chambre à coucher dotée d’un lit, laid, flanqué d’une tête, et de
deux tables de nuit en formica beige. Je ne peux m’empêcher
de penser à Carmela. Elle avait raison : Christian n’est pas un
bon amant. Mais c’est peut-être moi qui ne suis pas à l’aise
avec lui. Il voudrait bien rester toute la nuit, il essaye de me
convaincre, mais cette promiscuité m’est intolérable. Vers
2 heures du matin, je le réveille pour le ramener chez lui. En se
quittant devant la Porte de Jaffa, il me lance d’un ton sibyllin :
« Tu me le paieras ! » Je souris, vaguement inquiète, me
demandant bien ce qu’il entend par là. Mais quel soulagement
de me retrouver seule !
Le lendemain, il me téléphone.
« Christian, écoute, excuse-moi, mais je n’ai plus
l’intention de coucher avec toi.
– Bien, mais on peut quand même continuer à se voir,
n’estce pas ?
– D’accord. »
Évidemment, « d’accord ». La proposition est trop
tentante, impossible d’y résister. Être avec lui, c’est l’escapade
vers une terre inconnue et étrange. Christian me charme avec
les finesses linguistiques lacaniennes. Il me cite souvent cette
phrase ambiguë : « Ne cède pas sur ton désir », et nous nous
extasions ensemble sur la beauté de la langue française. Sa
dévotion pour Freud me touche. Par contre, mon domaine, la
physique et les mathématiques, ne l’intéresse absolument pas.
Le français est notre lieu de rencontre. Je retrouve ma langue
maternelle que j’avais désertée dans ma hâte gloutonne de
m’intégrer en Israël, de posséder sa langue. Je parlais hébreu
avec mon mari, mes enfants, au lycée, en politique. Pour moi,
ce sont des retrouvailles, l’aisance et l’agilité d’esprit me
reviennent petit à petit. Pour lui, c’est une façon de rester
encore un peu en France.
15
Ma vie est compliquée, mais cette complexité est devenue
une routine qui m’ennuie. Shlomi s’est engoué des thèses du
pédagogue écossais Alexander Neill et me cite de larges
extraits de son livre Summerhill. Il essaye de mettre en
application sur nos enfants la théorie de l’enfant libre et
responsable. Il laisse notre fils le traiter de tous les noms sous
prétexte qu’il faut l’élever sans contraintes. Il ne me convainc
pas, mais m’appelle à la rescousse chaque fois qu’il faut mettre
les limites et faire preuve d’autorité. Cette tâche ingrate me
fatigue.
Quand il s’agit de raconter sa vie, Christian est intarissable.
Son histoire et ses anecdotes m’amusent et me fascinent. Je
l’écoute les yeux écarquillés, comme si je voyais un film se
dérouler devant moi.
« Ah, Catherine, tu ne peux pas te figurer quel farceur
j’étais à l’école et comme je les faisais tous enrager ! » Si, si, je
peux très bien me l’imaginer avec ses fous rires, s’esclaffant à
en pleurer chaque fois que ses maîtres ou ses copains
tombaient dans ses pièges. On ne le renvoyait pas car c’était un
bon élève. Le Collège des Frères est une institution sérieuse et
renommée où l’enseignement se fait en français ; elle est
onéreuse et indispensable pour les enfants des familles
chrétiennes et honorables – c’est-à-dire chrétiennes, tout
court !
Puis il me raconte Beyrouth.
« Ah, Catherine, quelle vie je menais ! », dit-il en insinuant
que là-bas, dans le Liban de l’époque, les combines et un peu
d’audace pouvaient vous faire gagner des millions.
« Et quel appartement ! Au huitième étage d’un immeuble
moderne à Ashrafieh, le quartier maronite le plus chic. Mes
voisines étaient des danseuses et des chanteuses des cabarets
les plus huppés de la ville. Elles m’adoraient, elles me
fredonnaient les chansons de Ferouz, la divine, avec l’accent
chantant haut perché, typique des libanaises. Qu’est-ce que les
Champs-Élysées comparés à la rue Hamra ! Et les restaurants !
16