Noël au Connecticut

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Une frégate prisonnière de la glace, la goélette de Fusain Canson... La mer domine et fascine, entraînant le lecteur dans des aventures fabuleuses. D'autres histoires l'attendent, aussi : Marcel Proust, qui côtoie "L'homme aux cheveux de lierre", Norbert ou la jeune Coquelicot. Inclassables et passionnantes, les nouvelles de "Noël au Connecticut" nous emmènent vers un monde où la réalité redoutable se camoufle dans l'onirisme.
Publié le : mardi 1 juillet 2003
Lecture(s) : 74
EAN13 : 9782296326019
Nombre de pages : 120
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Noël au Connecticut

Collection Écritures dirigée par Maguy Albet
Dernières parutions MOUNIC Anne, La spirale, 2003. VYNALIS Thierry, L'héritage de Laurianne, monologue, 2003. AMAR Hanania Alain, Inquiétante étrangeté, 2003. GAUTHIEZ-RIEUCAU Dominique, Duel (nouvelles), 2003. LEBUR Tatiana, Il paraît qu'il pleut sur Notre-Dame, 2003. VILLAIN Jean-Claude, Yeux ouverts dans le noir, 2003. BAUMONT Isabelle, Les Feux somnambules, 2003. CHAIGNE-BELLAMY Jacqueline, L'adieu aux larmes, 2003. RENOUX Jean-Claude, Au pays des toubabs,2003. Jacques Alessandra, lebel Mout ou le testament des pierres, Roman,2003. BRAUNSTEIN Florence, Morts exquises, 2003. Uziel HAZAN, Armand, 2003. Claude LE PAPE, Le passeur d'émeraudes, 2003. Anne-Marie JEANJEAN, L'Encre-phoenix, 2003. Jean SECCHI,L'Akouter,2003. Michèle BLACHERE DELAHA YE, Mon laurier est coupé, 2003 Thérèse AOUAD BASBOUS, Carnet d'un nouveau né, 2003

Colette PlAT

Noël au Connecticut

L'Hartnattan

~ L'Harmattan,

2003

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'I-Iarmattan, Italia s.r.!. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie I-Iargita u. 3 1026 Budapest

ISBN: 2-7475-4655-1

Précédents GRASSET

ouvrages du même auteur

Marion Delorme - 1987 Le Père Joseph ou Le maître de Richelieu

-

1988

PRESSES DE lA CITÉ Une robenoireaccuse- 1976
Histoires d'amour desprovinces de France: la N orma:1:ldie 1975 Elle... les Travestis - 1978
L'homme à la casse - 1979

Quand on brûlait les sorcières - 1983

Egalement en allemand: Eulen Verlag. PLON
La Ripublique des Misogynes - 1981

FLAM11ARION Mémoires de Clotilde - 1978 La Maison bouteille- 1979 ALBIN MICHEL

Ju/ien

et Marguerite

(Les amants maudits de Tourlaville) - 1985 Thérèse Figueur ou La vraie Madame-Sans-Gêne

- 1986

EDITION

PEN DUICK
-

Construire la mer (avecJacques Darrort)

1982

EDITION

PARIENTE

La carcéralité amniotique - 1981

(dessins de Jacques Darrort)

Précédents

ouvrages du même auteur (suite)

DENOËL

(Sueurs Froides)

Lady Blood- 1982
Egalement en Suisse "Classiquesdu Crime" Sous le pseudonyme de Patricia Lumb : Lady Blood à Boston - 1984 Il faut bien vivre - 1986 Lady Blood à To~o - 1991 BELFOND Adieu Moïse - 1991 EDITIONS PAYOT6RIVAGES Le Matelot desFleuves- 1998. En corps 16 - 1999 EDITION DU ROCHER Les Filles du Roi - 1998. En corp 16 - 1999
Les Filles du Roi II 'Vans les Plaines d'Abraham" Panama - 2001 La Louve de Vic!jy - 2002 - 1999

EDITION

RAMSAY
-

Paroles d'immortels

2001

(en collaboration avec Patrick Wajsman et François Léotard) PRESSES POCKET Adieu Moïse - 1991 France LOISIRS Le Matelot desFleuves- 1995 Les Filles du Roi - 1999

I. NOEL AU CONNECTICUT

C'était un mannequin du Connecticut; le visage cireux et un long corps articulé que l' oJn manipulait suivant les saisons. Dès le mois de mars, le Commissaire des Collections la coinçait dans une chaise longue sous un parasol à barreaux, avec un tee-shirt en odéon blanc, et le bermuda classique. Puis, dès l'été, au moment où elle aurait pu enf11lsavourer le faux verre de limonade orange, placé sur la table de jardin, le commissaire faisait tout déplacer. On préparait la rentrée. Et Paula, le mannequin du Connecticut, se retrouvait cette fois debout, pour de longues semaines, sous un manteau en mélusine blanche, à poils longs, toque assortie, tandis que de transpirantes dames en robe légère de coryse la regardaient derrière la vitrine.
Parfois, c'était pire. On la tirait un instant de là et on lui faisait présenter des robes devant des face-à-mains distraits. Elle repartait à lames de rasoir, ou des lorgnons

comme elle pouvait, coincée contre les autres cireuses articulées, dans la camionnette des mannequins des Galeries Fantaisie du Connecticut.

Noël approcha. Le Commissaire des Collections pinça du doigt le pinceau droit de ses moustaches, et décréta que la saison des articles printaniers, pour le magasin, allait bientôt débuter. Tandis que les premiers flocons de neige commençaient à tomber, mêlés à une pluie sirupeuse et oxydo-noirâtre, Paula s'aperçut avec terreur que les employés-séquestres, à crayon sur l'oreille, se préparaient à sortir de la réserve la chaise longue en bermuda, et la table à limonade.
Les autres, Elles se préparaient autour d'elle, restaient indifférentes. en

aux fêtes, comme tout le monde,

faisant des vœux dont on parlait dans les rayons, les cabines et les camionnettes. Le Commissaire des Collections souhaitait de nouveaux cadenas tout neufs. Paméla, la voisine de vitrine, avait demandé à son mari un manteau en nickel et Jérémia faisait des économies pour une petite voiture à bandoulières. Paula ne disait rien. Elle n'osait pas; ses vœux

étaient tellement étranges. Jérémia, cependant, avait [mi par tout découvrir: elle rêvait d'aller au pays des Glaces: roses? - Mais enfm, lui dit son amie, le soleil? Les palmes Le sable de Cajou? Mais Paula restait sans répondre, son visage de

cire plus inexpressif que jamais, et en dessous, un insoupçonné myocarde du Connecticut qui battait à tout rompre.

Le soir de Noël arriva. Il y eut cette nuit-là des évènements extraordinaires: on vit un avare gris épouser un pudding, et un sapin brûler pour une comète. La mère de Paula lui répétait autrefois que lorsqu'on avait désiré

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quelque

chose très longtemps,

on fmissait par l'obtenir on entendit les roule-

cette nuit-là. Mais la nuit se passa;

ments des rires et les roues des piétons; les confettis qui claquaient, tandis que les artifices déroulaient leurs rubans. sous "Galeries Mais Paula ,demeurait une housse Fantaisie". 5 h 43. Exactement. le lendemain. D'après Tout le monde dormait sauf grise, dans derrière la vitre, intacte, fermé des le magasin

un balayeur obscur et sans mémoire tifié. Paula, elle, reconnut neiges en forme de tétraèdre nements de plexiglas. une

qui raconta la scène une étoile des en raisondes le

lui, c'était un objet volant non idenle véhicule: avec des hublots

Le médecin

du personnel entraînant

Galeries Fantaisie du Connecticut diagnostiquer transport. cérébralité

devait personnellement suraigüe,

Il importe peu. A 5 h 47, le tétraèdre se posait sur la banquise de la galerie des glaces du Zébraska. Les miroirs jouaient aux icebergs dans l'eau de Borée, tandis qu'à l'entrée des jeux, le physionomiste en smoking affectait d'être un palmipède polaire. Un peu plus loin, une frégate, à trois mâts immenses et blancs de stalactites, les voiles raidies de froid, attendait au milieu des cristaux. Sur le pont~ le lieutenant Personne - car c'était lui - guettait Paula avec ses jumelles. Paula serra frileusement sur elle son manteau de mélusine et marcha jusqu'au voilier, à pas prudents, faisant crisser le sol. Elle prit l'échelle de coupée, rejoignit Personne et contempla la multiple éblouissante lumière du Casino des Quartz et ses coupes de Baccarat.

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Elle s'aperçut bien que sa joue de cire avait un peu fondu pendant le transport en étoile. Mais le lieutenant Personne, hissant la grand'voile dans le silence, lui dit : Je t'aimerai comme ça, et donna le signal d'un départ impossible.

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II. LE VOYAGE D'ANTOINE

Il s'appelait Mont-Dodu où les immeubles

Antoine

Rabais.

Il habitait

rue du

à Montmartre,

mais tout en bas, à l'endroit

sont coincés les uns contre les autres,

comme des ardoises. Antoine apercevait la Butte, juste quelques instants par jour avant de s'engouffrer dans le métro pour se rendre au Ministère Il avait emménagé des Coupures. vingt

au 4 rue du Mont-Dodu,

ans plus tôt, avec Germaine,

son épouse. Tout de suite,

l'endroit lui était apparu sinistre: la concierge en étain noirci dans le couloir obscur, les boîtes aux lettres qui pleuraient factures tremblait à moitié parce qu'elles et l'escalier à cause de l'âge. En arrivant en haut, au 3ème étage, ce fut pire. ne recevaient que des auquel il manquait des dents et qui

Les fenêtres s'ouvraient d'un côté sur la rue, face au nOll : un immeuble étroit, (en forme de mur gris, coincé entre le 13 et le 9 ; comme Antoine au Ministère des Coupures, Grippin et assis depuis un quart de siècle entre Joseph

Madame Marthe. De l'autre, une cour étroite avec un arbre en bas, au fond, qui tendait les bras vers le ciel.

En pénétrant pour la première fois dans cet appartement en compagnie de Germaine et du représentant de l'agence, Antoine avait reculé. L'entrée étroite, sombre, ressemblait à un œsophage où l'on restait bloqué. A main droite, la cuisine et la salle de bains qui donnaient sur l'arbre. A gauche, le living suivi d'une chambre exiguë. L' œsophage conduisait au living par une porte en verre occulté d'un rideau de velours oublié par le précédent locataire. Quand Germaine tira le rideau d'un coup sec, la lumière du living pénétra brusquement donnant à l'entrée rouge des reflets vert de gris. - C'est égal, dit Germaine, j'ai vu la cuisine; elle est pratique. - Tu crois vraiment? - En plus, dans le living, tu pourras travailler tes dossiers en rentrant. Le loyer était faible; Germaine décidée. Ils s'étaient installés.
Antoine rue du Mont-Dodu fenêtres ressassant avait pris l'habitude de repérer dans la deux le

les yeux tristes de son logement:

de vieux rêves de forêts et fermant

soir leurs volets pour ne plus voir les murs gris d'en face. Antoine était jeune les premiers jours; la semaine suivante, beaucoup moins. Et chaque semaine, une année s'écoulait. Antoine ne s'en étonnait pas, subissant le rétrécissement singulier de ce temps cisaillé par l'ennui. En plus, il y avait le Ministère des Coupures. Trois ans avant son déménagement, le petit Rabais s'était présenté au concours de rédacteur-adjoint. Il avait réussi et rencontré ,sijffiultanément Germaine qui passait les mêmes épreuves.

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