Parizade

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Elle a souvent cru qu'elle était Chouri. Autour d'elle, beaucoup y ont cru aussi. Il a fallu qu'elle sorte du livre de son grand-père pour retrouver le secret de celle qu'elle a toujours été. Parizade. Un chemin de vie sans fin, comme le livre de l'aïeul composé de mystérieuses pages blanches qu'elle continue de lire et relire chaque jour. Tel un conte initiatique, le roman est habité par une authentique liberté d'esprit.
Publié le : mardi 5 mai 2015
Lecture(s) : 9
EAN13 : 9782336381053
Nombre de pages : 178
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Nadia Bedoreh Far
Parizade
La petite fi lle de Téhéran Parizade
La petite fi lle de Téhéran
Elle a souvent cru qu’elle était Chouri. Autour d’elle, beaucoup y
ont cru aussi. Il a fallu qu’elle sorte du livre de son grand-père pour Roman
retrouver le secret de celle qu’elle a toujours été. Parizade. Un chemin
de vie sans n, comme le livre de l’aïeul composé de mystérieuses
pages blanches qu’elle continue de lire et relire chaque jour.
Tel un conte initiatique, le roman est habité par une authentique
liberté d’esprit. Enfant iranienne née à Téhéran, l’héroïne, précoce,
lucide, à la fois sel et sucre, grave, joyeuse et impertinente, grandit
et devient adulte sans jamais cesser de tout remettre en question
pour retourner à elle-même. Exactement là où la nitude s’efforce
vers l’in ni.
Une histoire savoureuse qui invite à lire ou relire les précédents
ouvrages de Nadia BEDOREH FAR, notamment Et Dieu existe et Le
Jardin de l’Espoir, auxquels le livre fait référence.
Écrivain, Nadia BEDOREH FAR est née en Iran et vit en
Suisse. Parizade est son sixième roman publié en français
ISBN : 978-2-343-05540-4
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Parizade
Nadia Bedoreh Far
La petite fi lle de TéhéranParizade
11©L’Harmattan,2015
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2 343 05540 4
EAN:9782343055404
111111111111,111111111,11,1111111111111111111111,1,11111111NadiaBEDOREHFAR
Parizade
roman
L’Harmattan
11111111111111111111111111111Avant propos
« Je pense être Chouri, pas toujours mais souvent. Parfois
extraterrestre.MaisParizade?Serais jevraimentParizade?
«J’aifaitmonexamendeconscience,apprisàconnaître
mes lumières et mes ombres. J’ai écouté mes amis et me
souviens des paroles de mon grand père. Finalement
qu’importe mon nom ? La seule chose qui me tienne à
cœur,c’estlebonheurquejedésirepourlesautresetenfin
pourmoi même.»
Un récit tel un conte initiatique met en scène de nom
breux passeurs, y compris l’héroïne qui retourne à elle
même.Unelle même,pluspuissantqu’elle même,qu’elle
pressentsansoserycroire.
De l’enfance à plus tard, à un infini peut être : une tra
verséeinattendue,entêtéeetjoyeuse,seméederencontres
symboliques et de mystérieuses pages blanches où les
risques n’apparaissent qu’en filigrane au travers d’une
curieusecraintedel’Enfer.
NadiaBedorehFar
1111111111,1111,11111,11111111111111111111111111111111111,,111111111111,111111111111,1111111111111111111111111111111111111111,111111111111111,1111111,1111111ÀAsemanehetYasmina,
meschèrespetitesfilles
111111111111111PARIZADE
PREMIÈREPARTIEDEMAVIE
11111111L’uniforme
C’est à cause de ce fichu uniforme que ce lundi de sep
tembre j’entraià reculons dans mavie d’écolière quiallait
chamboulermondestinetsemerdumêmecoupletrouble
dansnotreviedefamille.Jem’ensouvienscommesic’était
hier. Un vent froid avait chassé les dernières images de li
bertésvacancièreset,quandmamèrerentraenfind’après
midi avec un paquet à bout de bras, je compris d’instinct
que l’été était définitivement enterré et avec lui toutes les
saisons d’insouciance qui l’avaient précédé. Sans prendre
le temps de saluer à la ronde ma grand mère et mes deux
petitessœurs,SuzanneetAfsoun,elletraversalesalon,se
planta devant moi toute contente et m’annonça m’avoir
acheté la tenue que je devrai porter le lendemain matin
pourallerenclasse.Ceque,malgrélerespectquejeluide
vais,jerefusaiaussitôt.
— Non, je n’irai pas, je n’irai pas ! Je ne veux ni porter
d’uniformenialleràl’école.
— Nous verrons bien, fit elle d’un ton grondeur quisi
gnifiaitquec’étaittoutvu. 11
J’avaissouventdésobéi,onmeconnaissaitplutôtturbu
lente. Jusque là, rien de très normal pour une fillette de
monâge.Jefaisaismêmesouriresouscapemamèreetmon
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11entourage par mon caractère péremptoire. Mais cette
désobéissance là,àl’aubedemonentréedanscequ’onap
pelle la grande école, autrement dit le monde public, le
monde social, prit un accent particulier. Suzanne, ma ca
dette qui avait à peine cinq ans, laissa choir un « Ô ! » de
surprise qui résonna comme un curieux pressentiment et
Afsoun, la benjamine haute comme trois pommes, vint se
pelotonnerdansmajupe,commeellelefaisaitchaquefois
queleCielsemettaitàgronderlesjoursd’orage.C’estvrai
qu’en tant qu’aînée je les défendais volontiers contre les
tracas du monde des grandes personnes et puis nos aven
tures, nos jeux communs et nos bêtises dont j’assumais
souventlachargeavaientassisentrenousuneconnivence
que nos rivalités et nos petites fâcheries passagères n’au
raient su défaire. Notre vie était gouvernée par notre
grand mère, une femme pieuse aux idées désuètes, qui
veillait sur nous avec zèle lorsque ma mère s’absentait
pourallertravaillerousortaitavecsesamis.C’étaitencui
sinequ’ellelaissaitlibrecoursàsesbonnesintentions,pas
santleplusclairdesontempsànousmijoterdesrepasco
pieuxdontnousavionspeineàveniràbout,tandisqu’elle,
par crainte de pécher par gourmandise, ne mangeait
presque rien. Notre père était souvent en voyage. Du
moins, c’est ce qu’on nous laissait croire. Quant à notre
grand père,unbravehomme,docteetpaisible,ilsegardait
biend’intervenirdansletrain trainquotidiendesfemmes,
préférantliredanssoncoin,bricolerous’adonneraujardi
nage.
Cejourdeseptembre,donc,mamèreimposaàtoutela
famillelespectacledesoncourrouxàmonégard.
—Jeteferaivoir,moi!
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1111111111111111111111,111111111111111111,1111111,11111111111111,1111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111,1111111111111,1111111111111111111111111111111111111111,111111111,1111111111111111111111111,11111111111111111,111111111111111111Le lendemain, plus tôt que d’habitude, elle vint me ré
veiller:
— Désormais, tu porteras cet uniforme pour aller à
l’école.
Je neluirépondis pas.J’entendissespasrésonnerdans
lecorridor,leportaildujardingrinçacommedecoutume.
Elle était partie, sa sacoche en cuir sous le bras. On ne la
reverraitpasdelajournée.Jefilaiàmontourrejoindreles
enfants de ma rue qui s’acheminaient vers l’école, mais
sans mon uniforme. Suzanne qui partageait ma chambre
n’eut pas le loisir de se rendormir. Quelques instants plus
tard, j’étais déjà de retour au grand étonnement de notre
grand mère:
—Chouri,pourquoin’es tupasàl’école?
—Elleétaitfermée.
À vrai dire, au moment d’arriver en classe, j’avais ra
conté à l’une de mes camarades que je devais rentrer à la
maisonpourenfilerlatenueréglementaire.Lelendemain,
mamèrem’interrogea:
— Chouri, comment s’est passé ton premier jour de
classe?
—Maman,soitjeporteununiformesoitjevaisàl’école.
Jenepeuxpasfairelesdeuxchosessimultanément.
La petite enfance, dit on, s’arrête à l’âge de sept ans. Je
venais d’en avoir six, et c’est ainsi, précocement, que j’en
traienrébelliondansl’âgederaison.Surlecoup,ellecrut
à un simple caprice. Comme mère, mais aussi comme en
seignante,surceplan là,elleenavaitvudetouteslescou
leursaveclesenfants.Ellenedécelapasquemonrefusca
chaitquelquechosedeplusprofond.
—Queveux tudire?
— C’est l’un ou l’autre. Peut être comprendras tu plus
tard,quandtuserasgrande.
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11111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111,1111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111,111111111111111111111,,11111111111111111,1111111111111111111111111,11111111111111111,111111111111,1111,111,1111111111111111— C’est toi qui dois monter en graine. Vas tu m’expli
quercequisepassedanstatête?
— Il me faut réfléchir pour savoir si je dois ou non te
répondre.
—Jeveuxdesexplicationsséancetenante.
—Maman,tuneconnaispasmavaleur.
Sonteintviraaurouge:
—J’ignoretavaleur?Moiquit’aidésirée,quiaidûat
tendre longtemps ta naissance, moi qui ai pris soin de toi
dèstonpremierjour!
Jecrusqu’elleallaits’étrangler:
—Moiquiaicoiffétescheveux,tefaisaisdestressesque
j’ornais de rubans ! Moi qui ai toujours veillé à ce que tu
portesdejoliesrobes.Etmaintenanttuosesmedirequeje
nesaispast’apprécier?
—Maman,tuétaistrèsjeune.M’élever,pourtoi,c’était
commejoueràlapoupée.
Elleserembrunit,vexéedevoirsonpasséjugéparcette
fillettequiosaitluitenirtête:
— Qu’y puis je ? Il ne faut pas m’en vouloir. On m’a
obligéeàmemarieràl’adolescence.
— Pardon de te contrarier mais là fut ton erreur. C’est
detafaute,tut’eneslaisséimposer.
—C’estmamèrequienavaitdécidéainsietilm’afallu
obéir.
—Maismoi,jenesuispasobligéedet’écouter.Tun’as
pas à me forcer à mettre un uniforme ni à fréquenter
l’école.Tuavaisdouzeanslorsquetuasépousémonpère.
Aujourd’hui, j’ai la moitié de cet âge, mais je sais prendre
desdécisionsetnechangeraipasd’avis.
Elletentademeraisonner:
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1111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111,1111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111

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