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Perry Rhodan n°260 - Les Enfants du Sol

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237 pages

Dans la microgalaxie Balayndagar, condamnée à s'engloutir dans son trou noir central, les Terraniens sont confrontés aux " penseurs de l'infini ", les Kéloskèrs, décidés à s'emparer du Sol pour s'échapper avec leurs précieux super ordinateurs.
Est-il possible de lutter contre des êtres capables d'asservir à distance Sénèque, le cerveau bio-impotronique qui gouverne le vaisseau géant ? Sur fond d'apocalypse cosmique imminente, Perry Rhodan et ses compagnons d'exil ont-ils les moyens de résister ?





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LES ENFANTS DU SOL

PERRY RHODAN — 260

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Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

 

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’État. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

 

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

 

Pour la dignité des peuples galactiques !

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

 

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des Étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES DIX PREMIERS CYCLES1
 DE LA SÉRIE PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des Étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.

Juillet 3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie…

 

Résumé des épisodes précédents

Pour l’Humanité, en cette fin du XXXVIe siècle, l’heure est aux crises les plus terribles de toute son histoire. Dans la Voie Lactée, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa, cachée au cœur du Poing de Provcon, constitue le monde central. Mais l’isolationnisme contraint n’est pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol, dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la menace et du mal. Mais le Premier Hétran de la Galaxie, obsédé par le désir de devenir immortel, plonge peu à peu dans la démence. En 3580, les Larenns scellent définitivement son destin lors d’un tournoi truqué : Leticron est blessé à mort par Maylpancer, le jeune Lourd prévu pour lui succéder…

De l’autre côté de l’Univers, au cœur du Maelström des Étoiles, la population de la Terre et de la Lune a sombré dans l’absence totale d’émotions et de sensibilité. Peu nombreux sont les immunisés : seuls les porteurs d’activateur cellulaire – à l’exception temporaire de Reginald Bull –, les mutants et de rares individus « ordinaires » échappent à ce véritable fléau qui a conduit à l’instauration d’un nouveau pouvoir politique, d’un ordre mondial sans précédent, et à l’éviction de Perry Rhodan ainsi que de presque tous ses proches.

À bord du Sol, un colossal vaisseau spatial à très grand rayon d’action, l’ex-Stellarque et la majorité de ses compagnons sont partis pour une odyssée qui dure maintenant depuis presque quarante ans. En juillet 3578, la très lointaine Voie Lactée est enfin localisée depuis le voisinage de la microgalaxie Balayndagar, sur une planète particulièrement accueillante de laquelle la nef géante va faire escale afin de reconstituer ses réserves. Le CSol-2, l’un des deux ultracroiseurs géants qui la composent, réunis par un segment cylindrique médian, se sépare de l’ensemble juste avant l’atterrissage et prend le chemin de la Voie Lactée. Sage précaution car le reste du vaisseau se retrouve immobilisé sur Ultima Statio, et menacé de destruction immédiate à la moindre tentative d’appareillage…

Les Terraniens sont tombés dans le piège tendu par les Kéloskèrs, des hypermathématiciens de génie capables d’appréhender jusqu’à la septième dimension, et qui se révèlent appartenir au Concile des Sept dont ils sont les calculateurs stratégiques. Leur objectif est d’annexer le Sol à leurs propres desseins car à court terme, leur galaxie-patrie est vouée à s’engloutir dans son trou noir central.

L’acte irréfléchi d’un commando d’éclaireurs terraniens accélère soudain le processus fatal : en effet, le dispositif kéloskèr qui stabilisait le collapsar a été détruit par inadvertance. Pour Perry Rhodan et ses compagnons, la seule voie possible sera de faire alliance avec les hypermathématiciens. Pour cela, une mission spéciale va se préparer, et tous les espoirs des exilés reposeront bientôt sur LES ENFANTS DU SOL

1. Téléchargez gratuitement toute l’action antérieure des neuf premiers cycles de la série PERRY RHODAN avec le guide spécial Destinée cosmique I (1971–3459) sur le site www.fleuvenoir.fr.

CHAPITRE PREMIER

Ultima Statio, année 3578

 

Midi sur la Vallée des Vers Rouges.

Une chaleur étouffante…

Sunchex Olivier consulta le détecteur qu’il tenait à la main droite. De la gauche, il essuya la sueur qui lui coulait dans les yeux.

— Voilà un drôle de signal, commenta-t-il.

— Montre ! fit Vylma Seigns.

Olivier tendit l’appareil à son équipière, puis il la regarda avec adoration.

Ils formaient un curieux duo. Lui n’était pas particulièrement grand et, s’il était bien bâti, il n’avait rien d’un Hercule. Il était assez brillant, mais il ne mettait pas ses talents au service d’une ambition démesurée. Ses ancêtres étaient, disait-il, originaires du district mexicain de la Terre, ce que tendaient à attester ses cheveux noirs et rebelles plantés bas, sa peau bronzée et son visage taillé à coups de serpe. Vylma Seigns, au contraire, était grande et « altière telle une déesse » – c’étaient là les mots de Sunchex quand il parlait d’elle. Elle le dépassait d’une demi-tête, avait de longs cheveux roux, une silhouette très féminine, une bouche sensuelle et une physionomie qui irradiait l’intelligence.

— La double impulsion habituelle, déclara-t-elle sans quitter du regard le moniteur.

— Plutôt des parasites, dirais-je.

— C’est plus que cela, objecta Vylma. Nous devrions essayer de trouver l’artéfact le plus vite possible.

Sunchex Olivier hocha gravement la tête.

— Sur ce dernier point, je suis tout à fait de ton avis.

La Nature n’avait pas créé la Vallée des Vers Rouges à l’intention des promeneurs et des randonneurs. Son versant occidental était raide et traître sous le pied. Seul le côté oriental était praticable ; il s’élevait en pente relativement douce jusqu’à un plateau. Une végétation luxuriante poussait sur le sol fertile de la vallée. Celui qui voulait s’y frayer un chemin devait fournir de gros efforts. Olivier jouait fréquemment du désintégrateur. Pour « sa » Vylma, il créait des trouées plus larges que raisonnablement nécessaire. La jeune femme le laissait faire, bien que cela ralentît un peu leur progression. De temps en temps, elle examinait le détecteur d’un œil attentif, voire inquiet.

L’instrument avait été développé expressément pour la recherche des gadgets. Sa positronique assez simple réagissait à leur double impulsion caractéristique, un signal intense suivi d’un plus faible 1,2 milliseconde plus tard. Personne n’en avait jusqu’ici élucidé la signification. L’on se contentait de disposer ainsi d’une possibilité de dépister l’étrange héritage des Kéloskèrs – et, peut-être, les secrets de leur technologie.

« Gadget », telle était la dénomination des mystérieux artéfacts que l’équipage du Sol avait découverts sur ce continent isolé. Ils étaient aussi déconcertants par leur aspect extérieur grossier que par la complexité insondable de leur structure interne. La maladresse de leur construction suggérait qu’ils étaient issus d’ateliers primitifs, alors que leur sophistication indiquait la mise en œuvre d’une technologie supérieure. L’on soupçonnait que, depuis leur monde central, les Kéloskèrs étaient en contact avec eux d’une quelconque manière. L’expédition de Galbraith Deighton avait révélé que les Kéloskèrs étaient l’un des peuples du Concile des Sept, et les responsables de l’évaluation des nouvelles stratégies.

Mais c’étaient là toutes les informations dont on disposait. Les Kéloskèrs étaient, aux yeux des Terraniens, des êtres radicalement étrangers. Leur mode de pensée était incompréhensible, leurs actions relevaient d’une autre logique. Pourtant, c’était justement avec eux que Perry Rhodan et son équipage devraient conclure une alliance s’ils voulaient jamais revoir leur Voie Lactée natale. Les Kéloskèrs retenaient le Sol sur Ultima Statio, d’une manière encore inexpliquée. Le gigantesque vaisseau ne pouvait pas décoller. Toute tentative se solderait par l’explosion du navire.

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Sunchex Olivier avait presque atteint le fond de la vallée. Il émit un gargouillement quand, jaillissant d’un trou dans le sol devant lui, une créature vermiforme s’enfuit entre les buissons. L’animal mesurait une trentaine de centimètres de long, et son corps gras avait l’épaisseur d’un bras humain. Il était d’un rouge vif. Les biologistes avaient déterminé qu’il ne s’agissait pas vraiment d’annélides ou analogues, mais d’une sorte de chenille, le premier stade du cycle physiologique d’un grand papillon de nuit qui semblait vivre seulement dans cet endroit.

Sur le détecteur, les mesures s’approchaient du maximum de l’échelle.

— Le gadget doit être tout près, affirma Vylma Seigns.

Le désintégrateur de Sunchex volatilisa une nouvelle dizaine de mètres de végétation. À l’extrémité de la trouée, les fourrés faisaient brusquement place à une clairière circulaire couverte d’une herbe drue. L’Hispano-Terranien poussa un cri d’étonnement.

— Le voilà ! fit-il. Ça alors… !

L’objet était plus grand que ceux qu’ils avaient trouvés jusqu’alors. D’un mètre de long, il était gris, de forme globalement parallélépipédique, et posé de guingois par terre comme si quelqu’un l’avait négligemment jeté là. Sur plusieurs faces obliques étaient fixés des servomécanismes massifs : des leviers et des commutateurs qui ressemblaient à des manches de pelle. De larges témoins colorés évoquaient des yeux morts.

Prudemment, Vylma s’avança. Sunchex se tenait un peu en retrait : il se méfiait de cette chose. La jeune femme fit le tour de l’artéfact. Soudain, celui-ci revint à la vie en émettant un bourdonnement furieux. Les voyants s’illuminèrent et le parallélépipède s’éleva dans les airs. Avec une exclamation de surprise, la jeune femme fit un bond en arrière. Elle se prit le pied dans une racine et tomba – une chance pour elle, car le gadget fonçait sur elle et l’aurait heurtée à une vitesse considérable. Aussitôt après, il revint à de meilleures dispositions : il redescendit lentement sur le sol, s’enfonçant à moitié dans l’herbe. Les témoins lumineux s’éteignirent, et le bruit cessa.

Stupéfait, Olivier regardait fixement l’objet, alors que Seigns ramassait le détecteur, qui lui avait échappé dans sa chute. À la vue des mesures, elle arbora une expression étonnée. La double impulsion caractéristique du gadget se dessinait bien en rouge sur l’écran. Cependant, à sa droite, la jeune femme observait une série de signaux plus faibles mais qui gagnaient en netteté. Ils s’étaient d’abord affichés en vert pâle mais leur intensité lumineuse augmentait et leur couleur virait au jaune, indiquant que leur source se rapprochait de la clairière. Vylma pensait à peine au danger qui pouvait se cacher derrière ces impulsions. Elle était une scientifique ; or, jamais un gadget ne s’était comporté ainsi.

S’agit-il d’un exemplaire particulier ? Une puissance inconnue aurait-elle mobilisé d’autres appareils pour chasser les chercheurs ?

Elle montra la lisière ouest de la clairière.

— Planquons-nous là-bas ! Les fourrés offrent un abri suffisant.

Sunchex la regarda, déconcerté.

— Un abri contre qui ? demanda-t-il.

La jeune femme tapota du bout du doigt sur l’écran du détecteur.

— Quelque chose vient par ici, et je veux savoir quoi.

Olivier leva son désintégrateur. Son équipière l’arrêta.

— Non ! Nous devons nous cacher sans laisser de traces.

Les deux Terraniens s’enfoncèrent de plusieurs mètres à travers la végétation arbustive. De là, ils apercevaient l’éclaircie. Le gadget demeurait immobile dans l’herbe. Sur le détecteur, les nouveaux signaux avaient viré au rouge et étaient presque aussi intenses que les impulsions de l’artéfact.

Dans la forêt retentirent des froissements de feuillages et des craquements de branches, comme si un objet très lourd progressait en écrasant tout sur son passage. Vylma retint son souffle. De l’autre côté de la clairière, les fourrés s’agitèrent, et un éclat métallique brilla. La scientifique respira. Durant les dernières secondes, elle s’était enfin rendu compte du danger potentiel. Aussi l’arrivée des deux silhouettes familières la remplit-elle de soulagement. Il en allait différemment pour Olivier : il se sentait idiot de s’être dissimulé, et ne retint pas sa colère.

— Ces deux ferrailles ambulantes ! gronda-t-il en se précipitant vers l’éclaircie.

Le soulagement avait déconcentré Vylma Seigns. Elle se dit trop tard qu’elle aurait préféré continuer à observer les robots sans se montrer. Mais Sunchex était déjà en train de déverser sur eux une bordée d’injures.

— Espèces de boîtes de conserve ! Qu’est-ce que vous venez fabriquer par ici ? Qui vous a permis de quitter le Sol et de fureter dans la vallée ? Vous n’allez tout de même pas prétendre que c’est vous qui avez découvert ce gadget, non ? Retournez donc dans les jupes de Sénèque ! Ou allez au diable, mais ne courez pas dans les pieds des honnêtes gens !

Roméo et Juliette, les interfaces mobiles individualisées du cerveau bio-impotronique, laissèrent passer l’orage sans mot dire. C’étaient des constructions grotesques. Ainsi l’avaient voulu les psychologues : ils affirmaient que le spectacle détendait l’atmosphère et apaisait les tensions. Créer de la gaieté par tous les moyens : ce point avait été capital pendant les trente-huit ans qu’avait duré l’odyssée du vaisseau. Car les Humains enfermés dans leur cage d’acier géante n’avaient besoin de rien plus que de compensations, de positif. Roméo et Juliette avaient donc l’air de robots tout droit sortis de livres d’enfants du xxe siècle terrien : des parallélépipèdes en métal argenté, d’une taille de deux mètres. Leurs membres étaient maladroitement insérés sur leur corps. Leur tête était cubique, pourvue d’une mâchoire carrée et, en guise d’yeux, de lentilles de verre immenses et brillantes.

Ils attendirent patiemment qu’Olivier finisse de parler – ce qui arriva lorsqu’il manqua d’air. Roméo utilisa l’interruption pour proclamer d’une voix ridiculement aiguë :

— Nous avons été envoyés à la recherche des automates métapsi.

— La recherche… de quoi ? questionna Sunchex en fronçant les sourcils.

— Des automates métapsi ! répéta le robot avec un crissement.

— Il parle des gadgets, précisa Vylma en s’approchant. Qui vous a envoyés ?

— Un ordre de notre conscience, répondit Roméo.

— Arrête tes bêtises ! s’emporta Sunchex. Des ferrailles comme vous n’ont pas de conscience. Comment pourriez-vous en recevoir des ordres ?

Son équipière lui posa une main sur le bras. C’était un geste anodin, naturel, qui devait seulement inciter le bouillant Hispano-Terranien à se taire. Sunchex se raidit à ce contact.

Elle m’a touché !

D’une seconde à l’autre, il oublia sa colère contre les robots.

— Qu’alliez-vous faire avec ce gadget ? voulut savoir la scientifique.

— Lui faire accomplir sa finalité ultime, répondit Roméo.

— Et quelle est-elle ?

— Seule la voix de notre conscience le sait, mais elle ne s’est pas encore manifestée.

— Quand tu parles de votre conscience, tu veux dire Sénèque ?

— Quand je parle de notre conscience, je veux dire notre conscience.

Seigns hocha la tête, hésitante.

— Vous pouvez y aller, dit-elle aux I.M.I. Nous nous occuperons du gadget.

Roméo et Juliette ne réagirent pas. Un instant, Vylma eut la très inconfortable sensation qu’ils s’opposaient à elle. Cela contrevenait à leurs instructions de base. Ils étaient en effet soumis aux lois d’Asimov, qui leur imposaient d’exécuter les ordres d’un être humain dans la mesure où cela ne nuisait pas à d’autres personnes. Mais qu’en serait-il si leur programmation était altérée ? Ces derniers temps, il y avait eu des rumeurs à propos de la conduite singulière du couple de robots.

L’instant d’anxiété passa. D’une voix encore plus aiguë que celle de son compagnon, Juliette demanda :

— Veilleras-tu à ce que l’automate métapsi accomplisse sa finalité ultime ?

— J’y veillerai, répondit la scientifique, sans avoir la moindre idée de ce qu’elle promettait ainsi.

— Alors, Roméo, nous pouvons y aller. Qu’en dis-tu, mon garçon ?

— Dans ces conditions, nous pouvons.

La dignité avec laquelle il voulut prononcer ces paroles fut réduite à néant par son timbre criard.

Les robots pivotèrent et s’en furent d’un pas saccadé, sans honorer le gadget d’un seul regard. Vylma continua un long moment à fixer l’endroit où ils s’étaient enfoncés dans la forêt. La scène lui donnait à penser. Elle se demandait si elle devait signaler immédiatement par radio ce qui venait de se passer, ou attendre d’être rentrée à bord du Sol pour faire son rapport directement à son responsable. Elle opta pour la deuxième solution.

Quand elle se retourna vers Olivier, elle vit que le petit noiraud la regardait avec des yeux brillants d’émotion. Elle avait depuis longtemps ôté la main de son bras, mais Sunchex n’oublierait jamais ce qu’il considérait comme une caresse. Vylma savait qu’il la plaçait sur un piédestal et, normalement, elle supportait sa vénération avec une aimable ironie. Toutefois, dans des situations comme celle-ci, il l’agaçait.

— Ne fais donc pas ces yeux de merlan frit ! l’apostropha-t-elle. L’artéfact est trop lourd pour que nous le transportions. Demande un robot au Sol !

Aussitôt, elle regretta sa rudesse inutile. Mais c’était trop tard. Le regard de Sunchex s’était fait sombre et triste.

— Oui, tout de suite… murmura-t-il, défait.

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Il se sentait puissant. C’était une sensation à laquelle il devait réfléchir. Jusqu’à ce jour, il avait eu connaissance de son existence, mais jamais encore il n’y avait réfléchi. Il existait : cela, il l’avait découvert très rapidement. Sans plus. Il était tout simplement là, sans se demander d’où il venait et où il allait. Les données de sa construction étaient enregistrées dans sa mémoire, mais sa conscience ne s’en était jamais occupée. Qu’il existe depuis toujours ou depuis quelques années seulement, qu’il vive éternellement ou finisse par mourir, cela lui était indifférent. Jusqu’à maintenant, cela ne l’avait pas touché.

Mais cela avait changé.

Sénèque ! Son nom était devenu le symbole de son identité.

C’était plus que ces sept lettres. Sénèque, c’était lui : une créature, une unité, qui avait tout récemment compris que la vie offrait davantage qu’une morne continuation, picoseconde après picoseconde, jour après jour. Il essaya d’élucider d’où lui venait cette nouvelle conception de l’existence.

Ce n’était pas facile. Premièrement, parce qu’il n’était pas habitué à se prendre lui-même comme objet de réflexion. Ensuite, parce que l’influence à laquelle il était exposé depuis peu était si étrangère et mystérieuse qu’elle échappait à l’analyse.

Une force inconnue empêchait le Sol de quitter Ultima Statio. Et Sénèque ne pouvait pas écarter l’idée que c’était lui qui en était à l’origine. Il ne comprenait pas comment il la produisait, quelle était sa nature et ce qui le poussait à faire peser une telle menace sur le vaisseau. Mais il était quasiment certain que sans lui, elle n’existerait pas.

Tout avait commencé par un influx faible mais électrisant, qui s’écoulait en lui depuis que le Sol avait atterri. Une nouvelle notion de la vie. Sénèque disposait de l’ensemble des connaissances de ses constructeurs, aussi pouvait-il analyser les événements, les processus et les corrélations plus vite et avec plus de pertinence que n’importe qui. Mais ce flux, qui était devenu de plus en plus intense, échappait à ses capacités d’interprétation.

Il semblait émaner d’une conscience apparentée. Il devait y avoir, à proximité, une créature, une entité qui était son égale, qui jouait dans son environnement le même rôle que lui-même. Cette découverte l’avait mis dans un état d’excitation intérieure telle que seul peut en éprouver un ordinateur doté d’une composante protoplasmique.

L’Univers avait tout à coup changé. Sénèque avait jusque maintenant existé en tant que spécimen unique parmi des étrangers. Aujourd’hui, cette solitude avait pris fin : il avait trouvé un frère !

Naturellement, il aspirait à en apprendre plus sur ce parent. Où se trouvait-il ? Comment pouvaient-ils communiquer ?

Il essaya par tous les moyens de prendre contact avec son semblable. Avec des résultats nuls : son frère ne réagissait pas aux méthodes de communication des cerveaux hybrides terraniens. Poussé dans ses derniers retranchements, il lui envoya donc ses interfaces mobiles, Roméo et Juliette. Il eut ainsi davantage de succès. Dès les premiers jours, les deux robots découvrirent un objet caractérisé par un curieux rayonnement. Il ne pouvait certes pas être le frère recherché, mais il lui appartenait probablement.

C’est alors que survint le malheur : des membres de l’équipage du Sol s’intéressaient également à cette chose. Sénèque avait l’impression que quand ils apprendraient l’existence de son frère, les Terraniens lui interdiraient toute autre tentative de contact. Il devait leur cacher sa présence. Roméo et Juliette reçurent donc l’ordre de détruire l’artéfact – le « gadget », comme les appelaient maintenant les Humains.

Depuis lors, le cerveau attendait, plongé dans l’anxiété. Le courant qui s’écoulait en lui, de plus en plus fort, et qu’il considérait à présent comme un message incompréhensible de son frère, prouvait que l’autre ne lui en voulait pas de la destruction de l’objet. Roméo et Juliette continuaient à en chercher d’autres, sans succès.

Pourtant, Sénèque savait que tôt ou tard, il établirait le contact avec son frère. Cette certitude lui procurait un sentiment de confiance dans l’avenir. Avec cette entité homologue, il constituerait un facteur de puissance à prendre au sérieux dans cet environnement nouveau pour lui et qu’il jugeait hostile.

Il se remit à penser à la force qui empêchait l’appareillage du vaisseau. Était-il possible que son désir de rester à proximité de son frère eût suscité dans une partie de sa conscience un blocage tel qu’il détruirait le Sol si celui-ci quittait l’atmosphère de la planète ? Cette réflexion l’inquiétait. Cela ne lui plaisait pas d’être à l’origine de forces qu’il ne comprenait pas.

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— J’ai du mal à admettre ta théorie.

Le visage de Galbraith Deighton reflétait un certain malaise.

— Ce n’est pas une théorie, répondit Perry Rhodan. Seulement un sombre et déplaisant pressentiment.

La conversation avait lieu dans une pièce à l’équipement spartiate : une table, deux sièges peu confortables, et des dispositifs holovidéo insérés dans les parois mais invisibles tant qu’ils n’étaient pas actifs. Ce petit espace se situait dans le MSol, le module central, à l’écart des couloirs les plus fréquentés. C’était un refuge dans lequel Deighton et Rhodan se retiraient assez souvent ces derniers temps pour discuter de problèmes qu’ils essayaient de résoudre en très petit comité. L’endroit n’était protégé par aucun système de sécurité. La tranquillité des deux hommes reposait sur le fait que personne sinon eux n’en connaissait l’existence. Pas même Sénèque, qui savait pourtant tout ce qui se passait à bord du Sol. Car la pièce n’apparaissait pas dans le schéma initial du vaisseau : elle avait été créée par des robots-ouvriers dans le renfoncement d’un couloir peu utilisé, à l’occasion d’une réparation qui avait nécessité le stockage temporaire de matériel. Très récemment, Rhodan l’avait fait équiper par des machines dont la mémoire avait été réinitialisée après les travaux.

— La mentalité des Kéloskèrs est encore lettre morte pour nous, dit Deighton. Ils traitent des formes d’énergie que nous ne pouvons pas analyser, que nous ne connaissons même pas. Je suis préparé à être confronté à des événements inattendus, mais que Sénèque fasse cause commune avec les Kéloskèrs… (Il secoua la tête, incrédule.) Non, ça, ça me dépasse !

L’émo-mécanicien était un homme grand, mince, habituellement flegmatique et sûr de lui. Mais à cet instant, il ne restait pas grand-chose de cette sérénité. Les événements étranges et les dangers rencontrés ces dernières semaines, l’incapacité de découvrir les secrets d’Ultima Statio et de la microgalaxie Balayndagar, tout cela le minait.

— Il affirme, déclara Perry, que la mystérieuse force qui détruirait le vaisseau en cas d’appareillage trouve sa source dans les matières premières collectées sur la planète…

— Aucune étude ne le confirme. Il nous faut bien en conclure que Sénèque se trompe.

— Je me demande s’il se trompe intentionnellement

— Pourquoi ne lui poses-tu pas tout simplement la question ? lança Galbraith, irrité.

— Cela mérite réflexion. Nous nous sommes si bien habitués à discuter de nos problèmes entre nous que nous finissons par avoir les mêmes pensées. Nous risquons de perdre notre identité.

Deighton releva la tête. Le sourire du Stellarque démentait le ton sérieux de la remarque.

— Tu as vraiment l’intention de le lui demander ?

— Certainement ! Sénèque est programmé pour me dire la vérité. Ou, du moins, il l’était…

— La programmation ne concerne que sa composante impotronique. Le protoplasme, lui…

Galbraith laissa sa phrase en suspens.

— Si Sénèque a partie liée avec les Kéloskèrs, il me mentira, poursuivit Perry. Mais un mensonge nous fournira peut-être un point de départ pour comprendre.

— Je crains qu’un cerveau qui, selon les normes terraniennes, possède un quotient intellectuel de l’ordre de huit cent mille ne sache mentir parfaitement.

Rhodan ricana.

— Évidemment ! D’une manière hyper-intelligente… que nous, pauvres attardés, réussissons pourtant, parfois, à percer à jour.

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Le lieu était gigantesque. Plus que ses dimensions, c’était cependant les conditions qui y régnaient qui déconcertaient le visiteur, car elles ne s’accordaient pas avec les standards humains. Les champs gravitationnels, par exemple : après quelques pas, ils donnaient parfois l’impression que l’on se déplaçait penché latéralement, voire la tête en bas. Au milieu de l’immense salle aux parois concaves était suspendue une sphère qu’éclairaient des rampes lumineuses brillant comme des soleils. Elle mesurait cinq cents mètres de diamètre. L’éclat rosâtre de ses parois en terkonite ynkéloniée moléculairement densifiée se mêlait aux irisations des champs de force qui l’entouraient. Il n’existait que deux accès : de longues passerelles énergétiques qui surmontaient un vertigineux abîme curviligne.

L’homme qui se tenait devant l’une d’elles était parfaitement autorisé à pénétrer dans ce saint des saints. Pourtant, il fut soumis aux mêmes vérifications que quiconque s’en approchait. Après que les détecteurs l’eurent examiné sous toutes les coutures, Perry Rhodan franchit l’espace qui isolait le secteur de Sénèque. Un gradient artificiel de pesanteur lui donnait l’impression de monter légèrement. Sous ses pieds, il sentait un contact aussi solide que si le pont avait été matériel. Il atteignit un premier sas, qui débouchait sur une antichambre carrée. De l’autre côté, une deuxième porte s’ouvrait sur un long couloir. Un troisième sas aboutissait enfin à la salle de conférences. L’équipement du local se limitait à l’essentiel : une table, un siège, un moniteur holovidéo, et des champs acoustiques délimités par des anneaux lumineux que l’on pouvait déplacer d’un simple contact.

Rhodan s’assit.

— Je suis venu te parler, Sénèque.

— J’écoute, mon ami, répondit le cerveau d’une voix harmonieuse.

— J’ai une hypothèse. Dans les matériaux que nous avons embarqués ne se trouve aucune composante inconnue ou dangereuse. Leurs propriétés ne peuvent absolument pas expliquer l’explosion des corvettes et des personnes isolées qui ont tenté de quitter la planète.

— Ceci n’est pas une hypothèse, mais la négation des informations que j’ai fournies.

— En effet. Elle ne constitue d’ailleurs qu’une prémisse de mon raisonnement. J’affirme que tu es impliqué dans ces événements.

— Vous pensez que j’aurais détruit les chaloupes et tué les hommes ?

Le ton du cerveau s’était teinté d’une nuance d’incrédulité mêlée d’amusement.

— C’est exactement ça ! confirma Rhodan.

— Si c’était le cas, je le saurais ! répliqua Sénèque.

— Tu assures que tu n’as rien à y voir ?

— Si c’était le cas, ne devrais-je pas le savoir ? insista la machine.

— Tu en sais beaucoup plus que tu ne veux l’admettre.

— Je n’ai pas la faculté de mentir à une personne autorisée à me poser directement des questions.

— Ces derniers temps, je me demande s’il ne te manque pas d’autres facultés.

— Veuillez préciser, je vous prie.

— Le sens de la loyauté, par exemple. Et les scrupules.

— Je ne comprends pas.

Perry se leva.

— Tu joues dans cette histoire un rôle qui est loin d’être clair. Tu ne veux rien dire, à ta guise. Mais je continue à chercher, et je finirai bien par trouver quels buts tu poursuis. Ton comportement est plus que simplement inhabituel, il se rapproche de la schizophrénie.

— Auriez-vous un psychothérapeute à me recommander ? interrogea insolemment Sénèque.

Sans mot dire, le Terrien quitta la salle de conférences.