Perry Rhodan n°258 - La Forteresse de Titan

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ENTREZ DANS LA PLUS GRANDE SAGA DE SCIENCE-FICTION DU MONDE !
Vivez le futur d'une Humanité dispersée dans l'Univers, confrontée à d'autres peuples stellaires et à des puissances d'ordre supérieur, poussée à se lancer dans des incursions aux conséquences imprévisibles par-delà des gouffres d'espace et de temps!
PERRY RHODAN : une invitation à l'aventure humaine et spatiale la plus dépaysante, à une captivante réflexion sur la place de l'Homme dans le cosmos, son origine, son évolution, sa destinée...


TROISIÈME VOLUME DU CYCLE "APHILIE" LA FORTERESSE DE TITAN
Août 3580 : d'après les rumeurs, le Premier Hétran de la Voie Lactée serait dans une situation plutôt instable. Pour Atlan, qui a pris les rênes du Nouvel Impérium Einsteinien et mène la résistance, l'heure est peut-être venue de lancer l'opération décisive contre Leticron, dans le Système Solaire où il a établi le siège baroque et décalé de sa toute-puissance.
Une mission à haut risque se profile pour Ronald Tekener et trois Multi-Cyborgs, tandis que commence à courir une étrange prophétie annonçant la venue prochaine d'un prétendu libérateur de la Voie Lactée opprimée...



Publié le : jeudi 11 juillet 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823805734
Nombre de pages : 229
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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LA FORTERESSE
 DE TITAN

PERRY RHODAN — 258

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Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’état. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

Pour la dignité des peuples galactiques

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES DIX PREMIERS CYCLES1DE LA SÉRIE
 PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.

Juillet 3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie…

 

Résumé des épisodes précédents

Pour l’Humanité, en cette fin du XXXVIe siècle, l’heure est aux crises les plus terribles de toute son histoire. Dans la Voie Lactée, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa, cachée au cœur du Poing de Provcon, constitue le monde central. Mais l’isolationnisme contraint n’est pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol, dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la menace et du mal…

Pour l’immortel Arkonide, les temps sont venus de passer à l’offensive contre le dictateur galactique. Des agents secrets du N.I.E. vont bientôt s’infiltrer dans le fief de Leticron et, au prix de périls dont ils n’ont aucune idée, découvrir les réalités effarantes de Mars, de Saturne, puis de LA FORTERESSE DE TITAN

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CHAPITRE PREMIER

« Du néant, la lumière jaillira et la Galaxie traversera.

« Elle illuminera votre existence et en elle, la vérité renaîtra. »

Le prophète Aranès, à l’occasion de l’inauguration du Galactéon du Vhrato à Sol-Town (Gaïa, 3560).

Voie Lactée, 3580

 

— J’ai besoin d’un taxi, mon gars. Je veux voir le maximum de Sol-Town. Ce n’est pas tous les jours que je viens dans la capitale.

— C’est à l’étage supérieur, l’ancien. Prenez à droite, l’antigrav vous y emmènera.

— Merci beaucoup. Le Vhrato devrait vous donner une bonne claque dans le dos le jour où il se pointera.

— On ne plaisante pas avec le Vhrato, Monsieur !

— J’ai fait ça, moi ?

Le visiteur s’éloigna en boitillant vers le puits de liaison puis se laissa emporter jusqu’au terminal des glisseurs. Il grimpa dans la première machine sans la moindre trace d’hésitation. Les faubourgs de Sol-Town ne tardèrent pas à défiler en dessous de lui. D’en haut, on voyait nettement les trois segments circulaires de la cité. Au centre s’élevaient les bâtiments administratifs et les tours d’affaires des principales sociétés, des banques et des compagnies d’assurance. Une large ceinture verte séparait le centre-ville des lieux de distractions et des zones marchandes.

L’homme aux cheveux blancs ne jeta qu’un regard fugitif aux îlots résidentiels de l’anneau extérieur. Sol-Town présentait toutes les caractéristiques d’une ville bien pensée dès le départ. Tous les immeubles étaient l’œuvre des architectes imaginatifs de Gaïa.

— J’ai besoin d’une liaison intercom.

Il lança rapidement un nom. La projection holographique d’un visage masculin apparut presque aussitôt. Des yeux bleu clair le regardèrent avec surprise.

— Kaiser Karl ! Par tous les fantômes de Provcon ! Que viens-tu faire à Sol-Town ? Je croyais qu’à cette époque de l’année, tu chassais le gros gibier au pôle Nord.

— Erreur, Vancon. Je suis en train d’admirer notre nouvelle capitale depuis les airs.

— Et comment la trouves-tu ?

— Très belle, sincèrement. Mais je crains qu’il n’y ait pas de bière ici.

— On sert dans cette ville une bière bien meilleure que toutes celles qui ont pu être brassées sur Terre, rétorqua le colonel Vancon Tabhun en riant. Je t’invite. Le glisseur t’amènera chez moi, la positronique te guidera. Et puis non, j’ai une meilleure idée ! On va se retrouver directement sur place.

Il ne s’écoula que quelques minutes jusqu’à l’atterrissage à l’endroit choisi par l’officier. Quand Karl ouvrit la portière, un homme de haute taille se hâta dans sa direction. De longs cheveux blonds encadraient son visage.

— Salut, Kaiser ! l’accueillit-il d’un ton enjoué en lui tendant la main.

— Alors, cette bière ? reçut-il pour toute réponse.

Tabhun attira à travers un portail illuminé le vieillard qui se plaignait de ses os vermoulus. À l’entrée, un robot leur énuméra les distractions proposées. Bien que le comptoir ne fût occupé que par quelques clients, ils s’assirent dans une alcôve qui baignait dans la pénombre.

— Qu’est-ce que c’est ? s’enquit Kaiser Karl en indiquant d’un mouvement de la tête un petit appareil posé au milieu de la table. Une imitation de transmetteur ?

— Jamais de la vie ! rétorqua Vancon. C’en est un vrai. Nous nous trouvons dans un authentique bar à transmetteur. Regarde bien !

Ses doigts tapotèrent en rythme sur le plateau. Un champ de transfert noir ondoya entre les colonnes du transmetteur miniaturisé et, quelques secondes plus tard, un verre de bière se matérialisa.

— J’en veux un aussi ! s’exclama le vieil homme.

— Celui-ci est pour toi.

Le colonel fit apparaître un deuxième verre et le leva en honneur de son hôte.

— À la tienne, Kaiser Karl !

— À ta santé, Vancon !

Le visiteur but une bonne gorgée puis, du revers de la main, il essuya la mousse sur sa bouche.

— La vie est devenue ennuyeuse, soupira-t-il. Je crains que la retraite ne me convienne pas. Je veux retourner dans l’espace, voir des planètes exotiques…

Tabhun sourit.

— Si quelqu’un a suffisamment d’argent pour s’offrir de tels voyages privés, c’est bien toi.

— Euh… J’ai dépensé un peu plus que de raison. C’est pour cela que je suis venu dans la nouvelle capitale.

— Je ne comprends pas.

Kaiser Karl commanda deux autres bières.

— J’ai été contraint de vendre un de mes organes, dit-il tout à coup.

— Vendre un… ? Tu plaisantes ! Ce genre de pratique appartient au passé.

— Oh, que non ! Les médecins ont besoin de toujours plus d’organes pour les multicyborgs.

— Impossible, Kaiser. Les mulcybs sont des organismes synthétiques. Ils n’ont pas besoin d’organes.

— Et pourtant si. La fabrication de leurs cerveaux pose des problèmes énormes. Les biochimistes et les biophysiciens de notre Nouvelle Humanité ont choisi le chemin de la facilité : ils intègrent dans le précieux tissu cellulaire de leurs cerveaux artificiels des micropositroniques siganes.

— J’en ai déjà entendu parler.

— Mais ce n’est pas toujours possible. Lors de certaines missions, les ondes émises par ces appareils risqueraient de trahir les mulcybs.

— D’accord, mais qu’est-ce que tu as à voir avec ça ? Tu es un homme âgé.

— Pas tant que ça, Vancon. Cent quarante-six ans, c’est tout.

Kaiser Karl eut une toux pénible puis il reprit :

— Revenons à nos moutons. Pour de tels cyborgs, les constructeurs utilisent des liaisons cellulaires organiques provenant des réserves de protoplasme du Monde-aux-Cent-Soleils, mais aussi des tissus encéphaliques d’hommes morts depuis peu.

— Ah… Et tu…

Le vieillard sourit.

— Comme le disait toujours ma grand-mère : « Mon petit, veille à survivre, qu’importe comment. » Elle-même n’y est pas arrivée, mais moi… Il suffit d’attendre.

Vancon Tabhun secoua la tête.

— Bon sang, Kaiser, ce n’est pas ça, la vie ! Subsister en tant que fragment de cerveau dans un mulcyb !

— J’ai besoin d’argent, et les maîtres des mulcybs me le donneront dès que j’aurai signé. Ensuite, j’ouvrirai un tonneau de bière. Et je t’invite dès aujourd’hui, ainsi que tes officiers.

— Je suis désolé, Kaiser, mais nous devons refuser.

— Tu ne peux pas me faire ça !

— Nous avons une mission spéciale à accomplir.

— À l’extérieur du Poing de Provcon, pas vrai ?

— Vu que, de toute façon, l’information ne pourra pas atteindre le reste de la Galaxie, je te répondrai : oui.

— Mais en faisant cela, le Lord-Amiral Atlan viole le statu quo établi avec le Concile, commenta Kaiser Karl, inquiet. Nos ennemis n’attendent que ça. Et Leticron sautera sur l’occasion pour attaquer en masse l’Humanité.

— Atlan ne va pas s’amuser à risquer l’existence du Nouvel Impérium Einsteinien, tu peux me croire. Il sait ce qu’il fait. De surcroît, Leticron ne joue plus un grand rôle aujourd’hui. Il doit bientôt être remplacé, par quelqu’un de plus dur et de plus cruel, mais personne ne sait qui exactement.

L’homme aux cheveux blancs se gratta sans gêne.

— Il y a intérêt à réfléchir sérieusement avant.

— C’est ce qu’a fait Atlan. Il ne prendra pas de risques inconsidérés.

Kaiser Karl but en hâte. Ses mains tremblaient. Il reposa violemment le verre sur la table.

— Rends-moi un service, Vancon ! Emmène-moi !

— Pardon ?

— J’ai dit : emmène-moi ! répéta le vieillard.

Il se frappa la cuisse du plat de la main et ajouta, sur un ton menaçant :

— Du calme, toi !

Confus, Vancon regarda son interlocuteur.

— Je ne comprends rien à ce que tu racontes.

— Je ne supporte plus de rester sur Gaïa, soupira l’ancien. Je veux voir la Galaxie encore une fois avant de terminer mon existence comme fragment de cerveau d’un cyborg.

— Kaiser, mon vieux, c’est absolument impossible. Je ne peux pas t’emmener.

— Rien n’est « absolument impossible ». C’est ce que disait ma grand-mère, et c’était une femme prodigieusement intelligente.

Le colonel Tabhun grimaça.

— Combien de temps s’est-il écoulé depuis que tu as vu la Voie Lactée pour la dernière fois ?

— Cent vingt ans environ, Vancon, répondit Karl en se grattant la cuisse. Lors de la mission où j’ai perdu ma jambe.

— Et tu as obtenu un nouveau membre ?

— Oui, mais il faut voir lequel ! Il n’arrête pas de prendre des libertés !

Tabhun sourit.

— Cent vingt ans, ça fait un sacré bail. Mais hélas, je ne peux rien faire pour toi.

Kaiser Karl repoussa son verre vide dans le transmetteur miniature et attendit qu’il se dématérialise.

— Soit, soupira-t-il, résigné. Avec l’âge, il faut savoir renoncer à certaines choses. Il faudra que je m’y fasse, bien que ma grand-mère ait toujours dit : « N’abandonne jamais, mon garçon ! » Comment s’appelle ton vaisseau, Vancon ?

— C’est le croiseur lourd Doogen. Dès que nous serons de retour, je t’inviterai à bord. Tu pourras alors faire la connaissance de mon équipage.

— Quand appareilles-tu ?

— Demain. C’est pour cela que je ne veux plus de bière. De plus, j’ai rendez-vous avec Atlan.

Vancon Tabhun se leva. Il tapota avec bienveillance sur l’épaule de Kaiser Karl.

— Peut-être y a-t-il une autre solution pour toi, dit-il.

Il essayait de consoler son ami mais ses paroles sonnaient creux.

— Certes, Vancon, articula difficilement l’ancien. On trouve toujours un moyen.

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Robeyn Woys ouvrit la porte de l’appartement et regarda avec perplexité l’homme aux cheveux blancs qui vacillait légèrement devant lui.

— Que puis-je faire pour vous ?

— Vous êtes l’ingénieur Woys ? Je dois vous parler.

L’élocution de Kaiser Karl était un peu hachée.

— Puis-je entrer ?

— Faites… répondit Robeyn, déconcerté.

Il ne voulait pas se montrer impoli, d’autant qu’il ne pouvait pas nier une certaine curiosité. Le vieillard s’avança d’un pas hésitant vers un fauteuil antigrav et s’y laissa choir. Il étendit ses jambes avec un gémissement.

— Que puis-je faire pour vous ? demanda de nouveau le propriétaire des lieux.

— Excusez-moi, Monsieur, mais j’ai du mal à parler. Ma gorge est desséchée. Auriez-vous quelque chose à boire ? Et au fait, je m’appelle Karl, Kaiser Karl.

— Un verre d’eau vous conviendrait ?

— Non, pas trop.

Woys apporta deux jus de fruits. Son visiteur se contenta d’humecter ses lèvres.

— Venez-en au fait, insista-t-il. Je n’ai pas beaucoup de temps devant moi.

— Je ne vais pas vous retenir longtemps, répliqua Karl, qui fixait son verre avec une expression mécontente. Vous êtes ingénieur et vous travaillez dans l’équipe de maintenance du Doogen, c’est bien ça ?

— Nous effectuons les réparations nécessaires, oui. Pourquoi cette question ?

Kaiser se gratta la jambe droite puis il la souleva et la posa sur l’autre en gémissant.

— Sale bête !

Du plat de la main, il donna un coup sec sur sa cuisse.

— Vous n’allez pas bien ?

— Si, si. C’est juste ma jambe qui n’en fait qu’à sa tête. C’est une prothèse organique, vous comprenez ?… Ah, oui, je voulais en fait vous demander si vous pouviez me prendre dans votre équipe.

— Vous… ?

Robeyn Woys n’en croyait pas ses oreilles. Il jaugea le vieillard du regard et secoua la tête.

— Vous donnez certes l’impression d’être en excellente forme pour votre âge, mais l’équipe est au complet.

— Je paie bien.

Les yeux de l’ingénieur s’écarquillèrent.

— Maintenant, je vois ! Vous espérez ce que je vous amène à bord et que je vous y laisse ! Non, c’est absolument hors de question ! (Il se leva.) L’entretien est terminé.

— écoutez, Monsieur Woys, je veux seulement…

— Non !

— C’est votre dernier mot ?

Kaiser Karl se redressa et dut s’appuyer au dos du fauteuil. Il boitilla ensuite jusqu’à la porte. Là, il s’immobilisa et fixa Robeyn dans les yeux.

— Je crois que je ne vais pas bien.

— Je dirais plutôt que vous vous êtes saoulé avant de venir me voir.

— Peut-être pourrions-nous quand même trouver un accord ?

Woys secoua la tête en silence.

— Bon… Eh bien, merci pour le jus de fruits.

L’ancien salua en portant l’index et le majeur à son front, puis il s’en alla. Il ne s’arrêta qu’après avoir couvert une bonne distance, se donna une claque sur la jambe droite et jura.

— Tu peux faire une croix sur ton rêve spatial, grogna-t-il.

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Le Lord-Amiral Atlan se leva de son bureau quand le colonel Vancon Tabhun entra en compagnie d’un officier d’ordonnance et lui tendit la main.

— Tabhun n’est pas le bon choix pour cette mission, se manifesta son cerveau-second.

L’Arkonide fut surpris. Il ne s’expliquait pas comment le secteur logique de son encéphale était arrivé à une telle conclusion.

— Et pourquoi pas ? pensa-t-il en retour.

— Il est trop beau.

— Cela n’affecte en rien ses qualifications !

Le colonel Tabhun ignorait tout de ce dialogue muet. Il s’assit à l’invitation de son responsable. Atlan ignora l’avertissement donné, bien qu’il tînt normalement compte de telles remarques. Le commandant du Doogen avait effectivement un physique agréable. Ses cheveux dorés encadraient un visage aux traits finement ciselés et aux yeux clairs. Les lèvres étaient peut-être un peu trop pleines.

— Colonel, commença l’Arkonide, vous savez que la situation dans la Galaxie s’est apaisée au cours des cent vingt dernières années. Après la disparition de la Terre, tout a changé. Nous avons obtenu un statu quo satisfaisant avec le Hétos et nous ne prévoyons pas de modifier quoi que ce soit d’important. La Nouvelle Humanité se sent bien sur Gaïa et ne tient pas à mettre en danger tout ce qu’elle a bâti. Toutefois, nous ne pouvons pas nous passer plus longtemps d’informations sur ce qui se trame à l’extérieur.

Il s’interrompit quand l’officier d’ordonnance leur servit le café.

— À l’intérieur du Poing de Provcon, nous sommes à l’abri du Concile car personne ne peut traverser les tourbillons d’énergie sans l’aide des Vincraniens. Or, ceux-ci sont résolument de notre côté. Nous pouvons donc aller jeter un œil discret sur la Galaxie sans courir de grands risques. Nous savons que toutes les planètes pénitentiaires sont aujourd’hui abandonnées. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe plus de Terraniens dans la Voie Lactée, qu’ils soient libres ou esclaves. Seulement, nous ne disposons d’aucune information à ce sujet.

« Ce sera votre mission, colonel Tabhun, et il vous faudra aussi obtenir des renseignements sur les autres peuples. Nous devons apprendre tout ce qui est possible sur les Arkonides, les Akonides, les Arras ou les Bleus. Je ne m’attends pas à ce que ces groupes nous causent des difficultés mais cela, personne ne peut l’affirmer avec certitude. Vous devrez aussi repérer les centres stratégiques du Concile. Hélas, nos espoirs concernant la commission d’enquête des Greykos se sont révélés vains. Nous en sommes arrivés à la conclusion que nous devons nous préparer à affronter de nouveau le Hétos. Mais ce ne sera pas votre affaire.

— J’aurai besoin de beaucoup de temps pour accomplir ces missions, Monsieur. Tout affrontement armé serait une erreur.

— Exact, colonel. Mais je n’ai pas encore cité votre tâche la plus délicate. Vous devez pénétrer dans le Système Solaire et récupérer un homme qui nous sert d’espion depuis des années. Il s’appelle Kalteen Marquanteur.

Atlan absorba une gorgée de café. Il se demanda brièvement s’il devait informer l’officier que derrière ce nom se dissimulait son ancien adjoint, Ronald Tekener, un porteur d’activateur cellulaire. Il rejeta aussitôt cette pensée. Tabhun ne devait être instruit que du strict nécessaire. En cas d’échec, il ne pourrait pas trahir ce qu’il ignorait.

Le Lord-Amiral se leva.

— J’espère que tout est clair, maintenant. Vous recevrez toutes vos instructions par écrit. Détruisez ces documents dès que vous les aurez bien étudiés. (Il tendit la main au commandant du Doogen.) Et faites très attention aux Lourds. Leticron attend sans doute avec impatience que nous rompions la trêve.

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— Merci beaucoup, dit Kaiser Karl. Il n’est pas nécessaire que vous m’accompagniez. Je retrouverai bien mon chemin tout seul.

La vieille dame le fixa, espérant qu’il demande qu’elle lui tienne compagnie.

— Je vous assure, je saurai me débrouiller, insista le vieil homme.

Il s’inclina maladroitement et s’éloigna en boitillant. Arrivé à l’angle du bâtiment, un gratte-ciel qui s’élevait en spirale vers les nuages bas, il jeta un regard en arrière. La femme n’avait pas bougé, comme si elle avait pris racine. Elle agita une main et lui fit signe qu’il devait prendre à droite. Karl se hâta.

Un grand glisseur de maintenance était garé à vingt mètres de là. Robeyn Woys, l’ingénieur, en débarquait à l’instant pour se diriger d’un pas pressé vers l’immeuble. Deux autres hommes l’accompagnaient.

Kaiser se précipita vers l’appareil, grimpa dans le hayon et se cala entre la paroi et un testeur de convertisseur. Il ramena ses jambes contre son torse et les enserra de ses deux bras. Puis il attendit. Plusieurs minutes s’écoulèrent avant que des voix ne s’approchent. Il reconnut celle de Robeyn Woys. Il tenta de réguler sa respiration saccadée. La brève course l’avait fatigué plus qu’il ne l’aurait cru.

Les hommes s’arrêtèrent devant le véhicule. Ils échangeaient des banalités.

Karl transpirait. Il haletait toujours et craignait que cela ne le trahisse.

Soudain, ce fut le silence au-dehors.

Le retraité se raidit. L’avait-on découvert ? Sa dernière chance de s’introduire dans le Doogen serait alors perdue. Finalement, la portière claqua. Soulagé, il étendit les jambes. Le glisseur s’éleva. Quelques minutes plus tard, le hurlement des blocs-propulsion d’un vaisseau spatial en train d’appareiller lui parvinrent. Kaiser se mit à douter des renseignements rassemblés en hâte. Ne s’était-il pas trompé ? Et si la destination de l’engin n’était pas le croiseur de Tabhun ?

Le bruit caractéristique d’un panneau de sas qui coulissait se fit entendre à proximité. Le vieillard tendit l’oreille avec anxiété. Tous les signes indiquaient qu’il pénétrait à l’intérieur d’un navire. Mais était-ce le bon ?

Le véhicule se posa de façon presque imperceptible.

Kaiser Karl attendit que ses occupants se soient éloignés puis il alla jusqu’à la porte arrière et l’entrouvrit. Il se trouvait effectivement dans un hangar. Une Gazelle reposait à seulement vingt pas de lui. Il jeta un regard à la ronde. Il n’y avait personne en vue. Sans un bruit, il se glissa à l’extérieur, pour se figer aussitôt, saisi par l’effroi. À trois mètres de lui à peine, un technicien était agenouillé sur le sol, penché sur une trappe d’entretien. Il lui tournait le dos.

Le passager clandestin revint en arrière pour se dissimuler derrière le glisseur. Là, il ôta ses bottes, qu’il tint à la main, et courut à pas feutrés vers l’aviso. Il l’avait à peine atteint que des voix retentirent. Karl se jeta dans le sas d’un bond désespéré. Il s’étala de tout son long mais réussit au dernier moment à empêcher ses chaussures de heurter bruyamment le plancher. Dans le mouvement, il faillit se démettre l’épaule. Presque paralysé par la douleur, il demeura allongé jusqu’à ce que des pas se fassent entendre. Il s’éloigna à quatre pattes et chercha refuge derrière un conteneur.

Kaiser retint son souffle quand quelqu’un pénétra dans la Gazelle, passant à moins d’un mètre de lui sans le remarquer. L’homme pénétra dans le puits anti-g et se laissa emporter vers le haut.

Le vieillard se dirigea sur la pointe des pieds vers le local à l’intérieur duquel se trouvaient les générateurs alimentant les blocs-propulsion.

Pas bien confortable, mais c’est mieux que rien, pensa-t-il.

Il entra et s’assit sur l’un des convertisseurs hyperénergétiques. Il fouilla dans ses poches, dénicha un paquet de cigarettes vitaminées et en prit une. Mais alors qu’il allait la glisser entre ses lèvres, il se ravisa. L’odeur pouvait le trahir au cas où, contre toute attente, quelqu’un s’aventurerait là.

Une heure s’écoula, puis la porte de son refuge s’ouvrit. Karl se retira à temps derrière un générateur. C’était un technicien venu effectuer des contrôles.

Kaiser le regarda faire, perplexe. Il n’avait aucune idée de ce que signifiait cette action inhabituelle. Normalement, on effectuait ce type d’inspection sur un chantier. Au bout d’un certain temps, l’individu passa au bloc suivant. L’attente devint un véritable tourment. Le vieillard craignait d’être découvert à tout instant. L’homme finirait bien par s’intéresser à l’appareil derrière lequel il était accroupi.

Des pas retentirent à ce moment.

— Tout est O.K., Ryot ? fit la voix de l’ingénieur Woys.

— Tout est O.K. Il n’y en a plus qu’un à voir.

— Il attendra. Nous avons besoin de ton aide.

Le technicien quitta la pièce. Le passager clandestin se releva prudemment et se mit silencieusement à la recherche d’une nouvelle cachette. Le dénommé Ryot revint après quelques minutes. Un peu plus tôt, et il l’aurait découvert. Une demi-heure s’écoula, puis Kaiser Karl fut de nouveau seul. Il étira ses muscles, ne doutant plus de sa réussite.

Seule inconnue : se trouvait-il bien à bord du Doogen ?

CHAPITRE II

Quand le navire appareilla, Kaiser Karl quitta la salle des générateurs et gagna le puits antigrav, par lequel il monta jusqu’à la centrale. Il avait maintenant la certitude qu’en dehors de lui, il n’y avait personne à l’intérieur de la Gazelle.

Comme il n’avait pas encore eu le temps de manger, il se fit délivrer un petit déjeuner par le distributeur de repas – un café chaud, des œufs frits et du bacon – puis il s’installa dans le fauteuil de l’opérateur des communications. Les écrans holographiques s’illuminèrent. Karl ne put tirer que des informations fragmentaires du réseau de données mais il apprit au moins qu’il se trouvait bien à bord du Doogen.

Il était très content de lui.

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Peu après avoir été informé que trois Vincraniens avaient rejoint le Doogen pour guider le navire hors du Poing de Provcon, le Lord-Amiral Atlan étudia l’amendement à l’Article 29 du Code Légal de Gaïa qui venait de lui être soumis. Il stipulait que les habitants du Nouvel Impérium Einsteinien conserveraient en tant que symbole le système de datation de la Terre disparue. L’Arkonide avait toujours plaidé pour cette règle, qui avait été combattue avec acharnement par certains adversaires. Les jeunes générations, en particulier, défendaient un calendrier gaïen qui débuterait par la date du premier atterrissage d’un vaisseau terranien sur la planète. Ils n’avaient pas pu l’imposer. Le responsable du N.I.E. apposa sa signature positronique sur le document : « Lord-Amiral Atlan, Gaïa, Sol-Town, 10 août 3580. »

Il quitta ensuite son bureau. Empruntant un glisseur, il prit la direction du deuxième anneau de Sol-Town. Il se posa dans la vaste cour intérieure d’un centre de recherche.

— Attention, Monsieur ! cria quelqu’un alors qu’il descendait.

Un massif thermoradiant au creux du bras, un Lourd se précipitait vers lui, suivi par un autre. L’Arkonide fit de justesse un bond de côté pour éviter les deux colosses.

Le sol tremblait sous la fureur de leurs pas. Brusquement, le premier individu pivota sur lui-même, leva son arme et fit feu sur celui qui le poursuivait. Celui-ci eut une réaction foudroyante. Il plongea juste sous le faisceau d’énergie et se rua en avant. Sa main droite arracha le radiant et la gauche s’écrasa avec la puissance d’un marteau-pilon sur le visage de son opposant, lequel se contenta de rire et de se mettre en position de défense.

Les deux Lourds échangèrent quelques coups sans changer de place. On eût presque dit qu’ils étaient cloués au sol. Puis la situation évolua subitement. L’un des combattants employa une prise de hamakath qui projeta violemment son adversaire à terre et l’empêcha de rouler sur lui-même. Le colosse, surpris, eut toutefois le réflexe de se protéger le cou avec le bras, évitant ainsi de se briser la nuque. Il demeura un instant étendu, étourdi, puis il se cabra au moment où son congénère croyait la partie gagnée. Ses jambes se serrèrent autour des hanches de l’autre, ses poings s’abattirent avec rage sur sa poitrine. Il dut ainsi frapper un endroit sensible, car sa victime tomba à genoux en gémissant. Elle essaya de parer une nouvelle attaque mais ne se montra pas suffisamment rapide et décidée.

Un homme aux cheveux blonds et à la peau hâlée s’approcha d’Atlan.

— C’est bon, Kertan Tigentor, lança-t-il. Retournez dans le bâtiment. Vous aussi, Vross Barratill.

Les deux Lourds obtempérèrent. Ils disparurent à l’intérieur du centre de recherche sans un regard au Lord-Amiral.

— Excusez-les, Monsieur, ce ne devait pas être une démonstration, mais seulement un exercice. Nous croyions qu’ils auraient fini avant votre arrivée.

— Très bien, Menniger, répondit l’Arkonide. C’était intéressant de voir les mulcybs se battre. Ils semblent bien réussis.

— Nous en sommes satisfaits, Monsieur.

Atlan jeta un coup d’œil sur son chronographe.

— Je ne peux pas rester longtemps. La discussion aura lieu dans une demi-heure.

— Cela nous convient, Monsieur. Nous sommes de toute façon pressés par le temps.

Le Lord-Amiral tendit la main au biotechnicien puis grimpa dans son glisseur et démarra.

Firt Menniger retourna dans le bâtiment, où les deux Lourds l’attendaient. Un troisième sortit d’un salon de repos situé à proximité. Tous trois regardèrent en silence le scientifique.

— Comment vous sentez-vous ? demanda celui-ci.

— Parfaitement bien, répondit Kertan Tigentor.

Les deux autres approuvèrent d’un hochement de tête.

— Je ressens une légère douleur dans l’épaule, déclara Vross Barratill, mais je n’ai pu déceler aucun dommage.

— C’est tout à fait normal, dit Menniger, un peu sèchement. Des fractures sont presque exclues. Vous connaissez votre mission. Trouver le Pariczan Leticron et le tuer avant qu’il n’arrive à reconsolider sa position dans la Galaxie, si ce n’est déjà fait.

— Et dans ce cas ? S’il est redevenu un individu de premier plan ?

— Cela ne changera rien à votre mission. Il sera seulement encore plus important que vous la réussissiez.

Menniger quitta la salle, laissant les trois multicyborgs seuls.

— Pourquoi se comporte-t-il aussi rudement ? interrogea l’un d’eux. Je ne le comprends pas.

— Il ne pense pas à mal.

Tigentor se leva et ouvrit la porte d’une salle de bains. Il ôta sa combinaison et entra dans la douche. L’eau à laquelle était déjà mêlé un savon aspergea son corps sans défaut.

— Firt Menniger agit parfois comme si nous n’étions pas des Humains, dit-il d’une voix forte pour que tous puissent l’entendre. Sommes-nous des Humains ?

Il passa son crâne anguleux au-dehors et fixa ses deux congénères d’un air interrogateur. Ils lui retournèrent fièrement son regard.

— Naturellement, répliqua Ertyn Grammlond. Même si nous portons en ce moment une peau verte de Lourd.

— Cela ne change rien. Si nous avons cette apparence, c’est uniquement parce que sans cela, nous n’aurions aucune chance de nous approcher de Leticron. Si ce que Menniger nous a dit sur lui est exact, ce doit être un véritable démon.

— Tu crois que Menniger nous aurait menti ? demanda Grammlond, surpris.

— S’il l’a fait, ce n’était certainement pas intentionnel. Je ne peux pas croire qu’il ferait une chose pareille. Peut-être voulait-il seulement nous tester quand il a raconté ces choses sur Leticron.

— En tout cas, ce doit être un homme important, commenta Tigentor.

Il quitta la cabine après s’être séché sous un flux d’air chaud. Il se rhabilla tranquillement.

— Vous pensez vraiment qu’Atlan veut que nous servions de support aux mutants ? s’enquit Barratill avec un sourire. Ne faire qu’un avec l’un d’eux doit procurer un sentiment de puissance incroyable. Je crois que je ferai équipe avec Wuriu Sengu. (Il se leva et inspira profondément. Ses yeux brillaient.) J’admets que la confiance que Menniger nous témoigne me rend fier.

— Pas Menniger, Atlan, corrigea Kertan. C’est lui qui a pris la décision. (Il simula un mouvement de hamakath contre un adversaire invisible.) Le Lord-Amiral prend un risque énorme. Il rompt l’équilibre péniblement atteint avec le Concile parce qu’il ne veut pas enfermer à jamais la Nouvelle Humanité dans le Poing de Provcon. Nous devons nous soucier de nos frères et sœurs qui vivent encore dans la galaxie.

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