PARLANAKA

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La lecture de ces contes et légendes nous entraîne bien plus loin qu’un simple voyage. La culture aymara pose en effet un regard sur l’existence bien différent de celui de notre monde occidental. Très vite, le lecteur va se trouver propulsé dans un milieu où l’homme n’es pas dissocié de la nature qui l’entoure. Ce livre s’adresse à ceux qui ont envie de montrer aux enfants qu’il existe différentes façons de vivre et de dialoguer avec la nature auxquelles ils ne sont pas habitués.
Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296380622
Nombre de pages : 112
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PARLANAKA
CONTES ET LEGENDES AYMARAS DES HAUTS PLATEAUX BOLIVIENS

Collection La Légende des Mondes dirigée par Maguy Albet. Alain Mabanckou Denis Rolland. Martine Michon et Alliette Salée.

Clemente MAMANI LARUTA

PARLANAKA
CONTES ET LEGENDES AYMARAS DES HAUTS PLATEAUX BOLIVIENS

Traduction de Murielle Tessont Présentation et introduction de Virginie Reiffsteck Illustrations d'Eduardo Conde Quispe

L'Harmattan

1999 5-7, roe de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Hannattan, Inc. 55, roe Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9 L'Hannattan, Italia s.d. Via Bava 37 10124 Torino ISBN: 2-7384-7478-0

@ L'Hannattan,

PREFACE

L'histoire de ce livre commence sur les Hauts plateaux boliviens, dans les communautés de l'Altiplano. Il y a quelques années de cela, un journaliste de la radio aymara de La Paz, Clemente Mamani Laruta, décide de collecter auprès des Anciens les contes et les légendes dont ils gardent la mémoire. Dans l'espoir d'une éventuelle publication, il en envoie la traduction espagnole à l'association La porte du soleil à Paris. C'est ainsi qu'ensemble, Eduardo Conde Quispe, président de l'association, Murielle Tessont, professeur de français, et Virginie Reiffsteck, écrivain, venons à connaître le trésor que sont ces contes boliviens. Et l'envie nous est née de le partager avec vous au travers d'un livre. En ce qui concerne la traduction, nous avons choisi de conserver de nombreux mots en langue originale aymara (écrits en italique et avec majuscules lorsque l'auteur J'a spécifié). Ils sont répertoriés à la fin de l'ouvrage, dans le glossaire pour les noms communs, sur la carte de la Bolivie pour les noms de villes ou de bourgades. Afin d'en faciliter la compréhension, nous avons, par ailleurs, complété certains textes tout en tenant compte, autant que possible, de la volonté originale de l'auteur. Du point de vue orthographique, nous écrirons le son [k] avec « k » ou « q » au lieu de « c », le son [i] avec « i » au lieu de « y », le son [u] avec « w » au lieu de « hu ». Pour davantage de clarté, nous écrirons également le pluriel des mots aymaras avec la marque pluriel latine « s ». 7

INTRODUCTION
« La terre est vivante» Eduardo Conde Quispe

La lecture de ces contes et légendes nous entraîne bien plus loin qu'un simple voyage. La culture aymara pose en effet un regard sur l'existence bien différent de celui de notre monde occidental. Très vite, le lecteur va se trouver propulsé dans un milieu où l'homme n'est pas dissocié de la nature qui l'entoure. Depuis la nuit des temps, la terre nourrit les hommes et le soleil donne chaleur et lumière. Sans la culture de la terre, l'homme n'aurait jamais pu survivre. Pour les indiens quechua et aymara de l'Altipiano, la terre, symbolisée par la Pacha Marna, mérite d'être respectée et aimée comme on aime une personne, une mère. Cela, au même titre que tous les produits qui proviennent de son sein et nourrissent I'homme. Elle est (avec, à un moindre degré, le « père» soleil Inti) au centre de chaque geste, de chaque offrande, de chaque fête. On lui donne à boire, à manger, on discute avec elle, on lui adresse des prières. L'homme évolue ainsi dans un monde où tous les éléments sont dépendants des uns des autres pour vivre. Tout a un sens et donc une parole qu'il faut essayer d'entendre. Il fut un temps où l'homme vivait en harmonie avec tout ce qui l'entourait. Il comprenait alors le langage des fleurs, des arbres, de la terre et des montagnes (de nombreux contes évoquent ce temps-là). Mais la clarté de ce langage s'est 9

soudainement troublée. A présent, l'homme a besoin d'un interprète pour éclairer de nouveau ces paroles. Dans les communautés andines, ce rôle revient aux Anciens, et plus particulièrement au sage médecin, le Yatiri, qui lit dans la nature comme dans un livre ouvert. Nous sommes bien loin de la conception occidentale qui considère la nature dans une relation plutôt de maîtrise et de propriété. On peut imaginer combien la confrontation avec les conquistadors espagnols au 16èmesiècle a pu être violente. Considérant la culture et les coutumes des indiens comme arriérées et donc de peu de valeur, ils se sont emparés de force de leurs terres (qui appartenaient de droit naturel aux communautés), leur imposant la langue espagnole et le dieu « civilisé» des chrétiens. Comme on le verra tout au long des contes, les fêtes du culte des saints patrons chrétiens sont aussi des moments privilégiés pour faire des offrandes à la Pacha Marna, se mélangeant ainsi intimement aux cultes anciens. La société andine a ainsi été contrainte à un lent syncrétisme (dans le conte de « Cyrille », par exemple, nous verrons le Yatiri réciter un Notre Père). Cependant, tout en incorporant et innovant de nouveaux éléments, elle a su conserver la nature de son organisation traditionnelle ainsi que la plupart de ses croyances. Depuis toujours, les habitants de l'Altiplano vivent organisés en communautés, les Ayllus. Pour les Aymaras et les Quechuas, elles correspondent à un territoire, une organisation, une langue, une culture et jouent en cela un rôle de ciment social. 10

Au-delà des limites protectrices de la communauté, qu'elles soient sociales, culturelles ou territoriales, commence le monde imprévisible, magique et dangereux. C'est le domaine des démons, des âmes errantes des morts, des Khari Kharis (voir le conte de «La mystérieuse danseuse »). Ceux qui s'y aventurent reviennent affectés de maladies mystérieuses et risquent jusqu'à la mort (voir le conte du «Taureau de Katar Jawira »). De la même façon, on est impuissant lorsqu'on agit seul, sans la force du groupe (voir le conte du« Petit moucheron »). On remarquera également un certain mépris de l'indigène envers le métis en général et la cholita en particulier (dans les contes du «Marchand de glaces» et de la «Flûte d'or », on parle de la légendaire méfiance du métis, du sens des affaires de la cholita, etc.). Attirés par l'argent du gringo, ils sont vus comme des personnes méprisant et trahissant leurs véritables origines (dans le conte de la « Kullawa », la cholita qui refuse de se mélanger aux indigènes, meurt d'une façon bien étrange). La nature qui entoure l'indien a toujours le dessus. Elle correspond au territoire des ancêtres, à un espace où les divinités se sont installées (d'humaines ou animales, elles se sont muées en minéral ou végétal avec le temps). Et ce sont ces habitants qui, en dernière instance, choisissent de punir. TI est ainsi dangereux de les défier (on apprend à l'enfant, par exemple, qu'il ne doit pas montrer l'arc-en-ciel du doigt au risque de se faire brûler). De plus, il est dit que même toute la science médicale, celle que « les blancs» pensent être au-dessus de tout, ne peut rien faire contre une malédiction. Seul le Yatiri, qui connaît les secrets de la nature et peut communiquer avec celle-ci, pourra agir. Et cela, si les puissances divines le veulent bien. 11

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