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Perry Rhodan n°21 - La bataille de Bételgeuse

De
140 pages

Décembre 1984 : décidés à en finir, les Arras et les Francs-Passeurs mobilisent les Lourds dont l'un des chefs connaît la position du Système Solaire. In extremis, les mutants de Perry Rhodan trafiquent les banques mémorielles de son vaisseau et remplacent les coordonnées de Sol III par celles d'Aqua, un satellite de l'étoile Bételgeuse. Dommage pour les étrangers qui avaient installé un avant-poste sur cette planète océanique ! Grâce à leur présence, les flottes spatiales assaillantes seront certaines de leur victoire contre la Terre. Et en prime, la destruction du Sans-Pareil leur confirmera l'élimination réussie de Perry Rhodan...



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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LA BATAILLE
DE BETELGEUSE

Introduction

Lorsque la première fusée lunaire, lancée de Nevada Fields par les Américains, atteignit notre satellite, sous le commandement du major Perry Rhodan, celui-ci découvrit l’épave d’une nef étrangère : un croiseur d’exploration des Arkonides, armé pour la recherche d’une mystérieuse planète, dont les habitants possédaient, croyait-on, le secret de l’éternelle jouvence.

Rhodan s’allia avec les Stellaires et, grâce à la supériorité de leurs armes et de leurs moyens techniques, créa, sur la Terre, un Etat autonome, la « Troisième Force », capable d’imposer aux deux blocs rivaux, l’Est et l’Ouest, non seulement une paix durable, mais encore une confédération : les Etats-Unis de la Terre cessaient d’être une utopie.

Mais le croiseur naufragé avait eu le temps d’émettre des S.O.S. qui, captés par des races intelligentes, non humaines, les attirèrent à la curée. Car la décadence rongeait un peu plus chaque jour l’empire des Arkonides, jadis maîtres des trois quarts de la galaxie : des peuples soumis proclamaient leur indépendance et ne perdaient pas une occasion d’attaquer un adversaire faiblissant.

Pour défendre ses nouveaux alliés et, surtout, Sol III, Rhodan avait dû se lancer dans la lutte contre ces envahisseurs venus de l’espace. Au cours de combats au large de Ferrol, la huitième planète de Véga, il réussit à s’emparer d’un croiseur de bataille.

Puis, secondé par Thora et Krest, les deux stellaires, il reprit avec eux la Quête cosmique, suivant une longue chaîne d’indices qui les rapprochaient toujours davantage, à travers d’innombrables dangers, de la planète de Jouvence.

La partie se joua d’abord dans le système de Véga, sur Gol, globe géant, où des créatures lumineuses et malfaisantes mirent l’expédition à deux doigts de sa perte. Puis sur Perdita, monde aride, peuplé, sous les rayons d’un soleil à l’agonie, d’une race de mulots pensants.

Mais à peine un obstacle était-il surmonté qu’un autre surgissait.

Enfin, à bord de l’Astrée, le croiseur reconquis sur les Topsides, Rhodan et son équipage atteignirent leur but : Délos, la planète errante.

L’Immortel, dont elle était le royaume, ne consentit à livrer son secret qu’à Rhodan seul. Les Arkonides, à ses yeux, n’étaient plus qu’une race trop ancienne ; ils appartenaient au passé.

Devant les Terriens, en revanche, l’avenir s’ouvrait.

Un avenir plein d’embûches car, pour avoir conclu un traité d’alliance économique avec les Ferroliens, Perry Rhodan a, sans le savoir, lésé les intérêts des Francs-Passeurs, qui s’arrogent le monopole du commerce au long cours dans la galaxie.

Ceux-ci, prenant l’offensive, fomentent une révolte des robots, jugulée au prix de très lourdes pertes. Rhodan comprend que, pour vaincre un tel adversaire, il lui faut de nouvelles armes, plus puissantes. L’Immortel, seul, pourrait les lui donner. Il les lui donne, en effet — il s’agit de « transmetteurs fictifs » — au terme d’un étrange voyage dans le temps et l’espace, pour sauver de la destruction Barkonis, la planète solitaire, berceau de toute civilisation.

Après de durs combats sur la planète Goszul, les Terriens mettent l’ennemi à la raison, s’emparent d’un de ses plus récents croiseurs, le Ganymède, et rallient Galactopolis.

C’est à bord de ce navire que Rhodan se décide enfin à tenir la promesse faite à Thora et à Krest : les ramener à Arkonis. Mais leur joie se change, à l’arrivée, en cruelle déception : prévoyant la dégénérescence inévitable de leur race, les anciens Arkonides ont programmé un robot — un cerveau positronique géant — qui, sous le titre de Grand Coordinateur ou de régent, a pris le pouvoir et relevé l’empereur de ses fonctions. Thora et Krest sont tenus pour suspects ; le Ganymède, pris au piège d’un rayon tracteur, est contraint de se poser sur la cinquième planète d’Arkonis, surveillé par les Naats, humanoïdes à trois yeux.

Grâce au « transmetteur fictif », qui leur permet de forcer le barrage des forteresses défendant Arkonis, Rhodan et quelques-uns de ses meilleurs hommes gagnent la planète capitale, qui se révèle triple, composée de trois mondes : l’un pour l’habitation, l’autre pour le commerce. Le dernier est un gigantesque arsenal, siège du cerveau.

Par ruse, Rhodan obtient une entrevue avec Orcast XXI, le nouvel empereur, qui ne dispose, en fait, d’aucun pouvoir réel. Il leur conseille de rendre visite à l’amiral Kénos, chargé de recruter, parmi les Arkonides encore actifs et les peuples coloniaux, des équipages pour les nefs de guerre, remises en service par la machine. L’amiral fait engager, sous une fausse identité, le commando des Terriens. Leur haut quotient d’intelligence les désigne pour le plus puissant navire de toute la flotte : un cuirassé de la classe « Univers », d’un tonnage double de celui de l’Astrée.

Echappant à la surveillance du Coordinateur et de ses robots de combat, Rhodan s’enfuit avec ce navire et rejoint le Ganymède, qui parvient, avec son aide, à s’arracher à l’emprise du rayon tracteur.

Les deux nefs plongent dans l’hyperespace, pour réémerger au large du système de Woga.

La planète principale, Zalit, est gouvernée par un ambitieux qui rêve de détrôner un jour, à son profit, l’empereur d’Arkonis.

Il accueille favorablement les Terriens : ceux-ci l’aideront, espèrent-ils, à vaincre le Coordinateur.

Rhodan, désireux de gagner du temps, ne refuse pas tout de suite l’alliance proposée. Ce délai lui permet de découvrir que les Zalitains ne disposent plus de leur libre arbitre ; leurs projets de conquête et de révolte contre le grand empire leur sont imposés, à leur insu, par les Moofs, des pieuvres intelligentes et dotées d’un pouvoir hypnotique.

Mais ces Moofs sont, normalement, des créatures paisibles et sans ambition. Pourquoi donc, tout à coup cette offensive contre l’empire, par l’entremise des Zalitains ? Les Moofs ne seraient-ils, comme leurs victimes, que des marionnettes, dont un troisième larron, demeuré dans l’ombre, tirerait les ficelles ?

Rhodan obtient l’appui du régent, qu’il a pu convaincre de sa bonne foi en rétablissant à Zalit un gouvernement régulier, fidèle à Arkonis : il va tenter de démasquer ce dangereux inconnu.

De vagues indices le conduisent sur Honur, une planète interdite, mise depuis des siècles en quarantaine : rien, en apparence, n’y menace les Terriens, qui comprennent trop tard la nature du péril. Une terrible épidémie frappe de folie tout l’équipage. Rhodan n’y échappe que par hasard.

Ce mal a été, de toute évidence, répandu volontairement. Par qui ? Grâce aux renforts amenés par le colonel Freyt, Rhodan finira par apprendre le nom des coupables : les Arras, ou médecins galactiques, instigateurs de la révolte des Moofs. Eux seuls possèdent le sérum pour guérir les sept cents malades qui agonisent à bord du Sans-Pareil.

Rhodan n’hésite pas à lancer une attaque foudroyante contre leur planète capitale : Arralon.

Les médecins galactiques, vaincus, lui livrent le sérum sauveur.

Et, plus tard, une autre expédition punitive détruira leurs laboratoires de Laros, satellite de Gom.

Mais, à chaque victoire, les Terriens s’attirent de nouvelles inimitiés. Pour détourner de Sol un péril toujours plus pressant, Rhodan sera cette fois contraint de recourir à la ruse.

Première partie

L’alliance des aquatiques

Chapitre premier

Galactopolis, au cœur du désert de Gobi, vibrait d’impatience. Les millions d’habitants de la ville, capitale d’une Terre enfin unifiée, attendaient le bulletin de nouvelles : après six mois d’absence, Perry Rhodan était de retour. Les événements qui l’avaient retenu si longtemps sur les routes de l’espace ne pouvaient être que d’une extrême importance.

Leur journée de travail achevée, l’ingénieur en chef Kowalski et le technicien en électronique Harper se tenaient devant l’écran du téléviseur, dans le salon de l’appartement qu’ils partageaient.

— Il est rentré ce matin, dit Kowalski.

Harper ne demanda pas de qui il s’agissait : comme tout le monde, il savait que le Sans-Pareil avait rallié sa base ; la sphère d’arkonite, de quinze cents mètres de diamètre, barrait l’horizon comme une montagne, du côté du spatioport.

— Je me demande bien, continua-t-il, ce qu’il va nous annoncer de neuf !

« Il », c’était Perry Rhodan, l’homme qui avait su créer les Etats-Unis de la Terre. Mais si la paix régnait désormais sur le globe, il n’en allait pas de même dans le cosmos, où Sol III, devenue puissance galactique, ne comptait pas que des amis.

— Nous allons bien voir, murmura Harper en s’étirant dans son fauteuil. Rhodan a amélioré bien des choses, mais les pauses restent toujours aussi longues, entre chaque émission… Ah ! cela commence.

L’image de la Voie lactée — indicatif de Galactopolis s’éteignit sur l’écran, faisant place à un visage bien connu de tous : celui du colonel Albrecht Klein, qui, efficacement secondé par Allan D. Mercant, chef de la défense solaire, avait assuré l’intérim à la tête du gouvernement, pendant l’absence de Rhodan.

— Terriens !

Klein fit une courte pause et sourit à la caméra, c’est-à-dire, probablement, à quelque deux milliards de spectateurs.

— Perry Rhodan vient de rentrer d’une expédition dans l’espace, dont vous apprendrez sous peu tous les détails par la presse. Vous comprendrez donc qu’aujourd’hui le stellarque ne puisse vous en donner qu’un bref résumé. Je lui cède la parole.

Le colonel s’inclina et fit un pas de côté.

— On ne l’accusera toujours pas de se perdre en préliminaires oiseux ! commenta Harper, les yeux rivés sur l’écran où apparaissait maintenant la grande salle du conseil et la table en fer à cheval, où les délégués du monde entier avaient pris place.

— Là ! C’est lui.

Kowalski approuva. Il avait déjà reconnu Rhodan, qui se levait et se dirigeait vers une estrade hérissée de micros. Il portait, comme à son habitude, l’uniforme très simple des forces spatiales.

Il serra la main à Klein et fit face aux caméras.

Ses paroles seraient instantanément diffusées par translateurs dans toutes les langues de la Terre.

— Il a l’air soucieux, dit Harper.

— Quoi d’étonnant ? Je ne voudrais pas avoir ses responsabilités ! Chut ! Ecoutez…

Les deux hommes se turent, subjugués par le regard gris et froid de Rhodan, qui leur semblait dirigé droit sur eux.

— Terriens ! Au cours des six derniers mois, des événements d’importance se sont succédé, tant sur notre planète que dans l’espace. Comme vous vous en souvenez certainement, notre expédition avait pour but d’entrer en contact avec les Arkonides, dans l’amas stellaire M. 13, à trente-quatre mille années de lumière de Sol. Nous avons bien atteint les Trois-Planètes, capitale du Grand Empire ; mais une grave déception nous y attendait : depuis six ans, l’empereur a été pratiquement déposé, ne jouant plus qu’un rôle purement représentatif. Le pouvoir réel est détenu par un gigantesque cerveau positronique, un robot, qui se donne le titre de régent et gouverne en maître absolu, avec toute l’implacable rigueur des robots.

Rhodan fit une pause ; la caméra changea d’angle de prise de vue, pour montrer en gros plan les deux Arkonides, Krest et Thora. Harper siffla d’admiration.

— Quelle femme ! J’en ferais bien mes dimanches !

Il se tut, comme Rhodan reprenait la parole.

— Nous avons eu la chance de réussir à nous emparer là-bas du plus beau cuirassé jamais construit à ce jour : le Sans-Pareil. Plutôt que de nous donner la chasse, le régent, menacé par d’autres ennemis, préféra conclure une alliance avec nous. Nous l’avons loyalement servi, ce qui nous a valu sa confiance — autant, du moins, qu’une machine soit capable d’un tel sentiment. Au cours de cette campagne, nous avons acquis la certitude que le Grand Empire et la Terre avaient à redouter un adversaire commun : les Francs-Passeurs, ou marchands galactiques. Ils ont déjà tenté naguère une attaque contre notre planète ; nous les avons mis en fuite. Mais l’un d’eux, Topthor, patriarche d’un clan des Lourds, connaît — ou plutôt croit connaître — la position de Sol III, enregistrée dans les banques mémorielles du cerveau P de sa nef amirale.

« Quelqu’un d’autre encore serait extrêmement désireux d’entrer en possession de ces coordonnées : le régent d’Arkonis en personne. Terriens, nous n’avons pas d’illusions à nous faire : en dépit d’une trêve apparente, notre pire ennemi n’est autre que le régent, qui ne peut admettre l’existence d’une puissance galactique capable de porter ombrage à la sienne. Or il se trouve que notre Terre est bel et bien en passe de devenir une telle puissance ! »

Les délégués applaudirent à tout rompre. Rhodan sourit et continua :

— Le régent, avec une impitoyable logique, ne voit en nous pour l’instant que des mercenaires, qu’il compte utiliser au mieux de ses intérêts. Il n’est pas dans nos intentions, toutefois, de rester ainsi à ses ordres : la Terre ne deviendra jamais une colonie du Grand Empire !

De nouveaux applaudissements éclatèrent. La caméra s’attarda un instant sur les deux Arkonides : l’ombre d’un sourire ironique jouait sur les lèvres de Krest ; Thora, impassible, ne quittait pas des yeux l’orateur.

— Je tiens à souligner encore cette logique, qui guide et guidera toutes les actions du régent. S’il venait à douter de notre obéissance aveugle, nous pourrions alors nous attendre au pire. Il nous anéantirait…, s’il savait où se trouve notre Terre. Il l’ignore, heureusement.

« Et ce n’est pas le patriarche Topthor qui le renseignera : les coordonnées qu’il possède ont été truquées par nos soins : elles le conduiront à deux cent soixante-douze années de lumière d’ici, sur la troisième planète de Bételgeuse, dans le secteur d’Orion.

« J’ai établi un plan, pour amener les Francs-Passeurs, sinon le régent lui-même, à détruire cette troisième planète, se leurrant de la certitude d’avoir détruit la Terre. Il s’agit d’un globe inhabité ; mais nous veillerons à donner le change à l’assaillant. Notre monde cessera donc, officiellement, d’exister. Nous aurons ainsi tout le temps voulu pour préparer l’avenir et mettre en chantier assez d’escadres pour affronter un jour Arkonis, avec qui nous traiterons alors d’égal à égal. »

Krest et Thora joignirent leurs applaudissements à ceux des délégués : la dictature du régent, de toute évidence, n’était pas pour leur plaire.

— Notre Rhodan me sidérera toujours ! déclara Harper, bavard incorrigible. Mais j’avoue que son idée n’est pas bête : faire le mort pour mieux rassembler nos forces !

— Cela semble facile…, en paroles, répliqua Kowalski. En tout cas, il ne nous a pas demandé notre opinion, se contentant de nous mettre devant le fait accompli. Je serai curieux de lire le rapport détaillé que l’on nous promet : il doit y en avoir long. Six mois dans l’espace, c’est un bail !

— Terriens ! reprit Rhodan. Vous êtes maintenant au courant de mes projets ; ne vous étonnez donc pas des événements qui vont suivre ! Dès cette semaine, deux croiseurs lourds vont appareiller pour Bételgeuse III. Lorsque Topthor lancera son attaque (ce qui, j’en suis persuadé, ne saurait tarder), il aura l’illusion de trouver devant lui une planète habitée. Qu’il l’anéantisse à loisir, et tout sera pour le mieux !

Rhodan, d’un geste de la main vers les caméras, salua les spectateurs. L’image de la Voie lactée revint sur l’écran.

Kowalski se leva et coupa l’émission.

— Eh bien ! qu’en pensez-vous ? Une jolie partie d’échecs cosmique en perspective !

Mais Harper, tout à l’heure plein d’enthousiasme, se montra soudain sceptique.

— Oui… Il semble bien avoir pensé à tout. Il suffirait pourtant d’une erreur minime pour entraîner un catastrophe !

— Absurde ! Perry Rhodan ne commet jamais d’erreur.

Affirmation très exagérée, naturellement ; car nul n’est infaillible. Mais Rhodan avait toujours su, jusque-là, réparer les fautes commises, ou même en tirer avantage.

— Possible, Kowalski. Mais, cette fois, j’ai comme un mauvais pressentiment. J’espère me tromper, d’ailleurs…

Harper passa dans la pièce voisine ; son ami l’entendit ouvrir une armoire, puis déboucher une bouteille. Il le rejoignit, alléché par le bruit.

— A la santé de Bételgeuse !

 

 

— Depuis que le monde est monde, nul n’a jamais été victime d’une telle injustice ! Je me plains ! Je proteste ! Je demande réparation ! Je ne subirai pas ce sort détestable sans résister avec la dernière énergie !

Un léger zézaiement ôtait beaucoup de leur majesté à ces imprécations, lancées d’une voix furibonde, pointue comme une vrille.

Rhodan, guère ému, se contenta de sourire et de caresser le doux pelage, couleur de châtaigne, hérissé sur la nuque de son interlocuteur.

— Voyons, L’Emir ! Un peu de calme ! N’avez-vous pas bien gagné une permission ? Moi-même, je resterai ici, comme vous.

Mais L’Emir ne l’entendait pas de cette oreille. Perché sur un fauteuil et dressé de toute sa petite taille, les pattes croisées d’indignation, il continuait de se lamenter.

Qui le voyait pour la première fois, avec son museau pointu de mulot, ses grands yeux tendres (qui lui avaient valu le nom de Les-Mirettes, auquel il préférait le titre plus ronflant de lieutenant L’Emir), sa large queue plate de castor et ses fesses dodues, aurait pu facilement se tromper sur son compte et le prendre pour un charmant petit animal, une simple mascotte, ramenée de quelque planète lointaine. C’eût été se tromper lourdement : à une intelligence hors de pair, L’Emir joignait des dons variés : télékinésiste et téléporteur, il lisait également à livre ouvert dans les cerveaux.

— N’empêche ! piailla-t-il. Dix mutants seront du voyage. Pourquoi eux et pas moi ?

— Inutile d’insister, lieutenant L’Emir : ma décision est prise.

Et Rhodan se retourna vers le groupe de ses collaborateurs, qui avaient suivi la dispute avec un vif amusement.

— Colonel Deringhouse, vous commanderez le Centurion. Major McClears, l’Hécate. Les deux croiseurs comptent chacun quatre cents hommes d’équipage ; ils sont équipés de compensateurs de structure : nul ne risque donc de vous détecter à la réémersion. Dix mutants vous accompagneront, sous les ordres de John Marshall. Je lui ai donné pleins pouvoirs ; il n’aura de comptes à rendre qu’à Deringhouse.

Debout près de Rhodan, Bull secoua la tête ; sa brosse rousse se dressait en bataille.

— Des objections, Bully ?

— Non…, ou plutôt, si. Je donne pleinement raison à L’Emir.

— Vraiment ?

— Le sort de la Terre va se jouer, à trois cents années de lumière d’ici, et tu nous refuses d’être de la fête. Après tout, le mulot est le plus beau fleuron de la Milice. Et moi…

— Et toi ?

Bull chercha un argument décisif :