Olympe de Gouges

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L'auteur a choisi ici de retracer la vie d'Olympe de Gouges sous forme de fiction en passant par le genre épistolaire. Cette pratique lui permet de donner libre cours à son imaginaire tout en nous dévoilant la forte personnalité de son héroïne.
Publié le : mardi 2 juin 2015
Lecture(s) : 7
EAN13 : 9782336382869
Nombre de pages : 290
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sous forme de fiction en passant par le genre épistolaire.
son héroïne.
écriture fluide à tonalité lyrique. L’auteur distille les conflits
internes,
marquent le tempo d’une vie au destin tragique.
souvent
Tenerife, Îles Canaries, en 1943. Auteur d’une
2011.
Photo : Coco M.G.
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La liberté pour bannière
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Olympe de Gouges La liberté pour bannière
Lettres Canariennes « Lettres Canariennes » vient de voir le jour aux Éditions L’Harmattan. La création de cette nouvelle collection, dirigée par Marie-Claire Durand Guiziou et Jean-Marie Florès propose, dans un premier temps, la publication en version française de romans canariens. Elle devrait réjouir les lecteurs francophones dont l’engouement pour les lettres hispaniques est bien connu. Émergeant de l’espace ouvert de l’Atlantique, les meilleurs auteurs canariens prendront place dans cette nouvelle collection. Déjà parus Luis León Barreto,Les Spirites de Telde, 2011. Sabas Martín,Mon héritage, Alma mon Amour, 2011. Marcos Sarmiento Pérez,Les Captifs qui furent interprètes, 2012. José Manuel Espinel, CejasJeux, abaques et calculatrices astronomiques des Îles Canaries depuis l’Antiquité, 2013. Jonathan Allen,Julie et la guillotine, 2014. Rosario Valcárcel,Moby Dick aux Canaries, 2015. Illustration de la couverture : Pastel d’Alexandre Kucharski, peintre polonais (18/3/1741-5/11/1819)
Isabel Medina
Olympe de Gouges La liberté pour bannière
Traduit par Jean-Marie Flores et Marie-Claire Durand Guiziou
© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05630-2 EAN : 9782343056302
Préambule : Une petite voix, tel le cri d’un oisillon qui vient d’éclore
La pluie tombait. Elle tombait sans répit sur Paris. Le noir manteau du ciel fut trempé par des millions de larmes dans une chute voluptueuse car les yeux du monde s’étaient enfoncés comme des pointes de feu dans la France révolutionnaire. Le 2 novembre 1793 Olympe de Gouges se laissa tomber. Elle semblait vouloir se débarrasser d’un vieux vêtement abandonné sur la paillasse d’une cellule de laConciergerie, sa prison pour peu de temps. Les yeux de la guillotine brillaient tel un faisceau lumineux opacifié. Le silence, après tant de clameurs, criaillait dans ses oreilles, décidé à se faire entendre. Ce n’étaient plus les cris, ni les applaudissements, ni les insultes, ni son désir ardent de parler, d’expliquer, de dire… alors que tout était discuté, expliqué, dit… décidé. Il était vrai que rien ne pouvait changer l’histoire embourbée dans une mare de sang. Mais ses oreilles levèrent la voix lui rappelant la sentence lue quelques instants auparavant par l’un des membres du tribunal qui l’avait jugée. Elle eût aimé la déchirer comme elle avait déchiré un vieux brouillon de sa première comédie, mais cette sentence-là, bien que réelle, elle ne pouvait pas la toucher, la lire, la sentir… mais l’écouter seulement, l’écouter depuis le cri étouffé de ses oreilles qui, pourtant bouchées, s’obstinaient à parler :… Tribunal extraordinaire, à Paris, conformément au décret de la Convention du 10 mars 1793, année II de la République… les jurés ont décidé que Marie Olympe de Gouges a attenté contre la souveraineté du peuple avec des écrits dont elle est l’auteur… les jurés la condamnent donc à la peine capitale qui devra être exécutée dans un délai de vingt-quatre heures… en accord… avec l’article… de la loi… 29 mars. Biens confisqués par la République. Vingt-quatre heures pour les déglutir seconde par seconde. Elle voulut savoir combien et elle se mit à compter : une, deux, trois, quatre, cinq… Il lui restait encore quelques francs, elle demanderait aux gardiens quelques bougies. Je dois écrire ; écrire est la seule chose que je peux faire. Mon cher petit Pierre, mon enfant. Je désire que tu saches la vérité, ma vérité. Elle n’a rien à voir avec cette farce édictée
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par ce tribunal, peut-être parce que la sentence avait été écrite bien avant que je ne monte à la tribune ; ouvrir mon cœur n’a donc servi à rien, pas plus que de le dévoiler aux membres du tribunal et à tous ces gens réunis là pour me voir, pour voir une femme qui avait défendu son droit à la parole, son droit à monter à la tribune, à monter à l’échafaud s’il le fallait. Mais eux, ils ne vont jamais tolérer qu’une femme montre le chemin. C’est un acte d’arrogance impardonnable. Je sens que ma tête voudrait éclater tout à coup et répandre ses os dans tous les sens. Mais nenni. Elle est encore capable de se tenir sur mes épaules et de me conduire dignement vers la guillotine, ce lieu horrible devenu le Premier Ministre de la France. Je suis si lasse, mon petit Pierre ! Si je pouvais fermer les yeux pendant un instant, dormir, non… je ne veux point dormir ; seulement fermer les yeux quelques secondes, suffisamment pour que ce scandale soit plus supportable. J’ai toute l’éternité pour dormir. L’humidité suintait sur les gros murs de la prison et la nuit à venir s’avançait férocement sans demander la permission. Un regard inquisitorial à la pièce pour constater une fois encore que le rituel insupportable de la mort comptait une nouvelle victime. Près de la paillasse où la femme avait fermé les yeux en une fraction de son temps mesuré, on entendit une petite voix, tel le cri d’un oisillon qui vient d’éclore. Maman… maman… réveille-toi ; c’est moi, Julie, c’est moi Julie. La femme se hasarda à faire bouger son corps lourd comme un fardeau, elle voulut se lever, mais même ses propres yeux étaient incapables de se soustraire à la sensation de lassitude qui s’était emparée d’elle. Maman… entendait-elle encore dans sa tête en délire. Une voix fluette et obsédante tel un bistouri perforant les os de son crâne. Elle comprit qu’elle devait faire un effort et ouvrir les yeux. Il fallait absolument ouvrir les yeux. Julie, ma petite Julie ? Oh !… je délire ! Ce doit être la fièvre qui est montée à cause de cette infection à la jambe et ce froid terrible et cette humidité qui engourdit mes os et me paralyse… Le pire de tout c’est que j’ai des hallucinations, je délire. Oui, il me semble que je délire parce que, à qui appartient cette voix si douce sinon à ma pauvre Julie, à ma pauvre petite Julie ? Il y a si longtemps que je ne la vois pas, qu’elle nous a abandonnés sans rien dire ! Comme si tu étais un oisillon, Julie, tu avais ouvert la cage et tu t’es envolée. Tu t’es envolée loin de moi, de ton père, de ton frère… Comme nous
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t’aimions, Julie! Et, nonobstant cela, tout notre amour ne put éviter ton départ. Maman, je suis avec toi… je suis ici. Je ne pouvais pas accepter de te laisser partir sans te voir, sans que tu me voies. Une petite main toute douce caressa ses cheveux, effleura son visage blanc, plus blanc que naguère. Les derniers temps avaient été une dure épreuve pour la femme qui avait le privilège scandaleux de pouvoir compter ses heures. Elle ouvrit les yeux, regarda la fillette qui s’était installée à côté d’elle et se dit qu’elle vivait les instants les plus formidables de sa vie. Elle put donc entendre que son corps se relâchait et que son visage esquissait un sourire comme si elle acceptait la capitulation totale. Quelle importance que tout cela fût une sottise, un délire, une hallucination ? À quoi bon vouloir tout rationaliser ? Au nom de quoi, de qui fallait-il chercher une explication à l’insolite présence de Julie dans cette prison ? Mais elle était Olympe de Gouges, féministe et républicaine, la femme qui osait faire des discours, écrire des comédies, dicter des tracts… La femme d’État qui avait lutté pour la France comme peu d’hommes l’avaient fait ; elle, Olympe de Gouges, se devait de savoir ce qui se passait dans le lieu le plus ténébreux du monde. Mais c’est à cet endroit, là précisément, que sa petite Julie, sa fille, était arrivée. Pas de doute, c’était bien elle ; Julie était à ses côtés et l’appelait, la caressait et le monde entier s’était obscurci devant sa présence incommensurable. Elle refoula la raison dans le coin le plus reculé de sa tête et caressa ce petit moineau qui lui offrait le dernier concert de sa vie. Julie… ma petite Julie ! J’ai tant de choses à te raconter ! Mais tu vois je me contente de la main que tu me tends… Comme ta main est douce et chaude, ma Julie !
Première partie
Une voie, un destin, Paris au bout du chemin
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