Périple Andalou

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Pour quelle raison Abderraman Avercane, médecin au seuil de la retraite entreprend-il un éprouvant périple à l'extrême sud de l'Espagne, avec pendue au cou, par long cordon de cuir, une clé en bronze ?
Ce curieux objet, transmis comme une relique au sein de la famille, était censé avoir appartenu à une aïeule morisque chassée de Grenade en 1609.
Publié le : mardi 1 mars 2011
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EAN13 : 9782296456143
Nombre de pages : 272
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© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54245-7 EAN : 9782296542457
Périple Andalou
Du même auteur chez L’Harmattan
Ne montre à personne(1995) La Kahéna de la Courtille(2002) Le tournesol fou(2004) Le retourné(2007)
Derri Berkani
Périple Andalou
Roman
L’Harmattan
Il razzismo è un’ideologia di massa ; e le sue vittime non hanno né debbono avere un volto individuale e riconoscibile, sono anch’esse massa. Alberto Moravia À tous ceux que l’Histoire a contraints de quitter leur pays pour l’exil. À la mémoire de Nicole Clarence À celles de Mina ma grand-mère et de Zhor ma mère. Et come sempre à M.
a météo du Crossmed ne l’avait pas annoncée, rien de L moins imprévisible cependant, dans cette zone du Golfe du Lion, que cette tramontane qui lève, aussitôt, une mer zébrée de traînées blanches. Les ruades qu’elle inflige à la coque, pourtant lourde de huit tonnes, donnent à l’habitacle du voilier des allures de shaker entre les mains d’un barman frénétique. Trempé jusqu’à l’os, engoncé dans le gilet de sauvetage autogonflable, jouant de la longe du harnais et de la barre agrippée à deux mains, pour amortir les coups de boutoir des déferlantes, j’encaisse tel un boxeur au bord du ko accroché aux cordes du ring. Comme tous les solitaires confrontés aux mêmes conditions de navigation, je m’interroge : Qu’est-ce que je fous là, à soixante-cinq ans bien sonnés, au mitan de ces fureurs déchaînées déterminées à m’envoyer en enfer ? Qu’est-ce que je fabrique sur ce cotre gémissant de toutes ses membrures, prêt à se disloquer dans l’écume d’une houle désordonnée et dont toute la voilure se réduit, maintenant, à une minuscule trinquette ? Jugurtha Ju-gur-tha : le nom de l’implacable guerrier berbère dont je l’ai affublé sonne dans le tumulte comme une provocation. La mer secouerait moins un bateau baptisé plus humblement Pescaluna ou Toutoune. Face aux éléments, au large,
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l’enflure, la grandiloquence, se paient toujours cash. J’aurais dû le savoir. « Ma, chi ti lo fa fare ? » déclarait avec raison un ami italien embarqué pour une balade tranquille qu’un Libeccio soudain avait transformée en une épreuve harassante. Oui, qui me le fait faire ? Ces sages réflexions n’enlèvent rien à la vigueur de la branlée que j‘endure. Vrai, la cruauté de la perte que j’ai subie, n’exigeait pas cette épreuve. J’aurais pu cuver mon deuil au chaud sur la terre ferme, entouré de ma petite famille. Mais rien ne m’aurait fait renoncer à cette navigation. Il y a un serment à la clé qu’il urge, vu mon âge, d’accomplir. Oui, je suis en mer pour exaucer un vœu ou plutôt concrétiser un fantasme de ma grand-mère Mina, une lubie datant de presque quatre siècles qui l’a hantée, jusqu’à son dernier soupir tant son rôle d’ultime passeur d’une tradition ancestrale la tourmentait. À l’épreuve de la tempête, au fort du gros temps, ce que j’ai considéré comme un devoir de mémoire, une fidélité à un serment prêté il y a longtemps, m’apparaît tout à coup, un caprice de vieille dame bien futile. C’était le jour de mes neuf ans, il y a plus d’un demi-siècle et des poussières ; poussières âcres suffisamment denses pour étouffer, peines, regrets, repentirs, amours et passions défuntes. Le temps les a déposées en fines couches grises, infinies qui, en principe, obstruent la mémoire, anesthésient l’esprit, favorisent l’amnésie réparatrice,
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