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Perdition 1

De
341 pages
Au sortir de la Guerre Fratricide Rouge, la quête d'une planète viable justifie l'exploration extragalactique, puisque la Terre agonise Dès sa prise de fonction à bord de l'immense bâtiment stellaire Transport, que dirige le général commandeur Georges Jackson, l'officier Gilles Monaco, promu capitaine, obtient la fonction de chef de la police militaire. Chargé d'encadrer les mineurs devant recueillir le particulier minerai plutonien, il met un terme à l'action récursive d'un rebelle rouge. Après avoir livré du matériel aux forces militaires occupant Mars, en alignement sidéral, le commandeur Jackson entame la treizième mission Pluton. Le samedi six mai 2113, à zéro heure quarante-quatre, le bâtiment Transport subit une avarie grave.
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Perdition Jean-Baptiste Kerfender
Perdition
Livre 1 - Mission Pluton 13
Science-fiction






Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-7341-4(livre numérique)
ISBN 13 : 9782748173413(livre numérique)
ISBN : 2-7481-7340-6(livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748173406(livre imprimé)












En remerciement à l’excellent docteur Marc Druet,
dont l’intelligent raisonnement humain
ouvre la porte du futur…







PROLOGUE



Au cours du second cinquantenaire du vingt
et unième siècle, l’humanité connut un
développement démographique démesuré. Plus
de vingt-huit milliards d’êtres humains peuplent
la Terre. Faisant diminuer la mortalité, le
perpétuel combat contre la maladie, que livrent
les médecins, arrive à son terme. Les affections
pathologiques qui ne connaissent un remède
topique sont, aujourd’hui, rares.
Malgré l’évolution scientifique, le terrible
cancer de la planète, combattu avec beaucoup
d’intensité, détériore l’écosystème. L’oxygène
ne se renouvelle que peu, la végétation décline
calmement et, comme elle s’éteint dans les mers
souillées où les derniers cétacés,
particulièrement affectés, se raréfient, la vie
animale disparaît lentement. En dépit de ses
efforts, l’homme demeure impuissant à
maîtriser ce catastrophique phénomène.
9
La société humaine poursuit cependant son
évolution. Depuis l’année deux mille cinquante,
elle obéit à l’autorité du Gouvernement
Mondial Unique (g.m.u.) que constitue l’Union
Terrienne (u.t.). Les militaires sont unis en une
seule armée, la Force Terrienne Unifiée (f.t.u.),
qui, souveraine et puissante, n’aurait dû
connaître aucun ennemi.
Une appellation civile différencie ceux qui,
depuis une cinquantaine d’années, demeurent
sur la Lune. Le milliard de Lunites, nés sur la
Terre, ainsi que le petit nombre de Luniens, nés
sur la Lune, y résident abrités par d’épais
dômes qui emprisonnent l’atmosphère et
régulent la température. Ces deux
indispensables conditions autorisent de
difficiles cultures chèrement fournies aux
terriens démunis. Peu après le début de la
colonisation, l’eau lunaire fut transférée, depuis
les mers et les océans de la planète mère, au
moyen de puissants transporteurs, les vaisseaux
Citerne. Adoucie par de phénoménales
machineries, elle fut recyclée en une excellente
eau douce. Ce transfert de plusieurs milliards de
tonnes d’eau fit baisser le niveau des mers de
plus d’une vingtaine de mètres, ce qui enraya le
désastre qu’aurait engendré l’inévitable fonte
des glaces. D’immenses espaces s’asséchèrent
lentement. Puis, ces nouveaux espaces libérés
furent investis par des milliers d’âmes en mal de
10
terres viables, dont les constructions sauvages
défigurèrent rapidement l’ancien royaume de
Triton.
Dès l’année deux mille quatre-vingt-sept,
l’homme s’intéressa aux sous-sols martiens.
D’intenses forages aux tréfonds de la planète
rouge firent jaillir l’eau, fondement de la vie. De
l’oxygène s’en libéra. Les précieuses molécules
envahirent l’espace du globe jusqu'à constituer
une atmosphère raréfiée, aujourd’hui stabilisée.
Bien que le port d’un scaphandre spécifique lui
soit salutaire afin de bénéficier d’une
température adaptée et d’un confort respirable,
l’homme peut subsister sur Mars où certaines
cultures furent produites. Développées grâce à
l’apport de graines terrestres, de maigres
céréales se sont adaptées au sol aride à force de
mutations provoquées.
Au début de l’année deux mille quatre-vingt-
douze, une sanglante discorde divisa
l’humanité. Au cours de l’été deux mille quatre-
vingt-quinze, le conflit embrasa la quatrième
planète de notre système pour devenir ce que
tous nommèrent la Grande Guerre Fratricide
Rouge. Les Rebelles Rouges ne purent être
dominés. L’impitoyable conflit trouva sa source
par la volonté de contrôler les céréales
martiennes, dont certaines, si l’on occultait la
fonction alimentaire, autorisaient la fabrication
d’un inhibiteur puissant présenté sous la forme
11
d’une farineuse poudre rouge. Outre l’intense
plaisir qu’elle procure, cette drogue insensibilise
et aiguise la combativité. Le mercredi huit avril
deux mille cent cinq, le Grand Assaut Final
clôtura le désaccord assassin. Jamais, l’humanité
ne connut de pertes aussi lourdes. L’Union
Terrienne conserve depuis le contrôle de la
population affaiblie.
L’évolution technologique marque
aujourd’hui un palier. Bien que la technique
spatiale paraisse être à son apogée,
l’aboutissement de la perspicace prospection de
notre système se concrétise par le
développement de missions lointaines. Pour
que l’humanité poursuive son essor, il convient
surtout d’explorer bien au-delà de notre galaxie.
L’espoir en est permis si l’on considère
l’extraordinaire, mais toujours insuffisante,
vélocité des vaisseaux de la dernière génération.
Certains flirtent, sans la franchir, avec la vitesse
de la lumière, ce qui autorise le déplacement
intersidéral. Plusieurs voyages furent tentés.
Pour effectuer ces Missions d’Exploration et de
Recherches (m.e.r.), des équipages tripartites,
composés par des scientifiques, des militaires et
des pionniers civils, ont emprunté des astronefs
au long cours capables d’atteindre cette vitesse
fantastique. Certains payèrent de leur vie la
difficile prospection intergalactique. Comme
aucune mission m.e.r. n’a, à ce jour, découvert
12
une planète accueillante, il convient d’aller plus
loin. D’autres systèmes stellaires, susceptibles
de posséder ce que recherche l’humanité,
justifient de telles épopées. Mais, ils sont si
éloignés qu’une technologie nouvelle est
nécessaire. Celle-ci, fort coûteuse, existe dans
l’imagination des scientifiques, dont certains
espèrent accomplir leur rêve fou, découvrir une
planète capable de proroger l’expansion
dominatrice de l’humanité.
Une solution balbutie grâce à l’exploitation
de Pluton. Unique, cette planète regorge de
matériaux autorisant un nouveau bond
technologique, lequel admettrait les transferts
intersidéraux capables de transporter un
homme bien au-delà des limites atteintes. Un
enjeu immense engage donc ceux qui sont prêts
à travailler durement. Dès l’an deux mille cent
un, année de la première expédition, des
colonies de prospecteurs, encadrés par des
militaires, empruntèrent les énormes vaisseaux
Citerne, réaménagés. Chargés de ramener
l’exceptionnel minerai, ces mineurs
accomplirent de pénibles missions de forage
sur l’inhospitalière planète. Effectué durant une
année au sein d’un contexte inhumain, le travail
y est intense. Les conditions qui règnent sur
Pluton sont parmi les plus impitoyables que
l’on puisse connaître. Seuls les meilleurs, dont
certains sont anéantis, connaissent la
13
satisfaction d’effectuer le voyage du retour. Le
sort des militaires n’est pas meilleur, bien que
les premières missions Pluton aient été
considérées plus douces que les effrayants
combats générés par la Grande Fratricide
Rouge. L’unique perspective d’un important
profit financier motive les courageux
prospecteurs. Le précieux minerai garantit à
certains de connaître, enfin, le bonheur sur la
planète bleue, puisque, en raison de l’extrême
pauvreté, il apparaît normal de risquer jusqu'à
sa vie pour accéder au royaume onéreux du
plaisir.
Depuis l’an deux mille cent un, les missions
Pluton se succèdent au rythme d’un voyage par
année.
En cette année deux mille cent treize, la
mission Pluton 13 est sur le point d’entamer le
voyage en direction de la neuvième planète afin
de relever la mission précédente. Cette
treizième mission Pluton est véhiculée par un
colossal navire intersidéral de conception
nouvelle, le plus moderne des vaisseaux
spatiaux que l’homme ait conçu, la magnifique
Nef Transport. Selon certaines rumeurs
colportées, l’identifiant à la sixième mission
Pluton qui connut d’importants mouvements
de foule sévèrement réprimés, la mission
Pluton 12 aurait rencontré d’extrêmes
difficultés. Elle aurait accumulé plusieurs
14
destructions de matériels d’exploitation,
lesquelles auraient elles-mêmes, rapporte-t-on,
provoqué d’importantes pertes humaines.
Une implacable sélection règne au sein de la
froideur du sombre espace silencieux.
L’homme n’y est plus qu’une parcelle
d’intelligence qui, pour se guider et trouver son
salut, s’accroche aux étoiles éparpillées à travers
le noir rideau intergalactique.
15

16







LIVRE PREMIER
MISSION PLUTON 13
17
18







1

VERS LA NEF

Le réveil posé sur la tablette vrombit
allègrement, agressant sans pitié les tympans du
dormeur qui, allongé sur son lit, paraissait être
privé de vie. Telle une vrille sonore, le bruit
pénétra son cerveau pour le réveiller. Noyé
dans la pénombre de sa chambre, il ouvrit les
yeux, sans voir encore. Empli
d’incompréhension matinale, il observa autour
de lui, tentant de faire le point, jusqu'à ce qu’il
comprenne que son réveil électronique lui
intimait l’ordre, programmé la veille, de se
lever, puisque l’heure de débuter la nouvelle
journée venait de naître.
Monaco tendit le bras droit et passa la main
au-dessus de l’appareil pour faire cesser la vrille
sonore.
Encore imprégné du peu de sommeil dont il
avait bénéficié, il s’assit difficilement sur le
bord de son lit. À voix basse, un peu cassée, il
19
ordonna l’allumage de la lampe. Une douce
lumière tamisée dispersa la noirceur de la pièce.
L’esprit encore embrumé, il regarda le cadran
optique du réveil.
– Cinq heures trente ?… Bon sang !
s’exclama-t-il d’une voix enrouée. Je n’ai pas
l’impression d’avoir dormi.
Il s’était couché tard.
Son engagement l’obligeant à quitter la Terre
durant plus d’une année, il avait visité, comme
la plupart des militaires sur le point d’effectuer
une longue mission, quelques bars afin de
conserver un souvenir de la planète naturelle.
Monaco se leva, étira longuement son corps
mince et musclé, puis, se dirigeant vers les
rideaux occultant la fenêtre, essaya inutilement
d’ordonner ses cheveux bruns coupés en brosse
en y passant les mains. Il effleura le tissu
synthétique de la paume de la main droite
ouverte pour que les rideaux s’écartent,
lentement, ce qui autorisa la faible clarté
matinale à pénétrer. La lampe de chevet
diminua d’intensité. La vision pas très nette, il
observa à travers le plexiglas translucide, mais
ne découvrit qu’un site inintéressant, à peine
inondé par la clarté que tamisait l’épaisse
couche de nuages sombres.
Jugeant l’extérieur sans intérêt, il gagna la
salle de toilette. Face au lavabo, il plia
légèrement les genoux afin de s’observer dans
20
la glace, pas assez haut placée.
« Celui qui l’a fixée ne mesurait pas plus d’un
mètre cinquante ! » pensa-t-il.
Il jugea que les traits de son visage le
vieillissaient, qu’il paraissait plus que ses trente-
cinq années, sans doute à cause de son retour
tardif puisqu’à l’habitude il paraissait son âge, ni
plus, ni moins. Personne n’en avait jamais eu
une appréciation erronée. Sa volonté était
neutre et ses yeux noirs n’avaient pas l’éclat vif
qu’ils reflétaient d’habitude, sans doute à cause
du manque de sommeil. S’il s’écoutait, il serait
facilement retourné dormir, aussi, décida-t-il de
se doucher pour récupérer son dynamisme
habituel.
Il quitta la salle de toilette une demi-heure
plus tard, rasé de près, en forme et de bonne
humeur. Après avoir choisi, puis placé sur le lit
défait, ses affaires de la journée, il mit la
chemise bleu clair, au col de laquelle il ajusta la
cravate bleu marine réglementaire, et enfila ses
chaussettes en fils synthétiques. Après l’avoir
brossé, il revêtit son uniforme bleu foncé
arborant les galons de lieutenant et l’insigne
couleur « or » des spationautes, façonné à
l’image du globe terrestre sur son orbite, puis
chaussa ses souliers noirs, impeccablement
cirés, sans omettre d’en nouer les lacets.
Il décida de se rendre au mess où, en
compagnie de quelques autres officiers, il
21
consomma le dernier petit déjeuner dont il se
sera régalé sur la Terre avant longtemps.
Après avoir quitté le mess, Monaco revint à
sa chambre afin d’y prendre son paquetage,
préparé la veille, et se déplaça au point d’accueil
du bâtiment où il contacta le soldat de
permanence.
– Lieutenant Gilles Monaco. Je vous rends
ma chambre, dit-il en tendant la clé
magnétique.
Le soldat la prit.
– J’enregistre votre départ, lieutenant. Vous
résidiez à la chambre quarante-deux ?
– C’est exact. Où puis-je trouver mon
accompagnateur ?
– Un instant, lieutenant.
Le soldat de permanence s’approcha du
microphone utilisé pour diffuser les annonces
internes. De manière similaire aux autres haut-
parleurs dispersés à l’intérieur du bâtiment,
celui placé à proximité du carré de permanence
grésilla brièvement alors que l’annonce
résonnait dans l’ensemble des parties
communes.
« L’accompagnateur de l’officier Monaco est
attendu au carré de permanence du bâtiment
des officiers spationautes… Merci. »
Il rendit compte de son action.
– Votre accompagnateur ne va pas tarder,
lieutenant.
22
Monaco attendit patiemment.
Quelques minutes s’écoulèrent avant que
l’homme, chargé de l’accompagner jusqu’à son
départ proche vers les étoiles, ne se présente.
Le visage de Monaco s’éclaira lorsqu’il
reconnut le sergent Patrick Kellans, qu’il avait
connu dix-sept ans auparavant alors qu’ils
fréquentaient l’école militaire de la Force
Terrienne Unifiée. Tous deux s’appréciaient à
travers une véritable amitié renforcée durant un
dur combat engagé au cours de la Grande
Fratricide Rouge.
Monaco serra vigoureusement la main de
son ami, du même âge. Il ressentit, comme le
premier jour où il le connut, la même poignée
de main franche et puissante que possédait
celui avec qui il combattit. Bien qu’il fût moins
grand que lui, un mètre soixante-quatorze, le
sergent Kellans possédait la discrète
musculature d’un gymnaste. Son allure mince et
sportive renforçait la détermination positive
qu’appuyait l’éclat volontaire de ses yeux
marron et de ses joues creuses. À travers son
aspect et ses cheveux châtains coupés courts, il
reflétait l’image d’un militaire actif et
dynamique.
Lorsqu’ils étaient ensemble, Monaco et
Kellans se tutoyaient, mais respectaient la
hiérarchie devant laquelle le vouvoiement
reprenait ses droits. Ils demeuraient ainsi dans
23
le cadre de la règle militaire.
– Quelle bonne surprise ! se réjouit Monaco
en affichant un large sourire.
– Lorsque j’ai appris que tu accomplissais
une mission Pluton, j’ai tenu à t’accompagner.
– Merci, Patrick, merci… Quel est l’emploi
du temps ?
– Je suis chargé de te mener au Ministère
afin que tu te fournisses d’un ordre de mission.
Puis, je te conduis à la base de Villacoublay où
tu prends le commandement d’un équipage. Tu
dois y être présent vers neuf heures trente,
voire dix heures au plus tard, et atteindre la Nef
Transport à douze heures.
– Ce bâtiment est stationné en base orbitale
lunaire ?
– C’est exact.
– Et bien, allons-y, cher ami.



Monaco plaça son paquetage sur la
banquette arrière du véhicule militaire que son
camarade lui désigna et s’installa à la place du
passager.
Kellans emprunta la direction du Ministère
des Armées Spationautes, où Monaco obtint
rapidement son ordre de mission. Il lui fut aussi
remis une missive qui, cachetée de cire, était
frappée du sceau ministériel. L’ordre était clair,
24
il devait la remettre, en main propre, au
commandeur de la Nef Transport, le général
Georges Jackson.



Sous une pluie battante générant une
mauvaise visibilité, le léger véhicule à
sustentation magnétique s’arrêta à l’entrée de la
base de Villacoublay, devant le poste de
vigilance. Portant un poncho le protégeant de
l’intense pluie, dont les gouttes s’éclataient par
myriade sur son sombre casque luisant, un
garde doté d’une arme longue se déplaça. La
stature impressionnante et le visage strict du
militaire interdisaient tout comportement qui
ne serait pas professionnel. Tenant fermement
son fusil de ses deux mains, en oblique devant
son torse, le canon vers le ciel, il se plaça au
trois-quarts avant gauche du véhicule. Durant
sa courte observation attentive, Monaco
remarqua son index droit placé sur la queue de
détente de son arme meurtrière.
« L’on ne plaisante pas à la garde de
Villacoublay », pensa-t-il.
Au terme de cette courte réflexion, suffisante
pour qu’il prenne confiance, le garde
s’approcha de la portière avant gauche.
Appliquant les ordres reçus, il s’enquit de
l’autorisation de passage.
25
– Votre laissez-passer, s’il vous plaît,
demanda-t-il au conducteur.
Kellans abaissa la vitre latérale. Déviées par
les rafales du vent, quelques gouttes de pluie
pénétrèrent à l’intérieur du véhicule. Elles le
frappèrent au visage. Au moyen de son
mouchoir, il sécha sa joue gauche et répondit à
la demande qui, bien qu’elle fût formulée
poliment, ne permettait aucun doute sur les
intentions de la sentinelle en cas de
désobéissance.
– Le voici, répondit Kellans en présentant
l’ordre de mission.
L’impressionnant garde le saisit de la main
gauche, sa main droite tenant son arme le
canon dirigé vers le ciel couvert. Il l’observa
attentivement, contrôla son authenticité en
vérifiant le timbre sec apposé par le Ministère
des Affaires Spationautes, détailla le visage des
deux hommes à bord du véhicule, et prit
connaissance des courtes consignes inscrites au
dos du document plastifié.
Puis, convaincu, il le rendit.
– Officier Pluton 13 ! indiqua-t-il à haute et
intelligible voix afin que ses deux collègues
armés, demeurés dans le poste de garde
largement vitré, le comprennent.
Utilisant un poste portable de transmission,
l’un des hommes répercuta l’information à trois
autres militaires postés à une centaine de
26
mètres, près de la grille d’entrée que l’on
devinait à travers le rideau de pluie.
– Passez ! signifia sèchement le garde.
Kellans remonta la vitre latérale gauche du
véhicule, puis démarra après avoir adressé un
léger signe de soutien à la sentinelle dont le
poncho plastifié luisait de pluie. Le véhicule
dépassa le poste de garde et la lourde grille, qui
se referma majestueusement aussitôt qu’il l'eut
franchie.
La pluie tombait dru. Chaque goutte claquait
sur le bitume noir et luisant en créant une
fragile couronne. Saine et purificatrice, l’eau
débarrassait la lourde atmosphère de ses
particules acides pour les drainer dans le sol.
Chargée de corpuscules caustiques, elle allait
nourrir la rare végétation qui, par capillarité,
l’absorberait jusqu'à, peut-être, en mourir.
Kellans dirigea le véhicule vers les bâtiments
de transfert situés sur l’aire d'envol, à presque
deux kilomètres. Il pénétra directement dans le
hangar de préparation des pilotes, où le
stationnement des véhicules militaires était
autorisé. Puis, il accompagna Monaco aux
vestiaires, avant de le laisser seul puisqu’il était
chargé de transmettre un ordre urgent à l’un
des militaires constituant la garde interne à la
base.
Monaco gagna le placard numéro 18.
Comme celui-ci lui était attribué le temps de la
27
mission, il y avait, l’avant-veille, déposé son
arme, sa tenue spatiale et quelques effets
personnels. Il s’assit sur un siège et plongea au
fond de quelque agréable pensée, ce qui était,
pour certains, courant au départ d’un long
voyage sidéral.
Quelques minutes s’écoulèrent.
Toujours noyés dans ses pensées, il
n’entendit pas le pas sonore de Kellans.
– Il est neuf heures quinze, Gilles. Il te faut
gagner l’Aquilon.
– Oh, bien sûr ! répondit-il, brusquement tiré
de sa réflexion.
Il plia ses affaires et les rangea dans son
paquetage. Puis, il enfila sa combinaison
cendrée et glissa son arme, un fulgurant, dans
l’étui situé au bas de sa hanche droite. Il n’omit
pas de placer les cinq chargeurs énergétiques
dans leurs étuis, sur la hanche gauche. Il
empoigna son casque spatial et, suivi par
Kellans qui se chargea de son paquetage, se
dirigea vers l’aire d’embarquement du chasseur
Aquilon.
Rejoindre la Nef Transport, stationnée en
base orbitale lunaire, constituait l’engagement
de la mission Pluton 13. L’objectif primaire de
celle-ci consistait à relever les effectifs de
Pluton 12 basés depuis bientôt une année en
position géostationnaire au-dessus de Pluton.
Au cours de cette mission, les militaires étaient
28
chargés d’encadrer les mineurs volontaires pour
fouiller les sols aux roches métamorphiques de
la planète. La recherche des matériaux,
inexistants sur la Terre, était indispensable au
développement de la nouvelle technologie
interstellaire. Afin de faire face aux nombreuses
demandes d’affectations à cette mission, la
constitution des effectifs militaires nécessitait
une sélection. Ainsi, comme la plupart des
personnels affectés à la Nef Transport, Monaco
fut choisi sur une base de volontariat suivie
d’un examen de son dossier. Il pouvait donc se
considérer comme un militaire sans problème
au sein de la solide Union Terrienne.
Les deux hommes approchaient l’immense
hangar abritant l’Aquilon.
Monaco ne put s’empêcher d’émettre un
léger sifflement lorsqu’il aperçut l’imposante
silhouette stationnée sous l’immense aire
d’envol couverte.
– Quel splendide chasseur, dit-il, admiratif.
– Ce véhicule est doté d’une technologie
avancée.
– Sa ligne est majestueuse.
– As-tu des ordres de dernière minute ?
– Non, Patrick, je n’en ai pas. En ce qui me
concerne, je pense qu’ils me seront fournis à
bord de la Nef.
– Vraisemblablement.
Kellans s’arrêta à hauteur d’une large ligne
29
blanche peinte au sol qu’accompagnait un
message d’avertissement en lettres majuscules
rouges :


AIRE AUTORISEE AUX SEULS
TECHNICIENS ET NAVIGUANTS

– Tu ne m’accompagnes pas au chasseur ?
– Non. Ma mission m’interdit l’aire d’envol.
Je te quitte ici, répondit Kellans en tendant la
main droite.
Monaco serra la main que lui tendait son
ami.
– Bien… Je te remercie de ta collaboration
matinale.
La chaleureuse poignée de main prouvait que
l’amitié, forgée par l’âpreté de la guerre, existait
encore.
– À bientôt Patrick, à l’année prochaine.
– Bonne chance, Gilles… À bientôt.
– Cette mission sera comme le furent la
majorité des précédentes.
Monaco se chargea de son paquetage, puis
pénétra la partie réservée aux seuls personnels
autorisés.
Sans se retourner, il gagna l’Aquilon qui,
fièrement posé sur ses socles ventraux,
paraissait attendre l’ordre du départ.
Capable d’embarquer un équipage fort de
30
deux cent cinquante hommes, le chasseur
Aquilon était le dernier né des appareils
spatiaux militaires construits par l’Union
Terrienne. Son principal armement, constitué
par plusieurs canons électriques ou rayonnants,
le dotait d’un fort potentiel de combat. Celui
dont Monaco prenait l’autorité composait la
flotte de protection et d’intervention de la Nef
Transport. Les cent véhicules y étant affectés
pouvaient aussi avoir l’impensable usage
d’évacuer le bâtiment mère en cas de péril.
En outre, chacun de ces chasseurs sidéraux
emporte cinq vaisseaux, de type Sauvetage,
dotés d’un armement et d’un matériel
conséquent autorisant l’engagement d’un
combat. Le Sauvetage, qui embarque cinquante
hommes, abrite lui-même dix cellules, de type
Survie, comparables aux embarcations de
sauvetage des navires maritimes. De
constitution sphérique, la Survie emporte cinq
hommes et ne contient que peu d’armement,
plutôt défensif, au profit d’une abondante
réserve pouvant assurer l’entretien d’éventuels
naufragés durant quelques mois.
Monaco observa attentivement l’appareil
dont il prenait le commandement.
Long de plus de deux centaines de mètres
pour une hauteur d’une trentaine de mètres,
hors les socles de soutien, il faisait penser à un
long cigare dont le fuselage en acier gris cendré
31
terne rappelait, à l’avant, le nez des anciens
trains à grande vitesse du vingtième siècle.
Aucun hublot ne décorait sa forme fuselée,
puisque la technologie du vingt-deuxième siècle
assurait la vision des pilotes et des membres de
l’équipage au moyen d’Ecrans Palpeurs
Luminiques. Confondus, lors de la conception,
aux composants de la coque, ces écrans
restituaient parfaitement l’environnement
externe.
Le regard admiratif et curieux de Monaco se
figea un bref instant sur l’immatriculation du
véhicule sidéral, E. M. 2. Celle-ci déterminait le
second, et dernier, chasseur affecté à l’état-
major du bâtiment mère. L’immatriculation
chiffrée se poursuivait ensuite jusqu’au
centième Aquilon emporté par la Nef.
Monaco se déplaça jusqu’à l’escalator
automatique permettant d’y accéder. Certains
hommes attachés à l’entretien sur l’aire d’envol
s’affairaient à quelques dernières tâches.
Il s’annonça à l’un d’eux.
L’homme parut être le responsable.
– Lieutenant Monaco, affecté au
commandement de ce chasseur.
– Mes respects, mon lieutenant. Nous
terminons notre tâche. Vous pouvez entamer
votre mission sous peu.
– Merci, je monte à bord.
– Bon voyage, lieutenant.
32
– Merci, répondit-il en se plaçant sur la toute
première marche de l’escalator qui se mit en
mouvement.
Il fut transporté jusqu'à l’intérieur du sas de
pénétration, dont la gueule béante donnait
l’impression d’attendre une offrande.
Un membre de l’équipage le salua avant de le
débarrasser de son paquetage.
– Je vous attendais, lieutenant. Je vous
conduis au poste de pilotage.
– Je vous suis.
Le militaire le dirigea. Au passage, il déposa
son paquetage à l’endroit réservé à cet usage.
Lorsqu’il pénétra le point de pilotage,
Monaco adressa un salut amical aux quatre
occupants des cinq places réparties en deux
rangées. La première rangée se composait de
trois sièges attribués aux trois premiers pilotes,
l’officier et ses deux gradés, alors que la
seconde accueillait deux pilotes à la fonction
spécifique de transmetteur et radariste. Située
au centre du premier rang, l’unique place libre,
destinée à l’officier exerçant l’autorité, lui était
attribuée. Il l’occupa et posa son casque sur la
tablette qui, jointe au siège, était réservée à cet
usage.
Puis, il se présenta brièvement aux hommes
chargés de l’épauler au commandement du
véhicule spatial.
– Lieutenant Gilles Monaco, officier de ce
33
bâtiment, bonjour à tous.
Les pilotes se présentèrent en respectant
l’ordre de leur affectation.
– Sergent Francis Reek, second pilote, votre
adjoint.
– Sergent Jacques Limosin, lieutenant,
troisième pilote, coordinateur radio.
– Soldat Mario Alligan, votre quatrième
pilote, premier transmetteur radariste.
– Soldat Henri Fabert, votre cinquième
pilote, second transmetteur radariste.
– Enchanté de constituer une équipe avec
vous, les gars.
Sans perdre de temps, Monaco observa la
multitude de petits voyants qui, tapissant le
tableau de bord, autorisaient le contrôle de
validité des commandes.
Il décida le début de la mission.
– Sommes-nous prêts à décoller ? s’enquit-il
auprès du sous-officier placé à sa droite.
– Non, lieutenant. La check-list n’est pas
effectuée.
– Reçu ! Paré pour la check-list ainsi répartie,
sergent Limosin, vous check-listez les hommes
présents à bord, soldat Alligan, vous check-
listez l’armement, soldat Fabert, vous check-
listez le matériel. Compte-rendu dès que
possible !
– Consigne reçue ! répondirent-ils.
– Sergent Reek, avec moi, nous listons les
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