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Origines S01E06 : Les Ides de Mars

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54 pages

Saxhäuser enrage : leur périple en Méditerranée s’éternise, Schmundt semblant décidé à faire de leur retour une croisière d’agrément. Dans le même temps, Andrea von der Goltz a atteint l’Allemagne, mais les dirigeants du Troisième Reich ont certain projet pour cette jeune femme qui en sait désormais trop.


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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
O u vrage p u b lié so u s la d irectio n d e O livier G irard & E rw an n P erch o c Illu stratio n d e co u vertu re © 2 0 1 5 , A u rélien P o lice V ersio n : 1 .0 — 1 0 /12/2 0 1 4
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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
13. Dans l’antre de l’Imperator
Au large de Beyrouth, 21 juillet 1939
LO E L E T T E R O U L A I TA G  d’un bord sur l’autre, bringuebalant Saxhäuser dans le couloir qui menait à sa chambre. Il venait de prendre congé de Schmundt ; les deux hommes avaient prolongé leurs agapes jusque tard dans la nuit et l’espion ne savait plus si les mouvements de balancier du navire étaient dus au grain qu’essuyait leSiegfried depuis deux heures du matin ou à l’effet du champagne consommé sans retenue. Laissant derrière lui le salon et une énième bouteille de Krug, Saxhäuser, titubant, traversa la coursive qui desservait les couchettes, puis manqua de se rompre les os dans l’escalier qui descendait à la cabine arrière, s’échouant misérablement contre la porte des appartements d’habitude réservés au capitaine du navire. En hôte attentionné, Schmundt lui avait alloué le logement le plus confortable du bord, l’archéologue préférant occuper la suite située à la proue. Depuis combien de temps n’avait-il pas touché à une goutte d’alcool ? Sa question se perdit dans un haut-le-cœur : il échoua à atteindre les toilettes, maculant la magnifique moquette rouge qui décorait sa cabine.
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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
Berchtesgaden, 11 février 1938
« Est-ce que cela ira, Herr Hauptsturmführer ? » L’ordonnance semblait inquiet. Un des derniers lacets de la route menant au Berghof, la résidence privée du Führer, venait d’avoir raison de son estomac : Saxhäuser avait dû faire arrêter la voiture en catastrophe, se précipitant dans la neige fraîche amassée sur le bas-côté de la chaussée pour vomir. L’agent du SD-Ausland respira l’air glacé des Alpes bavaroises, exhalant de petits nuages de vapeur bleutée avant de déglutir difficilement. Les mains appuyées sur le haut des cuisses, il demeurait immobile, pris de vertiges. La voiture venait de s’immobiliser au cœur d’une forêt de sapins dont les cimes disparaissaient dans la brume. Le massif boisé faisait partie de la vaste zone interdite au public qui entourait la propriété du Führer, dominant une large vallée et la ville de Berchtesgaden noyées dans la brume en contrebas. Le chauffeur descendit de voiture à son tour et s’alluma une cigarette. Tout comme l’ordonnance, il portait l’uniforme noir de la Schutzstaffel et de splendides bottes de cuir rutilantes. Arborant le brassard rouge et blanc à croix gammée au bras gauche, les deux hommes étaient comme deux puits sombres découpés dans un paysage vaporeux digne d’une estampe chinoise. Les mains sur les hanches, ils se jetaient des regards narquois, observant du coin de l’œil leur supérieur qui n’en finissait pas de hoqueter. Décidément, les deux sous-officiers se faisaient une autre idée de l’homme de confiance de Himmler. Saxhäuser était vêtu d’un pardessus en laine chinée qui semblait tout droit sorti d’une lessiveuse, à l’instar de son costume bleu froissé. Découvrant cet homme barbu aux cheveux en bataille et aux souliers crasseux descendant d’avion sur l’aérodrome de Salzbourg, les SS avaient un instant hésité avant de le saluer. Assurément, son allure ne correspondait pas à celle d’un Hauptsturmführer dont Hitler en personne réclamait la présence au Berghof… Saxhäuser venait de passer les dernières vingt-quatre heures sans dormir pour rejoindre Berchtesgaden dans les meilleurs délais. Tout au long du mois de janvier, il avait sillonné l’Autriche, rencontrant nombre d’informateurs et de sympathisants nazis qu’il connaissait pour la plupart, ayant déjà opéré comme agent de renseignement dans ce pays quinze ans plus tôt. Sa mission lui avait été confiée par le Feldmarschall
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Hermann Goering en personne. La tâche consistait à apprécier l’état d’esprit de la population autrichienne, Saxhäuser devant pour cela activer ses contacts et recueillir leurs sentiments sur la nouvelle politique menée en Allemagne depuis le 30 janvier 1933. Le ministre lui avait également fixé un objectif qui ressemblait à s’y méprendre à une opération militaire tactique : reconnaître les cent vingt kilomètres de route séparant Braunau-am-Inn, la ville natale d’Adolf Hitler, située à la frontière autrichienne, de Linz, sur les bords du Danube. L’espion avait dû tout consigner, relevant les lieux propices aux embuscades et indiquant le moindre obstacle sur cet itinéraire. Ce travail de fourmi achevé, un petit bimoteur civil était venu récupérer l’agent du SD-Ausland sur un terrain d’aviation proche du fleuve pour le ramener en Bavière. « Nous devrions repartir, Herr Hauptsturmführer, Martin Bormann a insisté pour que nous vous conduisions au Führer le plus vite possible ! – C’est bon, j’arrive ! » pesta Saxhäuser. L’ascension reprit. Quittant la forêt, la Mercedes atteignit rapidement les alpages de l’Obersalzberg. Quelques gros chevaux de trait batifolaient dans un champ de neige sous le regard bienveillant du mont Watzmann qui dominait toute la région du haut de ses deux mille sept cent treize mètres. L’automobile s’immobilisa bientôt devant le point de contrôle SS commandant l’accès au domaine de Hitler. L’ordonnance abaissa sa vitre puis s’adressa aux gardes postés devant la barrière. « Hauptsturmführer Friedrich Saxhäuser, nous sommes attendus par le Führer. » Un Obersturmführer sortit du corps de garde et salua les nouveaux venus. « Bonjour messieurs. Vos papiers, s’il vous plaît. » Les trois hommes présentèrent leurs pièces d’identité, dont le jeune officier entreprit l’examen minutieux tandis que des gardes armés faisaient le tour de la voiture, dévisageant les passagers d’un regard circonspect. Devant la porte du local, deux chiens de bergers aboyaient férocement, maintenus en laisse par un soldat en grande tenue. Les secondes s’égrenèrent, interminables, les hommes préposés à la sécurité d’Adolf Hitler n’affichant aucune sympathie pour Saxhäuser et ses deux ordonnances vêtus du même uniforme qu’eux. « Tout est en règle ! » déclara simplement l’Obersturmführer en ordonnant d’un geste de relever la barrière. Le chauffeur redémarra aussitôt, jurant entre ses dents tout en lançant un regard agacé dans son rétroviseur.
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« Je connais Hans depuis deux ans, et cet imbécile fait comme si on ne s’était jamais vus à chaque fois que je remonte quelqu’un de Berchtesgaden ! » L’ordonnance assis à côté de lui se contenta de rire. La voiture fit encore quelques centaines de mètres sur la route principale avant de tourner à droite puis remonter une allée en pente. Elle finit par s’immobiliser devant l’escalier qui conduisait au Berghof. Saxhäuser sauta à terre sans attendre et entama l’ascension des marches. Relevant la tête, il pouvait apercevoir au-dessus de la vaste demeure les crêtes enneigées du Hoher Göll perdues au milieu des sapins. Dans cet écrin naturel couvert de neige, la résidence du Guide de l’Allemagne ressemblait à un décor de théâtre pour quelque fresque romantique. Hitler, alors simple touriste résidant à la pension Moritz, avait découvert cet endroit en 1923. Selon ses propres termes, il était immédiatement tombé amoureux de la vue enchanteresse qui s’étendait vers le nord jusqu’à l’Untersberg. Cinq ans plus tard, il avait loué une première maison sur le site avant de devenir propriétaire du Berghof en 1933. Lorsqu’on proposa au nouveau chancelier une résidence mieux exposée, celui-ci déclina l’offre : il souhaitait conserver sa vue sur la montagne abritant, selon la légende, l’esprit endormi de l’empereur Friedrich Barbarossa. La vie du Führer sur l’Obersalzberg était beaucoup moins formelle qu’à Berlin. Quand il résidait dans la propriété, sa maîtresse Eva Braun l’accompagnait toujours. Seuls les intimes étaient admis à leur table au quotidien. Les Goebbels, les Hess ou les Ribbentrop ne venaient que rarement, et toujours pour des questions de service. Les promenades, les bains de soleil et les veillées au coin du feu conféraient au lieu une impression de vie familiale sereine, presque décontractée. En mettant en scène cette vie sous un jour idyllique devant les objectifs des caméras des services de la propagande, Hitler fixait dans la mémoire des hommes, et pour l’éternité, l’image d’un tyran « humanisé » par la magie du cinéma menant une existence normale au milieu de ses fidèles. Mais tout n’était qu’apparence dans l’antre de l’Imperator. Afin de garantir la sécurité du Führer, on avait exproprié près de deux cents familles et vidé dix kilomètres carrés d’alpages de tous ses habitants. La zone interdite était entourée de réseaux de fils de fer barbelés électrifiés, et des patrouilles de Waffen-SS sillonnaient les bois jour et nuit avec leurs chiens. Il n’était pas rare que ces hommes croisent des admirateurs cherchant à déjouer la sécurité de l’Obersalzberg pour apercevoir leur idole : l’attitude des gardes variait alors en fonction du comportement et du sexe des intrus. Certaines jeunes filles pouvaient ainsi se consoler de
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ne pas rencontrer leur mentor en repartant avec un rendez-vous galant donné par un des grands blonds de la garde personnelle du Führer. Il arrivait toutefois que les SS se montrent beaucoup moins compréhensifs… L’escapade dans les Alpes bavaroises virant alors au cauchemar. Les hiérarques du régime avaient également investi les environs, à commencer par Goering, partageant les séjours du Führer sur sa montagne dès 1933. Il résidait dans un magnifique chalet offert par le NSDAP, bientôt rejoint par Martin Bormann, l’intendant du domaine, qui participait aux dîners privés de Hitler au côté d’Eva Braun, ainsi que par l’architecte Albert Speer, autre familier du dictateur. L’Obersalzberg abritait aussi une caserne SS, une nurserie pour leurs enfants, des hôtels réquisitionnés à destination des invités de passage, mais aussi de vastes locaux techniques, et même des serres où l’on cultivait fruits et légumes à l’intention du maître des lieux. En 1938, Bormann mettait la dernière main à un projet de ferme modèle, le Gutshof, avec pour ambition de ressusciter l’agriculture et l’élevage traditionnels des Germains primitifs. La modeste maison du Führer, achetée quelques années plus tôt, avait été transformée par Speer selon des plans dessinés par Hitler lui-même. La résidence née de cette collaboration se composait d’un grand bâtiment central à trois étages prolongé vers l’est et l’ouest par deux ailes plus basses réservées aux communs, ainsi qu’à certains visiteurs ; elle avait été richement décorée de tapisseries des Gobelins, de lustres médiévaux et e e de tableaux des grands maîtres allemands desX V etX V I siècles tels que Cranach, Dürer ou Holbein, un luxe ostentatoire et tapageur encore renforcé par le mobilier rustique en chêne massif. Rien n’était trop cher pour Adolf Hitler, devenu millionnaire grâce aux ventes deMein Kampf. L’Obersalzberg l’aidait à prendre ses décisions les plus graves, son calme et son isolement favorisant ses méditations bersées de rêves de grandeur. Dans ce « royaume miniature image de son pouvoir », comme il aimait à le dire lui-même, le chancelier pouvait espérer tout contrôler, tout régenter. La nouvelle chancellerie de Berlin n’était réservée qu’à la représentation de son autorité, utile pour accueillir les visiteurs étrangers et les ambassadeurs dans un décor aussi colossal qu’impressionnant. Le Berghof était bien plus que cela : le maître de la montagne y faisait venir les hommes d’État qu’il souhaitait soumettre à sa volonté. Il les emprisonnait quelques heures dans le donjon de son château, le temps nécessaire pour leur faire sentir par le verbe et le geste sa détermination à obtenir ce qu’il voulait. Aussi était-ce précisément dans ce but qu’il avait fait appeler Saxhäuser, le Reich hitlérien se trouvant, en ce 11 février 1938, à la veille d’une date capitale de sa jeune histoire.
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Saxhäuser longea la galerie couverte d’où l’on pouvait admirer l’exceptionnel panorama de la vallée. À son approche, les plantons SS postés le long du péristyle se figèrent au garde à vous. L’agent de renseignement pénétra dans le hall de réception du bâtiment principal ; un valet s’empressa de le débarrasser de son manteau tout en s’inclinant respectueusement alors qu’un officiel du parti en veste brune, sorti d’un bureau voisin, se figeait face à lui dans un salut hitlérien rigide : « Bonjour, Herr Hauptsturmführer. C’est toujours un plaisir de vous voir au Berghof ! Avez-vous fait bon voyage ? » L’homme ne put s’empêcher de lancer un regard navré sur la tenue vestimentaire de Saxhäuser. « Bonjour, Herr Bormann. Le voyage a été agréable. Merci de m’avoir fait envoyer cet avion, qui m’a évité une journée en train supplémentaire. – Cela s’imposait. Le temps presse, sachez-le. Nous attendons Schuschnigg pour demain matin et le Führer souhaitait vous entendre avant sa rencontre avec le chancelier autrichien. – Je vois. Ce n’est plus qu’une question d’heures maintenant, n’est-ce pas ? – En effet. Soyez bref avec le Führer, il est extrêmement tendu en ce moment. La présence de Papen au Berghof n’arrange pas les choses. Surtout, ne le contrariez pas. – Ne vous faites aucun souci, Herr Bormann, l’Autriche tombera entre nos mains comme un fruit mûr ! » Visiblement soulagé, Bormann précéda Saxhäuser jusqu’au premier étage avant de l’introduire sans tarder dans le grand salon. Bien qu’il soit déjà entré dans cette pièce, l’agent du SD-Ausland ne put qu’être impressionné une fois encore par la dimension et l’ordonnancement des lieux. Hitler se tenait debout devant la baie vitrée gigantesque ouvrant sur les contreforts de l’Untersberg. Dans une pose savamment étudiée, la main droite appuyée sur le montant de la fenêtre tandis que la gauche reposait sur la hanche, le maître de l’Allemagne semblait en pleine méditation, son regard perdu vers les cimes toutes proches. Disposés de part et d’autre de la cheminée monumentale en marbre, assis dans de profonds fauteuils de cuir, Franz von Papen, Joachim von Ribbentrop et Wilhelm Keitel attendaient, immobiles et silencieux, que le Führer daigne sortir de sa contemplation. « Mein Führer, le Hauptsturmführer Saxhäuser est arrivé ! » déclara Bormann en pénétrant dans la pièce. Hitler sursauta, comme tiré d’un rêve. Se retournant d’un bloc, ses yeux se posèrent sur le nouveau venu. Souriant, le dictateur se dirigea
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