Perry Rhodan n°250 - À la recherche de la Terre

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Aux côtés de PERRY RHODAN, vivez le futur d'une Humanité devenue galactique, ses confrontations à d'autres peuples stellaires et à des puissances d'ordre supérieur, ses incursions jusqu'à des univers inconnus par-delà des gouffres d'espace et de temps ! PERRY RHODAN : une invitation à l'aventure la plus dépaysante et à une captivante réflexion sur la place de l'Homme dans le cosmos, son origine, son évolution, sa destinée...


LA SUITE DU NOUVEAU CYCLE " LE CONCILE " AVEC SON NEUVIÈME VOLUME


À LA RECHERCHE DE LA TERRE
Avril 3460 : décidé à faire la lumière sur les anomalies survenues durant la transition du couple Terre-Lune, l'Arkonide Atlan fait évader deux éminents hyperphysiciens détenus sur l'une des planètes pénitentiaires des Lourds puis, avec l'Imperator VII, appareille à destination d'Andromède.
Pour le Lord-Amiral de l'O.M.U., la clef de l'énigme doit se cacher quelque part dans la Nébuleuse où les anciens Lémuriens ont jadis édifié nombre de transmetteurs stellaires, dont tous ne sont pas répertoriés et dont au moins l'un d'entre eux a dû récemment voir " passer " les deux corps célestes en route vers l'inconnu.
Mais comment savoir lequel ? Par quel moyen l'atteindre ? Et à quels risques s'attendre, dans l'éventualité où les exécutants du Concile des Sept se seraient déjà infiltrés à l'intérieur d'Andromède ?



Publié le : jeudi 11 juillet 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823805659
Nombre de pages : 268
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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

À LA RECHERCHE
 DE LA TERRE

PERRY RHODAN — 250

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CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES NEUF PREMIERS CYCLES
 DE LA SÉRIE PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

 

L’arrière-plan du nouveau cycle « Le Concile »

Nous sommes à présent au seuil de l’an 3459. Depuis que la page s’est tournée sur le destin plus serein désormais assuré aux Vieux-Mutants, quinze ans plus tôt, Perry Rhodan a très souvent réfléchi au sens de toutes les épreuves enchaînées qu’a dû affronter l’Humanité terrienne dès l’instant où elle a commencé à s’aventurer sur la route du cosmos. Quelle a donc pu être leur finalité ? N’auraient-elles pas servi de tests préparatoires ? Et dans l’affirmative, en vue de quelle rencontre s’agissait-il d’aguerrir les hommes ?

En l’absence de réponse à ces questions, le Stellarque de l’Empire Solaire n’a pu éviter de s’en poser d’autres. Le plus difficile n’est-il pas encore à venir ? Le Système de Sol ne va-t-il pas, un jour ou l’autre, subir une offensive de plus grande envergure que les manœuvres des Maîtres Insulaires, que l’assaut des Gardiens Fréquentiels ou que l’armada de la Coalition Antiterrienne ? Et si tel doit être le cas, comment anticiper la résistance à une invasion plus pernicieuse que celle des méta-inducteurs cappins, à la prise de pouvoir par des puissances supérieures autrement plus cartésiennes et implacables que les Idoles de l’Essaim, ou à une « possession » à bien plus vaste échelle que celle des Voix du Tourment ?

Qui donc pourrait connaître le fin mot de l’histoire, sinon l’Immortel de Délos lui-même ? Mais l’être collectif, auquel Perry Rhodan et certains de ses proches doivent d’avoir accédé à l’éternité relative et de s’être vu accorder un délai de vingt mille ans pour établir la paix dans la Voie Lactée, ne semble guère décidé à livrer le moindre indice, sinon de vagues promesses de « récompense ».

Dans l’éventualité où une menace d’ampleur à ce jour inédite se lèverait sur le Système Solaire, le Stellarque et ses collaborateurs ont patiemment élaboré le Plan Harmonie dont les mesures défensives résultent des extrapolations les plus hardies. Fin 3458, le dispositif est paré jusqu’à ses plus infimes rouages. Et il ne s’est encore rien passé…

 

L’action antérieure du cycle

… Jusqu’au soir du 20 décembre 3458 où soudain, au firmament de la Terre et de ses planètes-sœurs, les étoiles s’éteignent. Immédiatement, le Système Solaire est totalement isolé du reste de l’Univers. Le 5 janvier 3459, un engin spatial d’origine inconnue fait son apparition brutale sans avoir été au préalable détecté. Il s’agit d’un vaisseau C.E.V., ou à configuration énergétique variable, qui puise directement dans l’hyperespace toute la puissance dont il a besoin. Ses occupants sont des Larenns, des humanoïdes natifs de la très lointaine galaxie NGC 3190, et ils s’annoncent en tant qu’envoyés du mystérieux Concile ou Hétos des Sept, une alliance qui regroupe les peuples de sept univers-îles différents.

Hotrénor-Taak, l’Émissaire des Hétosones, déclare imminente l’intégration de la Voie Lactée au sein du Concile. Elle y sera représentée par Perry Rhodan, qui va devoir prendre le titre de Premier Hétran et faire appliquer dans sa Galaxie-patrie les décisions du Hétos des Sept.

Malgré ses réticences non justifiées, le Stellarque de Sol feint de se plier aux exigences des Larenns et accepte de suivre Hotrénor-Taak sur une planète située hors de la Voie Lactée, Hétossa, qui sert de lieu de rassemblement à des diplomates issus de chacun des peuples affiliés au Concile. Avec ses compagnons qui ont fait le voyage avec lui, Rhodan noue là-bas le contact avec Roctin-Par, chef d’une rébellion secrète contre les Larenns dont il révèle toute la brutalité et les méthodes dictatoriales. En fait, la situation réelle n’est autre qu’une invasion de la Galaxie, une annexion pure et simple par une puissance dont la supériorité technologique est considérable. De plus, il s’avère peu après que les Larenns ont infiltré de longue date l’Empire de Sol et notamment la Terre avec des agents de renseignement d’une efficacité redoutable. L’opération n’était donc pas prévue de la veille…

Convaincu de la supériorité militaire des Larenns, Perry Rhodan feint d’entrer délibérément dans leur jeu et accepte le titre de Premier Hétran de la Galaxie. Il espère ainsi pouvoir lutter de la manière la plus efficace possible contre la menace d’asservissement qui pèse sur tous les peuples de la Voie Lactée.

L’Arkonide Atlan, Lord-Amiral de l’O.M.U., se lance lui aussi dans le combat de l’ombre et orchestre une incroyable opération de sauvegarde de données en transférant le contenu des mémoires de l’hyperimpotronique lunaire Nathan dans les banques spéciales de quinze mille robots-réceptacles qui sont ensuite acheminés hors de portée des Larenns. Mais ceux-ci le démasquent, l’arrêtent et, après l’avoir ramené sur Terre, le traduisent en justice pour haute trahison. Le procès n’est qu’une sinistre comédie à l’issue de laquelle Hotrénor-Taak prononce la sentence prévisible : condamné à mort, l’Arkonide devra être exécuté par le Premier Hétran en personne, dont la position de dictateur galactique et de bon serviteur du Concile sera ainsi consolidée.

En quelques jours, un plan désespéré est mis au point en secret avec la collaboration d’un brillant prestidigitateur, Univers Chan. Grâce à ses talents de magicien, les Larenns n’y verront que du feu et seront convaincus de l’élimination du traître Atlan…

Peu après, la destruction inespérée d’un vaisseau C.E.V. par le labilisateur de flux supradimensionnel, que des savants terraniens ont développé sous le manteau, pousse Hotrénor-Taak à annoncer que tout autre acte de même nature sera payé au prix fort, à savoir l’anéantissement du Système Solaire. Sur Terre, Rhodan et Atlan reçoivent la visite secrète du chef rebelle Roctin-Par qui commence à révéler les atouts cachés de son organisation et fait prendre conscience à ses hôtes de l’ampleur véritablement galactique de l’invasion larenn. Après avoir déjoué la surveillance rapprochée dont il faisait l’objet de la part du soudain méfiant Hotrénor-Taak, l’ex-Stellarque se rend avec le Marco Polo dans le secteur encore inexploré de la Voie Lactée où se trouve la nébuleuse obscure appelée Point Allegro par les Terraniens et le Poing de Provcon par les dissidents de Roctin-Par. Naviguer au sein de cet enfer cosmique sera tout sauf aisé : il faut savoir localiser les zones vides de poussières interstellaires et les corridors énergétiques, sans cesse changeants, pour pouvoir s’aventurer sans risque au cœur du nuage sombre, jusqu’à la planète Prov III – si semblable à leur propre patrie que les hommes de Rhodan vont la baptiser Gaïa. Quinze millions de Provconiens y vivent bien protégés, et déterminés à se battre comme des lions pour ne pas tomber sous la férule du Concile.

Pendant ce temps, sur le Monde-aux-Cent-Soleils des Bioposis, le paraphysicien Eygel Hoschtra réussit à mettre au point un hyperdisperseur qui dépossède les vaisseaux C.E.V. de leur énergie en la déviant dans l’hyperespace. Dotées de cet équipement inattendu, quarante mille nefs composites partent à l’assaut et détruisent plus de trois mille unités des Larenns avant que ceux-ci, décidément parés à toute éventualité, ne retournent l’arme contre leurs agresseurs et ne leur infligent un cuisant revers.

Le 21 mai 3459, Hotrénor-Taak et tous les inspecteurs du Concile quittent le Système de Sol à bord de leurs navires. L’Émissaire du Hétos annonce qu’il a fait placer une bombe spéciale en un endroit bien choisi, et qu’il ordonnera son amorçage si le professeur Hoschtra et sa regrettable invention ne lui sont pas livrés dans les plus brefs délais. Il s’avère finalement que l’épouse du Stellarque elle-même, Orana Sestore, a été « préparée » par les envahisseurs pour rayonner sur un plan quintidimensionnel et provoquer la transformation du Soleil en nova. Emmenée dans un lointain système stellaire inhabité, la jeune femme sera libérée en jouant son rôle de catalyseur involontaire.

Pendant la chasse au mystérieux « détonateur solaire », les travaux de remise en état du convertisseur principal de confluence antitemporelle, sur Mercure, ont été activés et accélérés afin de pouvoir à court terme isoler le Soleil et ses satellites en les déphasant par rapport au reste de l’Univers. Perry Rhodan va très vite devoir recourir à cette protection car les Larenns y voient de plus en plus clair dans son double jeu.

L’arrivée dans la Galaxie d’un second peuple du Concile, les Hyptons, les curieux chiroptères géants qui sont les planificateurs du Hétos, empêche Hotrénor-Taak de déclencher une offensive de grande envergure contre Sol et ses planètes. Selon eux, l’heure est venue de remplacer le Premier Hétran félon par un individu sans faille dans sa cuirasse, capable de balayer tous les autres prétendants qu’il va rencontrer durant des épreuves décisives. Sur une planète à très forte gravité du système de Punta-Pono, Paricza, qui constitue le berceau du rameau dérivé des Francs-Passeurs que l’on appelle les Lourds, le semi-mutant Leticron s’est préparé à gagner et à accéder à l’investiture suprême. À l’issue d’un parcours aussi effarant qu’impitoyable et brutal, le Corun de Paricza devient donc dictateur galactique – incarnation d’une future tyrannie qui fait déjà trembler les Larenns et les Hyptons eux-mêmes.

Dans de telles perspectives, l’écran de déphasage temporel cessera très vite d’être une parade efficace pour protéger Sol et ses satellites. Certes, mi-juillet 3459, l’offensive des flottes alliées des Larenns et des Lourds se heurte au vide puisque le Système Solaire a disparu du continuum normal. De surcroît, peu après, il va se mettre à osciller entre passé et avenir, avec une faible amplitude autour de l’instant présent, grâce à la mise en service d’un chronomodulateur tout à fait inédit. Mais Leticron a hélas profité du tout début de l’expérience pour percer un tunnel temporel. Aiguillonné par les envahisseurs, le nouveau Premier Hétran ne risque cependant pas de lâcher prise et, tôt ou tard, le destin du berceau de l’Humanité sera scellé.

Dans l’esprit de Perry Rhodan et de ses proches collaborateurs, un plan quasi démentiel commence à s’échafauder sous la pression de cette menace. Il s’agit de déplacer le Système de Sol, en tout ou partie, vers un secteur plus sûr de la Galaxie où il sera hors d’atteinte du Concile. Et ce, grâce à un transmetteur stellaire tel qu’en utilisaient les anciens Lémuriens, mais qui reste encore à édifier au bon endroit…

Découvert par hasard dix-neuf ans plus tôt dans les parages du Centre galactique, le triplet de géantes rouges formant le Triangle Transmetteur Archimède, ou Archi-Tritrans, pourrait bien fournir la solution. Autour de l’une de ses trois étoiles orbite une micronaine blanche, Kobold, dont la masse avoisine celle de la Terre et qui, ramenée dans le Système-patrie puis couplée avec le Soleil, constituerait le transmetteur voulu. Une expédition dirigée par Atlan part donc pour Archi-Tritrans avec pour objectif d’investir et de prendre sous contrôle sa station de régulation. Dès que l’occupation du très vieux satellite est effective, la phase suivante du plan est lancée : bientôt arrachée à sa trajectoire, Kobold plongera dans le transmetteur à destination du Système Solaire où d’éminents scientifiques préparent son arrivée et son adoption.

De retour d’Archi-Tritrans, Atlan fait rapatrier sur la Lune l’intégralité des robots-réceptacles entre lesquels avaient été partagées toutes les connaissances de Nathan avant sa désactivation. Le cerveau géant redevient vite opérationnel mais l’Arkonide, par sécurité, décide de ne pas effacer les supports mobiles provisoires et de les envoyer pour stockage à Quinto-Center, le Q.G. de l’Organisation des Mondes Unis.

Sans relâche et avec des résultats de plus en plus inquiétants, Leticron a multiplié les assauts et les tentatives de percée du champ de confluence modulé. Durant l’attente finale de Kobold, alors que le Système Solaire resurgit dans le présent mais doit y séjourner trente minutes au lieu des trois prévues, le Lourd lance contre la Terre une flotte regroupée dans les parages, et formée d’unités appartenant à tous les peuples importants de la Galaxie. Ses « alliés » par obligation, soudain réticents, se désengagent au dernier moment et l’écran antitemporel se rétablit juste avant l’offensive prévue.

Déstabilisé, Leticron adresse à l’humanité solaire un nouvel ultimatum dans lequel il jure, si le Stellarque refuse encore de capituler, de détruire la Terre et de réduire en esclavage toute la population du Système de Sol. Perry Rhodan utilisera cet argument pour convaincre les derniers opposants du bien fondé de son plan, dont les étapes finales sont en train de se dérouler.

Mars 3460 : spécialement préparées et escortées pour une odyssée sans précédent, Terre et Lune sont bientôt mises en mouvement vers le transmetteur stellaire que constituent désormais le Soleil et Kobold. Dès qu’elles se sont dématérialisées, la micronaine blanche est amenée à la place de Sol III afin que l’équilibre gravitationnel du Système Solaire ne soit pas bouleversé. Atlan et d’autres personnalités, qui attendent de voir les deux corps célestes resurgir au centre d’Archi-Tritrans et se stabiliser, seront hélas les témoins impuissants de leur nouvelle et brutale disparition. Parmi les observateurs, effondrés par cette disparition, nul ne saurait imaginer en quel lieu le couple va bientôt émerger à l’issue de sa transition perturbée…

Non seulement la Terre et son satellite se rematérialisent dans l’inconnu total, peut-être à l’autre bout de l’Univers, mais leur nouvel environnement spatial se révèle très vite comme un véritable enfer. De surcroît, nombre de phénomènes naturels catastrophiques affectent le moral déjà très bas de la population « émigrée », et la situation doit d’abord se stabiliser avant que l’on n’envisage l’exploration du voisinage. La première mission à se lancer dans le Maelström des Étoiles atteint une planète assez proche qui sera baptisée Goshmo’s Castle. Ses autochtones, des humanoïdes à ailes de chiroptères appelés Mucériens, vivent dans d’impressionnantes citadelles montagneuses et vénèrent une très puissante divinité, bien réelle, dont la ressemblance avec le Zeus de la mythologie grecque frappe très fort les Terraniens dès qu’ils lui sont confrontés. Il s’avérera que cette formidable créature possède l’apparence d’une fourmi géante mais dispose de facultés parapsychiques et de champs métamorpho-énergétiques qui lui permettent d’adopter l’allure que souhaitent voir ses visiteurs. Menacé par des ennemis de nature imprécise, Zeus sollicite l’aide des nouveaux venus qui, par chance, réussissent à s’allier avec les Mucériens et bénéficient de leur soutien.

Simultanément, d’autres éclaireurs découvrent Zannack, le monde des Itrinks, ravagé par une hyperindustrialisation incontrôlée. Parmi les plus influents de ses habitants humanoïdes se dissimulent d’autres êtres insectiformes déguisés, les Ploohns, véritables maîtres du Maelström des Étoiles dont ils annexent toutes les planètes convenant à un dessein mystérieux. Ainsi, par exemple, le peuple voisin des Phabéens a-t-il choisi un mode de vie souterrain pour s’affranchir des Itrinks qui occupent la surface de Stiemond, leur patrie occupée.

Peu à peu, le secteur spatial alentour se précise comme étant une sorte de pont de matière ou de cordon ombilical reliant deux galaxies qui sont entrées en collision il y a deux millions d’années puis se sont de nouveau écartées l’une de l’autre. Il comporte par ailleurs un tourbillon énergétique redoutable, le Gouffre, qui attire tout corps céleste passant à sa portée. En voulant les soustraire au Concile des Sept, Perry Rhodan a véritablement précipité la Terre et la Lune de Charybde en Scylla !

Dans la très lointaine Voie Lactée, alors que s’intensifie la domination des Larenns appuyés par les Lourds, l’Arkonide Atlan entreprend d’élucider le mystère de l’anomalie transitionnelle qui a affecté Sol III et son satellite. S’entourant non sans mal d’hyperphysiciens spécialistes des transmetteurs, il va se lancer, en ce mois d’avril 3460, À LA RECHERCHE DE LA TERRE

CHAPITRE PREMIER

Voie Lactée, planète Watsteyn, avril 3460

 

— Les voilà !

Les deux mots lancés par Akter tan Har nous firent tous sursauter. Cette nuit-là, personne n’avait vraiment bien dormi alors que la veille, nous avions tous travaillé plus dur que jamais auparavant. À moins que nous n’ayons peut-être déjà atteint un tel degré d’épuisement qu’il nous aurait été tout à fait impossible de sombrer dans un sommeil profond ?

Les pas lourds des robots de combat faisaient trembler les légers dômes de synthoplast jusqu’à leurs ancrages. Je balayai des yeux mon environnement. Étendus à plat sur leurs lits, tous les hommes faisaient semblant de dormir. Malgré la peur qui me tordait le ventre à moi aussi, je ne pus m’empêcher de rire tout bas.

— Regarde-les tous, les fantômes d’élite de l’Humanité, couchés sur leurs lits et tremblants de frayeur devant quelques machines complètement idiotes, confiai-je à mon voisin, Esto Conschex.

— La ferme, gueule de singe ! me cria Akter tan Har d’une voix étouffée.

Il s’était légèrement relevé sur un coude et me dévisageait. Quand on est aussi laid que lui, me dis-je sans la moindre pitié, on ferait mieux d’être plus prudent dans le choix de ses comparaisons. Mais en fait, tout Bolithien d’origine qu’il fût, Akter tan Har était un homme qui méritait vraiment toute notre estime.

Sa planète, Bolith, était un petit monde plutôt insignifiant qui faisait partie de l’Union Central-Galactique dirigée par les Commissionnaires. Au fil du temps, ceux-ci étaient passés toutes bannières déployées du côté de Leticron, notre tortionnaire. Tous, sauf Akter tan Har. On racontait même qu’il avait giflé un Lourd pour lui signifier tout son mépris. Malheureusement pour lui, il aurait pu tout aussi bien frapper un mur de béton. Toujours est-il que depuis cet incident, il portait la main droite en écharpe.

Je renonçai à lui assener une réponse de circonstance. Peut-être aurais-je dû lui confier qu’à mon avis, son comportement ressemblait à une liaison amoureuse entre un être qui n’avait pas grand-chose d’un humanoïde et un bouledogue terrien ? Mais après tout, pourquoi me donnerais-je ce mal ?

Les pas lourds se rapprochèrent. Bokk An lâcha un sanglot. Nous avions tous peur, mais aucun d’entre nous n’en faisait étalage avec aussi peu de pudeur que lui. Je me préparais déjà à lui dire ma façon de penser lorsque, soudain, le calme revint. J’avais bien réalisé que les robots s’étaient arrêtés devant notre porte. Ils venaient chercher l’un d’entre nous.

Je jetai un coup d’œil vers Esto Conschex. Il se mordait les lèvres et gardait les paupières closes. Son visage épaté me paraissait flasque. Il avait déjà eu droit à quelques « interrogatoires » musclés, lui. Je lui avais demandé en quoi consistaient ces séances, mais il n’en avait jamais parlé. Et, pour la première fois, je le vis sursauter lorsque le panneau d’entrée glissa avec force grincements.

Lequel d’entre nous visaient-ils ? Bokk An ? Non, certainement pas lui. Ce Martien était un pleutre. Akter tan Har ? Peut-être. Cet homme avait le don de rendre Krehan Dunnandeyer particulièrement irascible. Je devinais que le « gouverneur » de Watsteyn n’avait pas encore fini de l’admonester sérieusement. Esto Conschex ? Le docteur Conschex, mathématicien spécialisé dans les hypertransitions, tout comme moi d’ailleurs, et en outre abstracto-mathélogicien et expert dans le domaine des transmetteurs, qui avait été mon collaborateur le plus proche au département de la recherche et à l’étage de la direction de la Galactic Elex Positronics ? À moins que ce ne soit tout simplement moi qu’ils venaient chercher, le professeur et docteur Goarn Den Thelnbourg, également mathématicien expert en hypertransitions et premier des spécialistes en matière de transmetteurs géants ?

Il allait de soi que comme tous les autres, j’avais moi aussi une peur bleue de ces interrogatoires nocturnes. Mais en même temps, je me demandais pour quelle raison le gouverneur m’avait jusqu’alors oublié.

La Terre s’était évanouie du Système de Sol. À mes yeux, il était depuis longtemps évident que Leticron avait résolu l’énigme de cette disparition. Avait-il déjà retrouvé notre planète-patrie ? Je n’arrivais pas à me l’imaginer. Néanmoins, je ne comprenais pas non plus pourquoi le « Premier Hétran de la Voie Lactée » ne convoquait pas un homme comme moi. Non pas que j’aie participé au projet, mais tout simplement parce qu’à l’époque, je travaillais dans le secteur privé. Cependant, j’aurais très bien pu expliquer à Leticron ce que Rhodan avait manigancé avec la Terre. Mais après tout, comme il le savait déjà, je ne lui aurais rien révélé.

Les robots entrèrent dans le dortoir. Je gardai les yeux fermés en m’efforçant de faire semblant de dormir. J’espérais que le calice passerait devant moi sans s’arrêter. Comment ai-je seulement pu songer une minute que le Lourd me ménagerait uniquement parce que j’étais l’un des experts les plus éminents de l’Empire Solaire en matière de transmetteurs ?

— Vous, là-bas ! Debout !

La machine s’était arrêtée devant le lit d’Akter tan Har. Le Bolithien se cramponna désespérément des deux mains à son oreiller.

— Non, bredouilla-t-il, non, je ne veux pas !

Deux robots se placèrent de chaque côté de son lit. De leurs serres métalliques, ils saisirent les bras de notre compagnon et le forcèrent à se lever. Har poussa des cris perçants. J’avais peur que les ferrailles ne lui broient les os. Le malheureux leur lançait des coups de pied et se débattait dans tous les sens pour essayer d’échapper à leurs griffes.

— Aidez-moi donc, vous autres ! hurla-t-il à notre adresse.

Mais nous restâmes étendus sur nos couches, comme paralysés, et ne fîmes pas un mouvement. Nous savions que nous ne pouvions rien contre les robots, tout au moins rien dans la situation présente. Esto Conschex et moi avions déjà élaboré un plan pour tenter de trouver le moyen de déprogrammer à long terme les machines mais, pour le moment, nous étions totalement impuissants.

Je me bouchai les oreilles des deux mains. Les hurlements terrifiés du Bolithien étaient pour moi une véritable torture. Puis je poussai un soupir de soulagement lorsque le panneau se referma enfin – et ce sentiment fit naître en moi une haine profonde contre moi-même.

J’aurais bien aimé pouvoir faire quelque chose pour Akter tan Har. Et en même temps, j’étais rassuré qu’ils ne soient pas venus me chercher, moi, ni Conschex. Les quelques jours que je venais de passer en captivité sur Watsteyn m’avaient déjà changé. Ils avaient ébranlé les principes éthiques sur lesquels j’avais jusqu’alors cru pouvoir m’appuyer fermement en toute sécurité.

Que deviennent les hommes qui se contentent de regarder sans rien faire le martyre imposé aux autres, uniquement parce qu’ils se croient impuissants à les secourir ?

— Ça ne peut pas durer ainsi, murmurai-je à l’oreille de Conschex. Il faut que nous réagissions !

— Qu’est-ce que vous voulez faire ? demanda-t-il d’une voix amère. Fomenter une révolte, peut-être ?

— Pourquoi pas ?

— Ne soyez donc pas aussi naïf ! Dunnandeyer est un psychologue retors. Il mettra fin à la rébellion avant même que nous n’ayons eu le temps de nous organiser.

— Alors, il ne nous reste plus qu’à nous enfuir.

— Pour aller où ? Dans la brousse ? Les sauriens auront tôt fait de nous dévorer dès les premières vingt-quatre heures ! Non, Professeur, nous avons commis une lourde faute, nous nous sommes précipités nous-mêmes dans le piège. Désormais, il est trop tard pour réagir.

Et il avait bien raison ! Nous avions eu le choix. Nous aurions pu sans difficulté nous envoler depuis Titan pour rejoindre la Terre puis, avec elle, poursuivre notre route dans la Galaxie. Au lieu de cela, nous avions préféré nous laisser capturer dans la base de recherches établie sur la lune de Saturne et nous soumettre aux hordes de Leticron en devenant ses esclaves. Quelle folie nous avait donc pris ? Nous nous étions imaginé pouvoir jouer le rôle d’« agents secrets » et travailler pour le compte du Stellarque dans le dos de l’ennemi !

Voilà comment nous nous étions maintenant jetés dans ce beau pétrin !

— Nous pourrions peut-être nous emparer d’une station hypercom et envoyer un message à Rhodan ? suggérai-je à mon ancien collègue.

Esto Conschex me gratifia d’un sourire plein d’indulgence teintée d’ironie.

— Toutes mes félicitations pour cette idée géniale ! répondit-il. Parce que vous savez, vous, où se trouve actuellement Rhodan ? Et vous ne pensez pas qu’il doit avoir autre chose à faire que de s’occuper de deux individus qui ont quitté leur service dans l’Empire Solaire pour gagner une fortune dans l’industrie privée ?

— Vous avez raison, Esto, avouai-je dans un soupir.

— La paix, là-bas ! grogna Bokk An. Vous ne pourriez pas vous tenir tranquilles, à la fin ?

Assis sur son lit, le Martien nous fixait d’un regard flamboyant. Nous nous réfugiâmes dans le silence. Non pas parce qu’il nous avait rabroués de la sorte, ce qui nous laissait tout à fait indifférents. Mais tout simplement parce que nous n’avions plus rien à nous dire.

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— Eh ! Toi, là-bas ! s’exclama Biran Kompagie.

Je m’arrêtai et le toisai de toute de ma hauteur.

— Salut, petit ! répondis-je.

Sa physionomie passa au vert tellement il était furieux. Nombreux étaient les Lourds qui se vantaient de leur morphologie presque carrée. Mais dans ce domaine, Biran Kompagie semblait avoir quelques complexes.

L’assistant du gouverneur s’approcha de moi, leva son fouet à lanière de cuir et m’en frappa d’un coup violent en pleine poitrine. L’agression avait été tellement inattendue et brutale que je n’eus pas le temps de l’éviter. La douleur brûlante me jeta à terre. Néanmoins, je réussis à grimacer au point qu’il s’imagina me voir rire, ce qui augmenta encore sa fureur. Et il brandit une fois de plus sa cravache.

— Voilà qui est typique de vous autres, les Lourds, me moquai-je sans scrupule. Vous ne pouvez rien faire sans y ajouter une dose de brutalité !

— Tu as bien deviné, Terranien, répliqua-t-il tout en insistant sur le dernier mot comme s’il s’agissait d’une injure.

Je me relevai avec précaution.

— Chez les gens civilisés, on a l’habitude de dire que là où commence la violence finit l’esprit. Le seuil semble être plutôt bas, chez vous !

Il verdit encore davantage. Une fois de plus, le fouet entra en action, mais je m’y étais préparé. La lanière de cuir siffla à mes oreilles et alla cingler le sol poussiéreux. Puis elle remonta aussitôt et me frappa derechef, cette fois à l’épaule. Sur le moment, je crus que l’assistant du gouverneur m’avait coupé le bras. J’eus un éblouissement et fus incapable de me défendre contre le coup suivant. Je m’effondrai et tombai sur les genoux.

— J’ai toujours admiré le comportement héroïque des Lourds, bredouillai-je, à bout de souffle. Tu ne le savais pas, mon gros ?

Je saisis une branche épineuse pour parer la prochaine attaque. La lanière s’enroula à toute vitesse autour du bois que je lâchai. Au même moment, Biran Kompagie tira à lui le fouet, et la branche l’atteignit en pleine figure. Les épines creusèrent deux sillons profonds sur ses joues.

Avec la force du désespoir, j’éclatai de rire. Le Lourd fonça. Il écarta sa cravache d’un geste brutal et se rapprocha de moi, les bras tendus. Ses doigts se courbaient déjà comme pour m’étrangler. Je reculai pas à pas.

Malgré ma témérité, je me rendis compte seulement à ce moment-là, et non sans une certaine consternation, que j’avais dépassé la mesure.

À cet instant même, Akter tan Har quittait la coupole qui abritait le bâtiment administratif du camp. Il était seul. Pas même un robot ne l’accompagnait. En apercevant Biran Kompagie, il se mit à hurler. Il se jeta entre nous comme s’il avait perdu la tête, et tapa des poings sur le sol. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il disait, ce qui n’avait d’ailleurs aucune importance. L’essentiel pour moi, c’était qu’il soit parvenu à distraire le Lourd.

Kompagie le fixa d’un regard décontenancé puis, d’un violent coup de pied, il le repoussa sur le côté. Les hurlements du Bolithien redoublèrent. Akter tan Har se releva d’un bond et alla se jeter de nouveau dans la poussière aux pieds de l’assistant du gouverneur.

— Pitié ! gémit-il. Pitié, Seigneur !

Je n’y comprenais plus rien du tout. Que lui était-il arrivé ? Ce gaillard n’avait pourtant rien d’un froussard. Les deux heures qu’il venait de passer chez les Lourds l’avaient sans doute brisé.

Je n’avais plus d’yeux que pour ce malheureux individu qui avait toujours été pour moi un interlocuteur plein d’humour. Depuis le début, il avait toujours su qui j’étais. Mais cela ne l’avait pas empêché de me traiter de « gueule de singe ». Une épithète tout à fait appropriée, comme j’avais dû le reconnaître. Cette attitude m’en avait imposé, et c’était d’ailleurs la raison pour laquelle je n’avais même pas protesté.

Je me mis à frissonner. Quels moyens les gardiens de Watsteyn avaient-ils employé pour briser à ce point Akter tan Har, le Bolithien ?

Les coups de cravache qui continuaient à me menacer selon la fantaisie de Biran Kompagie me firent soudain l’effet d’une bagatelle. Qu’il inflige des souffrances à mon corps si cela lui faisait plaisir ! Mais il n’arriverait jamais, par ce moyen, à atteindre ma personnalité.

En réalité, j’étais plutôt présomptueux. Que deviendrais-je si l’on venait me chercher pour un « interrogatoire » comme celui qu’avait subi Akter tan Har ? Kompagie se tourna de nouveau vers moi. Il grimaça un sourire, ses yeux étincelaient de sournoiserie.

— Tu aurais bien mérité que je te réduise en chair à pâté, déclara-t-il d’une voix rauque. Mais je ne le ferai pas. J’ai quelque chose de mieux à ton intention.

Il donna au Bolithien un nouveau coup de pied violent qui expédia sa victime au milieu des buissons épineux. De l’endroit où je me trouvais, j’aperçus les déchirures qui maculaient ses bras et son visage. Ces blessures allaient suppurer pendant des jours et des jours. Les insectes essaieraient d’y déposer leurs œufs. Ce que nous craignions le plus sur cette planète maudite, c’étaient les profondes entailles provoquées par les épines venimeuses des buissons d’heybrish.

— Amène-toi, Bolithien ! ordonna sans aménité le sinistre personnage. (Aktar tan Har obéit, s’approcha en rampant et, au bord de l’épuisement, il resta étendu à terre juste devant son tortionnaire.) Et maintenant, embrasse-moi les pieds !

Biran Compagie me jeta un coup d’œil. Je compris sans peine à quoi il voulait en venir en humiliant sa victime de la sorte.

— Toi, tu peux choisir, ajouta-t-il d’un air cynique à mon intention. Je n’ai plus d’influence sur ton destin futur. À toi de le déterminer tout seul. Si tu éprouves le besoin de me lécher également les bottes demain matin, je ne m’opposerai pas à tes désirs.

Je supportai avec résignation ces paroles sans lui montrer ce qui se passait dans mon for intérieur. Je savais que la menace était à prendre au sérieux. Et j’exécrais ce monstre de cruauté comme jamais auparavant je n’avais détesté un être humain. Il leva son fouet et lança encore la lanière, visant mes épaules. Une douleur brûlante me traversa, mais je réussis à me maîtriser. Je me forçai à faire comme si je n’avais rien senti.

— Au boulot ! intima le Lourd.

Il était déçu que je ne me sois pas de nouveau jeté au sol sous l’effet cinglant de son fouet, il me suffisait de le regarder pour m’en rendre compte. Docilement, je fis demi-tour et rejoignis les autres prisonniers qui, à une cinquantaine de mètres de nous, avaient observé toute la scène. Aussitôt, il se remirent à genoux et poursuivirent leur travail avec les outils primitifs qu’on leur avait donnés.

Le gouverneur désirait faire aménager un terrain d’atterrissage pour les gros vaisseaux cylindriques des Lourds. Évidemment, il était totalement insensé de nous confier cette tâche ! Avec des pioches et des hachettes, il nous faudrait des mois pour que nous ayons déblayé un secteur suffisamment vaste. Défricher les buissons d’heybrish représentait une besogne aux conséquences souvent mortelles, alors qu’à l’aide de quelques radiants désintégrateurs ou même seulement en allumant un grand feu de broussailles, cette tâche aurait été liquidée en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire. Mais tel n’était pas le dessein du gouverneur. Ce qu’il voulait avant tout, c’était nous voir travailler.

Travailler.

Et souffrir.

Esto Conschex me tendit la hachette qu’il avait emportée avec lui à mon intention. Je jetai un coup d’œil en arrière, vers le bâtiment à coupole. Akter tan Har rampait sur le sol comme un animal, pour nous rejoindre. Biran Kompagie marchait derrière lui en ricanant. La terreur panique du prisonnier l’amusait.

Conschex me saisit le bras.

— Faites comme si vous ne voyiez rien, souffla-t-il.

— Sommes-nous donc déjà réduits à un tel état d’asservissement ? m’enquis-je, non sans amertume.

— Si vous ne voulez pas devenir dès demain une loque comme Akter tan Har, vous n’avez pas d’autre solution que de vous incliner.

J’acquiesçai d’un signe de tête. Je savais qu’il avait raison. Mais je savais aussi que je ne supporterais plus très longtemps cette situation. Si elle se prolongeait encore trop, je deviendrais fou.

Les rayons impitoyables du soleil rouge brûlaient sans merci, à peine filtrés par le ciel à la coloration violette. Je m’agenouillai et frappai furieusement les branches épineuses d’un buisson d’heybrish, soucieux avant tout de ne pas me déchirer les mains.

— Ils pourraient au moins nous fournir des gants, murmura Conschex.

Je m’abstins de toute réaction. Kompagie et tan Har nous avaient rejoints. Le Bolithien saisit les arbustes à pleines mains pour essayer de les arracher du sol. Comme il fallait s’y attendre, il se déchira méchamment la peau. D’un air méprisant, le Lourd lui jeta une hachette aux pieds. Akter tan Har la ramassa, chuchota d’une voix faible quelques mots de remerciement et poursuivit son travail.

Les versants de la vallée étaient littéralement envahis de buissons aux fleurs jaunes et rouges. Leurs racines s’enfonçaient profondément dans le sol. Et partout, des ramifications latérales s’élevaient des jeunes plants qui sortaient du sol sous forme d’aiguillons tranchants et ne cessaient de lacérer les genoux des travailleurs imprudents.

À l’entrée de la vallée s’élevaient trois constructions à coupole, d’une brillance argentée. Les prisonniers étaient logés dans l’une d’elles. Dans celle du milieu étaient entassés les stocks divers, et le bâtiment situé à l’endroit le plus étroit du passage était occupé par Biran Kompagie, un second Lourd, une Néo-Arkonide que je n’avais aperçue jusqu’à présent que de loin, ainsi qu’un Arra qui, en fait, était prévu comme médecin pour nous, les captifs, mais nous ignorait totalement. Quant aux robots de combat, ils se tenaient presque toujours à l’extérieur des édifices.

Peu avant la pause du déjeuner, la Néo-Arkonide s’avança vers nous. Tout ce que je savais d’elle se limitait à son nom, Reyke, mais j’ignorais s’il s’agissait de son prénom ou de son patronyme.

Elle tendit un fouet électrique dans ma direction.

— Eh, toi ! Viens ici !

Je me relevai et lui obéis. Elle était plus petite que moi et beaucoup plus jolie que je ne l’aurais cru. Ses lèvres très fines trahissaient une nature autoritaire.

— Tu es bien le professeur et docteur Goarn Den Thelnbourg, Terranien d’origine, n’est-ce pas ?

— En effet, répondis-je sur un ton impassible.

— Tu es bien un mathématicien spécialiste des hypertransitions qui dispose en outre d’une certaine expérience concernant les transmetteurs stellaires ? Et tu as écrit une thèse sur ce sujet, n’est-ce pas ?

— Oui.

— Tu as servi dans l’Astromarine avant de passer dans l’industrie privée ?

— Est-ce que vous connaîtriez aussi sur moi des détails que j’ignore ?

Elle sursauta et cligna des yeux.

— Le gouverneur t’attend pour que tu l’aides à résoudre quelques problèmes ! poursuivit-elle sans même me châtier pour ma repartie ironique, comme je m’y attendais.

— Dunnendeyer a donc des problèmes ?

— Fais attention à toi, Den Thelnbourg. Ne dépasse pas la mesure. Es-tu prêt à collaborer avec le gouverneur ?

— Non.

— N’oublie pas ce qui est arrivé à Akter tan Har.

— Je ne l’oublierai jamais de ma vie !

— Il pourrait bien t’arriver la même chose.

— Vraiment ?

— Tu crois le contraire parce qu’ensuite, tu ne nous serais plus d’aucune utilité ?

— En effet, c’est à peu près ce que je pense.

— Eh bien, tu te trompes. Nous pouvons interrompre le processus à n’importe quel moment. Nous pouvons aussi bien te transmuter, comme nous l’avons fait pour le Bolithien, sans effacer tes aptitudes scientifiques. Mais nous préférerions une collaboration spontanée.

Je me plongeai dans le silence. Puis Reyke pivota légèrement sur elle-même et désigna de son fouet mon ami, le docteur Esto Conschex.

— Nous pourrions commencer par essayer avec lui. Qu’en dirais-tu ?

Je me détournai d’elle, repris ma position agenouillée et poursuivis mon travail. Reyke éclata d’un rire moqueur.

— Ce fou croit vraiment pouvoir nous ignorer ! grinça-t-elle sur un ton ironique.

Je m’attendais à ce qu’elle me fasse tâter de sa cravache électrique, mais elle se maîtrisa et reprit le chemin du bâtiment administratif.

— Il va être temps que nous disparaissions d’ici, déclara Esto Conschex à voix basse.

Je n’avais même pas remarqué qu’il s’était rapproché de moi.

— Comment ? Et pour aller où ? lui dis-je avec l’accent du désespoir. Cette brousse est infranchissable. Et elle grouille de sauriens. Nous ne pourrions même pas nous éloigner de trois kilomètres !

Il me saisit le bras.

— Écoutez-moi, reprit-il avec une insistance non déguisée. Hier soir, j’ai entendu raconter quelque chose d’intéressant.

— Quoi donc, Esto ?

— Dans la vallée voisine se trouve une chaloupe appartenant aux Lourds. Elle est légèrement endommagée, et par conséquent ne peut pas voler.

— Comment avez-vous appris cela ?

— Par Angorn.

Angorn était un Terranien qui vivait déjà depuis longtemps en captivité sur Watsteyn. Il nous apportait tous les jours des vivres de Dunnandeyer-Central, la plus grande colonie des Lourds sur la planète. Angorn collaborait étroitement avec les ennemis, mais il n’en vaquait pas moins à ses petites affaires sous couvert d’une docilité apparente. Il était le seul et unique Terranien à pouvoir se déplacer en toute liberté sur Watsteyn. S’il affirmait qu’il avait découvert une nef spatiale, c’était certainement vrai.

— Que lui est-il arrivé, à cette chaloupe ? demandai-je à Conschex sans cacher mon scepticisme.

— Le gyroscope linéaire est en panne.

Je ne pus m’empêcher de rire, par pur désespoir.

— Rien que ça ? Voyons, Esto ! Dans ce cas, nous pouvons abandonner toute idée d’évasion…

— Angorn pourrait peut-être nous procurer une pièce de rechange ?

Je dévisageai mon ami d’un air surpris.

— À présent, je comprends. Je vais essayer de lui parler plus tard.

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Quinto-Center

 

Le Lord-Amiral Atlan s’avança à la rencontre du visiteur qui venait de pénétrer dans son bureau.

— Je me réjouis de vous voir déjà ici, déclara-t-il en guise d’accueil au maréchal solaire Julian Tifflor, tout en lui serrant la main.

Il l’accompagna jusqu’à un fauteuil et prit place en face de lui.

— Les nouvelles sont de plus en plus mauvaises, attaqua Atlan. Notre situation n’a jamais été aussi désespérée que maintenant…

Le maréchal solaire ne le détrompa point.

— Les Larenns dominent toute la Galaxie avec l’aide de Leticron, ajouta le chef de l’Organisation des Mondes Unis. Pour le moment, nous sommes toujours perplexes. Nous ne savons pas où nous devons agir.

— Avez-vous eu d’autres informations concernant les pyramides qui ont été soi-disant érigées sur de nombreuses planètes de la Galaxie ?

Atlan approuva d’un signe de tête.

— Elles font manifestement partie d’une stratégie offensive des Larenns. Mais pour l’instant, je ne peux pas m’occuper de ce problème. Nous en avons d’autres, qui sont plus urgents.

— Bien sûr, reconnut Tifflor. Il nous faut retrouver la Terre !

L’Arkonide but une gorgée d’eau. Il paraissait nerveux et surmené, comme presque tous les collaborateurs de l’O.M.U. en poste au Quinto-Center. Les événements se précipitaient, au sens littéral du terme. C’était à peine si le complexe positronique de la base réussissait encore à analyser les innombrables messages et informations qui affluaient sans interruption.

— Je n’arrête pas de me demander si elle peut encore se rematérialiser quelque part, reprit Tifflor. On n’a toujours pas de nouvelles ?

— Jusqu’à présent, les scientifiques d’Archi-Tritrans ne m’ont donné aucune réponse satisfaisante. Sol III peut encore se trouver à l’intérieur de la Voie Lactée, mais elle peut aussi avoir été catapultée jusque dans des profondeurs inaccessibles de l’Univers. Personne n’ose s’avancer à fournir une réponse claire.

— Pourtant, ils croient tous que la Terre n’a pas cessé d’exister ?

— C’est ce qu’il me semble, répondit l’Arkonide.

— Que pouvons-nous faire, Atlan ? s’enquit le maréchal solaire. Je pressens que nous ne pouvons pas en rester là. À quoi cela tient-il ? Tous les moyens disponibles à Quinto-Center ont été mobilisés, les meilleurs scientifiques de l’Empire Solaire travaillent d’arrache-pied à ce problème. Alors, pourquoi…?

— Ils se trompent, l’interrompit le Lord-Amiral.

— Comment dois-je comprendre votre réaction ?

— C’est une erreur de dire que les meilleurs scientifiques œuvrent pour nous.

— Pourquoi ?

— Parce qu’une partie d’entre eux est tombée entre les mains des Larenns et des Lourds.

— Évidemment ! J’ai négligé de tenir compte des hommes et des femmes qui travaillaient dans le secteur privé, cachés sur les lunes des autres planètes, dans des stations de recherches ou sur des mondes de l’Empire, n’est-ce pas ?

— Parfaitement.

— Cette fois, je saisis, reconnut le maréchal solaire. Vous avez reçu des informations selon lesquelles on a découvert quelque part des scientifiques terraniens qui pourraient nous être utiles.

— Exactement, Julian. Cette nouvelle nous est arrivée il y a une heure. Il s’agit de deux hommes qui ont consacré toute leur vie et leur talent à la recherche sur les transmetteurs. Ils sont actuellement détenus sur une planète pénitentiaire appartenant aux Lourds. Si nous réussissons à les faire évader et à les amener ici, nous aurons peut-être une chance de repérer la source de l’anomalie de programmation qui a affecté Archi-Tritrans. Et s’il leur est possible de reconstituer le processus, nous posséderons peut-être alors tous les atouts nous permettant de déterminer par le calcul l’endroit où se cache la Terre.

— Si ces deux personnages sont tellement importants, Atlan, nous devons tout mettre en œuvre pour les ramener ici !

— C’est à cela que je m’emploie, Julian.

Le Lord-Amiral pressa une touche. Quelques secondes s’écoulèrent, puis la porte s’ouvrit et un personnage de haute taille, au visage sillonné de cicatrices, fit son entrée.

— Tekener ! s’exclama Tifflor, surpris. Je pensais que vous étiez sur la Terre.

L’homme à la physionomie couturée tendit la main au maréchal solaire.

— Il m’a semblé que ma place était plutôt ici, au Q.G. de l’O.M.U., répondit simplement le nouveau venu.

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Watsteyn

 

Contre toute attente, Angorn n’avait pas fait hier sa visite quotidienne au camp. C’était donc avec une grande impatience que nous le guettions aujourd’hui. Le temps s’éternisait. Biran Kompagie ne cessait de nous tourmenter. Il nous poussait à travailler de plus en plus vite et nous agonisait d’injures sans que nous ne nous insurgions contre lui.

Accroupis en plein soleil, au bord de l’épuisement, nous avalions notre déjeuner constitué de viande synthétique lorsque le marchand apparut enfin avec son glisseur aérien. Comme nous en avions l’habitude, nous nous levâmes spontanément pour entourer le véhicule.

Jusqu’alors, nos gardiens n’avaient encore jamais protesté contre cette coutume. Je ne comprenais toujours pas pour quelle raison ils nous accordaient cette petite détente. Cela faisait sans doute partie, dans leur esprit, d’une subtile tactique psychologique.

Le trafiquant se livra à ses petites affaires. À Bokk An, le Martien, il vendit trois cigarettes en échange d’un bracelet de grande valeur. Perk Meysch obtint un zayn, un agrume de la famille des citrons, contre une pierre précieuse qui, en temps normal, lui en aurait fourni plusieurs caisses pleines.

Je dus faire un effort violent pour refouler la fureur qui me gagnait à voir ainsi cet exploiteur dévaliser littéralement les autres prisonniers en les appâtant avec des bricoles qui, sinon, leur étaient inaccessibles. Mais je me dis qu’après tout, cela ne me regardait pas.

J’attendis patiemment que les autres prisonniers soient servis. Conschex et moi étions les derniers à demeurer auprès du glisseur de ce perfide Terranien. Nous nous étions placés de manière à ce que l’on ne puisse pas nous voir depuis la coupole des Lourds.

— Avez-vous bien réfléchi ? s’enquit-il.

— L’affaire est intéressante, Angorn, commença Esto.

Le marchand acquiesça d’un signe de tête.

— Et comment, les amis ! Pour vous, surtout ! Si je vous procure le gyroscope, vous pourrez ficher le camp.

— Pourquoi ne le fais-tu pas pour toi-même ?

Il me scruta d’un air sidéré.

— Ce serait une pure folie ! Premièrement, je mène ici une vie somptueuse. Je me constitue en peu de temps une véritable fortune. Les prisonniers m’inondent de toutes sortes de trésors en échange de la moindre bricole. Je sais bien que c’est une vraie saloperie de ma part de les plumer ainsi, mais si je ne le fais pas, d’autres ne s’en priveront pas. Qu’en pensez-vous ?

Force me fut de lui donner raison.

— En outre, il ne suffit pas de remettre la chaloupe en état. Watsteyn est drôlement surveillée ! Le système grouille de vaisseaux de surveillance appartenant aux Lourds. Écoutez-moi, les gars, il y a sur cette planète-prison toute une série de personnages importants. On n’aimerait pas qu’ils s’échappent ou qu’ils soient enlevés. C’est pourquoi on fait très attention. (Il nous fixa d’un regard révélant qu’il attendait de nous un quelconque commentaire, mais nous restâmes silencieux.) Autrement dit : si vous arrivez à appareiller, vous serez encore bien loin de réussir ! Il faudra ensuite que vous sortiez de ce système stellaire. Et, pour être franc, pourquoi prendrais-je le risque d’être descendu alors qu’ici tout me sourit ?

J’essuyai d’un simple chiffon la transpiration qui m’inondait le visage. Il faisait une chaleur à crever. À mon avis, la température dépassait largement les quarante degrés Celsius.

— C’est bon, Angorn, lui répondis-je enfin. Nous allons tenter notre chance. Qu’est-ce que tu veux en échange de ce gyroscope ?

— Bah ! Une bagatelle, Professeur, dit en grimaçant le triste sire.

— Mais encore ?

— Mes affaires tournent à merveille. Elles pourraient marcher encore mieux pour tout le monde s’il n’y avait pas là un Lourd qui, de son côté, me dévalise comme on plume une dinde de Noël. Il exige de moi une commission de cinquante pour cent sur chaque échange…

— C’est ton problème !

— Exact. Mais ce gars me déplaît souverainement. Il faut qu’il disparaisse. Et ça, ce sera votre affaire à vous, Professeur !

J’eus l’impression d’encaisser un coup violent à l’estomac. Ce que cet homme réclamait de nous, c’était ni plus ni moins qu’un meurtre !

— Voyons, Angorn, intervint alors Esto Conschex sur le ton de la réprobation. (Il hocha sa tête chauve et posa les mains sur la barbe tressée qui lui descendait jusqu’à la ceinture.) Ce n’est pas possible, enfin ! Tu ne peux tout de même pas exiger de nous un double assassinat !

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