Origines S01E10 : La place du serpent

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Saxhäuser et Schmundt doivent se hâter s’ils veulent regagner sains et saufs l’Allemagne : le Royaume-Uni vient de déclarer la guerre à l’Allemagne, et le HMS Intrepid de la marine britannique est à leurs trousses. Rendez-vous est donné au Siegfried à Madère, au large du Maroc. Combien de temps la goélette de Schmundt et sa mystérieuse cargaison parviendront-ils à échapper à l’ennemi ?


Publié le : jeudi 12 février 2015
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EAN13 : 9782843446818
Nombre de pages : 52
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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
Stéphane Przybylski
Origines | saison 1 épisode 10 La place du serpent
Extrait du roman Le Château des Millions d’Années
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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
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Stéphane Przybylski – Le Château des millions d’années
O u vrage p u b lié so u s la d irectio n d e O livier G irard & E rw an n P erch o c Illu stratio n d e co u vertu re © 2 0 1 5 , A u rélien P o lice V ersio n : 1 .0 — 1 0 /12/2 0 1 4
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Naples, 24 août 1939
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25. Le vaisseau fantôme
GÜ N T H E RHO L T Z était un passionné d’histoire. En poste à Naples depuis maintenant trois ans, il passait le plus clair de son temps libre à déambuler dans les ruines de Pompéi, s’imprégnant avec délice de l’ambiance de l’antique cité romaine, qui, au petit matin ou au détour d’une ruelle déserte, semblait soudain renaître à la vie. Les jours où sa présence était nécessaire au consulat allemand, le petit employé de bureau rongeait son frein, attendant avec impatience cinq heures du soir. Dès la fermeture des portes, Günther Holtz se précipitait au-dehors. Il s’en allait au hasard, flânant devant les bassi, les appartements les plus populaires de la ville situés au rez-de-chaussée des immeubles. Les mains dans les poches, Holtz s’émerveillait d’une partie de football improvisée dans une cour, ou de la conversation sonore entre un vieux monsieur accoudé à sa fenêtre et sa voisine d’en face. Invariablement, cette promenade quotidienne l’amenait à la Piazza Cavour. Le fonctionnaire s’asseyait alors à la terrasse d’un café, commandait un espresso puis compulsait la presse italienne. Dans les pages du très sérieuxCorriere della Sera consacrées à la région de Naples, il n’était question ce jour-là que de la violente explosion ayant secoué le Vésuve le 4 août dernier. L’émoi provoqué par cette déflagration avait poussé les autorités à diligenter une enquête dont le rapport venait d’être rendu public. La commission s’était perdue en conjectures : la thèse d’une éruption volcanique avait été écartée au profit de l’hypothèse d’une chute de météore. Les dépositions de témoins oculaires certifiant avoir aperçu plusieurs appareils militaires survolant la zone juste avant l’incident avaient été ignorées. La Regia Aeronautica avait confirmé qu’un de ses avions s’était abîmé dans la baie, mais les
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militaires juraient leurs grands dieux qu’aucun avion n’avait survolé Naples ou le Vésuve. L’article duCorriere della Sera rapportait que les esprits napolitains s’échauffaient désormais de plus en plus, la population étant persuadée qu’à Rome, le pouvoir central lui cachait quelque chose. Günther Holtz referma son journal avec une moue dubitative : décidément, les Italiens pouvaient monter en épingle de bien curieuses histoires. Consultant sa montre, l’employé du consulat d’Allemagne constata que l’heure de son rendez-vous était arrivée. Il déposa quelques pièces de monnaie sur la table puis traversa la Piazza, se dirigeant résolument vers l’élégante bâtisse qui abritait le musée archéologique de la ville. Quand la guichetière annonça à Günther que le musée fermait dans moins d’une heure, celui-ci ne sembla pas s’en émouvoir. « Aucune importance, mademoiselle. » Il glissait dans la main de la jeune fille plusieurs billets de deux lires. « Chaque soir, j’ai pour habitude de rendre visite à une vieille amie : votre Vénus callipyge. Il me suffit de la voir un instant pour passer une bonne soirée. Mais aujourd’hui je dois avouer que la situation est un peu différente, car votre beauté surpasse encore la sienne. » L’Allemand se pencha au-dessus du comptoir pour mieux voir les hanches de son interlocutrice. « Grazie Signore ! » répondit la demoiselle en inclinant la tête en guise de remerciement. Non sans se retourner plusieurs fois vers l’Italienne, Günther Holtz traversa le hall puis emprunta l’escalier qui menait à l’étage. Traversant les vastes salles sonores, il gagna la section consacrée aux mosaïques retrouvées à Pompéi. Le musée s’était déjà vidé de ses visiteurs et les agents de surveillance commençaient à prendre leurs dispositions pour faire sortir les retardataires. Dans la dernière pièce du département, l’amateur d’art antique ralenti sa marche, ébloui par l’œuvre imposante qui recouvrait le mur du fond : la mosaïque représentant la bataille d’Issos étalait toute sa splendeur — Alexandre le Grand opposant son visage sévère à celui de Darius, qui, figé par l’angoisse, debout sur son char, semble assister terrifié à l’effondrement de son armée tandis que son cocher fouette ses chevaux pour tenter d’échapper à l’avance implacable des cavaliers macédoniens. Un homme seul se tenait debout face à la mosaïque, les mains croisées derrière le dos. Günther Holtz s’en approcha, toussota pour signaler sa présence puis déclara : « L’Orient contre l’Occident. »
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Friedrich Saxhäuser tourna la tête pour entrevoir son interlocuteur avant de reporter son attention sur la fresque. Il répondit : « L’Occident est à nous. » L’employé du consulat vint se placer à côté de l’agent du SD ; les deux hommes entamèrent bientôt leur conversation à voix basse sans quitter des yeux la scène de bataille. « LeSiegfriedest-il opérationnel ? – Oui. Nous prendrons la mer cette nuit. Je préfère ne pas débarquer notre cargaison à Naples pour regagner l’Allemagne par le train : l’Italie n’est pas sûre. Le SIS m’a donné du fil à retordre depuis le sabotage duSiegfried. Tout me laisse à penser que nous serions interceptés avant d’avoir franchi le col du Brenner. – Nos chefs partagent vos craintes. Ils pensent que votre bateau est suffisamment discret pour pouvoir franchir Gibraltar sans que vous soyez inquiétés. – Sans doute, mais la route est encore longue jusqu’à Wilhelmshaven. Et puis, il y a la Manche à traverser : nous pourrions y faire de mauvaises rencontres. – Une fois le détroit franchi, vous ne poursuivrez pas votre croisière vers l’Allemagne, murmura Günther Holtz. Le “Vieux” veut que vous alliez à Madère. Cela trompera la surveillance des ports et des routes maritimes par nos ennemis. Le Portugal étant un pays neutre, vous serez en sécurité à Funchal. Un de nos correspondants vous y contactera. – Et après ? La prochaine étape sera Rio ? – On m’a autorisé à vous dire qu’un U-Boot vous récupérera au large de l’île. Notre correspondant vous donnera les coordonnées d’un rendez-vous en mer pour effectuer votre transbordement le plus discrètement possible. Vous n’aurez qu’à incendier leSiegfried. Avec un peu de chance, on retrouvera l’épave et on conclura à un accident. – Ce cher Canaris. Je le reconnais bien là ! » s’enthousiasma Saxhäuser.
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Bagdad, 3 octobre 1932
Toute la ville résonnait du bruit des festivités célébrant l’indépendance du pays. L’Irak allait faire son entrée dans la Société des Nations, s’affranchissant enfin de la tutelle britannique. La population chantait le nom du nouveau roi, Fayçal ibn Hussein, le chérif de la Mecque qui avait combattu les Turcs aux côtés de Lawrence d’Arabie pendant la Guerre mondiale. Les Anglais n’avaient pas quitté le pays pour autant. Ils conservaient des bases militaires à Mossoul, Habbaniyah ou Bassorah et contrôlaient le pipeline d’Haïfa, sur les bords de la Méditerranée. En ce jour de fête, l’armée britannique faisait néanmoins profil bas pour ne pas provoquer la population. Les troupes indiennes se contentaient de protéger les ambassades occidentales, ainsi que les hôtels de luxe occupés par les étrangers. Quelques automitrailleuses pétaradantes avaient pris position sur les ponts qui enjambaient le Tigre, avec ordre de se retirer en cas de problème. Fayçal ibn Hussein fit son entrée dans la cité à la tête de ses troupes montées sur des dromadaires : les hommes tiraient en l’air tandis que les femmes faisaient retentir leurs youyous. Cheminant lentement à travers les rues, Fayçal atteignit les rives du Tigre, saluant longuement la foule pressée sur les bords du fleuve. Dans le hall d’entrée du Palace Hotel, une dizaine de ressortissants occidentaux observait les festivités à travers les persiennes, suivant d’un regard inquiet le passage du cortège du souverain. L’un d’eux avait sorti son revolver, maintenant l’arme tendue devant lui, le doigt sur la détente. « Si un de ces sauvages entre ici, je l’abats comme un chien ! rugit l’Irlandais à la haute stature. – Du calme, messieurs. Pas de réaction intempestive. Laissons les indigènes se bercer de l’illusion de la liberté, tempéra avec flegme un Américain en costume clair qui fumait cigarette sur cigarette au coin du bar. – Je voudrais vous y voir, monsieur Lee ! répondit un homme très digne affublé d’un nœud papillon blanc. Ce ne sont pas les intérêts des États-Unis qui sont menacés ici ! Il n’en va pas de même pour ma société d’import-export et mes cinquante camions qui relient Téhéran à Damas. » Le téléphone posé sur le bar se mit à sonner, interrompant la conversation. Le barman décrocha le combiné et pris quelques notes sur
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un calepin avant de s’atteler à la préparation de deux sandwichs. Posant la commande sur un plateau, il y joignit une bouteille d’eau gazeuse puis héla un groom. « Porte tout ça à la suite 1311 ! » Tandis que le groom s’éloignait, M. Lee, qui n’avait rien perdu de la scène, lui emboîta le pas. Deux Anglais occupaient la suite 1311 depuis la veille au soir. Lors de leur inscription à l’accueil, ils avaient présenté un ordre de mission signé par les services commerciaux de l’IPC. Leur chambre donnait sur le Tigre ; elle était sens dessus dessous. Agenouillés dans le coin du salon, les deux hommes déroulaient du fil électrique, faisant lentement glisser le câble dans une gaine dissimulée derrière une plinthe. Quand le groom sonna, l’un des Anglais vint lui ouvrir mais il refusa de laisser entrer l’employé dans la suite. L’Occidental prit le plateau des mains du jeune garçon et glissa un billet dans son revers de veste en guise de remerciement, jetant des regards inquiets autour de lui avant de refermer la porte à double tour. « Tu as bientôt fini ? – Dans cinq minutes. Heureusement que c’est la dernière chambre ; cette nuit blanche m’a épuisé ! Nous faisons-là un bien beau cadeau au nouveau gouvernement avant de partir. Pouvoir écouter tranquillement tout ce que se diront les hôtes de marque du roi lorsqu’ils seront hébergés ici ! – Bienvenue au Palace Hotel de Bagdad ! ricana l’autre. Eau, électricité et microphones dans les murs à tous les étages ! – Il faudrait envoyer la note à Fayçal ! » Les deux hommes éclatèrent de rire. Dans le couloir, M. Lee n’avait pas perdu une miette de leur conversation.
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Détroit de Gibraltar, 30 août 1939
C’était une nuit d’un noir d’encre en Méditerranée. Sur la passerelle du destroyer britanniqueHMS Intrepid, le lieutenant William Rourke tentait sans succès de distinguer la surface de l’eau dans les ténèbres. Sans le bruit des vagues sur la coque, il aurait pu s’imaginer n’importe où sur terre, tant le ciel et la mer se confondaient dans l’obscurité. L’officier consulta sa montre. Les aiguilles laquées de radium indiquaient trois heures du matin. L’homme jura entre ses dents : le jour n’était pas sur le point de se lever. « Il n’y a aucune visibilité avec cette nuit sans lune, dit le Commander Josselyn. Si vos amis allemands ont décidé de passer sans être vus, ce sera ce soir. – Cinq jours ! Cela fait cinq jours que leSiegfriedquitté Naples ! a Il devrait être là depuis longtemps. Je crois que vous avez raison : ceux que nous recherchons ont volontairement traîné en route afin de profiter de cette nuit pour franchir le détroit. Sans quoi, nous les aurions repérés bien avant. Cela fait quand même quarante-huit heures que nous sommes postés ici. – Je vais ordonner d’allumer les projecteurs, puis nous quadrillerons le secteur. – Entendu, Commander. Je vous rejoins dans cinq minutes. » Rourke regagna l’intérieur du navire. Allumant une lampe rouge posée sur une tablette recouverte de cartes, il entreprit de consulter un épais dossier qu’il tenait replié dans sa main droite, un document frappé de la classification « Top secret ». « J’ai fait une découverte capitale en Irak, Andrea. Quelque chose qui peut modifier le rapport de force en notre faveur dans l’éventualité d’une guerre. » Il relisait cette phrase pour la énième fois, cette même phrase qui avait motivé sa venue à Gibraltar. L’agent de renseignement anglais siffla entre ses dents : « J’espère que tu ne te fous pas de ma gueule, Saxhäuser ! » Refermant le dossier, il le glissa dans la poche de sa veste. Sur la couverture crasseuse et écornée, un titre tapé à la machine était déjà presque effacé du fait d’une intense manipulation :
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