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Parfaites (Trois premiers chapitres)

De
29 pages

Deux jeunes filles violées dans une violence extrême, des familles qui ne veulent pas porter plainte pour ne pas nuire à la réputation de leurs futures ballerines étoiles et des frères qui semblent totalement indifférents au sort de leurs sœurs. L’inspecteur Julie Bergeron doit essayer de retrouver un agresseur en ne pouvant compter sur le témoignage des jeunes filles agressées, jusqu’au jour où une jeune fille est retrouvée presque morte dans le Vieux Port de Montréal, enroulée dans un vieux tapis. Julie a déjà subi une telle agression il y a plus de 20 ans. Est-ce que son agresseur a été remis en liberté et recommence son jeu macabre avec des adolescentes ? L’inspecteur Bergeron jonglera entre sa vie personnelle, ses souvenirs douloureux et le mutisme des jeunes filles et de leurs familles pour trouver le coupable de ces agressions d’une extrême violence.


L'Arlésienne vous offre les trois premiers chapitres de ce roman intriguant. Vous pouvez retrouver sa version complète en tapant la référence suivante dans la barre de recherche de votre libraire préféré : 9791094896921.

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Cover

A propos de cette édition :

Parfaites

Isabelle Larocque

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Éditions de l’Arlésienne

Retrouvez-nous sur http://arlesienne-editions.com

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Publié pour la première fois le 6 décembre 2016

Tous droits réservés.

ISBN 979-10-94896-92-1

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Dépôt légal automatique.

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Source de l’illustration : oeuvre de xusenru (Pixabay)

A propos de l'éditeur

Bouleversez vos habitudes de lecture !

L’Arlésienne est une maison d’édition spécialisée dans le livre numérique. Créée à l’initiative d’auteurs en 2014, elle publie depuis mars 2015 des nouvelles et des recueils policiers, fantastiques ou encore de littérature générale. Les tarifs pratiqués sont proches de ceux du livre de poche, afin que chacun puisse avoir accès à la littérature.

Les œuvres sont disponibles aux formats EPUB et PDF, sur Kindle, Apple, Kobo ou autre support. Il est également possible de les imprimer. Notre offre de textes courts s'adresse aux lecteurs compulsifs, aux petits lecteurs, aux grands timides, aux voyageurs, aux pauvres parisiens qui doivent prendre le métro, aux accros du smartphone, à ceux qui n'aiment pas lire plus de 5 pages, aux curieux, aux ouverts d'esprits, aux amateurs de nouvelles, aux amoureux de la littérature, aux fanas de bonnes histoires, aux pauvres victimes des retards des transports en commun, aux gens coincés dans les bouchons, aux poulpes-ninjas, à ceux qui s'ennuient en cours, à ceux qui s'endorment après avoir lu 7 pages, aux endives râpées assaisonnées de vinaigre balsamique, à ceux qui aiment être surpris par une bonne chute ; bref, chacun y trouve son compte !

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L'Arlésienne a à coeur de publier des récits sensibles, originaux et surprenants, portés par de véritables plumes. Bien que les textes soient courts, ils vous transporteront rapidement dans un autre univers !

Prêts à tenter l'expérience ? Alors n'hésitez plus, et tournez la page ;)

A propos de l'autrice

Isabelle Larocque, québécoise d’origine et suisse d’adoption, est une scientifique de formation. Elle détient un doctorat en sciences de l’environnement de l’UQAM (Montréal) et a une compagnie offrant des services en historique et restauration de lacs. A l’aube de la quarantaine, elle décide de se mettre à l’écriture, sa passion depuis son enfance. Elle publie Un passé gênant aux éditions Québec-Livres, Un sixième sens maudit aux Editions Mots en Toile et trois romans auto-édités dont Gel Mortel, considéré dans les 5 finalistes du Prix du Polar auto-édité 2016 (décision en mars 2016), Un voyage débridé et Toujours coupable qui sont sur la plateforme amazon. Elle a aussi édité un livre pour enfants, Les deux chevaliers et la princesse disparue, illustré par son père.

Parfaites

À mes parents qui m’encouragent sans cesse.

Chapitre 1

L’inspecteur Bergeron arrive sur les lieux du crime à 21 h 30. Deux voitures de police sont stationnées devant la maison et une ambulance est sur le parking adjacent. Les gyrophares des trois véhicules dessinent des formes fantomatiques sur les résidences voisines et sur celle où le crime a été perpétré. Une danse de lumière qui ne laisse présager rien de bon. « Au moins, les sirènes ont été coupées », pense l’inspecteur Bergeron. 

Des gens se sont amassés sur le trottoir devant la demeure. Normalement, c’est un quartier calme. Les voitures de police y sont rarement présentes. Dans d’autres parties de la ville, les gyrophares n’attirent plus personne, car c’est devenu une routine, une nuisance. Personne ne veut être associé au crime ; chacun reste chez lui en regardant à travers la fenêtre, ou même ne détourne pas son attention de son téléviseur. Dans ce quartier huppé, la présence de deux voitures et d’une ambulance est une anomalie qui attire une foule de curieux. 

En se frayant un chemin à travers les voyeurs, l’inspecteur Bergeron remarque qu’un adolescent filme la scène avec son portable. Elle se dirige vers lui et lui retire le téléphone des mains.

— Aye, dit l’adolescent.

— C’est une pièce à conviction maintenant. Tu viendras le chercher au poste de police demain, dit l’inspecteur en remettant l’appareil au policier qui se tient en faction devant l’entrée. 

C’est une maison mitoyenne, comme il y en a plusieurs dans le quartier, en briques rouges avec un escalier en fer forgé, une lucarne et des contours de fenêtres blancs. Selon la superficie de la résidence, deux familles pourraient y loger. Mais il n’y a qu’un seul portique indiquant que ce petit château est une demeure unifamiliale. 

C’est la première d’une longue rangée de bâtisses identiques, « un coin de rue » qui vaut plus que les autres puisque le jardin est plus grand et qu’il y a un stationnement privé. La maisonnette mitoyenne à gauche est semblable à celle-ci, mais où il y a du blanc sur le foyer du crime, il y a du noir chez les voisins. La troisième masure est en tout point semblable aux deux autres, mais avec du gris aux fenêtres. Toutes des chaumières hors de prix que l’inspecteur Bergeron ne pourra jamais se payer avec son minable salaire. 

En entrant dans le bungalow, l’inspecteur Bergeron entend des cris. Elle pense qu’un chien a une patte coincée dans une porte… Elle cherche un animal du coin de l’œil, mais un policier lui dit :

— C’est la jeune fille. Elle ne laisse personne l’approcher…

L’inspecteur Bergeron remarque des traces de sang sur le sofa blanc, des vêtements déchirés au sol et un adolescent assis sur un tabouret devant un îlot dans la cuisine.

— C’est le frère. C’est lui qui a composé le 9-1-1, précise l’agent.

— Et les parents ? 

— Ils sont en voyage d’affaires en Italie. On essaie de les rejoindre, mais ils sont dans un petit village reculé.

— Je parlerai au garçon après mon inspection des lieux. Je monte à l’étage.

L’inspecteur Bergeron prend l’escalier en bois menant au deuxième niveau. Plusieurs cadres avec des photos de famille sont apposés sur le mur. Des clichés de vacances, des enfants, et une dominance d’images de ballet, certaines plus vieilles que d’autres. La mère et la fille aux mêmes âges, mais avec plus de vingt ans de différence.

Les cris se sont calmés, mais le gémissement constant d’un animal blessé parvient aux oreilles de l’inspecteur. La première porte à droite est une chambre d’adolescent. Des trophées, des affiches de filles en tenue légère sur les cloisons, des vêtements et des ballons de football gonflés ou non qui jonchent le sol. L’équipement complet du parfait footballeur canadien est amassé dans un coin. Une équipe scientifique s’affaire autour du lit.

— Il semble qu’elle ait été violée dans toutes les pièces, explique un des techniciens. Nous avons beaucoup à faire… 

Deux ambulanciers et un policier sont dans le corridor devant la deuxième porte à droite. La chambre de l’adolescente, d’où les lamentations proviennent.

— Impossible de l’emmener. Elle a mordu Roger quand il s’est approché d’elle, dit l’infirmier en pointant le bras de son collègue.

L’inspecteur Bergeron respire profondément puis entre dans la pièce. Des photographies de scènes de ballet aux murs rose pâle, un bureau blanc avec un miroir, une chaise en bois pâle, des rideaux à fleurs aux larges fenêtres avec vue sur le jardin. Une chambre parfaite. « Trop parfaite pour une adolescente » pense l’inspecteur Bergeron. 

La jeune fille, nue, est recroquevillée sur le lit. Elle a du sang liquide et coagulé entre les jambes. Ses longs cheveux bruns sont emmêlés. Elle tient sa tête entre ses bras. L’adolescente est mince, presque maigre. L’inspecteur Bergeron remarque que des hématomes couvrent son corps. L’os de son bras gauche a un angle étrange. Probablement fracturé. La victime ressemble à un animal blessé, les yeux apeurés, elle respire à une allure accélérée et geint sans arrêt. Il y a de l’hémoglobine séchée sur le matelas. L’inspecteur s’approche lentement du lit.

— Amélie, je suis l’inspecteur Bergeron. Je veux seulement t’aider. Je m’approche tout doucement de toi… 

Amélie se recroqueville encore plus sur elle-même et regarde l’inspecteur Bergeron avec des yeux écarquillés. Sa respiration s’accélère quand l’inspecteur s’assoit sur le matelas près d’elle. L’inspecteur Bergeron pose tout doucement une main sur la jambe de la jeune fille. Elle est glacée. Elle attrape une couverture au pied du lit et recouvre Amélie. Elle se rapproche davantage de la jeune fille, puis elle s’allonge à ses côtés. Les yeux d’Amélie s’agrandissent de peur, mais, quand elle s’aperçoit que l’inspecteur ne fait que la prendre doucement dans ses bras pour la rassurer, elle se détend un peu. Un des ambulanciers entre dans la pièce. Amélie tremble et s’agite dans tous les sens.

— Dehors, dit l’inspecteur au brancardier, doucement, mais fermement.

L’homme recule. Il pointe vers sa montre, signifiant qu’ils doivent partir. Elle lui fait signe de disparaître de sa vue. Elle entend leurs pas dans l’escalier et leurs voix.

— Nous sommes appelés pour d’autres interventions, on ne peut passer plus de temps ici.

— Nous téléphonerons quand l’inspecteur Bergeron nous dira de le faire, répond le policier.

— Il ne fallait que la piquer pour l’endormir et la transporter… Un autre inspecteur sait que le temps compte pour retrouver celui qui...

— L’inspecteur Bergeron fait les choses à sa manière. Et elle a le plus grand taux de succès au Québec. Alors…, ajoute le policier en faisant signe à l’ambulancier de se taire.

Les brancardiers sortent de la maison. Elle sent qu’Amélie arrête de trembler. Elle lui parle doucement. Elle lui raconte son passé, ce qu’elle-même a vécu, comment elle s’en est sortie malgré les efforts que ça demandait, pourquoi elle avait décidé de continuer à vivre et surtout l’espoir de retrouver celui qui lui avait fait subi ces humiliations. Elle se confie pendant une bonne heure, le policier devant la porte n’entendant rien de ce qu’elle confie à l’oreille d’Amélie. Il est près de minuit quand l’inspecteur Bergeron réussit à faire monter la jeune fille dans l’ambulance.

— Installez le frère à l’hôtel pour ce soir, dit-elle à l’agent en fonction. Il est trop tard pour que je l’interroge. J’accompagne Amélie, qui ne veut pas que je la délaisse… Ne touchez à rien, sauf pour le travail de l’équipe scientifique. Je viendrai demain pour visiter le reste de la maison.

Amélie a tenu la main de l’inspecteur Bergeron fermement pendant toutes les procédures, et même pendant qu’on la lavait et lui installait un plâtre sur son radius fracturé. Par contre, elle n’a pas prononcé un seul mot. Elle a pleuré et gémit durant l’examen externe. On a dû lui recoudre l’anus. 

L’inspecteur Bergeron ne peut qu’imaginer ce qu’elle a enduré, puisqu’elle ne raconte pas. Ça viendra sans doute. Une infirmière lui a injecté de la morphine pour la douleur et la jeune fille s’est finalement endormie. L’inspectrice Julie Bergeron est finalement rentrée chez elle vers 4 heures du matin, exténuée physiquement et moralement.

***

Julie est attachée sur un lit. Les poignets et les mollets retenus par des cordes nouées à la base en fer forgé. Ce n’est pas son matelas, ce n’est pas sa chambre. Elle est nue. Elle essaie de tirer, de se dégager des liens. La corde se resserre davantage, meurtrissant sa peau déjà rougie. Elle entend des pas dans l’escalier. Ils reviennent… Non, non, non. Elle ne veut plus sentir leurs corps gluants sur elle. Cette odeur acidulée de transpiration, d’hommes mal lavés. Non, non, non… Elle entend la clé dans la serrure de la porte. Ils recommencent, encore… 

Julie Bergeron se réveille en sursaut, le souffle rapide, les yeux hagards. Puis elle reconnaît sa chambre, son lit, elle n’a plus quinze ans. Elle en a presque trente-cinq et elle a été sauvée, il y a bien longtemps. 

Impossible de se rendormir. Il n’est que six heures. Elle se lève pour se préparer un café et un bagel au fromage à la crème. La découverte d’Amélie Tremblay lui fait se souvenir des évènements passés et les cauchemars qu’elle n’avait plus depuis au moins dix ans surviennent à nouveau.

Chapitre 2

À 8 heures le lendemain matin, Julie retourne à la maison des Tremblay. L’équipe technique a terminé son travail il y a à peine une heure. Deux policiers sont en poste devant la maison pour empêcher les visiteurs d’entrer. Elle déplace le ruban jaune marqué « Police » et entre dans la maison. 

Son aspect bordélique l’étonne encore. Normalement, la demeure doit être impeccable. Les planchers de bois sont cirés et brillants, il n’y a pas de poussière sur les meubles et la cuisine n’a aucune trace de reste de nourriture ou d’huile sur les murs. Par contre, il y a des objets multiples et des traces de sang un peu partout. La cuisine a dû servir de chambre de torture. Des outils destinés à concocter de bons plats équilibrés pour la famille ont été utilisés pour d’autres activités plus machiavéliques. 

L’équipe technique a laissé les outils dans des sacs plastiques pour que l’inspecteur Bergeron constate leur état. Ils sont maculés de sang et de substance visqueuse. Elle souhaite vivement qu’il y ait des traces d’ADN pouvant mener au violeur. Quel pervers ! Elle a un haut-le-cœur en regardant ces instruments ayant infligé des sévices inimaginables sur une jeune fille de 16 ans. Qui sait si elle pourra s’en remettre ? 

Julie était à peine plus âgée qu’Amélie lorsqu’elle a été séquestrée et violée par deux individus pendant près d’une semaine. Mais jamais ils n’ont abusé d’elle avec des outils de cuisine. C’est immonde ! 

Dans les chambres, les draps ont été enlevés par l’équipe scientifique. Il y a des sous-vêtements féminins qui jonchent le sol dans la chambre parentale. L’antre de l’adolescent est moins touché. 

L’inspecteur Bergeron entre dans la pièce d’Amélie. Le même sentiment d’inconfort l’envahit. Elle a l’impression que la décoration est impersonnelle, qu’elle ne correspond pas à une adolescente de 16 ans. Que des images de grands ballets internationaux, des photos de la mère et d’Amélie en tenues de ballerines. Rien de vraiment « personnel ». 

Julie s’approche de la garde-robe à moitié ouverte. Dans un coin replié et sous des robes longues, elle voit un petit matelas roulé au sol et caché à l’intérieur un téléphone portable, des écouteurs et des magazines de jeunes filles. Au mur du placard, il y a des affiches de groupes musicaux : The script, Imagine Dragons, Muse… Ce lieu intime servait de cachette pour Amélie, un endroit où elle pouvait se sentir elle-même. 

Mais pourquoi devait-elle se cacher pour apprécier ce que toutes les autres adolescentes affectionnent ? Roulés dans le matelas, il y a aussi des vêtements de son âge, plus modernes que ceux qui sont éparpillés et déchirés et qui jonchent le sol de la chambre. Amélie devait apporter ces habits démodés dans son sac d’école et se changer en route. Julie l’avait fait aussi quand elle était adolescente. Elle portait un T-shirt normal et, dans le bus scolaire, elle se changeait et portait une camisole en arrivant à l’école. En hiver, elle partait avec une tuque qu’elle se précipitait d’enlever dès qu’elle avait tourné le coin de la rue et que sa mère ne pouvait plus la voir.

Après sa visite des lieux, l’inspecteur Bergeron se rend à l’hôtel dans lequel le frère d’Amélie a été installé pour la nuit. Dans le corridor, elle entend de la musique et des voix. Elles proviennent de la chambre de l’adolescent. Elle frappe à la porte. Aucune réponse. Elle assène le pan de coups avec son poing, beaucoup plus fort. La porte de la pièce d’à côté s’ouvre.

— J’espère que vous ferez cesser ce boucan. Il y a des heures que ça dure ! On n’a pas fermé l’œil de la nuit.

Julie cogne à nouveau, sans succès. Elle descend à la réception, montre son insigne et demande qu’on lui ouvre la chambre de Kyle Tremblay. Le réceptionniste passe la carte magnétique dans le lecteur et l’inspecteur Bergeron entre dans la pièce. Cinq adolescents sont installés sur le sofa, le lit et sur le sol, à boire et fumer. Il est évident à voir leur air hagard qu’ils ont passé la nuit à faire la fête. 

Elle aimerait se donner une claque au visage. Pourquoi n’a-t-elle pas demandé à un policier de surveiller l’adolescent ? Il a trouvé sa sœur après un viol agressif et répété et elle n’a pas pensé à le protéger. Il doit être traumatisé et, comme la majorité des adolescents, il fait face en se soûlant et en se droguant. Elle se demande où les adolescents se sont procuré les bières. Aucun ne semble avoir l’âge légal pour acheter de l’alcool.

— Rentrez tous chez vous. Et j’espère que personne n’aura la mauvaise idée de prendre le volant !

Les quatre adolescents se lèvent tant bien que mal, attrapent leurs effets personnels et partent sans même saluer leur ami. Elle s’installe sur le lit à côté de l’adolescent. Il ne la regarde pas. Son attention est dirigée vers la bouteille de bière qu’il tient à la main.

— Je suis désolée, je n’ai pas pensé à te protéger.

— Je n’ai pas besoin qu’on s’occupe de moi.

— Kyle, tu as trouvé ta sœur dans une très mauvaise posture, battue, violée, n’importe qui serait secoué. J’ai pensé à elle et je t’ai oublié. Je suis désolée.

— Ce n’est pas la première fois qu’elle passe en premier, j’ai l’habitude.

— As-tu réussi à joindre tes parents ?

— Ouais. Ils seront ici demain. Les vols sont pleins à ce qu’il paraît… 

— Bien. Tu viendras t’installer chez moi en attendant. J’ai une chambre d’amis.

— Je n’ai pas besoin de gardienne. Je suis presque majeur.

— Non, bien sûr. Mais tu ne peux pas rentrer chez toi maintenant. Et j’ai besoin de t’interroger. Autant que ce soit devant un bon repas plutôt que dans ce bordel, dit l’inspecteur Bergeron en pointant la pièce. 

Des bouteilles de bière jonchent le sol, ainsi que de la cendre et des cigarettes à moitié consumées. 

— Va prendre une douche et je range un peu. L’administration policière ne serait pas contente de découvrir un extra nettoyage sur la facture de la chambre.

Pendant que l’adolescent est sous la douche, elle en profite pour regarder dans son sac. Un téléphone et un ordinateur portables haut de gamme. Elle remarque sur le bureau une iWatch classique d’environ 600 $. Elle regarde dans le portefeuille du jeune homme. Permis de conduire établi au nom de Kyle Tremblay (âgé de 17 ans), cartes de crédit Gold et une carte d’étudiant de l’université McGill. Déjà à l’université avant 18 ans ? Il doit être doué…

 Après avoir tout replacé, elle ramasse les bouteilles de bière et les dépose sur le bureau. Quand Kyle Tremblay sort de la salle de bain, il a l’air un peu plus réveillé. Il attrape sa valise et ils se mettent en route pour le Plateau Mont-Royal.

L’appartement de l’inspecteur Bergeron est sur l’avenue Laval. Il est au deuxième étage d’une bâtisse blanche avec des volets verts et des balcons en fer forgé noir. Ils montent un escalier en colimaçon et arrivent sur le balcon, devant la porte du logement. Des géraniums plantés dans des pots rectangulaires surélevés assurent un peu d’intimité. Julie déverrouille une porte en acier et ils entrent dans un salon avec planchers en bois franc et décoration blanche et noire, style New York. La cuisine est séparée du salon par un bar en métal et des tabourets rouges. Rien à comparer avec le luxe de la maison des Tremblay, mais elle est assez fière de son intérieur. 

Elle a acheté l’appartement il y a plus de dix ans quand le quartier commençait tout juste à être rénové par des bobos chics. Son logement vaut maintenant presque deux fois le prix qu’elle l’a payé. Elle a fait beaucoup d’améliorations pour le mettre au goût du jour, et elle est très fière du résultat. Les rénovations lui ont permis de passer à travers une autre étape difficile de sa vie : la libération d’un de ses bourreaux. 

— La chambre d’amis est la deuxième porte à droite, la salle de bain est juste en face, indique Julie à Kyle.

Pendant que l’adolescent se dirige vers la pièce qui lui est attribuée pour la nuit, Julie regarde ce qu’elle a au frigo. Comme elle mange rarement à la maison, elle n’a que quelques ingrédients pour faire une omelette jambon-fromage-champignons. Elle passera à l’épicerie plus tard. Le simple menu préparé, elle appelle Kyle pour qu’il vienne la rejoindre à table.

— Vous allez m’interroger maintenant ?

— J’aimerais mieux que tu me racontes, et si j’ai des questions, je t’interromps.

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