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Perdition 2

De
427 pages
Perdu en un système inconnu (Mission Pluton 13), Monaco établit le camp Jordan sur Terra Nova, en un site qui attire l'attention de l'état-major du bâtiment Transport. L'épave d'un mystérieux vaisseau, au système de défense demeuré actif, cause la perte de deux pilotes éjectés dans la dense forêt terra novienne, ce qui justifie la mission de secours Sierra India. Quelle est l'origine de cet agressif vaisseau ? Apportera-t-il une quelconque solution à la perdition du bâtiment Transport ? Pourquoi le camp Jordan est-il ensuite attaqué ? Et par qui ? Pour quelle raison Sierra India émet-il un appel de détresse sans en mentionner la cause ? Même si les énigmes submergent les terriens, le capitaine Monaco organise une seconde mission.
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Livre 2 - Terra Nova

Science-fiction
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-7967-6(livre numérique)
ISBN 13 : 9782748179675(livre numérique)
ISBN : 2-7481-7966-8(livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748179668(livre imprimé)







Livre premier : Mission Pluton 13

Au sortir de la Guerre Fratricide Rouge, le
général commandeur Georges Jackson
commande le bâtiment sidéral Transport pour
effectuer la treizième mission de type Pluton. À
cette fin, le navire stellaire transporte des
mineurs devant recueillir le particulier minerai
plutonien.
Dès sa prise de fonction à bord de l’immense
bâtiment stellaire, l’officier Gilles Monaco,
promu capitaine, obtient la fonction de chef de
la police militaire. Sans tarder, il prouve son
efficacité en mettant un terme à l’action
récursive d’un rebelle rouge.
Après avoir livré du matériel de
remplacement aux forces militaires de la
planète rouge, Mars, en alignement sidéral, le
général Jackson entame la mission Pluton 13.
Le samedi six mai 2113, à zéro heure
quarante-quatre, ce qui paraît être, de prime
abord, une avarie grave, déporte le bâtiment
stellaire au sein d’un espace sidéral inconnu.
9
Ayant la particularité de posséder deux soleils,
ce système offre aussi deux planètes viables, ce
que recherche désespérément l’humanité au
moyen des missions de type m.e.r., puisque la
Terre agonise.
En accord avec son second, le colonel Maria
Jordan, le commandeur Jackson ordonne le
stationnement à proximité de l’unique satellite
de Terra Nova, la plus proche planète viable.
Le capitaine Gilles Monaco se voit confier la
mission d’effectuer le relevé cartographique de
la planète. Il devra ensuite l’explorer
partiellement afin de, peut-être, s’y établir en
l’attente de trouver la solution au problème
ayant causé la perdition du bâtiment Transport.
10







LIVRE DEUXIÈME
TERRA NOVA
11

12







1

ORGANISATION

Lundi huit mai deux mille cent treize, quatre
heures et quinze minutes.



L’appareil électronique émit joyeusement de
vrillantes vibrations pour réveiller Monaco
noyé dans la pénombre du sommeil. Emergeant
des profondeurs nocturnes, il s’éveilla
péniblement et tendit le bras droit afin de
neutraliser le dérangeant système électronique.
« Il est déjà l’heure !… J’ai l’impression que
je viens tout juste de m’allonger », songea-t-il
difficilement à travers un brouillard hypnotique.
Engourdi par le court sommeil dont il venait
de bénéficier, il se leva lentement et, d’un pas
presque incertain, se rendit à la salle de toilette
afin de se stimuler le visage avec de l’eau
fraîche, ce qui lui rendit une partie de son esprit
13
embrumé. Les dernières emprises de la courte
nuit disparurent sous la douche, qui lui fut
agréable.
Après s’être rasé, Monaco prépara son
paquetage, lequel pourrait être utile si, puisque
Terra Nova était reconnue viable, un
déplacement pédestre était envisagé. Il y plaça
quelques sous-vêtements et un vêtement de
travail avant d’enfiler sa combinaison cendrée,
s’équipa de son fulgurant complété des cinq
chargeurs énergétiques, puis endossa Electra,
toujours en veille. Du bout des doigts, il
effleura la froide plaque métallique afin de
percevoir le doux frémissement du métal actif
qui, une nouvelle fois, lui communiqua la fausse
impression de vibrer sous la caresse. Il
compléta ensuite le paquetage militaire de
quelques affaires de toilette.
Sans oublier son casque de pilotage, Monaco
se chargea du nécessaire bagage et quitta son
carré, dont le sas se ferma seul, pour gagner la
salle de commandement. Il désirait obtenir,
auprès de Sterne, quelques informations
supplémentaires concernant Terra Nova avant
d’engager la mission. Comme la distance à
parcourir était peu importante, un pas rapide ne
lui ferait pas dépenser plus de dix minutes
avant d’atteindre le point des transmissions. De
plus, une excellente marche matinale allait
effacer la fatigue qui l’encombrait encore.
14
Durant le trajet, il croisa plusieurs militaires
de tous grades se rendant en divers lieux, selon
leur mission.
Monaco n’eut pas l’impression de marcher
sur le vide lorsqu’il franchit le sas de la salle de
commandement. L’habitude de se déplacer sur
les écrans palpeurs régnait dorénavant en lui, ce
qui transformait l’étrange perception en une
agréable sensation. Il s’arrêta un instant pour
observer le sol translucide. Bien que le bâtiment
fût stationné à plusieurs kilomètres au-dessus
de Lunis, il pouvait détailler le sol du satellite de
la nouvelle planète. À l’ancienne image de la
Lune, sa surface stérile était couverte de terres
brunes, sans vie, creusée de cratères inégaux
provoqués par quelques météorites. Lunis
reflétait la même aridité, la même désolation,
qui affectait la Lune avant que l’homme n’en
eût, au moyen de sa science, modifié l’état
naturel jusqu’à la façonner d’un reflet nouveau.
Il cessa son observation pour se diriger vers le
sergent Sterne, sans oublier de saluer au
passage le jeune officier Jilho qui effectuait sa
permanence. Monaco appréciait le matinal
sous-officier pour sa compétence à diriger une
équipe constituant le noyau coordinateur de
l’immense bâtiment stellaire. Cessant, à son
approche, de vérifier diverses opérations, le
gradé transmetteur se leva et tendit la main
droite, que Monaco serra cordialement en
15
remarquant son visage reposé et son habit
strict, prouvant qu’il ne s’était préparé que
depuis peu.
– Bien dormi, capitaine ?
– On peut le dire comme cela, sergent
Sterne, répondit-il en posant son paquetage.
Alors qu’il plaçait son casque à côté du
visiophone, il remarqua une vidéo portable
mise en veille.
– Vous vous documentez ?
– Oui et non, capitaine, je visionnais le
dernier journal des informations transmises
avant notre déplacement, euh, dans un… Ah !
notre déplacement… Zut ! je ne sais où !
Monaco masqua difficilement un sourire face
à l’embarras qu’affichait Sterne.
– Ne vous formalisez pas sergent, votre
comportement porte à sourire. J’ai le même
problème, comme tout le monde d’ailleurs.
– Hélas, capitaine.
– Puis-je visionner ces dernières infos ?
– Bien sûr.
Sterne activa la commande de
fonctionnement.
Suppléant la mise en veille, l’image apparut.
Comme chaque jour, en soirée, une
journaliste vêtue d’une robe légère commentait
les informations du journal télévisé de la chaîne
internationale de l’Union Terrienne. Celle-ci
était la plus populaire si l’on tenait compte de
16
l’importante majorité de spectateurs qui, lors
des divers sondages, affirmaient la regarder en
raison de l’ordre de l’information qui ne variait
pas. L’éternel bulletin météorologique prévoyait
un temps chaud et sec pour ce début du mois
de mai, ce qui allait entraîner un record de
chaleur favorisant une pollution extrême. Puis,
elle annonça l’ouverture d’un procès dont les
remous allaient entraîner quelques
répercussions politiques graves risquant de
générer une crise, laquelle serait vite oubliée dès
le début d’une autre retentissante affaire. Elle
entama ensuite la rubrique des faits divers,
soulignant le différend que deux citoyens
irritables réglèrent au moyen de fulgurants. La
querelle se soldait par la perte d’un bras pour
l’un et l’amputation d’une jambe pour le
second, ce qui allait favoriser leur entrée au clan
Cyborg dès qu’ils seraient adaptés à leur greffon
électronique. Il y était également fait mention
du dernier mariage de la fille d’une personnalité
en vogue. Elle annonça ensuite une affaire à
scandale mettant en cause un cameraman
indépendant trop entreprenant. Celui-ci avait
réussi le scoop magistral de filmer les amours
interdites d’un politique avec une personne peu
recommandable, malgré la proximité de deux
gardes du corps paraissant avoir été enfantés
par un Pitbull de combat. D’autres
informations, sans importance lorsque l’on se
17
situe aux confins de l’espace sidéral, étoffaient
le journal. Monaco souriait en songeant aux
délicats problèmes de la communauté terrienne
lorsqu’une information, plus importante à ses
yeux de spationaute, capta son attention. La
jolie sud-africaine annonçait, d’un ton grave,
que le bâtiment militaire Protée était de retour.
L’équipage de ce vaisseau terminait, sans
succès, une exploration scientifique, au-delà du
système solaire, entamée au cours de l’année
deux mille cent cinq. Il rapportait cependant le
carnet de bord magnétique de la Mission
d’Exploration et de Recherches Eldorado,
portée disparue sans aucune cause divulguée au
cours de l’année deux mille cent deux. Ce
carnet de bord avait été repéré grâce à son
émetteur de détresse qui, similaire à une balise
du type Argos, émettait, sur l’ensemble des
fréquences, un signal hertzien à intervalles
réguliers. Elle annonça le faible contenu
récupérable du carnet de bord détérioré, ce qui
n’autorisait aucun espoir quant à la survie de
l’équipage du navire intergalactique. Seules
l’introduction et la conclusion demeuraient
audibles sur un enregistrement de mauvaise
qualité.
Le journal télévisé n’en diffusait que la
clôture :

« Carnet de bord magnétique, mercredi cinq
18
juillet deux mille cent deux.
Clôture du compte-rendu journalier.
Existe-t-il réellement, quelque part dans
l’espace, une forme de vie qui serait dotée d’une
intelligence comparable à la nôtre ? Méfiez-
vous, car si la réponse est positive cela ne
signifie en aucun cas que ces êtres possèdent
des intentions similaires à l’humain.
Etudiez attentivement leur instinct. Leur
raison d’exister pourrait se révéler
fondamentalement différente de la nôtre,
quoique, jusqu'à présent, rien ne permette de
l’affirmer.
Mission d’Exploration et de Recherches
Eldorado.
S.S.D.I. Jean-Louis Doret, Scientifique
Spatiologue et Docteur Informaticien en
théories spatiales appliquées.
Mercredi cinq juillet deux mille cent deux.
Vingt et une heures trente, temps terrestre. »

Sterne stoppa la lecture.
Il replaça la vidéo portable en veille.
– La clôture de ce compte-rendu est
énigmatique.
– Effectivement, c’est énigmatique. Il est
dommage que le contenu en soit détruit, le
message était peut-être important.
– Qu’est-il donc arrivé au vaisseau
Eldorado ?
19
– Je n’en ai pas d’idée, capitaine. L’un de mes
camarades transmetteur, que je sais
professionnel, était à bord. Il est étonnant qu’il
n’ait transmis aucun message de détresse. C’est
incompréhensible.
Monaco remarqua le visage assombrit de
Sterne. La perte de son camarade le
tourmentait, aussi changea-t-il de sujet afin de
lui diversifier l’esprit.
– Avez-vous rencontré le soldat Perinaud ?
– Oui, capitaine. Il m’a rapporté que vous le
désiriez comme chauffeur.
– Oui, si vous ne vous y opposez pas.
– Pas du tout. J’ai référé votre demande au
colonel Jordan qui ne vous oppose aucun avis
contraire. Je ne pense pas que les transmissions
radio connaissent un trafic important dans les
jours à venir. Vous avez un chauffeur en titre,
capitaine.
– Merci, sergent Sterne, dit-il alors que Reek
et Kellans se présentaient à l’heure prévue,
comme cela leur était ordonné.
Ils saluèrent Monaco et Sterne.
– Quelles sont les dernières informations en
provenance de notre nouvelle planète ? s’enquit
Kellans.
– Nous avons une vue générale de Terra
Nova, répondit Sterne.
– Puis-je connaître ces dernières
informations ?
20
– Absolument, capitaine. Il vous faut
d’abord savoir que les analyses, effectuées par
l’équipe Carlos, démontrent que Terra Nova est
âgée de plus de dix milliards d’années.
– Fichtre, elle n’est pas jeune la jolie planète !
s’exclama Reek.
– Pas très jeune, en effet Francis, répondit
Sterne, mais toujours fraîche.
– Quelles sont les caractéristiques ?
questionna Kellans.
– En excluant la formation des quatre
continents, Terra Nova semble identique à la
Terre. Il existe quelques chaînes montagneuses,
dont l’une atteint l’altitude de douze mille
mètres, différents fleuves et rivières à débits
divers, ainsi que des lacs. L’atmosphère est
identique à la nôtre, à la différence qu’elle est
pure. Les différentes couches existent donc
aussi. Les rayons ultraviolets des deux astres
solaires sont neutralisés par une remarquable
couche d’ozone, si bien constituée qu’elle
rendrait les écologistes verts de jalousie. En
fonction de la position de la planète et l’endroit
où l’on se situe, le climat varie de la saison
hivernale, plus faible, à la saison d’été, plus
forte, en incluant naturellement un climat
tropical. Certains endroits apparaissent
désertifiés.
– En effet, il semble qu’il y ait peu de
différence entre cette planète et la nôtre, dit
21
Monaco, presque interrogatif.
– Pas à première vue, quoique Terra Nova
soit d’une pureté originelle, ce qui constitue une
grande différence. Aucun artefact n’étant
décelé, il est permis de supposer qu’il n’existe
pas d’espèce évoluée. En conséquence, l’équipe
radariste croît que la nature y est intacte de
toute science.
– Nous pourrons donc nous déplacer sans
contrainte et nous oxygéner les poumons
comme nous ne pouvons le faire sur Terre.
– Oui, capitaine.
– J’avoue être impatient de connaître une
terre qui n’a conservé que son seul état naturel.
– C’est un objectif très séduisant, approuva
Sterne. Mais prudence, nous ne connaissons
que l’essentiel de Terra Nova. Des précautions
sont nécessaires jusqu'à ce que vous soyez sûr
de ce qu’il s’y passe.
– Existe-t-il une maquette de la planète ?
– Carlos y travaille, capitaine. Il propose une
ossature en trois dimensions, laquelle vous sera
transmise sur les computers de vos appareils.
La discussion cessa sur ces dernières
affirmations. Maria Jordan venait de franchir le
sas d’entrée en compagnie de Perinaud, qui
l’avait sans doute rencontrée à proximité. Dès
qu’elle aperçut Monaco, elle se dirigea vers lui.
Tous rectifièrent la position.
Monaco salua militairement.
22
– Repos capitaine, ordonna-t-elle en lui
tendant la main droite.
– Bonjour colonel Jordan, répondit-il en
serrant la main tendue.
– Bonjour messieurs, ajouta-t-elle.
Tous répondirent verbalement à son salut
avant qu’elle ne s’adresse directement à Sterne.
– De nouveaux troubles durant mon
absence ?
– Je viens d’arriver, colonel, je me renseigne.
Sterne interpella un transmetteur proche de
la fin de sa permanence de nuit.
– Willie ?
– Sergent ?
– Y a-t-il eu d’autres troubles durant la
dernière partie de la nuit ?
– Non, sergent, tout était calme. Aucun
problème n’est survenu.
– Merci, Willie.
Puis, s’adressant à nouveau à Maria Jordan :
– Aucun problème.
– Il y a eu beaucoup de problèmes ? s’étonna
Monaco.
– Quelques troubles sont survenus lorsque
les mineurs ont appris la terrible nouvelle,
répondit Sterne.
– Qu’est-il arrivé ?
– Très peu de choses, en fait. La police
militaire s’est constituée en effectifs de
maintien de l’ordre face à un début de
23
contestation houleuse.
– Y a-t-il eu des heurts ?
– Aucun méritant d’être consigné. Le
commandeur a pris les choses en main. Comme
d’habitude, son autorité naturelle a fonctionné,
les esprits se sont rapidement calmés.
– Quel diable d’homme ce général !
s’exclama Kellans. Il est réellement le chef à la
tête de ses troupes.
– Nous avons un vrai chef, approuva Jordan.
Puis, s’adressant à Monaco :
– Où en êtes-vous ?
– Les préparatifs sont terminés. J’attendais
l’arrivée de monsieur Perinaud pour gagner la
soute et activer la mission g.e.c., en
coordination avec le lieutenant Artman.
– Je peux donc annoncer le début de votre
mission au commandeur ?
– Oui, colonel. Il ne s’agit plus que d’une
question de temps, que l’on peut évaluer à deux
heures environ.
– D’accord, capitaine. Avez-vous pris
connaissance des dernières informations ?
– Affirmatif, colonel, monsieur Sterne m’a
fourni les informations nécessaires.
– Durant votre mission, vous veillerez à
trouver un endroit qui nous permettra de nous
établir. Le général désire quitter la Nef au profit
d’une terre réelle.
Reek s’étonna d’une éventuelle occupation
24
de Terra Nova.
– Puis-je vous posez une question, colonel ?
– Je vous écoute ?
– Pourquoi nous installerions-nous sur Terra
Nova ? Ne serait-il pas mieux de tenter de
rejoindre notre système ?
– Sergent, vous posez une question à laquelle
il m’est impossible de répondre. Le
commandeur désire s’installer sur cette planète
viable simplement parce que nous ne savons
pas comment nous sommes parvenus en cet
endroit, ni comment nous allons en repartir.
Nous ignorons combien de temps nous allons
demeurer ici. Aussi, est-il bien mieux de nous y
installer pour chercher une solution. Nous
n’allons pas demeurer éternellement à bord.
– Mais, comment allez-vous effectuer les
recherches qui nous permettront de découvrir
le moyen de nous en retourner ?
– Un groupe de recherche scientifique est
créé sous la direction des capitaines Lequenn et
Seighetti. Ils vont se déplacer dans cette galaxie
afin d’étudier le problème qui nous paralyse. En
coordination avec les équipes techniques du
navire, ils effectueront des recherches jusqu'à
élaborer une solution. D’un autre côté, nous
pourrons nous établir sur une terre accueillante.
– Si je comprends bien, colonel, la situation
risque de perdurer.
– En un bref résumé, sergent, c’est
25
exactement cela. Mais, je vous retourne la
question, que feriez-vous à la place du
commandeur ?
– Sans doute pareil, colonel. Le général sait
prendre des responsabilités que je lui
abandonne aisément.
– Vous avez raison, sergent. Personne ne
souhaite être à la place du chef lorsque les
problèmes s’amoncellent, comme c’est le cas
aujourd’hui.
Maria Jordan rompit la conversation en
s’adressant à Monaco :
– Capitaine, lorsque vous aurez pris pied sur
Terra Nova, vous trouverez un lieu accueillant.
Si vous rencontrez des autochtones, ce qui
semble improbable, vous n’engagez aucun
contact hostile. Ceci constitue un ordre
impératif, nous ne sommes pas chez nous.
– Ce fait est entendu, colonel.
Puis, s’adressant à Reek et Kellans :
– Vous passerez ces consignes à tous les
chefs de groupe.
– Consigne reçue, capitaine.
– Avez-vous défini vos secteurs, capitaine ?
– Oui, colonel. Trois secteurs survolés
simultanément couvriront la planète. Le
morcellement en petits groupes de recherches
s’effectuera dès que nous posséderons la carte
en trois dimensions de Terra Nova complétée
par les informations que nous relèverons.
26
– Parfait ! Il s’agit d’une excellente décision,
capitaine… Des questions ?
– Non, colonel, aucune question.
Personne ne sollicita Maria Jordan.
– Bien !… Messieurs, il ne me reste qu’à
vous souhaiter bonne chance.
– Merci, colonel.
Maria Jordan se sépara du groupe.
Elle se dirigea vers le bureau du
commandeur.
Perinaud prit la parole.
– Le véhicule vous attend, capitaine, près de
la porte d’entrée.
– Nous partons sur-le-champ, monsieur
Perinaud.
– C’est comme si c’était fait, capitaine.
Ils saluèrent Sterne.
– Bonsoir, dit-il, et bonne chance !
– Merci ! répondirent-ils.
Comme Monaco, Reek et Kellans reprirent
leur paquetage. Tous trois suivirent le vieux
soldat jusqu'au wagoon.
Perinaud n’eut pas besoin de plus de cinq
minutes pour gagner la soute où étaient remisés
les chasseurs martiens.



Les derniers effectifs se présentaient aux
gradés de leur formation, Reek et Kellans ou
27
Gelvau et Delmonte, qui cochaient leur
présence en leur communiquant les dernières
consignes. Afin d’éviter un possible incident,
Monaco avait exigé que les armures soient
allumées, les pilotes se distinguant aisément
puisqu’ils étaient armés. Sitôt les consignes
reçues, ceux-ci devaient, sans délai, s’installer à
bord de leurs appareils que, au moyen de
véhicules Fenslick, les mécaniciens avaient
placés au plus près des rampes d’extraction. Ils
s’identifiaient ensuite d’un bref contact radio à
la salle de commandement.
Pour cette première opération, seules les
deux rampes les plus proches, l’une verte et
l’autre rouge, seraient utilisées pour s’extraire
du navire. Dès que celle-ci serait terminée, la
règle d’utilisation serait à nouveau respectée, la
rampe verte étant affectée aux appareils
sortants alors que la rampe rouge serait utilisée
par les appareils réintégrant le bâtiment.



Les pilotes était tous présents.
– Capitaine, l’effectif est au complet. Les
hommes sont équipés comme vous l’avez
ordonné.
– Merci, sergent Reek.
– Le message est identique nous concernant,
lieutenant. Il est possible de faire le vide.
28
– Merci, sergent Gelvau.
– Lieutenant, pouvons-nous débuter
l’opération ?
– Pas d’objection, capitaine, nous entamons
l’opération à votre ordre.
– Reek ? Kellans ?
– Capitaine ?
– Dernières consignes. En cas d’incident, le
chef leader de la formation est avisé sans délai
et me répercute le problème. Si cela est
nécessaire, l’appareil défectueux est exempté.
Vous répartissez les appareils par groupe à
l’extérieur. Je sors le dernier. Nos groupes se
séparent lorsque nous atteignons Terra Nova,
vous connaissez votre secteur. Avez-vous des
questions ?
– Confirmez-vous le plan de vol ?
– Oui, Patrick. Dans un premier temps,
tenant compte de votre secteur, nous
conservons la stratosphère. Outre une
observation sommaire, nous effectuons un
relevé cartographique. Vous n’effectuez une
observation précise, un vol bas, que si cela
s’avère utile.
– Le groupe en réserve conserve-t-il sa
mission ?
– Oui, Reek. Eagle reste positionné dans
l’ionosphère, la conductivité semble y être
importante. Le groupe Eagle sera donc un
excellent relais, ce qui autorisera une liaison de
29
bonne qualité avec le bâtiment.
– Devrons-nous conserver une formation
unique par couleur lorsque nous prospecterons
Terra Nova ? s’enquit Kellans.
– Cette décision est à votre initiative. Elle
interviendra lors de la seconde partie de notre
mission. Je pense qu’il sera alors préférable de
morceler les formations par correspondance de
Survie. Cependant, considérant que la
configuration de la mission peut varier, les
consignes seront données en fonction des
servitudes.
– En cas de problème ?
– Je ne vois pas quel pourrait être le
problème, sergent Reek. Toutefois, s’il s’en
présentait un, vous m’avertissez sans délai. Une
partie des effectifs se portera en renfort
immédiatement.
– Quand définirez-vous le point de
ralliement ? sollicita encore Reek.
– Dès que le sergent Richard Carlos aura
transmis le plan en trois dimensions qu’aura
complété le relevé cartographique. Nous serons
alors en mesure de définir un point codifié au
moyen de données géographiques précises.
Avez-vous d’autres questions ?
– Plus de question, capitaine, répondit Reek.
– Aucune question, répondit à son tour
Kellans.
Le court briefing étant clos, Monaco
30
s’adressa à Artman.
– Lieutenant, nous sommes prêts.
– C’est reçu, capitaine. N’oubliez pas que
votre rentrée s’effectuera au moyen des rampes
rouges des soutes centrales.
– Votre consigne est enregistrée, lieutenant.
– Puis-je solliciter la salle des transmissions
afin qu’elle cloisonne les soutes et fasse le
vide ?
– Je n’y vois aucun inconvénient, lieutenant.
– Bien, capitaine, je m’en occupe.
– S’il survient un problème justifiant une
suspension de la mission avant que nous
quittions le navire, vous me contactez. Au
cours de celle-ci, mon indicatif radio est Red
Leader 1. Le sergent Reek porte l’indicatif Blue
leader 1, le sergent Kellans Yellow Leader 1.
– Je vous ai entendu citer le groupe Eagle ?
– C’est le groupe de surveillance et de
secours immédiat. Il se situera à une position
différente afin de constituer un excellent relais
radio.
– C’est noté.
– Bien ! Au travail les gars !
– Bonne chance à tous ! souhaita Artman
avant de se rendre auprès de ses hommes.
– Merci, lieutenant, répondirent Reek et
Kellans.
Les deux sous-officiers gagnèrent leurs
appareils. Ils s’y installèrent et se préparèrent
31
aux manoeuvres.
Monaco se dirigea vers son chasseur, où un
effectif de l’officier Artman l’attendait.
– Je suis votre mécano pour cette dernière
préparation.
– D’accord. Une fois à bord, je ne bouge
plus de mon siège. Je suis le dernier appareil à
sortir.
– Reçu.
Monaco gagna son cockpit.
Il profita du peu de temps qu’il lui restait
pour effectuer une vérification de l’équipement
de survie. Après avoir soulevé la trappe fermant
le coffre des réserves, situé à mi-hauteur
derrière le siège du pilote, il y déposa son
paquetage. Il en fit un rapide inventaire, rien n’y
manquait. Pour remplacer un fulgurant ayant
épuisé ses chargeurs énergétiques, il y avait
même l’éternel et démodé colt automatique
11,43 datant des années mille neuf cent
cinquante. Cinq chargeurs et un stock
important de munitions l’accompagnaient. Au
cours de la Grande Fratricide Rouge, quelques
pilotes, ayant dû se poser en catastrophe sur un
sol ennemi, en avaient fait usage pour abattre
leurs dernières cartes du triste jeu de la guerre.
Ces vieilles armes à poudre servaient peu, mais
elles servaient bien du fait de leur maniement
aisé et sûr. Il inventoria un fusil électrifiant de
type laser équipé de sa baïonnette effilée longue
32
de trente-cinq centimètres, ainsi que dix
chargeurs énergétiques. Il trouva également une
dague de type commando et, rangé dans son
étui à bandoulière, un coupe-coupe à
l’impressionnante lame effilée comme un
rasoir. Monaco n’avait jamais compris pourquoi
une arme blanche de ce type se trouvait en
dotation de survie dans les chasseurs spatiaux.
Une histoire rapportait cependant le dernier
combat avec cette arme, néanmoins redoutable,
d’un pilote abattu. La trousse de soins était
complète d’un bon nombre de médicaments et
de pilules vitaminées. En outre, la réserve
contenait un nombre important de boîtes de
conserves et de bâtonnets de nourriture, ainsi
qu’une sérieuse réserve d’eau en briques de
carton synthétique d’un quart de litre.
« Les responsables ne trichaient pas avec les
équipements de survie », pensa-t-il avant de
refermer le coffre des réserves.
Il s’installa sur le siège de pilotage et se
ceintura tandis que le mécanicien grimpait le
long de la carlingue pour lui remettre son
casque.
– Il ne reste que cinq minutes avant que le
vide ne soit effectué, l’informa-t-il, avant de
redescendre et d’aller s’équiper sans tarder.
Monaco régla son casque, aussi agréable
qu’une protection affectée au pilotage d’engins
magnétiques chevauchés, et enclencha le
33
verrouillage d’étanchéité après s’être relié aux
réserves d’oxygène. Il termina sa préparation en
se reliant au combiné radio et fit un essai de
transmission.
– Papa Charlie Echo Mike 1 de Red leader 1,
trafic pour un essai radio. Comment me
recevez-vous ? »
– Je vous reçois cinq sur cinq Red leader 1, à
vous. »
– Je vous reçois également cinq sur cinq,
Echo Mike 1, terminé. »
Monaco fit fonctionner son propulseur
ionique et enclencha le propulseur anti-g. En
suspension magnétique, une dizaine de
centimètres au-dessus du sol, il ordonna la
rentrée du train d’atterrissage qui se replia à
l’intérieur de ses logements. Les trappes de
cloisonnement se refermèrent aussitôt.
Immobile, ne paraissant pas peser les soixante-
cinq tonnes détaillées par sa fiche technique, le
chasseur flottait comme s’il était suspendu à
d’invisibles fils.
Le temps alloué rétrécissait sévèrement,
faisant sérieusement accélérer le mouvement
aux effectifs demeurés au sol. Il ne devait guère
rester plus de deux minutes avant que la soute
ne soit mise sous vide pour autoriser
l’extraction des chasseurs dans l’espace
inconnu.
Un message fut diffusé simultanément au
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moyen des haut-parleurs des soutes et des
appareils de transmissions :
« Premier et avant-dernier message au
personnel des soutes inférieures. Etablissement
du vide dans deux minutes ! Fermeture des sas
d’étanchéité dans une minute ! Les personnels
non équipés sont priés de quitter les soutes
devant être soumises au vide et de gagner une
soute fournie d’une atmosphère. »
Les timbres graves et intermittents des
klaxons résonnèrent tandis que les lumières
rouges clignotaient pour avertir de l’imminence
du danger que représentait l’extraction de
l’atmosphère.
Monaco enfila ses gants et ferma l’étanchéité
prévue par les composants de sa combinaison.
Il manoeuvra la commande de fermeture du
cockpit haut qui, en coulissant vers l’avant de
l’appareil, allait l’emprisonner à l’intérieur de
l’étroit bunker au dôme transparent que
constituait le poste de pilotage. Il était
cependant possible d’y loger, en urgence, un
passager derrière le pilote, sur l’exigu coffre des
réserves. Ce petit espace était initialement
conçu afin d’être utilisé en cas d’urgence
absolue. Une telle situation, déjà vécue, n’était
pas à exclure.
Au sol, en grande majorité, les effectifs
étaient opérationnels.
Un second message fut diffusé au moyen des
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haut-parleurs de la soute et des postes de
transmission :
« Dernier message au personnel des soutes
inférieures. Fermeture des sas d’étanchéité dans
quinze secondes ! Evacuation immédiate des
personnels non équipés d’une tenue de sortie
spatiale. Je répète, évacuation immédiate des non équipés d’une tenu
spatiale. Etablissement du vide dans une
minute et dix secondes ! »
Au cours de la diffusion du message, deux
militaires, qui n’étaient toujours pas équipés de
la tenue spatiale, se dépêchèrent vers un
wagoon stationné à proximité. Le chauffeur, en
treillis, s’impatientait visiblement. Dès que ses
deux camarades furent embarqués, il démarra
promptement et disparut en direction des
rampes de transfert permettant de gagner
l’étage supérieur qui, clos hermétiquement, ne
serait pas touché par l’établissement du vide.
Certaines sécurités étaient, heureusement,
prévues lors d’opérations de ce type. Lorsque
les sas se clôturaient pour cloisonner les parties
sous atmosphère de la partie vidée de son
oxygène, des cabines étanches, positionnées
près des sas, s’éclairaient afin d’attirer
l’attention des personnels attardés. Ceux-ci
disposaient d’une minute pour s’y réfugier et y
trouver une atmosphère. Ils devaient alors, en
utilisant le visiophone, solliciter une aide qui ne
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tarderait pas à se présenter. Aucun incident
n’avait, à ce jour, été signalé lors de la mise en
vide sidéral d’une partie quelconque d’un
navire. Il était donc hors de question que cela
pût arriver lors de préparatifs spécifiques à la
Nef Transport.
Monaco manoeuvra son appareil de façon à
observer les deux rampes d’extraction à partir
desquelles les appareils allaient s’extraire.
Le klaxon accéléra soudainement
l’intermittence de son timbre grave, le
clignotement des lumières rouges devint plus
vif, plus rapide.
Un message d’avertissement résonna à
travers les haut-parleurs de la soute et ceux des
appareils radio des chasseurs :
« Etablissement du vide engagé ! Je répète le
message, établissement du vide engagé !
Arrimage immédiat des personnels ! Arrimage
immédiat des personnels ! »
Sans attendre, quelques militaires en tenue
spatiale se déplacèrent jusqu’à des points
d’attache. Ils s’arrimèrent afin de ne pas être
aspirés dans l’espace par la phénoménale force
d’attraction, à laquelle il était impossible de
résister. Une brutale dépressurisation entraînait
inexorablement tout ce qui n’était pas solidarisé
au navire. Cette force effroyable tuait aisément
un être humain en l’aspirant dans le vide
stellaire, où l’on aurait peine à récupérer son
37
cadavre disloqué flottant quelque part dans
l’immensité sidérale.
Les deux rampes d’extraction
s’entrouvrirent. L’oxygène siffla bruyamment
en franchissant le passage libre pour s’évader
dans l’espace. Quelques objets épars
s’envolèrent. À une allure surprenante, ils
franchirent le sas en rebondissant bruyamment
sur les parois métalliques des rampes
d’extraction. Comme les autres pilotes, Monaco
joua avec les rapports de force de ses
propulseurs afin que son appareil demeurât
stable.
C’est à cet instant qu’il capta un message
général, dont l’émission s’effectuait à partir
d’un poste qui ne s’était pas, par empressement,
identifié.
– Alerte à tous ! Un engin de déplacement
mal arrimé se déstabilise. Mise en garde !
Surveillez vos appareils ! »
Monaco regarda à gauche. Il n’observa rien
d’autre que des chasseurs à bord desquels les
pilotes cherchaient désespérément l’engin
signalé. Puis, observant aux trois-quarts arrière
sur sa droite, il aperçut l’appareil de traction qui
rompait ses amarres. Le Fenslick se détacha
brusquement du sol. Il se souleva à une hauteur
d’environ deux mètres cinquante à trois mètres
en prenant une rapide vitesse en direction des
rampes. Un bref instant, Monaco crut être sur
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la trajectoire. Mais, un autre appareil, situé au
trois-quarts arrière de sa position, encaissa de
plein fouet un angle du Fenslick sur la partie
latérale droite de son cockpit. Le choc le dévia
de sa trajectoire. Les deux tonnes et demie de
l’engin déplacèrent le chasseur Eclair d’une
cinquantaine de centimètres sur la gauche. Le
pilote ne put rien faire pour éviter ce
mastodonte percuteur sans percuter l’un des
autres chasseurs maintenus en position stable.
Le Fenslick continua sa course jusqu'à l’une
des deux rampes d’extraction où il rebondit
bruyamment plusieurs fois sur le métal. À
hauteur d’homme, il s’enfuit, attiré par
l’attraction de l’irrésistible aspiration.
Il disparut dans le vide.
Monaco manoeuvra les commandes de son
appareil de manière à lui faire effectuer, sur
place, un demi-tour afin de faire face au
chasseur percuté. Le cockpit latéral de l’Eclair
présentait un choc important étoilant son côté
droit de plusieurs fêlures. Cela présentait un
risque du fait de la différence de pression.
« Bon sang, pensa-t-il, l’impact a dû être
énorme ! »
Il entama une procédure radio.
– De Red leader 1, l’appareil percuté
s’identifie ! »
– Red leader 1, je porte l’indicatif Yellow 64. »
– D’accord Yellow 64, pas de dégât
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corporel ? »
– Négatif Red leader 1, pas de bobo ! »
– C’est bien Yellow 64, vous avez gagné une
exemption de mission ! »
– Pas question Red leader 1, je change
d’appareil et je continue. »
– Négatif Yellow 64 ! Nous serons bien loin
lorsque votre échange sera effectué. Il est hors
de question que vous vous promeniez seul dans
cet espace inconnu. »
– Ce n’est pas une question d’heure ! »
– Mission avortée pour Yellow 64 ! Je répète,
mission avortée pour Yellow 64 ! » transmit
Monaco en employant un ton impératif.
– Message intercepté pour Papa Charlie Echo
Mike 1, mission avortée pour Yellow 64, qui
fournira un rapport. »
– Intercepté pour Red leader 1. Yellow 64,
avez-vous capté le message état-major ? »
– Affirmatif Red leader 1, mission avortée. »
– Message intercepté pour Yellow leader 1 »,
transmit Kellans, prouvant ainsi qu’il était à
l’écoute du trafic.
A travers l’épais cockpit, Monaco remarqua
la colère que reflétait le visage du pilote
contrarié de ne pas participer à la mission. Mais
il n’y pouvait rien. Il l’écartait en application de
la règle de sécurité.
Le malheureux pilote fit mouvoir son
appareil pour se placer de façon à ne pas gêner
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ses camarades qui, comme pour saluer sa
déception, s’écartaient respectueusement afin
de lui céder le passage. Après avoir extrait son
train d’atterrissage, il stationna en une position
qui ne faisait pas obstacle à la lente progression
des effectifs sortants.
La dépressurisation était dorénavant
stabilisée. Absorbé par l’incident, Monaco
n’avait pas remarqué l’extinction des lumières
intermittentes rouges, ni l’extinction de
l’entêtant klaxon. Il fit pivoter son appareil de
façon à observer les rampes d’extraction et
remarqua que, durant la procédure radio, deux
militaires de l’Aquilon d’entretien avaient pris
position afin de coordonner les départs.
Solidarisés au sol par leurs semelles
magnétiques activées, ils tenaient, dans chaque
main, un panneau circulaire de vingt
centimètres de diamètre fixé au bout d’un
manche. Chaque panneau possédait une face
verte et une face rouge. L’opérateur
d’extraction responsable de sa rampe pouvait
ainsi faire connaître le signal de départ ou bien
le signal d’arrêt immédiat. La combinaison d’un
panneau rouge et d’un panneau vert codifiait un
signal de prudence. Sans arrêt immédiat, les
opérations se déroulaient alors avec un
maximum de précautions.
La sortie des appareils allait sans doute se
prolonger une bonne vingtaine de minutes, à
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raison de deux chasseurs toutes les dix
secondes. Les opérateurs n’allaient pas chômer.
Obéissant au signal vert et rouge de l’un des
opérateurs, un premier pilote commanda le
déplacement de son appareil. Lorsque le signal
devint un double vert, il s’engagea sur la rampe
qui lui était désignée, puis disparut dans
l’espace sidéral sans transmettre le message
radio réglementaire.
Monaco lui remémora la procédure.
– De Red leader 1 à l’appareil qui vient de
s’extraire, identifiez-vous ! »
– Red leader 1, mon indicatif est Red 4. »
– De Red leader 1, rappel à tous les appareils
quittant le bâtiment, identifiez-vous dès votre
extraction. Message terminé. »
Voulant neutraliser un éventuel danger, il
ordonna à Red 4 de détruire le Fenslick aspiré.
– Red 4 de Red leader 1 ! »
– Red 4 vous écoute, Red leader 1. »
– Red 4, vous détruisez le Fenslick en
perdition. Il ne doit représenter aucun danger
futur pour les appareils qui évolueront dans
l’espace. Vous m’avisez dès la mission exécutée
et dès votre retour en formation. »
– Message reçu Red leader 1. »
« Qui est ce bleu qui ne sait même pas
s’identifier lors d’un départ en mission ? » se
parla-t-il à lui-même, à voix haute.
– Il s’agit du soldat José Artisone.
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