Parallelum

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Les mondes parallèles existent. Mais peut-être pas de la façon dont on se l’imagine. C’est ce que va bientôt découvrir Julien Roy, douze ans. Lui qui depuis quelques mois pensait faire parfois des Rêves étranges va bientôt apprendre qu’en réalité il possède le Pouvoir de Voyager. Tout cela va lui être dévoilé par Paul-André Ventoux, un retraité et nouvel habitant de son village de St-Enchaînes. L’homme se révèle en effet être un Initiateur de la secrète ARP (Agence de Régulation Parallèle). Ce ne sont donc pas de simples rêves que vit parfois Julien pendant son sommeil, mais bien des Voyages sur un monde parallèle appelé Kerta, et plus précisément sur le territoire de la Nation. La Nation où règne l’implacable dictature du Grand Maître. Julien Roy va alors malgré lui se retrouver confronté à une situation des plus périlleuses sur Kerta, et dont l’issue pourrait bien décider du sort de millions d’êtres humains.
Publié le : mardi 12 avril 2016
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EAN13 : 9791026204961
Nombre de pages : non-communiqué
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GREGORY GODIER
Parallelum T.1 L'Apprenti-Voyageur
© GREGORY GODIER, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0496-1
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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« Au Soir des Temps Anciens… »
CHAPITRE PREMIER
Au commencement était le Rêve…
Samedi 19 Janvier 2008 Julien freina et stoppa net. Il regarda discrètement et attentivement autour de lui. Personne. La rue était totalement déserte. Julien pédalait tranquillement sur son VTT, s’approchant de la boulangerie pour s’acheter quelques sucreries, quand un vieux monsieur qu’il ne connaissait pas, sa baguette de pain sous le bras, avait enfourché un vélo laissé là le long du trottoir. Julien était donc le seul à avoir vu la petite boule de cuir noir glisser de la poche droite du pantalon de l’homme et tomber par terre. Le garçon avait failli faire remarquer à l’inconnu la perte de son porte-monnaie, mais il s’était tu. Il ne lui avait fallu qu’une seconde pour réfléchir et s’abstenir d’esquisser le moindre mouvement d’élan ou de sortir le moindre mot d’avertissement. Julien Roy avait douze ans (depuis neuf jours). De taille moyenne, plutôt maigrichon, il possédait des cheveux blonds en bataille qui tombaient sur son front et cachaient partiellement des yeux bleus pénétrants. Il était un bon garçon et savait déjà parfaitement saisir les notions de Bien et de Mal. Il doutait de l’existence de Dieu, et n’avait par conséquent pas trop de craintes de ce côté-là. Mais il croyait en son père, qui lui était bien réel. Tout comme ses punitions. Et il craignait par-dessus-tout sa propre conscience, qui ne se privait pas de le bourrer de remords et de regrets à chacune de ses mauvaises actions. Il décida pourtant, en une fraction de seconde, de courir le risque, et il n’avertit pas l’homme. Ce n’était qu’un porte-monnaie après tout, pas un portefeuille. Pas de risque de trouver des papiers d’identité, un permis de conduire ou des photos. Seulement de l’argent. Julien jugea donc que c’était un mal acceptable.
L’enfant prit le temps d’observer l’homme à vélo. D’une bonne soixantaine d’années, de corpulence moyenne, l’individu était très grand. Il avait les cheveux gris et courts, arborait une fine moustache soigneusement taillée et il était vêtu d’un vieux jogging, de baskets blanches et d’une parka bleu marine d’un autre âge. Son vélo quant à lui semblait dater du début du vingtième siècle. Intrigué, Julien regarda s’éloigner le vieil homme sur son antiquité, un grincement caractéristique émis à chaque coup de pédale. Quel drôle de bonhomme ! se dit le jeune garçon en le suivant des yeux.
Juste avant de disparaître derrière la mairie, l’individu se retourna alors brusqement et regarda dans la direction de l’enfant. Ce fut très bref mais Julien aurait pu jurer sur le coup que c’était lui qui était visé. Mais sitôt l’homme hors de vue, l’impression s’estompa.
Julien réfléchit. Il n’avait jamais vu cette personne dans le village, il en était sûr. Sûrement un nouvel habitant, c’était fou comme Saint-Enchaînes s’agrandissait. Les bois et les champs se faisaient de moins en moins nombreux, remplacés par la pierre et le béton, et Julien savait que bientôt son village ne serait plus tout à fait le même. L’homme parti, et après un bref coup d’œil alentour, le garçon s’approcha enfin du caniveau où reposait le potentiel trésor. Puis il descendit de son vélo, s’abaissa et fit semblant de refaire ses lacets. D’une main habile, Julien subtilisa ensuite le porte-monnaie rond et le fourra promptement dans sa poche de doudoune. Il eut le temps de sentir des pièces à travers le cuir souple et d’apprécier son poids conséquent. Satisfait, il se releva, remonta sur son VTT et décida de retourner tout de suite chez lui inspecter le contenu du trésor. Il s’éloigna donc de la boulangerie d’une allure innocente -tant pis pour les bonbons qu’il avait initialement prévu d’acheter-. Il s’attendait à un cri de protestation du genre « eh toi là-bas, redonne ce que tu as pris ! », mais rien de tel n’arriva. Il continua donc à pédaler tranquillement jusqu’au carrefour, puis, sitôt l’angle de rue franchi, il accéléra fortement le rythme.
Une fois chez lui, dans sa chambre et hors d’haleine, il ouvrit le petit porte-monnaie. Beaucoup de centimes, ainsi que deux pièces de un euro. Et bingo, le pactole tant espéré: un billet de vingt !
Il y avait aussi autre chose au fond du porte-monnaie en cuir. Un petit objet métallique. Un cube, de la taille d’un dé standard, avec un petit renflement au centre d’une des faces, et un petit trou sur la face opposée. Le jeune garçon n’avait jamais vu un truc pareil et n’avait pas la
moindre idée de ce à quoi il pouvait bien servir.
Julien remisa ensuite l’argent et l’étrange cube dans le porte-monnaie, qui fut quant à lui planqué tout au fond du tiroir de sa table de chevet, à proximité d’un petit carnet bleu camouflé derrière un véritable bric-à-brac d’objets et d’autocollants en tout genre. Puis l’enfant quitta sa chambre et attrapa son manteau et ses gants dans l’entrée.
« Maman, j’vais au Bunker ! » lança-t-il en sortant.
Il avait déjà franchi le seuil de la maison quand sa mère lui répondit depuis le salon.
« Tu rentres avant la nuit Julien ! »
Le jeune Roy se dirigea alors à pieds et à vive allure dans les bois situés juste derrière chez lui. Très peu de personnes connaissaient l’emplacement exact du Bunker. Et ce Bunker était bien mieux qu’une simple cabane dans les bois. Julien avait participé à sa construction avec ses meilleurs amis. Tout était parti d’une sorte de défi lancé à l’école, en juin de l’année passée. Il y avait six mois déjà. Au moment où ses premiers Rêves avaient débuté. Jeudi 21 Juin 2007 Julien Roy était en CM2. Il était très bon élève et appréciait particulièrement les sciences, l’histoire-géo et le sport. Son institutrice était Mme Vonday, cinquantenaire, tailleur classique, une professeure des écoles « à l’ancienne » (terme signifiant essentiellement qu’elle était sévère). C’était la fin de l’année scolaire et les derniers jours du jeune garçon dans son école primaire, avant septembre et sa rentrée au collège. Mais c’était également bientôt le début des grandes vacances, et l’impatience accompagnait l’humeur joyeuse des enfants.
A en juger par les regards doux que lui lançaient certaines filles, Julien en concluait, non sans une certaine crainte, qu’il devait être un garçon plutôt mignon. De nature assez réservée, il n’en était pas moins drôle et apprécié. Sportif et adroit, il excellait dans tous les jeux de cour de récréation. Julien avait un grand frère, Benoît, de trois ans son aîné. Son père, Christian Roy, était électricien et sa mère, Chantal, était vendeuse dans un magasin de vêtements.
Les amis les plus proches de Julien Roy étaient Frédéric Becker, Loïc Dubois et Nicolas Dumont. Ils étaient eux aussi dans la classe de CM2 de Mme Vonday.
Frédéric Becker était le meilleur ami de Julien. Ils étaient voisins et se connaissaient depuis toujours. Grand, le cheveu noir corbeau, Fred était très intelligent. Le jeune Becker était très sportif et pratiquait deux sports en compétition: le karaté et la natation. Julien ne s’ennuyait jamais avec Fred, et ce dernier était toujours de bon conseil. Et même s’il lui arrivait parfois d’être en colère, Fred était toujours très calme et réfléchi. Julien ne se souvenait pas avoir jamais vu son copain paniqué ou stressé. La maison de son meilleur ami était une des plus grosses du village, et sa chambre ressemblait à l’idée que se faisait Julien de la caverne d’Ali Baba. Mr et Mme Becker étaient tous les deux médecins, et Fred était leur fils unique.
Nicolas Dumont, le plus petit de la bande, habitait un peu plus loin dans le village, dans un appartement flambant neuf au rez-de-chaussée d’un bâtiment de trois étages, les nouveaux logements sociaux de la commune. Son nez légèrement en trompette affichait quantité de taches de rousseur. Le plus pessimiste des quatre, Nico donnait parfois l’impression d’attendre, fataliste, la prochaine tuile ou catastrophe qui pourrait lui tomber sur la tête. Il vivait avec sa mère divorcée et sa petite sœur, Isabelle. Les Dumont avaient débarqué trois ans plus tôt seulement dans le village mais Julien avait l’impression de connaître Nico depuis toujours. Ce dernier était un grand fan de jeux vidéo et il possédait trois consoles de jeux différentes. Et le jeune Dumont passait la plupart de son temps libre sur ses foutues machines.
Quand à Loïc Dubois, c’était le dernier d’une fratrie de quatre garçons. Celui qui était toujours partant pour partir à l’aventure ou pour faire une bêtise. Le plus téméraire des quatre
amis. Le moins timide aussi, et toujours de bonne humeur. Son visage rond et souriant et sa malice permanente achevait d’en faire un camarade d’excellente compagnie. Le plus grand frère de Loïc, Tristan, vingt-neuf ans, travaillait à Paris comme avocat et le deuxième, Fabrice, vingt ans, était étudiant en Histoire à Dijon. Thomas, son dernier frère, était au collège, en quatrième, dans la même classe que Benoît Roy, le grand frère de Julien. Les Dubois habitaient à la sortie du village dans une maison ancienne qu’avait retapée le père de Loïc. Mr Dubois était menuisier et madame était mère au foyer. Julien adorait cette famille, car les parents Dubois possédaient des restes de mentalité rebelle hérités de leur jeunesse un peu rock’n’roll, et selon le jeune Roy, les Dubois étaient certainement la famille la plus cool qui puisse exister.
Les quatre familles habitaient toutes St-Enchaînes, un agréable petit bourg aubois. Ce jeudi 21 juin 2007, après une partie effrénée d’épervier dans la cour de l’école primaire, Cédric Fortville, un autre élève de la classe de Mme Vonday, accompagné de son ami Christophe Richard, une grosse brute au QI équivalent à celui d’un poulpe, apostropha Julien qui discutait tranquillement avec Fred et Loïc. « Eh Julien dis-moi, tu pars où cette année en vacances ?
— J’vais à la mer, Port-Leucate, à côté de Perpignan ! » répondit Julien, puis, percevant l’impatience de Cédric: « et toi ?
— Je pars deux semaines en Australie ! Ça va être trop bien !
— Super, j’suis content pour toi, dit Julien qui s’en fichait royalement.
— Ouais, bof… l’Australie, répliqua aussitôt Fred. J’y suis allé y’a deux ans, en « circuit touristique » comme disent mes parents. Des kangourous, des lapins partout, un gros caillou rouge planté au milieu du désert, des mecs à moitié à poil qui soufflent dans un gros bout de bois... et une chaleur à crever. Et si tu veux te baigner Fortville, prends une assurance car tu finiras soit congelé dans l’eau glacée, soit noyé sous des vagues monstrueuses, ou bien encore bouffé par les requins. Et puis les australiens parlent tous en anglais, on comprend rien. Et la bouffe j’t’en parle même pas ! Vraiment pas de quoi sauter au plafond. »
Fred avait déjà visité un certain nombre de pays à travers la planète et il avait toujours cette manière si particulièrement blasée de faire partager ses nombreux voyages. Il ne se rendait pas vraiment compte de la chance qu’il avait.
« J’te parlais pas Becker ! » rétorqua un Cédric à l’enthousiasme refroidi.
— Oh moi c’que j’en dis Fortville ! C’était juste pour te prévenir de ce qui t’attend. »
Cédric, suivi de Christophe, s’éloigna en marmonnant. Toujours à la ramener ce Fred Becker. Il lui avait cassé son effet. Fortville ne comprenait pas pourquoi Becker, fils de médecins, s’obstinait à traîner avec des ploucs pareils. Ce gringalet de Julien Roy, Dumont le cas soss et l’autre fils de hippies. Que des nuls avec un avenir aussi merdique que leurs parents.
Julien Roy ne portait pas non plus Cédric Fortville dans son cœur. Son opinion sur Cédric était tranchée: un garçon imbu de sa personne, prétentieux, pourri-gâté, qui détestait à peu près tout le monde, sûr de lui et en qui on ne peut pas avoir confiance.
« T’aurais pu attendre un peu qu’il nous fasse son numéro avant de le couper dans son élan, dit Julien à son meilleur ami. Il se faisait un plaisir de nous en mettre plein la vue !
— Il m’énerve aussi, à toujours crâner avec ses voyages paaassionnants, ses parents teeeellement riches et les moments meeeeeerveilleux qu’ils passent ensemble, minauda Fred, ce qui fit aussitôt se marrer Loïc.
— Tu sais j’l’aurais juste laissé causer un peu avant de lui balancer un truc sympa dans les dents », dit Julien.
C’est ce moment que choisit Nico pour revenir des toilettes.
« Qu’est-ce qui s’est passé les gars, avec Cédric ?
— Rien d’intéressant Nico, répondit Fred.
— Allez, dites-moi !
— Cédric voulait juste se la péter avec ses prochaines vacances en Australie, et Fred l’a un peu remis à sa place », concéda Loïc.
La sonnerie annonçant la fin de la récréation se fit alors entendre et tous les élèves rejoignirent leur classe.
Ce n’est qu’en fin de journée à la sortie des cours que Cédric Fortville vint à nouveau voir Julien, qui se dirigeait avec Fred vers le bus scolaire stationné devant l’école primaire de St-Enchaînes.
« Tu sais cet été, avec mon père et mon grand frère, quand on rentrera d’Australie…
— Sauf si vous vous écrasez en cours de route, marmonna Fred.
— … on va construire une cabane dans un arbre, dans mon jardin, poursuivit Cédric sans relever. Mais un truc classe, hein, attention ! C’est carrément une petite maison que mes parents m’ont achetée. T’as pas un truc comme ça toi avec ta bande de nazes, hein ?
— Eh bien si justement ! improvisa Julien. On a prévu d’en faire une dans les bois pendant les grandes vacances, ajouta-t-il sous le regard ahuri de Fred.
— Vous n’arriverez jamais à en avoir une aussi bien que la mienne de toute façon.
— Je ne sais pas, mais en tout cas la nôtre sera spéciale et secrète. Et tu ne sauras jamais où elle est, lâcha Julien avant de grimper dans son bus.
— Comme ça vous pourrez me raconter tous les bobards que vous voudrez, continua Cédric en s’éloignant, je n’aurai pas moyen de vérifier.
— T’inquiète pas Fortville, on prendra des photos si tu veux », lui lança Fred en montant à la suite de Julien.
Le jeune Becker rejoignit son camarade à l’intérieur du bus et s’assit à ses côtés d’un air préoccupé.
« Pas mal, Jul, ton improvisation, l’idée de la cabane. Le problème c’est que maintenant il va falloir la construire cette baraque. Et une « spéciale et secrète » en plus que tu lui as dit ! Faut qu’on soit original sur ce coup-là. »
Puis finalement, après une courte réflexion, Fred rajouta, ravi:
« Ça c’est un défi qui me plait ! »
Après le repas chez lui ce soir-là, Julien fut autorisé à regarder une demi-heure la télévision avec ses parents. Une émission de variétés spéciale Fête de la Musique, où des artistes tels que Christophe Maé, Nelly Furtado ou encore Yannick Noah étaient venus interpréter leur dernier succès.
Une fois dans son lit, Julien décida de réfléchir sérieusement à ce projet de cabane secrète et d’en parler rapidement à Nico et à Loïc. Il pourrait peut-être même demander à son frère Benoît de leur filer un coup de main. Peu à peu, le jeune Roy s’endormit sur ces réflexions. Cette nuit-là s’avéra être celle qui lui offrit son tout premier Rêve. Julien se réveilla en sursaut, comme à la suite d’un cauchemar particulièrement effrayant (mais dont il ne gardait aucun souvenir). Peut-être avait-il crié. Doucement, la lumière apaisante du jour filtrant à travers les volets lui permit de sortir progressivement, mais trop lentement à son goût, de cette désagréable sensation de frontière trouble entre rêve et réalité. Assis sur son lit, les yeux encore un peu endormis, il contempla sa chambre. Sa vision mit plusieurs secondes à faire le point. Et c’est alors qu’il remarqua un détail très curieux. Le papier peint
blanc sur les murs de sa chambre possédait de larges rayures rouges. Jusque-là son papier peint avait toujours eu des rayures bleues ! De fines rayures bleues !
Il se frotta les yeux et les rouvrit doucement.
Rouges ! Elles sont rouges ! Et cette sensation bizarre qui n’arrivait pas à disparaître complètement. L’appréhension commença insidieusement à poindre le bout de son nez. Puis Julien s’aperçut que son fauteuil de bureau était également différent. Jamais il n’avait jusqu’alors eu de gros fauteuil rouge à roulettes !
Julien entendit ensuite la porte de la chambre de ses parents s’ouvrir. Probablement sa mère qui l’avait entendu crier. Des pas dans le couloir approchèrent. Une peur irraisonnée le submergea alors brusquement. Et quand sa porte s’ouvrit et que le jeune garçon aperçut sa mère penchée par l’entrebâillement, la panique le paralysa.
« Ça va Julien ? » lui demanda-t-elle.
Il lui fallut un courage énorme pour parler normalement, réprimant une terrible envie de crier. « Ça... ça va maman, juste un mauvais rêve », répondit-il à moitié masqué sous la couette. Mme Roy lui sourit, un sourire qui fit frissonner d’effroi Julien.
« De toute façon, c’est l’heure, il va falloir te lever ! »
Puis sa mère, ou plutôt ce qui semblait être sa mère, se retira.
C’est un rêve, c’est ça ! Pas de panique, se dit aussitôt Julien. Il savait que ce n’était pas réellement Chantal Roy qu’il venait de voir. Il ne pouvait mettre le doigt sur ce qui clochait exactement, mais cette femme n’était certainement pas sa mère. Plutôt une espèce de clone. Ou une sorte de sœur jumelle. Le plus effrayant avait été son sourire, triste et forcé. Seule la voix était parfaitement identique à celle de sa vraie mère, ce qui était d’autant plus troublant.
Julien décida de faire un rapide bilan de la situation. A priori, il se trouvait dans un rêve. Vachement bien fait, certes, mais un rêve quand même. Et dans ce rêve, il allait devoir se lever. Après plusieurs tentatives infructueuses d’intense concentration pour se réveiller, Julien entendit alors depuis la cuisine la voix maternelle lui ordonner de venir prendre son petit déjeuner. Il sauta du lit en même temps qu’il décidait de faire comme si de rien n’était. Il croisa dans le couloir sa fausse-mère qui se dirigeait vers la salle de bain, et Julien s’efforça d’afficher un air endormi et parfaitement innocent. Il avait l’impression d’être un intrus qui aurait pris l’identité d’un autre et il avait une peur bleue de se faire démasquer.
« Dépêche-toi Julien, t’es en retard ce matin », lui dit sa fausse-mère en le frôlant. Approchant à petits pas de la cuisine, le jeune garçon fut alors soudainement et littéralement enveloppé par une lumière blanche aveuglante.
Julien se réveilla, réellement cette fois-ci, le cœur battant la chamade, recroquevillé dans son lit, dans sa vraie chambre. Il avait malheureusement eu le temps dans son Rêve, juste avant d’être happé par la lumière blanche, d’apercevoir son père (ou plutôt son faux-père) attablé dans la cuisine, les cheveux en bataille, en train d’ingurgiter avidement de la viande crue ! Dimanche 27 Janvier 2008 La neige, qui n’avait cessé de tomber durant toute la journée du samedi 26 janvier, recouvrait désormais les toits, les champs, les arbres et tout au dehors de son blanc manteau. Quand Julien Roy ouvrit ses volets ce matin-là, le soleil commençait à poindre à l’horizon. La mine préoccupée, l’enfant ne prêta aucune attention au magnifique spectacle immaculé offert
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