Nomade

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C'est du fond d'un hôtel sans âge où il est seul qu'un homme fait le bilan précoce d'une existence mal embouchée. Entre les heureuses réminiscences de son enfance en Algérie et de sa jeunesse dans le sud ouest, il évoque le déroulement de sa vie active. Dix ans plus tard, c'est le tourbillon des aventures en intérim, professionnelles ou sentimentales, et la précarité absolue. Des dizaines de milliers de kilomètres plus tard, une rencontre tardive et inespérée lui rendra l'espoir d'une vie simple...
Publié le : mardi 1 novembre 2011
Lecture(s) : 350
EAN13 : 9782296471634
Nombre de pages : 271
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© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55310-1
EAN : 9782296553101

Nomade

Roman

Du même auteur

Les cris de papillons
, Éditions Intervalles (épuisé), Sèvres, 1988

Rédactionnel

Qui vive,
Hauts-de-Seine (92), 1988

Rédactionnel et illustrations

Banc public,
Clamart, 1994

Bernard Chaigne

Nomade

Roman

L’Harmattan

Chapitre 1

No rush !

ous âgés d’une vingtaine d’années, ils fréquentaient le centre-ville, la
T
place de la Mairie et ses alentours, avec le stade à deux pas. Un bon
quartier.
Laurent était un blond, plutôt blond, avec une coupe genre James
Dean. Il avait une bande, formée de ses potes Avner et Habib, surnommé
.abiBJe les avais rencontrés par hasard dans un resto grec tenu par un
marocain, Ali. Une sandwicherie orientale. C’était un soir d’hiver, il faisait
.tiunDans la semaine suivante, après deux ou trois rencontres, nous avons
fini par sympathiser. Il se trouvait qu’Avner était dans le même lycée et dans
la même classe que ma nièce, dans la ville voisine.

Tout ce petit groupe avait ses trafics dans le parking de béton, sous
le marché de la rue PVC, Paul Vaillant Couturier.

À cette époque, j’habitais dans un hôtel miteux juste en face du
stade, un édifice vieux de deux siècles, avec ses murs de guingois.

C’était un hôtel pour rescapés de la grande solderie des années
quatre-vingt-dix. Il y avait quinze locataires, tous des mecs. Au troisième
étage, sous les combles, on avait trouvé la place d’en mettre deux.

8 N
OMADE

J’étais au premier, chambre 10, entre la 18 et la 15, au bout d’un
couloir sombre dont les murs revêtus d’un papier peint aux tons beiges et
bruns affichaient au moins quarante années d’usage. Au rez-de-chaussée, un
panneau de bois étalait un avis jauni de la préfecture de Police au sujet des
étrangers pour l’année 1942.

Au dessous, il y avait un bar. C’était le Baromètre.

Il faisait un coin de rue, avec un trottoir assez large pour y mettre
deux tables de terrasse.

Voilà, c’était là.

Là que j’avais pris mes quartiers d’hiver, pour y devenir, par hasard,
chauffeur dans la petite boîte d’un
Tos
qui avait fait le taxi durant des
années. Désormais il faisait tourner deux coursiers à moto ainsi que deux
chauffeurs et garnissait le garage de son pavillon avec tous ses véhicules.

Comment revenir d’une longue histoire avec une fille trouvée,
gagnée, puis perdue ?

Cinq ans de gain et la dèche au bout.

Un hôtel sans âge, un lit cassé, une piaule avec lavabo et gogues sur
le palier.

Après ces années de vie auprès d’une femme à Grenoble, après cinq
ans passés auprès d’un môme, un blondinet dont je n’étais pas le père, je
cachais ma déprime au bar.

Je sirotais des whiskies et montais me coucher pour décaniller à six
heures trente le lendemain matin.

N
OMADE
9

Je suis parvenu au transport comme un grand, tout seul, car après
quinze années passées à faire le dessinateur industriel, je n’étais plus au
point.

J’étais trop lent, ou obsolète, ou trop cher, à la conception assistée
par ordinateur, même si j’ai toujours trouvé chez un patron une station de
travail à nourrir. Des systèmes, j’en ai connu assez pour me retrouver un jour
déclassé, dans les filets des ASSEDIC, qui me soutenaient le moral et
tenaient à me garder en tant qu’abonné.

Lors de mon retour sur Paname, dans ma banlieue que j’avais
connue minot, j’ai décroché un contrat d’intérim. Et durant deux ou trois
semaines, je suis devenu monteur de stands sur les grands salons parisiens,
dimanche compris.

Avec ma clé à cliquet, j’ai monté des stands à la porte de Versailles,
puis à Villepinte, loin là-bas au nord, à cinquante bornes au bas mot. Puis à
la Défense, où j’ai acquis une sérieuse expérience de la gratte en fin de salon.
Dépouiller les stands des exposants dès la clôture était un sport pratiqué par
l’ensemble des monteurs, démonteurs à l’occasion.

Mon équipier était un jeune venu des Charentes, qui créchait à
Vanves. Nous débutions les journées à sept heures pour nous taper la route et
souvent finissions à point d’heure.

En outre, tous ces magnifiques lieux d’expositions sont toujours
dotés de comptoirs auprès desquels le moindre sandwich coûte le double de
celui qu’on vous sert en ville.

Nous avons eu droit à un salon à la Défense, sous ce qu’on appelait
le CNIT.

La discrétion, un peu comme la discrimination, avait poussé les
exposants dans le sous-sol car c’étaient des négociants pour bar tabac.

10 N
OMADE

Nous avons eu le stand de la FDJ à monter.

C’était le plus beau, le plus grand, avec une estrade sur laquelle
durant l’exposition s’animait un énergumène énormément énergique en
malmenant son micro et, sur chaque pan du stand, des visages sur de hautes
vitres gravés, des vestales visiblement peu vêtues, un verre de telle valeur
que quatre de mes loyers suffiraient à peine pour l’acquérir.

A la fin de la manifestation, un dimanche soir, après avoir éclusé
quelques gobelets de champagne, lampé quelques gorgeons de whisky et
chouré quelques bouteilles, mon collègue a téléphoné au boss, afin de savoir
que faire du verre gravé.

Il fallait s’en débarrasser.

Alors, muni de son marteau lancé à toute volée sur les vitres toujours
debout, dans un fracas de crissements et d’éclats, il a brisé les vitrines.

A la suite de quoi, après avoir sué sérieusement, j’ai rencontré, par
l’entremise de ma belle-soeur, un nouveau patron. Qui m’a embauché.

D’abord hébergé chez mon frère dans sa maison familiale, durant un
mois et demi, j’ai trouvé ensuite un refuge par le truchement de ma mère.
C’était chez le père Bracq, l’hôtel du Baromètre.

Je lui ai assuré que je travaillais en tant que chauffeur, sans préciser
que ça datait de trois jours. Et j’ai hérité de sa piaule, satisfait comme un
légionnaire de retour de Guyane ou de Djibouti.

Bien sûr, à mon grand âge, trente-huit ans, je ne pouvais qu’attirer
les emmerdements.

Et, muni d’un patron, devenu chauffeur-livreur, je me suis démené.

N
OMADE
11

Passer des vitesses sur une boîte cinq rapports, ça me changeait de
l’usage immodéré de la souris et du clavier.

J’avais quitté les nanosecondes des circuits imprimés, les hybrides,
les hyperfréquences, les lignes accordées, les signaux, les adresses et les
données, les mémoires et les opérateurs logiques, les monostables, les
horloges blindées et les bascules D, les amplificateurs à collecteur ouvert, les
filtres passe-bande et tout le petit monde du binaire, pour une Remise A
.oréZ

RAZ
. Reset
.

Alors j’ai entamé la semaine de six jours, sur les conseils avisés de
mon boss, qui me fournissait ainsi une grosse prime, non officielle. Avec ça,
c’était presque un salaire normal.

Dépressif, mais d’humeur égale, j’avais des journées chargées.

J’ai hérité d’une tournée où je partais en vadrouille de bon matin
pour prendre des enfants dans mon minibus afin de les emmener dans un
établissement scolaire spécialisé.

Mes passagers étaient des enfants que la nature n’avait pas gâtés.

Au petit jour, j’avais un itinéraire presque champêtre, passant par la
vallée de Chevreuse et Gif sur Yvette, où je transportais ces mômes aux
corps débiles dont l’un enserré dans une coquille de plastique. Certains ne
parlaient pas, d’autres si.

Le plus grand, quinze ans, montait à l’avant, après transfert dans mes
gros bras, de son fauteuil à la banquette.

Ensuite grimpait le plus chétif, dans sa coque, installé derrière.

12 N
OMADE

Puis venait la petite Marie, une brunette au joli minois de huit ou
neuf ans, munie d’un appareillage orthopédique qui lui allait du bassin aux
jambes, un lourd corset de métal inox aux articulations bien huilées qui
doublait son poids.

Tout le monde sanglé.

Ensuite, revenant vers la proche banlieue en passant par le Christ de
Saclay, je planquais ma dépression sous le tableau de bord, montais le
volume de l’autoradio et envoyais la sauce dans les oreilles juvéniles. Pour
enfants de huit à quinze ans.

Je passais par Viroflay pour laisser le grand, puis par Chaville pour
cueillir Fatoumata, avec son grand sourire radieux, qui marchait et parlait
mal et finissais la tournée en montant dans les coteaux de Sèvres pour
déposer toute la bande.

Puis une fois les mômes parvenus à destination, avec mon minibus,
parfois après un lavage à la station, je devais me farcir tous les colis à livrer.

A Jouy en Godasse, partir de l’imprimerie du Vieux Font, monter la
côte de l’Orme Mort et visiter les sous-sols de la Défense, ou bien le
onzième.

Ou bien Saint Cloud. Ou ailleurs encore, de Louveciennes à Melun,
parfois à Bourges, de Milly-la-Forêt à Roissy CDG.

Les journées passaient vite et je reprenais ma tournée à l’envers,
pour ramener ma marmaille à bon port. Ainsi je traversais de nouveau Jouy
en Josas, cette petite bourgade ressemblant à la Suisse, avec ses pavillons
proprets, sa gare proprette et ses trois passages à niveaux qui font de la place
pour un tortillard aux allures d’express venu de Versailles.

N
OMADE
13

Jouy semblait posséder une autre qualité d’air, un calme helvétique,
une prospérité planquée comme un lingot de chocolat dans un coffre de
Zürich. Au sortir du bourg, les plantations de l’INRA, verdoyantes et
coiffées par la brise du soir à la belle saison, bordées par les contreforts du
plateau de Villacoublay que la forêt abrite, enfin la route comme une
nationale désuète escortée de platanes, font un tableau coquet qui sent
l’opulence discrète.

À deux pas, une résidence quatre étoiles, avec piscine, puis le Val
d’Albian, village découpé tel un labyrinthe par des rues qui rayonnent en
descendant rudement vers une petite placette aux atours bucoliques, abritant
une brasserie vétuste fleurant bon les années soixante, un hôtel et un café
épicerie désaffectés.

Tout à côté, le campus d’HEC, l’un des plus flatteurs du pays,
dispersé dans un parc abritant stade, courts de tennis, gymnase et piscine.

Tous les cossus pavillons, du plus simple au plus élaboré, toutes ces
propriétés emmurées et calfeutrées, je les voyais chaque jour en me
demandant comment pourrais-je faire pour m’offrir un petit box là-dedans ?

À la nuit tombée, je laissais son minibus et rentrais au Baromètre.

Comme dans ma piaule il était impossible de cuisiner, car c’était
interdit, je trouvais parfois des sandwichs à la boulange du coin et parfois,
faute de temps, j’allais chez Ali.

Ali vendait des grandes bières sucrées, aux noms évocateurs. De la
bière hollandaise pour se finir.

Pour se finir à trente-huit ans, ça faisait du boulot, alors je rentrais
avec mon « grec » tout chaud et finissais couché.
Dans le resto grec, Laurent, Avner et Biba tournaient tout en consommant
des jus de fruits en continuant leur petit trafic.

14 N
OMADE

Ils n’étaient pas les seuls à distribuer du chocolat sur le coin, mais le
Q.G des autres était ailleurs, vers la place de la Mairie, à deux pas du
commissariat...

C’est ainsi que nous nous sommes croisés. Le trafic occupait une
bonne partie de cette jeunesse un peu rude aux moeurs légèrement dévoyées.

Pour supporter l’atmosphère de mon hôtel un peu déconfit, j’avais
résolu de fumer du kif. Et pour supporter la galère du smicard ex-projeteur
en dessin industriel et séparé, j’en avais doublement besoin.

On faisait notre échange dans le parking souterrain du marché, à
deux pas de l’échoppe d’Ali.

Parfois, parvenus au stade, nous avons tiré sur le bédo ensemble,
avant de nous séparer.
Je me souvenais les avoir croisés chez un jeune couple, qui habitait dans la
rue Hévin, « aux Cigognes ».

C’était un bâtiment blanc d’un étage, doté d’une coursive extérieure
menant les gens jusqu’aux portes des appartements. L’histoire locale
rapportait que c’était un ancien hôtel, déclassé par la suite, du fait des autos
passant désormais dans le coin sans jamais faire un détour par le bois, qui
faisait l’ancienne renommée de Clamart.

Là, déjà en quête de mon produit, j’avait passé quelques heures à
tripoter les jeux vidéos.

Comme je cherchais assez régulièrement du shit, je fréquentais toute
cette petite bande locale de jeunes gens, avec qui je m’entendais fort bien,
malgré mon âge mûr.

Avec eux, je n’avais pas à évoquer mes crédits, les engagements plus
ou moins bien tenus auxquels je m’étais adonné, mon couple, le couple

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séparé, le môme, toute cette accumulation de responsabilités qui traçaient la
frontière entre eux et les gens de ma génération.

Parfois, au bar de mon hôtel, je croisais Mario, un portugais arrivé
fraîchement en France et locataire par ailleurs d’une chambre au-dessus. Un
voisin, en quelque sorte, puisqu’il était à l’autre bout du couloir où je vivais.

Mario était très brun, avec une tête de Turc, ou de gitan, ce qu’il
ignorait, et parlait un français approximatif doté d’un fort accent ou roulaient
les r. Il avait le profil du trafiquant, du mec à contrôler pour n’importe quel
flic et dans n’importe quel film, de l’interpellation au faciès.

Dans le brouhaha enfumé, je lui demandais :
—Alors Mario, tu peux me dépanner ?
—Pas tout de suite, il faut que j’aille à Malakoff ! Il me faut la maille,
sinon je ne pourrai pas...
—C’est sûr, il faut de la thune, tiens, prends ça et tu viens me voir dans
ma piaule, dès que tu es servi.
—Mais, si je me fais serrer ?
—T’as les foies ? T’inquiètes pas, si on te poucave, je serai là.
Avec son air buté mais sincère, son allure d’entremetteur et de
malfrat à peine sorti de taule, il répondait avec son accent aussi facile à
couper au couteau qu’un serrano de ses cousins ibères :

—Moi, je n’ai pas peur, mais je n’ai pas envie d’être tricard.

—Arrête là, mon criquet, tu vas pas te faire emboucaner pour une
histoire pareille, t’es affranchi, non ? si t’as de mauvaises ondes, tu lâches
l’affaire, c’est tout… On te la jouera pas à l’envers, y’a pas moyen... Je te
demande pas d’aller te faire estanquer pour une affaire de bédave. Tu sais
bien que dès qu’ils font de l’huile, les lascars, ils sont gentils comme des
toutous, c’est clair. Maintenant t’as le pèze, tu y vas et on se retrouve là-
haut, sans embrouille.

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—OK, OK...

Et là dessus on enquillait notre demi, le sien étant à la mode du pays,
Martini et bière.

Le bar était tenu par un jeune fils de bonne famille, dont la mère
avait usé d’influence auprès de la municipalité, dans laquelle elle était
conseillère, afin de récupérer l’affaire dans de bonnes mains.

Toute une faune de jeunes, avec d’autres moins jeunes, y venait pour
faire valser les demis, les pastagas et les whiskies limés.

J’y ai connu bientôt un bon nombre d’habitués.

Passaient souvent Arnaldo, son frère Didier, leur cousin Joao, le
grand Carlos, avec sa belle gueule de latino aux cheveux bruns, accompagné
de sa blonde.

Je croisais aussi Sam, un voisin, lui aussi logé à mon étage, Eric
Crocoto
, Yoyo, qui y avait fait le service, car l’endroit faisait restaurant.

Certains soirs, y venait une petite bande de La Plaine, la cité sur le
plateau. Y passait aussi un prof aux cheveux longs, couleur poivre et sel,
porteur de barbe et d’une association culturelle. Il laissait souvent une pile de
la feuille de choux aux accents locaux, publiée par son assoce, qui portait un
accent sur la musique, les soirées animées avec orchestre dans tout le coin et
les petites annonces de musicos en quête de matos.

Un certain nombre du personnel de la mairie passait aussi,
régulièrement, dont le grand Dominique, le menuisier et Ramdane, un
chauffeur. Chauffeur de bus, accompagnateur de sportifs aux quatre coins du
département ou du pays.

Le curieux mélange des locataires de l’hôtel venait compléter le
tableau : un retraité de l’armée au nez rouge et bouffi (juste en haut du
premier escalier), un gros aux cheveux courts dont personne ne retenait le

N
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prénom et un anonyme qu’on voyait rarement, un yougo d’une cinquantaine
d’années. Toujours bourré.

Au dessus de la chambre de Mario, un autre locataire, la
cinquantaine entamée aussi, fort discret. Probablement un peu chômeur.

Et puis Denis, machiniste à la RATP, qui levait souvent le coude.
Bien France profonde, égaré sur la ligne 191, bien de Romorantin et fier de
l’être.

Enfin, l’ineffable Christian, dit
«Mac Gyver »,
en référence à ses
qualités de réparateur improvisé de tout ce qui ne fonctionnait plus. De trois
télés crachotantes, il parvenait à en faire une, passablement zébrée mais
capable de capter radio Tirana.

Christian avait aussi franchi la cinquantaine et il lui restait, de loin,
une belle prestance car il était grand, portait des cheveux blancs et souvent
se vêtait de vétustes frusques planquées sous un élégant paletot. De près, il
était moins avantageux.

C’était mon voisin, dans le couloir au-dessus. Je l’appelais
Kiki
.

Kiki arrivait souvent au bar avec un sac de plastique rempli
d’ustensiles dérisoires, curieux ou désuets, tels que vieux chandeliers sans
valeur, grille-pain usagé, ancien moulin à légumes, vieux jeu de cartes même
pas dépareillé, vieilles revues et parfois une TV.

—Tu payes ton coup ? Demandait-il.

Il enfilait un demi puis énonçait une de ses blagues favorites, une bien
lourdingue, une vanne de comptoir :

—Tu connais la différence entre un scout et un rappeur ? Eh ben le
scout y monte sa tente et le rappeur y nique sa mère…
Kiki avait un boulot, le même depuis quinze ans, avait eu même
femme et enfant, à Paname. Tout ça bien avant tout ça.

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OMADE

Maintenant il avait l’air dans la dèche, mais c’étaient ses meilleurs
amis qui l’empêchaient de sortir de l’hôtel : Kiki picolait et il jouait. La
pilave et le jeu étaient ses vrais amis. C’était un
gambler
.

Il faisait un peu pitié, jamais envie.

Il jouait aux machines à sous dans les troquets, les rades, les zincs,
les gargotes et les bistrots des alentours. A l’Amandier, aux Sports, au Cent
treize, au Baromètre ou même au Petit Pot d’Argenteuil, dans l’avenue
Victor Hugo.

À Châtillon aussi, où il était connu sous le nom de
Jésus.

Comme j’avais pris l’habitude – malsaine, soit – de visiter le bar du
rez-de-chaussée, j’y ai souvent croisé mon voisin, qui était parfois chargé,
parfois chaud, parfois entamé, ou fatigué, souvent ayant pris sa caisse. Gazé.
Gentil, toujours gentil, gentiment fait, avec une bonne murge, un coup dans
les carreaux, il était défoncé comme un terrain de manœuvres. Fait comme
un rat. Bourré, ou rond comme une queue de pelle, cuit, quoi.

Mais c’était le roi du chrome.

Dans cette chaude ambiance alcoolisée, Ludo, un grand aux cheveux
courts et bruns, un habitué toujours coiffé d’une casquette américaine à la
visière tournée vers l’arrière, lançait des invites et régalait ses copains. Le
genre qui plaisait aux gonzesses et aux minettes.

À cinq ou six, quand toute la bande avait encaissé une vingtaine de
pastis, ils levaient leurs verres en criant des
yoyoyoyoyohhh
qui montaient
dans le bar et ajoutaient au calme feutré de la salle de restaurant située juste
derrière. Ludo n’était pas le dernier à tâter le joint et ceux qui le
connaissaient n’ignoraient pas qu’il dealait. Aux plaisirs de la fumette, il
ajoutait ceux de l’alcool, sans doute pour oublier qu’il était en charge d’un
gamin de cinq ans, pendant que la mère était du côté du Vingtième.

Ça l’amusait parfois de lancer de sa grosse voix, car ça faisait
branché :

—C’est de la balle !!!...
Et toutes les minettes riaient.

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Par le biais du prof et de son assoce, plusieurs concerts furent
organisés au Baro. Le vendredi soir, puis le samedi, il y eut des décibels
dégagés dans la nuit.
Pour le chauffeur-livreur du premier, pour moi, les nuits étaient
zébrées de riffs de guitares, de chorus de saxophones, de basse ronflante et
de batterie méthodique. Pour assurer, prendre le service dès six heures trente
le samedi, j’étais gâté.
Parfois, en soirée, Kiki montait et frappait à ma porte, pour crier :
—Viens, y’a des nanas ! Des belles, tu verras, y’a mêmeune blonde qui
te plairait !!! J’ai fait le numéro Claude François... Allez viens, je te paye un
coup !
—Laisse tomber, Kiki, ça me casse les burnes...
—Mais les nanas !!!
—Vas-y, toi, profites-en, t’as plus qu’à dédicacer tes autographes…
Et Kiki retournait dans le vacarme en ronchonnant. Il savait très bien
faire son numéro de Claude François, car il chantait juste et prenait si bien
les intonations de la vedette que l’assistance appréciait, à l’aide de canons,
de demis, de pastagas, de mousses et plus rarement de cafés crèmes.
En bas, un batteur s’embarquait en binaire bien banal, alors le public
l’encourageait avec éclat.
La pression montait au Baromètre et durait parfois hors limites.

20 N
OMADE

Pourtant très amateur de musique, de reggae, de rock, de blues, de
jazz et de tout le reste, avec Mozart en prime, je cherchais le sommeil.

Les filles, en bas, étaient toutes des jeunes. De celles qu’à bientôt
quarante balais un mec mature mate avec une certaine envie. Mais de là à
rencontrer l’oiseau rare, ce n’était plus la peine.

À l’hôtel de la déglingue, inviter une fille, c’était la perdre aussitôt.

Moi, j’étais dosé, côté nanas, celle que j’avais perdue avait d’ailleurs
pris soin de me couper les couilles, à sa manière. Et ça mettait du temps à
cicatriser. Je pouvais toujours l’insulter en cherchant à m’endormir, c’était
toujours la même.

Et la semaine de quarante-huit heures, il fallait se la cogner. Taper
dans la butte.

Alors pour sommeiller sur une interprétation gémissante de
Come
together,
le corps lourd, je m’épuisais.

La recherche du sommeil, il devrait y avoir un diplôme pour ça,
pensais-je en envisageant pour le petit matin la boîte cinq rapports de mon
minibus qualité allemande, avec sono efficace et moteur cinq cylindres.

Cinq ans avant le vingt-et-unième siècle, devenu smicard après des
années en bureau d’études, à moitié assourdi de rock n’ roll, comme dans un
chavirage, je parvenais à fermer les yeux.

Chapitre 2

Take it easy

J
e

n’ai pas eu une ferme en Afrique, mais j’y ai vu le jour, en Algérie, au
creux des tourmentes qui allaient emporter tout le petit peuple dans la
spirale des combats perdus.

Je suis venu au monde quelques mois après que Rosa Parks a refusé
de céder sa place à un Blanc dans son bus aux Etats-Unis et quelques mois
avant l’incendie du garage des Facultés, à Alger. Ce qui constituait le
premier attentat à toucher la capitale, pour venir ouvrir les yeux des citadins
sur l’ampleur de la rébellion. C’était l’ouverture du bal.

On était en plein crépuscule de l’empire français, la pacification
tenait lieu de guerre et les pires atrocités avaient de chaque bord des avocats
aux plaidoiries déjà rodées.

L’armée française vaincue par les bô doïs à Dien Bien Phu s’était
repliée sur les dernières marches de terre arrachée au maghreb et les braves
qui avaient combattu les nazis étaient enrôlés dans des opérations de police
pour lesquelles ils n’étaient pas préparés.

Des officiers aigris par la défaite, une de plus après juin 40, des
cadres accrochés aux privilèges de castes jusqu’aux confins des rizières, de
Palikao à Poulo Condor, échafaudaient sans le savoir les derniers plans pour
la retraite générale alors que dans le secret du Sahara les préparatifs explosifs
de la bombe atomique allaient dissiper leurs rayonnements ionisants sous le
nez des troufions, souriants et naïfs, conviés au festin du futur radieux avec
pour toute protection de belles lunettes de soleil. La science transformait les
uns en flics pendant que les autres, ingénieurs appliqués, créaient l’arme
absolue.

22 N
OMADE

Si mon père est venu sur cette terre aux relents épicés soulignés de
couleurs exotiques, c’est qu’il était garde forestier et qu’à cette époque aller
dans les colonies faisait partie de la carrière bien comprise d’un
fonctionnaire de l’Etat.

Après avoir connu le chômage, il avait passé des concours
administratifs. Comme il nous l’a confié plus tard, quand la SNCF lui avait
proposé 15000 francs de l’époque pour venir à Paname et y dégoter un
logement, les Eaux et Forêts lui en offraient 45000 avec l’hébergement
fourni.

En peu d’années, il a fait de nombreux postes, de Tighret, du côté de
Cherchell, à Gouraya, Ouamechache et à Ouled Boufrid, non loin d’El
Marsa.

Moi, je suis né à Cavaignac, un lieu au nom promis à l’oubli dès que
l’administration de l’indépendance aurait pris l’initiative de le rayer de la
carte et sur les photos en noir et blanc qui peuplaient l’album de famille, on
pouvait voir des crêtes enneigées au cours d’un hiver un peu plus froid que
les autres.

Ces postes forestiers, isolés, étaient souvent construits sur le même
modèle administratif, un peu comme les gares aux quatre coins du pays. Ils
avaient été transformés petit à petit en fortins que les épouses des gardes
étaient chargées de surveiller, plus ou moins calfeutrées à l’intérieur.

Les fenêtres étaient devenues des meurtrières, les portes avaient été
blindées et désormais la peur tenait les habitants.

Ils avaient des armes, disposées à portée de main, une artillerie de
campagne dont l’usage n’était nullement proscrit et mes parents
connaissaient forcément cetteambiance, car des carabines dans les râteliers,
des revolvers huilés, métal froid prêt à aboyer et pourquoi pas des grenades
leurtenaient lieu d’assurance vie. Alors ils ne pouvaient y échapper.

Mon père avait une jument à la robe couleur bai, qu’il avait appelée
Sosso, je ne sais pourquoi, ou bien était-ce un palefrenier qui l’avait baptisée
ainsi avant de l’attribuer à la dotation d’un garde ?

N
OMADE
23

C’est plus tard que le père a parlé de ces longues ballades qu’il
semblait particulièrement affectionner et des simples bonheurs du petit matin
parfumé de jasmin, au trot sur les sentiers montagneux pendant que le ciel
immensément bleu découpait les cimes et les collines sous son regard.

Il a évoqué, aussi, de majestueuses forêts d’eucalyptus embaumant la
brise mêlée aux exhalaisons d’iode et cette solitude qui donne à la vie une
ampleur soudaine, présente, palpable et vibrante, sous un soleil si ardent.

Mes souvenirs sont des lambeaux de ce ciel éclatant de bleu, en ne
me rattachant qu’à un seul lieu : Ténès.

À mi-chemin entre Alger et Oran, au bord de la Méditerranée, avec
son cap du même nom, abritant un littoral escarpé, Ténès était une petite cité
sans histoires. L’oued Alala qui la traverse ressemblait à ces ravines de
westerns aux lits pierreux et secs, à l’ouest du Rio Pecos et le pont aux
rambardes blanches qui l’enjambait tenait à la fois du décor et de l’utilité,
même si un trafic intense l’occupait certains jours.

S’il y avait un port, je ne l’ai jamais vu. Mais j’en ai beaucoup rêvé
plus tard.

Notre maison familiale, d’un étage avec sa terrasse couverte, était au
bord de la mer et la route qui longeait la côte la séparait du cantonnement de
l’armée, à deux pas.

Alors le soir mon père partait jouer au ping-pong avec les bidasses et
je ne me souviens que d’une vaste salle enfumée et tumultueuse où s’agitait
une vie que je ne comprenais pas. Tout ça sentait la Gauloise caporal et la
sueur pendant que la foule qui s’y agitait était vêtue de kaki. Parfois on avait
droit à une séance de cinéma mais j’étais déjà endormi dans la pénombre,
bercé par le ronronnement du projecteur.

À une certaine période de l’année, dans la douceur de la nuit on
voyait sur la mer les taches de lumière vive des lamparos utilisés par les
pêcheurs d’anchois, pendant que toutes les conversations bruissaient de
l’événement.

24 N
OMADE

Cette vie qui ressemblait à la paix était suspendue aux attentats que
tout le monde évoquait au cours des soirées et un simple mot mystérieux
entrait dans mon univers sans que je puisse lui donner un sens : le couvre-
.uef

Je l’entendais et il appartenait au monde des adultes, mais pourtant je
sentais qu’il recelait une forte dose d’appréhension et la sourde tension de
ceux qui le prononçaient me parvenait aux oreilles comme la source d’une
inquiétude mêlée de terreur auxquelles mon jeune âge me faisait échapper.

Pourtant nous avions la vie presque heureuse, ponctuée d’exploits à
l’accent pataouète, comme cette fois où pour forcer l’admiration benoîte des
ménagères, les jeunes du coin s’étaient entassés à dix dans une Simca 5,
cette minuscule auto d’aspect démodé, dotée de deux places seulement, alors
ce record avait alimenté les entretiens durant quelques semaines.

Mes deux sœurs allaient déjà à l’école et dans la journée j’avais droit
à une nounou locale au prénom encore entretenu dans les souvenirs que m’a
laissés cette période : Yamina.

Moi le blondinet j’étais pourvu d’une brune portant un foulard, qui
me prenait dans ses bras pour se laisser même photographier sur le balcon.

Encore ce foutu album photo qui allait inscrire des relents d’une vie
ailleurs, d’une vie bercée par la grande bleue, d’une magie éteinte.

Un jour Yamina m’a invité à manger chez elle.

Ce fut, je pense, un dilemme pour mes parents, car dans l’ambiance
délétère de cette époque ils s’imaginaient mal laisser un môme dans les bras
d’une autochtone.

Le cloisonnement absurde des mentalités pesait sur tout le mode de
vie, pendant que les fantasmes s’amplifiaient de part et d’autre pour créer ce
climat malsain que les peurs nourrissaient.

Les journaux étaient remplis d’exemples de massacres, fermiers
européens par-ci, villageois locaux par-là, enfants tués, femmes abusées,

N
OMADE
25

corps mutilés, pendant que la radio reprenait les pires de ces nouvelles,
colportant les appréhensions insidieusement, déjà occupée à travestir la
réalité pour tenter de contrôler l’inévitable destin de ceux qui allaient perdre.

Ce que Yamina faisait en m’invitant chez elle était pourtant digne de
la plus pure tradition d’accueil de sa terre, de cet esprit que mon père avait
apprécié dès le début de son séjour.

Mais le mal était déjà fait.

Quelques temps auparavant, un an ou plus, avant notre installation à
Ténès, mon père avait connu l’épreuve du feu, car dans les consignes du
FLN, tout porteur d’uniforme était une cible, symbole en puissance de l’état
français colonial.

La litanie des gardes forestiers assassinés a commencé. Ils étaient
parmi les premières victimes, toutes désignées, de cette guerre qui ne disait
pas son nom.

Et par un de ces beaux matins ensoleillés où il partait en tournée à
cheval, quelque part aux lisières des forêts de lièges dont il avait la charge,
mon père s’était fait salement allumer.

Il traversait un champ, au pas et derrière lui, planqué à l’abri des
buissons, un fellagha avait épaulé son fusil de chasse pour l’abattre.

Deux coups de feu, de la chevrotine, un corps à terre.

Il a dû sortir son pistolet automatique de son étui, prêt à tirer si son
agresseur venait vérifier le travail et se disposer à la mise à mort. Etendu et
souffreteux, livide, l’arme au poing, il a attendu l’ombre lui annonçant
l’approche du tireur.

Mais l’autre s’est enfui sans insister.

Alors l’angoisse de ma mère lorsqu’elle a appris la nouvelle, elle l’a
gardée bien des années plus tard.

26 N
OMADE

Son homme étalé dans son sang, les collègues un peu gênés pour lui
dire ce que de toute manière elle avait deviné, la civière pour aller le
ramasser, puis l’hélicoptère, cet après-midi avec la marmaille dans les pattes
lui avait paru si long.

Puis l’hôpital à Alger et le long séjour auquel il fallait se résoudre.

Il lui a fallu bien de la force pour organiser la suite. Les grands
parents appelés à la rescousse, le départ des enfants dans la précipitation,
pour les éloigner du pire, direction la métropole et la solitude dans la ville où
elle était plus perdue que dans n’importe quel bled alentour.

Dans les rues pétaradantes de 203 et 403 et d’Arondes, de tractions
avant, entre les 4CV et les Dauphines, entre les scooters Lambretta, les
Vespas et parfois les bourricots chargés de couffins, menés vers le marché
par un paysan en burnous, combien de fois a t’elle parcouru le chemin
menant de sa chambre d’hôtel à l’hôpital?

Elle n’a pas eu le temps de passer à la Casbah, ni de découvrir Bab
El Oued ou de croiser Pépé le Moko, nid’admirer les riches villas disposées
à El Biar, où se muraient les grandes familles pour qui on mourrait.

Une fois de plus, c’est dans l’album familial qu’une photo
témoignait de cette époque : sur le trottoir, on les voyait tous deux, souriants
et mon père portant le képi en arrière, à la Gabin dans Quai des brumes, avait
de nouveau son uniforme, alors que derrière eux un légionnaire avait l’air de
se demander ce que signifiait cette vareuse verte et ces épaulettes, aux
couleurs de quel régiment ?

Ils étaient tous deux ensemble et il couvrait les épaules de ma mère
d’un bras protecteur, pendant que l’autre, sous la veste entrouverte, était en
écharpe.

Avaient-ils encore cette insouciance de la jeunesse, alors qu’ils en
avaient tous deux la beauté ?

En regardant bien, leurs yeux n’étaient ils pas devenus plus durs,
sans indulgence, plus lointains aussi, démentant de la sorte leur sourire ?

N
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Avec ses dix sept blessures et son coude gauche bloqué en position
« fonctionnelle », à quatre-vingts dix degrés, avec les trous dans son dos, que
j’ai vus plus tard, mon père était transformé, alors que son rêve d’Algérie
aux parfums ambrés s’était transformé à son tour. Ses illusions étaient à
l’encan, soldées pour de bon et le brave petit soldat continuait à faire la
sentinelle, même si l’innocence l’avait quitté et que le prix à payer était très
élevé, puisqu’il était devenu invalide.

Pour aller nous rechercher en France et nous ramener là, ils avaient
eu encore une dose de courage, de ce courage des petites gens dont le destin
leur échappe, mais qui croient encore en leur étoile. Ils étaient encore habités
de ces certitudes indécrottables vaillamment apprises à l’école de la
République et la nécessité de nourrir leur progéniture les aveuglait autant
que l’envie de se forger une existence hors des sentiers battus.

Cependant, Yamina m’a emmené chez elle et pour cela nous avons
traversé le pont à pieds, avant de parvenir à son domicile.

De ce frugal repas fait de semoule de blé agrémenté peut-être de lait,
ce qui reste en ma mémoire, c’est que nous avons mangé assis sur des poufs,
modestement, autour d’une table basse et dans la pénombre, devant les
quelques banquettes garnissant la salle qui devait servir de salon.

Il n’y a que moi qui puisse me souvenir de cette scène et elle est
toujours gravée dans ma mémoire, inutile mais présente, limpide, comme
fondatrice du plus intime de mon être, alors qu’elle a duré une heure
probablement.

Le temps a passé, pendant qu’assis sur les marches de la terrasse je
câlinais un chat malingre au pelage jaune et dégarni et qu’en soirée des
voisins venaient nous visiter pour discuter à propos des évènements, laissant
tout un chacun accroché à ses options pour finir par déclamer ses intimes
convictions.

Tous étaient alors plus algériens que les autres, plus investis sur cette
terre que les autres. Cependant éloignés de l’issue que l’histoire allait leur
fournir.

Les commentaires (1)
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eric.dhannaberg

Excellent ouvrage, écrit dans une langue gouailleuse et évocatrice, qui fait toucher du doigt une vie assez riche commencée en Algérie à une époque troublée, amis que le narrateur rend avec émotion et sensibilité. Sa vie active, prenant et astreignante, donne un aperçu des divers horizons qu'un homme peut rencontrer dans une vie très remplie. Enfin les diverses rencontres féminines qui sont rapportées donnent le sentiment qu'en effet, de nos jours, le domaine affectif est aussi la proie de la précarité la plus aveugle. Saisissant de vérité et d'ampleur, "Nomade" est une réussite.

lundi 1 avril 2013 - 15:14