Passage et clandestin

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Il nous arrive parfois de rêver d'une autre vie. Puis, le quotidien nous rattrape. Aller-retour entre l'imaginaire et le réel. Christophe ne peut concevoir à quel point la rencontre avec Louis va bouleverser ses habitudes, ses certitudes, sa vie. Un conseil: gardez bien la porte fermée...

Publié le : jeudi 6 septembre 2012
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782748390841
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782748390841
Nombre de pages : 282
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Éric Colucci
PASSAGE ET CLANDESTIN
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0117901.000.R.P.2012.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2012
 Je viens de refermer la porte. Oui, cest bien cela, je me suis assuré que javais bien re-fer-mer la porte. Il y a quelques temps en arrière, je naurai pas gâché mon énergie à vérifier si la porte était bien close ! Une simple planche de bois qui obstrue lentrée ou la sortie dune maison, dun salon, dune chambre, dune Et pourquoi serait-elle seulement en bois cette porte ? Un mot qui a pris un sens tout différent pour moi depuis ce jour du mois de février dil y a Je me souviens quil faisait un froid glacial avec beaucoup de vent. Les gens étaient obligés de calfeutrer toutes les ouvertures pour garder un peu de chaleur. Mais quest-ce qui mest arrivé ? Quest-ce qui nous est arri-vé ? Il régnait dans lair une atmosphère si étrange. Jusquà cet instant je vivais une petite vie bien simple, avec un travail tout ce quil y a de commun et dennuyeux, une femme devenue charmante avec le temps, un enfant adorable et pénible à la fois. Je me rendais au bureau en empruntant le bus 356. Je descendais à la station qui jouxte limmeuble où se trou-vent les locaux administratifs de la multinationale dans laquelle je travaille. En un mot, une petite vie bien rangée, sans excès, sans amis, seulement quelques relations de voisinage. Une vie en repli et sans investissement pour autrui disait souvent ma mère qui, depuis le décès de mon père, il y a bien longtemps, ne parvenait plus à atteindre son fils. Et pourquoi sinvestir, et pour qui, nous menons notre vie à nous, et pour les autres, quils se débrouillent.
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La vie nest pas faite que de joie. Jai affronté les disparitions trop soudaines, les déceptions sentimentales, professionnelles avec le peu darmes mis à notre disposition. À chacun de se débattre dans ce maelström quest la vie. Depuis la nuit des temps on sest aperçu quil est difficile de maintenir la tête hors de leau, de porter son destin à bout de bras et de survivre mal-gré la concurrence. Mais tout cela est terminé aujourdhui. Il est évident que la lutte nest pas à armes égales entre eux et nous. Ils veulent réoc-cuper leur paradis prétendent-ils. Nous sommes des parasites quil faut éliminer de manière drastique ; et ils ont les moyens de le faire sils accèdent à nos demeures. Je suis bien obligé de re-connaître aujourdhui, après tout ce que jai vécu, que seul lunion sera notre salut. Février, début du mois je crois, je me réveille à la sonnerie de mon portable, il est six heures. Ma femme dort comme une souche, je ne sais pas comment elle fait, quel que soit lendroit, si elle a besoin de se reposer, elle sinstalle et sendort. Après une bonne douche chaude, je mhabille et je minstalle dans la cuisine pour avaler ma tartine et boire mon café. Les informa-tions distillées à la radio sont toujours les mêmes, insipides et sans aucun intérêt pour la grosse majorité de la population. Jappelle ça du voyeurisme auditif. Bon sang, six heures cin-quante, je vais rater mon bus. Je me précipite sur mon manteau et mon écharpe et attrape au vol ma sacoche. Un tour de clé, je suis dehors. Le froid me saisit, il navait même pas annoncé cette température à leur foutue radio ce matin. Encore heureux quil ny ait pas de verglas sur le trottoir, je peux courir pour atteindre larrêt de bus qui se trouve à deux pâtés de maisons dici. Courir dès le matin avec une tartine et un café dans lestomac nest pas ce que jappelle ma tasse de thé. En plus, je sais que je vais transpirer et donc inévitablement, après, je vais me retrouver à moucher toute la journée si ce nest pas pire. Mais si je rate ce sacré bus, je serai encore en retard. Le mois
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dernier je suis arrivé cinq fois en retard, retards tous justifiés, mais cela na pas empêché mon chef de mannoncer très abrup-tement au début de février :  Si vous nous refaites encore un mois de retards à répéti-tion comme celui qui vient de sécouler, il vous sera fortement recommandé dentreprendre des recherches demploi. Il mest difficile de nier que je nai aucune affection pour cet homme. Sans aimer tout le monde, je ne suis pas de ceux qui détestent les gens. Je dois cependant admettre quavec M. Ba-ron il y a exception. Cest simple, je naccroche pas, sa personnalité minsupporte. En vue de larrêt, japerçois des personnes qui attendent, ce qui signifie que le bus nest pas encore arrivé. Je peux donc ra-lentir ma foulée. Je termine les quelques dizaines de mètres quil reste à parcourir dun pas décidé mais non plus précipité. Je reconnais les personnes qui attendent, ce sont les mêmes qui utilisent ce moyen de transport depuis aussi longtemps que moi. Non, il y a une personne que je ne me souviens pas avoir vue par ici. Peut-être un nouvel arrivant ! Cest un homme dune quarantaine dannées, un peu plus grand que moi, un peu plus costaud aussi. Plus jeune, jai bien tenté de me muscler un peu, comme de nombreux jeunes, mais cétait trop astreignant pour moi. Bien entendu, avec ce temps, le bus arrive avec dix minu-tes de retard. Mais là, si je ne suis pas à lheure, il sagit dun cas de force majeure. Quil y vienne mon chef, avec son air arro-gant, je lattends. Cest le bus qui est en retard, pas moi. Je demanderai un mot au chauffeur. Je vais minstaller à ma place habituelle, deuxième rangée derrière le chauffeur coté vitre, car comme plusieurs milliers de voyageurs des transports en com-mun chacun de nous croit avoir sa place attitrée, lorsque je me rends compte que le nouvel arrivant est assis précisément à cette place, à ma place, que daucuns auraient osé utiliser en ma présence ! Dépité, je me suis affalé sur le siège voisin. Javais la certitude que les autres passagers étaient outrés tout autant que
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moi, mais que pouvaient-ils faire dans ce monde dindividualité. Je reconnais que jai réfléchi quelques instants à cette attitude puérile, sans beaucoup de résultat je le confesse. Comble du comble, après une à deux minutes de route, mon voisin, celui assis à ma place, tente dengager la conversation avec moi.  Bonjour, je me présente, je mappelle Louis, je viens demménager dans le quartier. Et sur ce, il me tend la main, main quaprès quelque hésita-tion je prends à regret, le visage fermé, en souhaitant que les spectateurs de cette scène ne pensent pas que je vais me laisser acheter avec une poignée de main. Et il enchaîne tout de go avec un large sourire.  Je vous sens rétif à mon encontre. Peut-être ai-je fait quelque chose hors de vos codes ? Peut-être ai-je pris la place de quelquun ou quelquune, ou encore la vôtre ? Soudain je ne me sens plus à laise du tout. Il ma percé à jour en deux minutes. Il parle encore lorsque je reviens dans la conversation quil tente de mettre en place. Voulez-vous reprendre votre place ? disait-il en se levant pour joindre le geste à la parole.  Non, je vous en prie, restez assis, ce nest quune place de bus. Cela na aucune espèce dimportance, vraiment, dis-je sans la moindre conviction.  Je suis rassuré de rencontrer quelquun qui a un tel recul sur les éléments matériels.  Vous savez, les gens sattachent à un tas de choses inuti-les qui, du moins, ne sont pas essentielles à leur survie.  Jadhère absolument à cela. Vous arrive-t-il de réfléchir sur les questions importantes telles que : qui est le grand organi-sateur ? est-ce lui qui coordonne le tout ? a-t-il des subalternes pour les petites missions ? etc., ou bien ny a-t-il rien quune fin misérable au fond dun trou recouvert dune terre imbibée de pleurs ?
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