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Nous sommes la jeunesse ardente qui veut escalader le ciel...

De
308 pages
Ce roman est le cinquième volume de la saga normande de Jean-Pierre Lefebvre. Sébastien, contestataire né trop tard pour la résistance et trop tôt pour vivre ses vingt ans en mai 68, se précipite dans la foi ouvrière et résistante et y découvre l'éblouissement marxiste et le grand amour pour sa perle prolétarienne. Un regard historique, lucide, caustique, amer et tendre sur un itinéraire à l'opposé de l'obsession carriériste.
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LE CIEL
Nous sommes la jeunesse ardente qui veut escalader le ciel…
Jean-Pierre Lefebvre NOUS SOMMES LA JEUNESSE ARDENTEQUI VEUT ESCALADER LE CIELL’Harmattan
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02059-4 EAN : 9782343020594
A nos vingt ans qui, à défaut d’escalader un ciel solidaire, ont réussi leur ascension en solitaire….
Mais que diray-je des pauvres vérolez et goutteux? O quantesfoys nous les avons veu, à l’heure que ilz estoyent bien oingtz et engressez à poinct, et le visaige leur reluysoit comme la claveure d’un charnier, et les dentz leur tressailloyent comme font les marchettes d’un clavier d’orgue ou d’espinette quand on joue dessus, et que le gosier leur escumoit comme à un verrat que les vaultres ont acculé entre les toilles !Que faisoyent-ilz alors? Toute leur consolation n’estoyt que de ouyr lire quelques pages dudict livre, et nous en avonsveu qui se donnoyent à cent pipes de vieulx diables en cas que ilz n’eussent senty allegement manifeste à la lecture dudict livre, lorsqu’il les tenoyent en lymbes, ny plus ny moins que les femmes estans en mal d’enfant quand on leurs leist la vie de saincte Marguerite… (François Rabelais, Pantagruel)
Chapitre I1936Guernegazec  Aucreux du matin frisquet, lestée d’un bol de chicorée et d’une tartine de beurre salé, Tite Fra assume ses cinq ans, bride ses craintes, ragrippe ses sabots, souffle sur son ongléeet mène la Julie paître l’herbe maigre de la lande. Sur le mur bas de granit, le toit de lauzes s’affaisse au sol détrempé de purin. Au faîte du refend aveugle, un panache apeuré prie les nuages d’encre ventrus. Dans le sillage de la panse aux longs pis pendulaires, Fra s’enfonce entre les hauts talus aux sommets sertis d’ajoncs. Si la cheville tord à l’ornière, l’aiguillon dans sa main roidie la tire et la promeut adulte, quand le moindre faux pas du monstre l’écrabouillerait. Mélancolique de méthane ruminé roté, la Julie dandine ses mamelles vers les prés illusoires, où, dans l’herbe rase, les longs doigts des ronciers, des ajoncs grifferont sa croupe. Sous chaque épineux, des korrigans, leur besace à maléfices large ouverte, s’apprêtent ricanant à sévir dès nuit tombante, scandant la gavotte des âmes damnées en hululements sinistres. Houppelande battant à la bise, leur tornade dès qu’elle se creuse et se tord projette à l’infini maritime, quandon omet de se signer,éructe le recteur crispé sur son missel relié peau de phoque de Saint Pierre et Miquelon. Fra n’est une seconde dépassée par sa tâche. C’est ainsi. Faut mener la Julie à la lande. Ultime recours à la faim. Sur l’étroite emblavure, maman Doucen récolte plus de granit et de maux de reins que de blé dur. Total dénuement. Après des mois de silence, elle a reçu de Loïs vingt lignes et un petit mandat, sauvé dugwin ru desbords de Seine où depuis cinq ans il trime aux chimiques pour nourrir la famille.
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