Orphée d'Afrique

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296280809
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Des mêmes auteurs
Ouvrages communs.
Du Rituel à la scène chez les Bassa du Cameroun, Paris, Nizet, 1979. Liboy li Nkundung, Conte initiatique bassa, Paris, Les Classiques Mricains, 1980. A la Rencontre de..., Abidjan, N.E.A., 1980. NGuessi-Ngonda ou l'initiation bassa au féminin, à paraître. De Marie-José Hourantier alias Manuna Ma Njock Le Chant de la Colline, suivi de A l'aube de la Conscience, Dakar, N.E.A., 1980.

De Werewere Liking:
On ne raisonne pas le venin, Paris, Ed. Saint-Germain-des-Prés, 1977. La Puissance de Um, Abidjan, C.E.D.A., 1979. Une Nouvelle Terre, suivi de Du Sommeil d'Injuste, Dakar, N.E.A., 1980.

WEREWERE LIKING

ORPHÉE-DAFRIC
Roman

MANUNA MA NJOCK

ORPHÉE D'AFRIQ!!E
Théâtre-Rituel

Editions L'Harmattan 7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1981 ISBN; 2.85802-208-9 ISSN . 0223-9930

WEREWERE LIKING

ORPH13E-DAFRIC
Roman

A Njock Ndogbea Et à.N go Biyong Bi Kuban Pour la ,lumière qu'ils apportèrent Et pour l'espoir qui en naîtra...

Orphée,

Nyango,

Nyango

Deux noms qui sonnaient bien. Allaient-ils bien ensemble? Nyango signifie: Madame... Comme ça lui allait bien! C'était réellement une grande dame. Et Orphée ?

- Orphée.

Longtemps, Orphée s'était demandé ce que signifiait son nom. Traditionnellement, chaque nom voulait dire quelque chose, quelque chose qui était en rapport avec les circonstances de la naissance, le caractère et le destin de son porteur. Et au fur et à mesure de l'évolution, on acquérait de nouveaux noms... Aujourd'hui, dès la naissance et irrévocablement, on nous affuble d'une demi-douzaine de noms en ignorant leur intention première. Ne suffit-il pas de savoir qu'ils furent portés par des Saints? SaintAthanase, Saint-Polycarpe, Saint-Simplice, SainteCunégonde, Sainte-Thècle, et autre Eulalie... Un jour, par chance, on vit des titres comme
« Orphée aux enfers », « Or/eo negro »... Et à défaut

de savoir la signification de de son porteur... Et notre de son cœur que ce nom . sinon, il faudrait désormais première solution: être obligé d'aller enfers !...

ce nom, on sut le destin Orphée espéra au fond signifiait: Monsieur; appeler Nyango, Eury-

dice. Mais, .., en réfléchissant bien, il préféra la
il ne voulait tout de même pas chercher son amour jusqu'aux

9

« ... »

C'est ce qu'ils se répétaient inlassablement. Et ils se le répétèrent tant et si bien que leur conviction se condensa, se durcit, et s'imposa... Malgré les oppositions et les pièges en tous genres, Orphée et Nyango venaient, non seulement de se marier, mais de réussir le plus dur, rallier tous les suffrages... Deux familles opposées comme le jour et la nuit venaient de s'unir. Volontairement... Les parents de Nyango étaient de ces nouveaux riches à qui tout était offert comme au jeu du sort, sans efforts. Ils étaient assis aux postes d'honneur, confortablement, comme on s'asseoit sur un héritage l'unique possibilité de révocation serait la mort...

Le père avait « fait des études », juste ce qui suffisait à l'orée des indépendances pour être un homme à placer: un homme avec la juste somme d'idées reçues et de complexes pour être manipulé. Il s'était inscrit au nouveau parti et avait reçu une formation d'administrateur, sur le tas; il savait donc prononcer des discours.., Et il était farouchement pour. pour le développement, pour le progrès, pour la démocratie... Il voyait déjà l'Afrique noire rattraper

l'Occident, bien qu'elle soit
lait construire La études, me il élevée 10

«

des bombes... Et il participait à toutes les « négociations » pour obtenir les prêts nécessaires...
mère de Nyango avait, elle aussi, fait des certes inférieures à celles de son mari, comse devait. Mais « suffisantes» pour se voir au rang d'« intellectuelle », et pour augmen-

des gratte-ciel, des bases nucléaires,

mal partie »... Il vou-

fiançailles, une institutrice diplômée, ça valait son pesant d'or... Elle savait discuter de politique et se

ter sa valeur « sur le marché »... Aux temps de leurs

servir de son « instinct féminin» pour dépister les
pièges qu'on tendait à son époux. Elle lui conseillait la vigilance, la prudence, et faisait pression sur lui quand il se révoltait contre certaines positions de son gouvernement: que deviendrait-elle ? qu'adviendrait-il si on les « dégommait»? Ne savait-il pas combien il était difficile, voire impossible de « chan-

ger de veste

))

?

Alors il devint de plus en plus conciliant, et la chance vint habiter chez eux... De plus, ils eurent le temps de donner la vie à leur fille unique, Nyango, pour les combler. Maintenant, le couple avait atteint les faîtes de son ascension... On ne pouvait pas en dire de même d'Orphée et de sa famille... L'aîné d'une horde de dix enfants, Orphée était le seul en âge d'aider les autres. Son père s'était esquinté à la tâche. Certes, la cacaoyère produisait bien, mais les prix de la Caisse de Stabilisation on ne savait pas ce qu'elle stabilisait et pour qui ne permettaient pas de joindre les deux bouts. Aussi, Orphée avait-il dû travailler après le brevet, en continuant ses études le soir. II s'occupait entièrement de ses trois cadets déjà au collège, tandis que son père « se débrouillait» pour les autres. Son père était de ces hommes qui s'éloignent continuellement d'une fortune sans cesse à leur portée. Intelligent, ouvert, respecté de tous, on aurait pu penser que le succès répondrait présent à son moindre claquement de doigt. Hélas, il ne le claquait point ce doigt et se tuait à la tâche pour un gain dérisoire; sans reproches ni revendications, sans amertume... Et ce village solitaire, semblait n'attendre qu'un signe de lui pour se soulever, mais son

-

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calme désarçonnait les plus révoltés et rassérénait les plus aigris... Son village aurait commençé à retrouver une harmonie qui se raréfiait partout ailleurs dans le pays, pour ne pas dire qu'elle avait disparu... Et si les gens travaillaient avec plaisir et en communauté, la moitié de la journée, le reste du temps serait consacré aux activités sportives et culturelles où l'on exploiterait les capacités de chacun: les voyants, les guérisseurs réapprofondiraient leur science et initieraient des jeunes. Et les instrumentistes, les conteurs, se relayent pour rendre les soirées aussi agréables qu'instructives : on réapprend l'histoire, la mythologie, la philosophie et l'ontologie de sa tribu. Et l'on envisage l'avenir avec optimisme et confiance en soi. Les vieillards acceptent à nouveau de transmettre leur savoir, de parler à des jeunes attentifs qui les écoutent, leur rendant ainsi la dignité qu'on leur avait retirée. Et si les femmes ralentissaient la course au pouvoir et aux richesses, elles ne conseilleraient plus à leurs enfants de chercher tel parti nanti, ne feraient plus pression sur leurs maris pour qu'ils adhèrent à tel parti en place, et briguent tel' poste d'honneur. Parce que l'honneur ici se place à un autre niveau, un niveau qualifié de rétrograde et d'anti-progressiste, par les gens de la capitale... C'est pourquoi la famille de Nyango voyait d'un mauvais œil une union avec une telle famille, une famille qui stagnait et freinait le développement.' La famille d'Orphée, de son côté, considérait comme une mésalliance l'union avec une « race» de traîtres, d'aliénés et de resquilleurs., Mais chose curieuse, il n'y eut plus d' oppositioti. radicale quand les fiancés se furent présentés à le\JÎl's' parents respectifs, comme si tous avaient senti, Qii pressenti la Vraie Rencontre... Certes les méfiancês 12

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