Origines S01E08 : Vois Naples et puis meurs

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Paresseusement, le Siegfried remonte les côtes de la mer Tyrrhénienne, jusqu’à atteindre Naples. Là, un sabotage retient le navire à quai. Tandis qu’en ce mois d’août 1939, les tensions grandissent entre l’Allemagne nazie et les autres nations européennes, Saxhäuser va devoir montrer aux espions anglais ce dont il est capable.


Publié le : vendredi 30 janvier 2015
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EAN13 : 9782843446771
Nombre de pages : 58
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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
Stéphane Przybylski
Origines | saison 1 épisode 7 De profundis
Extrait du roman Le Château des Millions d’Années
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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
O u vrage p u b lié so u s la d irectio n d e O livier G irard & E rw an n P erch o c Illu stratio n d e co u vertu re © 2 0 1 5 , A u rélien P o lice V ersio n : 1 .0 — 1 0 /12/2 0 1 4
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20. Mémoires de guerre
Washington D.C., 24 décembre 1950
M.LSE E E T A I T I N S T A L L E dans un petit bureau sans fenêtres du Building Thomas Jefferson. Situé en plein centre-ville de la capitale fédérale des États-Unis d’Amérique, à deux pas de la Cour suprême garante des libertés de la première démocratie du monde, l’immeuble abritait la bibliothèque du Congrès. L’institution, une des plus vieilles du pays, conservait à l’abri du temps des dizaines de milliers de livres et de documents : des publications les plus ordinaires aux trésors témoins du génie de l’esprit humain. Assis à une table, M.Lee consultait un ouvrage avec attention tout en fumant une cigarette à petits gestes nerveux. La pièce était éclairée par une lampe munie d’un abat-jour en tissu fixée sur le bureau ; un cendrier posé devant le lecteur débordait de mégots à demi-consumés. Le livre semblait récent, à en juger par l’étiquette de classement flambant neuve qu’on trouvait à l’intérieur. Aucun nom ne figurait sur la fiche de lecture qui lui était jointe. La couverture, verte en tissu bon marché à grosses mailles, ne portait pas la moindre trace d’usure, et la reliure craquait lorsque les pages tournaient. Le titre, en anglais, s’étalait en lettres dorées : Mémoires de guerre du capitaine Lorenzo Ramella di Borgoratto, pilote de chasse de la Regia Aeronautica Italiana, 1935-1943.Bien que le livre n’ait de toute évidence intéressé personne à la bibliothèque du Congrès, l’homme qui le consultait ce matin-là semblait passionné par son contenu. Un chapitre retenait plus particulièrement l’attention du lecteur, qui prenait de nombreuses notes sur un calepin
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recouvert d’une jaquette en cuir noir. Dans cette partie du livre, Lorenzo Ramella évoquait ses souvenirs relatifs aux années précédant la Seconde Guerre mondiale. Vétéran de la campagne d’Abyssinie, il avait ébloui ses camarades par sa virtuosité de pilote, intégrant peu avant le conflit une escadrille d’élite des forces armées de Mussolini. Une anecdote qui tenait sur moins de deux cents lignes concluait cette partie. En contradiction avec le soin qu’il avait jusqu’à lors porté à l’ouvrage, M. Lee écorna la page 193. Puis il revint au début du livre où étaient mentionnés le nom de l’éditeur, Peter Maxwell, l’année et le lieu de parution, 1949, New-York City. Il était également précisé que l’ouvrage avait été traduit depuis l’italien en anglais par Roberto Meazza. Prenant ces références en note, M.Lee feuilleta les pages jusqu’à l’endroit qu’il venait de marquer avant de relire attentivement le passage qui l’intéressait. e J’avais intégré la prestigieuse 4 escadre de chasse de la Regia le 11 e juillet 1939. Versé à la 10 escadrille, j’eus la fierté de faire partie du premier groupe de quinze pilotes destinés à être formés sur le tout nouveau chasseur Macchi C.200 que le haut commandement venait d’attribuer à l’unité. Nous nous sommes donc rendus à Lonate Pozzolo à la fin du mois pour effectuer le passage sur ce nouvel appareil. Très vite, nos espoirs furent déçus. Comme mes camarades, je n’appréciais guère de me laisser enfermer derrière cette verrière censée me protéger des balles et qui est pourtant devenue aujourd’hui un équipement standard sur tous les avions de combat. J’avais fait mes premières armes sur le FIAT C.42, et je regrettais sa maniabilité ainsi que son cockpit ouvert. En outre, le C.200 se mettait facilement en vrille, et il fallait un long apprentissage pour le tenir en main. C’est dans cette optique que j’effectuais une sortie en compagnie de mon ailier, le sous-lieutenant Angelo Rossano, le 4 août 1939. Nous devions tester le Macchi pour apprécier son comportement en virages serrés. À dix-sept heures, nous avons décollé de la base de Catania Fontanarossa en Sicile. Il était prévu que les essais aient lieu au-dessus de la mer, aux environs du Stromboli, pour ne pas risquer de nous écraser sur une région habitée. Une fois cette zone atteinte, nous avons enchaîné les évolutions pendant près d’une heure. Angelo n’avait pas son pareil pour voler en formation serrée. Il venait se caler à quelques centimètres de mon aile, suivant mes changements de cap avec une audace folle. Nous avons poussé le C.200 jusqu’au décrochage à plusieurs reprises. À chaque fois, le Macchi se mettait en vrille, dégringolant vers la mer. Nous devions jouer sur le palonnier et la manette des gaz pour reprendre le contrôle de l’appareil. Le Sottotenente et moi-même nous sommes pris au jeu. C’était à celui qui redresserait l’appareil au plus près des vagues.
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Nous plongions vers le sol à toute vitesse, attendant l’ultime seconde pour interrompre les mouvements anarchiques de notre avion. Notre plan de vol prévoyait un atterrissage sur l’aérodrome de Naples. Nous avons donc mis le cap sur Sorrento aux environs de dix-huit heures, volant vers les rivages enchanteurs de la côte amalfitaine. J’étais en nage sous cette damnée cloche à fromage après notre petit numéro de voltige ! Je fis un signe de la main à Rossano qui me répondit tout en épongeant son front. Il était souriant, ravi que nos essais aient tourné à un jeu de trompe-la-mort. Nous distinguions maintenant distinctement la péninsule sorrentine. Juste derrière, le golfe de Naples étalait toute sa beauté, dominé au loin par la silhouette du Vésuve. Mon attention fut alors attirée par une curieuse lueur qui semblait planer au-dessus de Capri. Bien que la région soit écrasée de soleil, je pouvais voir, très nette, une sphère lumineuse immobile à la pointe est de l’île. Elle planait au-dessus des falaises surnommées « le Saut de Tibère », du haut desquelles l’empereur, selon la légende, précipitait ceux qui lui avaient déplu. J’attirais du geste l’attention de mon ailier sur cette curieuse apparition. Rossano secoua la tête en signe d’approbation, m’indiquant qu’il avait lui aussi repéré la lumière. L’instant d’après, mon audacieux camarade plongeait droit vers la Bocca Piccola. Intrigué par cette apparition, que je considérais alors comme une simple réflexion des rayons du soleil sur la mer, je m’engageais à la suite de Rossano en me disant que notre petite manœuvre constituerait un excellent entraînement à l’attaque au sol. Moteurs hurlants, nous avons plongé droit vers Capri, dépassant les cinq cents kilomètres à l’heure. À mesure que nous prenions de la vitesse, je sentis qu’Angelo me lançait un nouveau défi. Mon camarade piquait de plus en plus nettement vers la mer. Arrivés à moins de six cents mètres d’altitude, je relevais légèrement le nez de mon appareil pour anticiper sur la chandelle de l’avion qui me précédait. Rossano redressa au ras des flots, montant à l’assaut des falaises de Capri en direction de la sphère lumineuse, qui, toujours immobile, éblouissante comme un soleil, survolait le mont Tibère à une cinquantaine de mètres d’altitude. Le C.200 de mon ailier bondit au-dessus du Saut de Tibère, surgissant devant la sphère après avoir masqué son approche jusqu’au dernier moment. La réaction de la boule lumineuse fut tout simplement stupéfiante : encore aujourd’hui, je reste persuadé que c’était un engin volant habité. En effet, cet appareil s’éleva brutalement à la verticale, le pilote de l’engin ayant sans doute été effrayé par l’avion du Sottotenente qui venait de débouler devant lui. Malheureusement, dans sa hâte, l’inconnu coupa la trajectoire de mon ailier et percuta l’appareil d’Angelo ! Je poussais un hurlement de terreur dans mon cockpit. Le Macchi virevoltait dans les airs, son aile gauche, arrachée lors de la collision,
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retombant comme une feuille morte vers la mer. Je ne perdais pas des yeux l’avion de mon camarade et assistais impuissant aux derniers instants d’Angelo ; le Macchi, hors de contrôle, finit par s’écraser à la surface de l’eau. Le drame n’avait duré que quelques secondes. C’est alors que je vis au-dessus de moi un long ruban de fumée noire : la sphère était en feu, zigzaguant en direction de Naples à une centaine de mètres d’altitude. L’objet avait perdu sa luminescence. Il était selon toute vraisemblance en perdition. Je le suivis, impatient de voir où allait finir la course du pilote imbécile responsable de la mort de mon ami. Anticipant sur les changements de cap désordonnés de l’appareil, je piquais droit vers Naples, rattrapant vite ma cible. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je constatais que l’engin en feu possédait une forme de disque et qu’il était totalement dépourvu d’hélices ! Sa surface en métal argenté brillait au soleil. Il faisait bien quinze mètres de diamètre. Je distinguais une protubérance sur la partie supérieure du fuselage qui aurait pu être un cockpit, mais pas la moindre ouverture ou trappe d’aucune sorte sur le fuselage. M.Lee interrompit sa lecture pour s’allumer une nouvelle cigarette. Il avait lu ou entendu ce genre de récit des dizaines de fois, et lorsqu’il auditionnait des témoins de ce type d’apparition, il pouvait afficher une totale indifférence. Ainsi, dans la solitude de ce bureau du Building Thomas Jefferson, M.Lee conservait, comme à l’accoutumée, ses impressions et ses émotions pour lui seul. Il entoura le texte qu’il venait de lire au stylo bleu, faisant peu de cas du respect dû aux livres dans une bibliothèque, puis il reprit le cours du récit.L’objet en perdition s’écrasa dans le cratère du Vésuve, provoquant une violente explosion qui secoua mon appareil. Je reprenais avec difficulté le contrôle du Macchi et survolais le volcan pendant quelques minutes à la recherche de l’épave. Malheureusement, les fumées de l’incendie s’étaient mêlées aux fumerolles du volcan et il était impossible de distinguer le lieu précis de l’accident. Tandis que je me dirigeais vers l’aérodrome de Capodichino, je me demandais si je n’avais pas rêvé toute cette scène. Ce fut en tout cas l’avis de ma hiérarchie, qui estima que je voulais couvrir une séance de voltige aérienne non autorisée par le règlement en prétextant une collision avec un autre appareil. Pour les autorités militaires de Naples, l’appareil inconnu n’existait pas, aucun avion n’étant signalé au-dessus de la baie ce jour-là. Je fus relégué à terre pendant de longues semaines, le temps qu’une commission d’enquête fasse « toute la lumière » sur cette histoire. On conclut
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à un simple accident de vol ; le Macchi ne devait surtout pas être mis en cause. L’affaire fut classée. Rossano n’avait ni femme, ni enfants. La Reggia est sans doute allée jusqu’à oublier son nom aujourd’hui. C’était pourtant un de nos meilleurs pilotes. On me réaffecta à une unité opérationnelle stationnée en Lybie. Je ne subis aucun blâme. On me fit promettre en échange de ne parler de cette histoire à personne. Je tiens à dire que mon arrivée en Amérique en 1946 a profondément modifié mon opinion sur cette étrange histoire. Jusque-là, je ne conservais en mémoire que le souvenir d’Angelo Rossano, un ami de longue date que j’avais vu mourir sous mes yeux. J’avais oublié l’objet mystérieux qui avait causé sa perte, finissant par croire aux conclusions du rapport de la Regia Aeronautica. Émigré à New-York, où j’occupe depuis trois ans des fonctions de pilote commercial, j’ai eu accès aux rapports américains sur les « Foo Fighters », ces sphères lumineuses apparues sur le théâtre européen et dont les évolutions ont été rapportées non seulement par des pilotes de l’U.S. Air Force, mais également par des aviateurs allemands. Je suis persuadé que c’est un « Foo Fighter » qui a provoqué la mort de mon camarade. L’affaire du crash de Roswell en 1947, et les histoires relayées depuis par la presse américaine sur l’existence de « soucoupes volantes » venues d’on ne sait où, ont également ébranlé ma conscience. Mais tout cela est une autre histoire, et je m’égare, car mon propos est de relater ici les hauts faits d’armes auxquels j’ai participé en Méditerranée.M. Lee referma le livre et le posa sur la table : le reste du récit ne l’intéressait visiblement pas. Après avoir écrasé sa cigarette, il quitta la pièce et regagna la haute et majestueuse salle de lecture de la bibliothèque du Congrès. À quelques heures du réveillon de Noël, les tables étaient désertes. Se dirigeant vers le comptoir principal, il demanda au préposé de faire appeler le chef du département. L’employé s’exécuta et quelques instants plus tard, le responsable arrivait dans la salle. « Vous avez terminé, monsieur ? L’ouvrage correspondait-il à vos attentes ? demanda le bibliothécaire. – Pas terrible. Les Italiens sont plus doués pour la peinture ! – Ça ne m’étonne pas. La parution de ce livre a été un four total. Je crois que l’auteur n’en a pas vendu cinquante. Toute la production est partie au pilon en début d’année. S’il n’y avait pas la loi sur les droits d’auteurs, je crois bien que nous n’en aurions même pas reçu un exemplaire. » M. Lee se pencha au-dessus du comptoir et dit à voix basse : « Pas d’objections dans ce cas à ce que je vous l’emprunte quelques temps ?
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– Ce n’est pas vraiment la procédure, monsieur, mais pour vous, je veux bien faire une exception. – Merci, Franck, je vous revaudrai ça ! » À ces mots, l’homme s’empara du livre posé sur le comptoir. Saluant le bibliothécaire d’un geste de la main, il se dirigea d’un pas tranquille vers la sortie sous les regards médusés des employés, surpris par l’infraction de leur chef au règlement. L’individu parti, un employé se risqua à questionner le bibliothécaire : « Savez-vous pourquoi ce monsieur a tant besoin d’un livre qu’il n’a pas aimé ? – Quand certaines personnes travaillent pour certaines agences gouvernementales, je crois qu’il est parfois bon de ne pas trop s’interroger sur le “pourquoi” des choses, répondit le chef de département. – Un homme de McCarthy ? – McCarthy, J. Edgar Hoover, allez savoir… Ce qu’il fait et pour qui il travaille ne nous concerne pas, mon cher Max ! – Quelquefois, je me demande si nous avons réellement gagné la guerre, monsieur. – La guerre que mènent les gens de son espèce est-elle seulement finie aujourd’hui, Max ? »
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