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À Virginie
1
Yes
Ah!elle en a le souffle coupé, et de ce vent et de ce désir, et de ce besoin d’obéir à la grande obéissance. La raison n’a rien à faire contre les désirs du corps. Et quand elle y fait, elle se trompe. Jean Giono
oute chambre d’hôtel respire l’interdit. Ce lit toujours T trop grand où l’empreinte du corps précédent, fossili-sée par une nuit, a été pudiquement effacée, vous êtes le premier à y dormir. L’emplacement des oreillers indique le sens du coucher — qui a jamais osé l’incongru, s’étendre à l’envers?Mais qui ne songe à la solitude de l’oreiller vacant qui lui tient compagnie?Pire encore, parfois une porte communicante barre passage et regard vers la chambre voi-sine. Le trou de la serrure est bourré d’ouate ou de papier, scellé d’un ruban — c’est qu’on vous connaît. On se prend aussitôt à songer à cette autre personne si proche, distincte de millions d’humains par sa seule proximité, à imaginer le
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PÉNOMBRES
voisinage solitaire d’une femme suffisamment belle et ac-cessible, soudain nantie elle aussi d’une audace nouvelle. Toutes les chambres d’hôtel sont érotisantes, elles sont bâ-ties autour d’un lit et le voyageur s’y trouve anonyme et seul, dans cet éloignement protecteur qui lui offre une vir-ginité nouvelle.
Mon regard accroche le verrou de laiton que la femme de chambre a poussé en nettoyant — ordre, propre-té, morale — comme elle le fera dans la pièce voisine. Je songe avec découragement que ces deux chambres ont dû abriter des couples dont les deux parties ne se sont jamais trouvées, un homme et une femme endormis à trois mètres l’un de l’autre, de part et d’autre de cet écran traversé de fantômes, ignorant que pendant leurs sommeils solitaires du temps a passé qui aurait pu être du bonheur. Pas seule-ment du plaisir:du bonheur, impromptu et sans suite, pe-tite page blanche prise sur la vie. Les gens de rencontre vous apprendront tout d’eux-mêmes, sauf cela d’essentiel, de toujours tâtonnant:— J’ai envie de vous connaître et j’ai envie de vous, serait-ce pour l’éphémère d’un partage, d’un oubli dans ce lit de hasard destiné à l’amour. L’évolution nous a donné pour vivre et survivre tous les outils bien hui-lés avec, pour l’essentiel, un mode d’emploi balbutiant.
Nuwara Eliya. La journée s’achève, discrète, dans l’imposant salon cuir et bois de l’hôtelGrand. Silence de gestes, thé noir et whisky écossais. On n’entend que le bruit