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Perry Rhodan n°263 - Les Dormeurs millénaires

De
256 pages

3581 : le Sol et tous ses passagers ont-ils échappé à l'apocalypse en plongeant dans le Grand Néant Noir qui engloutissait la micro-galaxie Balayndagar ? Selon les " penseurs de l'infini ", les déconcertants Kéloskèrs, c'était la seule voie de salut envisageable, et devenue possible grâce au couplage des deux intelligences artificielles, Sénèque et le shetanmargt. Et Perry Rhodan s'y est résolu, bien décidé à tout tenter pour reprendre le chemin de la si lointaine Voie Lactée.
Reste à savoir a pu émerger le vaisseau spatial géant des Terraniens, dans quel état, et avec quelles chances de continuer son odyssée... Qui donc pourrait le dire ? Les Zgmakhones, peut-être ? Ou les spécialistes de la Nuit ?





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LES DORMEURS
 MILLÉNAIRES

PERRY RHODAN — 263

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Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

 

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’État. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

 

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

Pour la dignité des peuples galactiques !

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

 

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des Étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES DIX PREMIERS CYCLES1
 DE LA SÉRIE PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des Étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.

3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie. Peu nombreux sont les immunisés : seuls les porteurs d’activateur cellulaire – à l’exception temporaire de Reginald Bull –, les mutants et de rares individus « ordinaires » échappent à ce véritable fléau qui a conduit à l’instauration d’un nouveau pouvoir politique et d’un ordre mondial sans précédent. Condamnés à l’exil, Perry Rhodan et presque tous ses proches partent à bord du Sol, un colossal vaisseau spatial à très grand rayon d’action, pour une odyssée dont nul ne saurait prévoir la durée.

3578 : sur la planète Ovaron, à près de 3 500 années-lumière de la Terre, la colonie secrète fondée par l’ex-Stellarque juste avant son exil réussit à prendre un nouvel essor et est dotée d’une station d’accueil pour les fugitifs traqués par les aphiles. Ceux-ci obéissent désormais à la Lumière de la Raison, Trevor Casalle, dont l’ascension à la dictature a été aussi rapide qu’inattendue mais s’explique par une nouvelle menace : la planète-mère de l’Humanité n’est plus stable sur son orbite autour de Médaillon, et la chute dans le Gouffre est inéluctable à moyen terme.

Depuis les parages de la microgalaxie Balayndagar, l’équipage du Sol a réussi à localiser la très lointaine Voie Lactée. L’un des deux ultracroiseurs constituant la nef géante en a pris le chemin, tandis que l’autre partie s’aventure jusqu’à une planète accueillante pour y refaire les réserves du bord et tombe dans le piège insidieux tendu par les Kéloskèrs.

3580 : dans la Galaxie-patrie, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa constitue le monde central. L’isolationnisme contraint n’est cependant pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose maintenant depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la terreur et du mal. Mais le Premier Hétran de la Galaxie, obsédé par le désir d’être immortel, plonge peu à peu dans la démence et les Larenns scellent définitivement son destin : lors d’un tournoi truqué, Leticron est blessé à mort par Maylpancer, le jeune Lourd prévu pour lui succéder.

 

Résumé des épisodes précédents

Décidé à solliciter tous les appuis envisageables dans le soutien de la résistance galactique, Atlan se rend en mission secrète sur la planète Dernière Chance où un dakkarcom est en construction dans les superlaboratoires passés sous le contrôle des Larenns. Pendant que le commando procède au vol de cet équipement spécial, une autre expédition terranienne tente de rallier Andromède afin d’y requérir l’aide des Maahks – en vain… Le Lord-Amiral ne peut plus compter que sur l’assistance des Cappins de la lointaine galaxie Gruelfin et du Ganjo Ovaron, auquel l’Empire Solaire a jadis prêté main forte. Mais nul ne sait quelle situation règne là-bas, ni comment l’appel au secours y sera perçu…

Retour en 3578 et à la microgalaxie Balayndagar : les Terraniens bloqués sur la planète Ultima Statio ont découvert qu’ils doivent l’immobilisation du Sol aux Kéloskèrs, des êtres aussi balourds et malhabiles qu’ils sont surdoués pour l’hypermathématique. Capables d’appréhender jusqu’à la septième dimension, les « penseurs infinis » se révèlent appartenir au Concile et, bon gré mal gré, coopérer avec les Larenns qui les fournissent en positroniques très sophistiquées. Les Kéloskèrs, qui assurent la fonction de calculateurs stratégiques pour le compte du Hétos des Sept, adorent et redoutent le trou noir situé au centre de Balayndagar, dont un dispositif spécial leur permet de juguler l’expansion. Par inadvertance, des éclaireurs terraniens détruisent hélas cet appareil, et le processus inexorable d’engloutissement de la microgalaxie dans le Grand Néant Noir se remet en marche. Les Kéloskèrs prennent sous influence le complexe bio-impotronique qui gouverne le Sol, Sénèque, afin d’annexer le vaisseau géant pour sauver de la catastrophe leurs précieux équipements et surtout le shetanmargt, le plus avancé de leurs superordinateurs.

Toute fuite hors de Balayndagar s’avère désormais impossible. Dobrak, le Maître Mathématicien kéloskèr, annonce alors que la seule issue est de plonger dans le trou noir. Le couplage réussi de Sénèque et du shetanmargt devrait assurer la survie du Sol et de tous ses passagers. Perry Rhodan et ses compagnons d’aventure n’ont pas d’autre choix. Ce qu’ils vont découvrir « de l’autre côté » sera un défi aux imaginations les plus débridées – en particulier lors de la rencontre déconcertante avec LES DORMEURS MILLÉNAIRESV

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CHAPITRE PREMIER

Skorvamon grimpa dans une capsule de transport et se fit conduire jusqu’à l’unique panneau qui ouvrait sur la zone interdite du palais du gouvernement. Arrivé là, il ordonna à l’engin d’attendre, descendit et se dirigea vers le vantail blindé. Les deux robots de combat en sentinelle de chaque côté le saluèrent respectueusement.

Malheureusement, il était impossible de pénétrer dans la zone interdite avec un véhicule et le Ganjo ne put s’empêcher de trahir sa nervosité par un juron. Jadis, il lui était arrivé à plusieurs reprises d’essayer de modifier la programmation, mais chaque fois, le système de sécurité lui avait fait comprendre que s’il était autorisé, lui, à pénétrer dans ce secteur secret, plus personne n’était habilité à reconfigurer le système d’entrée.

Que Skorvamon maudisse l’homme responsable de cet état de fait n’avait rien changé à l’affaire. Yvorshon, le constructeur du dispositif de sécurisation, avait cessé de vivre. Le Ganjo l’avait fait exécuter après la fin de l’installation du système pour s’assurer qu’en dehors de lui, personne ne connaîtrait jamais les pièges insidieux grâce auxquels aucun individu non autorisé ne pourrait entrer en contact avec Ovaron.

Le panneau blindé glissa sur son rail et le souverain suprême s’avança. Sans prendre la peine de se retourner, il entendit le déclic indiquant que le portail se refermait bien derrière lui.

Il était seul – avec des secrets que même le maître du culte de Lupicran ne connaissait pas, et avec un ancien Ganjo qui attendait dans la solitude, quelques étages en dessous de la surface planétaire.

Skorvamon traversa un long corridor, en veillant soigneusement à se maintenir sur le côté gauche. Après avoir parcouru les deux tiers du trajet, il perçut le léger sifflement du signal automatique, changea aussitôt de côté et poursuivit son chemin. Le champ de stase ne s’activa pas.

Le panneau vert, à l’extrémité du couloir, s’ouvrit automatiquement lorsque le visiteur n’en fut plus éloigné que de quelques pas. Néanmoins, le Ganjo s’abstint de franchir le seuil derrière lequel se trouvait une petite halle. Lui aussi mourrait dès qu’il utiliserait cette entrée, et il ne l’ignorait pas.

Au bout d’un certain temps, la partie du plancher sur laquelle il se tenait s’enfonça dans les profondeurs. Lorsque la plaque mobile s’arrêta, Skorvamon fit quelques pas sur le côté. La plate-forme remonta aussitôt et masqua l’ouverture.

Le souverain suprême déboucha dans une salle dont le plafond était soutenu par douze piliers énergétiques animés d’un scintillement bleuâtre. Chacun d’eux cachait une mort au centuple pour les intrus.

Le Ganjo savait qu’il aurait déjà cessé de vivre si le système de sécurité automatique avait constaté une aberration suspecte de son schéma mental.

Il faut que je me défende d’une façon ou d’une autre contre ce contrôle ! se dit-il. Mes cellules, aussi bien musculaires que nerveuses, se détruisent irrésistiblement. Un jour viendra où mon cerveau se sera tellement modifié que le dispositif de sécurité me prendra pour un intrus et me supprimera sans pitié.

Cependant, il ne pouvait rien entreprendre contre ces systèmes automatiques de surveillance. Autrement dit, un jour viendrait où la zone interdite deviendrait elle aussi taboue pour lui.

Skorvamon remonta les épaules en frissonnant et continua à avancer. Il s’en prit à son âge, enviant la santé et la force des courtisans qui aspiraient à obtenir sa fonction. Il se promit de condamner le plus tôt possible au moins l’un d’entre eux pour prouver ainsi que tous devaient encore compter avec lui. Taryghon, le Toshtonien, lui sembla être la victime idéale. C’était un être extrêmement rusé qui avait déjà souvent prouvé son courage, sans toutefois s’abstenir de l’extrême prudence nécessaire à sa survie. Il était passé maître dans l’intrigue sous toutes ses formes et ne reculait même pas devant l’assassinat.

Le souverain suprême ricana et se frotta les mains d’un air satisfait. Son humeur s’améliora d’un seul coup. Il se déplaçait prudemment sur un sol vitrifié dans lequel, pour un initié, brillaient des motifs constitués de lignes enchevêtrées. Une seule fois, il se figea, parce qu’un détail lui avait échappé. Et il dut se battre à mort avec sa mémoire qui refusait de lui en révéler le souvenir. Finalement, lorsqu’elle se réveilla, tout son corps était inondé de transpiration.

Après avoir passé la surface vitrifiée, il se heurta à un vantail blindé de couleur jaune. Il essuya la sueur qui lui tombait du front et frappa du poing le métal en criant :

— Ouvre-toi !

— Qui est là ? demanda le panneau.

— Skorvamon, répondit le Ganjo.

— Pourquoi dois-je m’ouvrir ? insista la porte.

Skorvamon bouillait de fureur. Il dut se faire violence pour ne pas percer l’obstacle de son radiant, parfaitement conscient que s’il ne se maîtrisait pas, il signait sa condamnation à mort. Le seul moyen de pouvoir passer le barrage était de supporter jusqu’au bout ce jeu absurde de questions et de réponses.

— Parce que je voudrais rendre visite à Ovaron, expliqua-t-il sèchement.

— Qui est Ovaron ?

— Un ancien Ganjo à qui nous devons les fusibles qui portent son nom.

— Merci, ça suffit !

Et le vantail se démasqua.

— Maudite soit cette plaque de ferraille !

Il traversa l’ouverture, qui se referma aussitôt derrière lui. Si le souverain suprême qu’il était n’avait pas franchi aussi rapidement l’obstacle, le panneau se serait refermé devant ses yeux pour le punir d’avoir lâché une parole qui ne faisait pas partie de la programmation.

En tâtonnant, le Ganjo descendit un escalier en colimaçon mal éclairé et se heurta peu après à une porte de bois massif. Il prit la clef qu’il portait au bout d’une fine chaîne, l’introduisit dans la serrure et la tourna deux fois.

Il y eut un grincement, et l’huis pivota sur ses gonds. Pas un seul spécialiste en verrouillage électronique n’aurait été capable de venir à bout de cette serrure anachronique.

— Qui est là ? questionna alors une voix sombre.

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— C’est moi, Skorvamon ! se présenta le Ganjo en laissant son regard vagabonder à travers la pièce.

La cloison intérieure qui faisait face à la porte était constituée d’un matériau transparent dans lequel on distinguait des éléments de commutation lumineux. Les parois latérales montraient des images en trois dimensions de paysages grotesques, d’animaux monstrueux et de Cappins difformes. Cependant, rien n’était stable, les visions changeaient à tout moment.

La surface opposée à l’entrée évoquait un aquarium illuminé, vert pâle, à l’intérieur duquel nageait quelque chose qui suggérait de très loin un Cappin.

— Il y a longtemps que vous n’êtes plus venu me rendre visite, Skorvamon, dit la voix sombre qui semblait venir de partout à la fois. Que se passe-t-il à l’extérieur ?

— J’étais à la chasse à l’asgurd, Ovaron. (Le Ganjo s’approcha du mur.) À l’extérieur, tout est comme avant. Le fusible que vous avez instauré a maintenu la paix dans Gruelfin et continuera encore à veiller à ce qu’aucun vaisseau susceptible d’apporter la mort n’apparaisse au-dessus des mondes habités.

— Il n’empêche que vous abusez de cet outil, Skorvamon, déclara la voix sombre. Je l’avais prévu uniquement pour limiter l’indépendance des peuples auxiliaires qui avaient été cotés comme peu sûrs. Il n’était pas dans mon intention de freiner la navigation interstellaire en soi.

— Que voulez-vous, Ovaron ? répliqua Skorvamon. Il vous déplaît que les astronautes travaillent exclusivement au service des Cappins sédentaires et soient contrôlés par eux ? Tenez-vous à ce que nous instaurions de nouveau les conditions chaotiques dans lesquelles les chefs de flottes spatiales décidaient si souvent de la forme d’existence qui devait régner sur les planètes habitées ?

— C’étaient des cas extrêmes, comme il en survient toujours durant les époques de guerres. Ils n’autorisent pas le Ganjo quel qu’il soit à négliger la navigation spatiale. Nous n’avons pu fonder notre royaume que lorsque nous l’avons pratiquée sur une grande échelle, et celui-ci sombrera si nous ne lui accordons pas la place qui lui revient de droit.

Skorvamon s’était encore rapproché de la cloison transparente et, à présent, il se tenait tellement près d’elle qu’il pouvait nettement distinguer le corps horriblement difforme d’Ovaron. À vrai dire, on ne reconnaissait guère plus que son crâne, dans lequel ne fonctionnait pratiquement que le cerveau. Tout le reste avait été relayé par l’appareillage fixé à la paroi de l’aquarium.

— Pourquoi ne me laisses-tu pas mourir, à la fin ?

Le synthétiseur vocal reproduisait fidèlement l’ancien timbre du grand Ganjo de jadis.

Skorvamon vit déferler sur l’écran mural la projection holovisuelle d’un océan déchaîné contre une tour rocheuse. Les lames puissantes arrachaient sans interruption les pierres de l’édifice et, soudain, tout s’effondra puis fut englouti dans les flots.

Le Ganjo comprit qu’avec cette vision guidée par son cerveau, Ovaron exprimait son profond désir de mourir. Cependant, Skorvamon n’était pas encore disposé à supprimer son infortuné prédécesseur. Une fois de plus, il se tourna vers le récipient.

— Peut-être changerez-vous d’avis si je vous révèle que vos amis de la Voie Lactée se sont annoncés ? déclara-t-il.

— Perry Rhodan ? s’enquit la voix sombre.

— Non, pas Perry Rhodan mais Atlan. Il s’est donné le titre de Lord-Administrateur du Nouvel Impérium de l’Humanité et parle d’un Concile des Sept Galaxies qui a étendu son pouvoir sur la Voie Lactée. Il semblerait qu’un transmetteur solaire ait dématérialisé Perry Rhodan ainsi que la planète Terre et une grande partie de l’Humanité qui, depuis, ont totalement disparu sans laisser de traces.

— Atlan est lui aussi un de mes amis de longue date, répondit Ovaron au bout d’un certain temps. Il désirerait certainement que nous lui venions en aide, ainsi qu’à l’Humanité.

— C’est exact, confirma Skorvamon. Atlan nous a appelés au secours. Mais comment cet homme, qui n’est certainement pas plus jeune que vous, peut-il encore assurer le pouvoir ? N’est-il pas depuis longtemps devenu un vieillard – au cas où il vivrait encore ?

— Atlan possède, tout comme Perry Rhodan, un activateur cellulaire qui a stoppé en lui le processus de vieillissement biologique. Skorvamon, je vous supplie de prendre contact avec lui et de faire tout ce qui est nécessaire pour venir en aide à l’Humanité.

— Comment pourrions-nous y arriver ? La Voie Lactée est tellement éloignée d’ici ! Nous devrions quitter Gruelfin pour l’atteindre. Qui pourrait se déclarer prêt à une telle entreprise ?

— Il doit bien y avoir suffisamment de Cappins qui auront le courage de quitter leurs planètes ! La décadence ne peut pas avoir progressé à ce point ! En outre, nous n’avons pas besoin d’expédier une flotte spatiale. Il nous suffit d’envoyer une balise de transfert métasomique vers la Voie Lactée pour y acheminer notre commando de secours, comme nous l’avons déjà fait une fois.

— Non ! le contredit Skorvamon sans ménagement. Il n’y a pas un seul méta-inducteur qui sera prêt à quitter sa planète de résidence, voire sa galaxie-patrie. De plus, il est hors de question que j’intervienne dans des événements qui ne nous concernent pas. Pour cela, il faudrait que je modifie les principes de base de ma propre politique, ce que je ne ferai jamais !

Il pivota sur lui-même et se dirigea vers la sortie.

— Attendez ! l’adjura Ovaron. Vous n’avez pas le droit de fermer les yeux devant ce qui se passe dans la Voie Lactée. Un jour viendra peut-être où il nous arrivera exactement ce qui est arrivé à l’Humanité.

Skorvamon s’arrêta près du panneau blindé et se retourna de nouveau.

— Ne vous fatiguez plus avec cela, Ovaron. Je ne vous ai pas rendu visite pour m’entendre dispenser des conseils, mais pour obtenir des informations.

D’un geste rapide, il ouvrit le vantail, sortit et le referma derrière lui.

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Après avoir discuté avec Hatelmonh de tous les détails de leur projet, Keltraton revint dans ses quartiers. Il s’étendit sur son lit pressurisé, croisa les mains sur la nuque et se plongea dans la réflexion.

Progressivement se forma dans son esprit une image qui, telle une mosaïque, décrivait la situation actuelle dans Gruelfin, ainsi que les courants de fond travaillant en secret au modelage d’une nouvelle et meilleure perspective d’avenir. Hatelmonh lui avait encore révélé que la plupart des astronautes étaient insatisfaits des conditions actuelles. Ils voulaient être débarrassés du joug des fusibles Ovaron.

Keltraton, le maître juriste, décida de commencer par exclure ce problème. Pour lui, il était plus important de prendre contact avec l’ancien Ganjo qui, jouissant toujours d’une réputation légendaire, aurait peut-être un conseil à lui donner.

Il se dressa sur son séant en entendant un coup de gong. Le dispositif interne de communication dont ne pouvaient disposer que les collaborateurs étroits du Ganjo, était inaudible aux autres, grâce à un système de brouillage à haute sensibilité.

Keltraton activa son bracelet de commande. Un hologramme s’édifia, affichant le souverain régnant.

— À tous les membres du gouvernement et à tous les conseillers ! déclara Skorvamon avec une physionomie totalement inexpressive. Je vous transmets l’information selon laquelle j’ai eu une conversation avec Ovaron à propos d’un message dakkarcom en provenance de la Voie Lactée. (Il s’accorda quelques instants de silence, comme s’il voulait savourer la tension de ses auditeurs, avant de poursuivre.) Après avoir discuté le problème dans tous ses détails avec mon prédécesseur, je lui ai posé la question de savoir comment nous devions nous comporter à propos de ce message. Ovaron m’a répondu que la meilleure solution était de l’ignorer. Quant à moi, après mûre réflexion, j’en suis arrivé à la conclusion qu’en effet, il valait mieux suivre ce conseil. Les événements qui se déroulent dans cet univers-île lointain ne nous concernent pas. Nous ne ferions que prendre le risque d’attirer sur nous l’attention de ce fameux Concile des Sept Galaxies. (Puis il éleva le ton.) Telle est ma ferme décision, et je n’en démordrai pas. Tous les membres du gouvernement et les conseillers ont le devoir de l’adopter également. Les avis opposés devront être formulés et présentés à moi par écrit.

L’écran s’éteignit. Keltraton ébaucha un léger sourire ironique. Aucun des auditeurs, y compris lui-même, n’oserait exprimer ouvertement une opinion différente. Une telle attitude serait interprétée comme une insubordination, et sévèrement châtiée en conséquence par le Ganjo.

Quant à lui, il avait appris, par des écrits d’Ovaron, que ce genre de situation ne se serait pas rencontré autrefois, et il s’était promis d’abolir toutes les irrégularités dont souffrait l’Empire Ganjasi. C’était la raison pour laquelle il désirait si vivement avoir une conversation avec l’ancien Ganjo. Il n’accordait pas foi aux paroles de Skorvamon.

Pourvu qu’Ovaron soit vraiment encore en vie ! se dit-il.

Il ne trouva plus de repos. Au bout d’un certain temps, il prit une douche et enfila un spatiandre léger de combat qui était équipé d’un propulseur individuel, d’un petit générateur d’écran protecteur et d’un ceinturon.

Non pas qu’il veuille se battre contre d’autres Cappins. Hatelmonh et lui s’étaient mis d’accord pour abandonner leur projet plutôt que de risquer une confrontation armée qui pourrait éventuellement se développer. Mais s’ils pénétraient à l’intérieur de la zone interdite, le générateur de bouclier énergétique et le propulseur dorsal pourraient peut-être leur sauver la vie.

En toute hâte, il enfila encore par-dessus son spatiandre une combinaison de loisirs très évasée qui éveillerait moins de soupçons.

Son impatience grandissait. Hatelmonh n’avait voulu se procurer que des instruments et des appareils dont ils auraient besoin. Pourquoi lui fallait-il tant de temps ?

Enfin, son microcom de poignet bourdonna.

— Dans une demi-unité de temps, auprès de la statue de la déité tricéphale ! chuchota la voix de l’astronaute.

— D’accord ! répondit Keltraton, bien qu’il ne fût pas du tout certain qu’ils puissent au moins pénétrer assez profondément dans la zone interdite.

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La statue de la déité tricéphale était un vestige des temps anciens. Elle avait été découverte sur la planète Erysgan au cours des fouilles réalisées dans les ruines d’un très vieux temple. Personne ne savait si ce monument avait été édifié par les ancêtres directs des Cappins ou par d’autres êtres intelligents. Toujours est-il que l’effigie, ainsi que d’autres reliques du passé, avait été transportée sur le nouveau monde et exposée dans le palais gouvernemental.

Lorsque Keltraton atteignit la divinité, il n’y avait pas âme qui vive aux alentours. Il balaya la halle d’un regard inquiet. Si l’une des patrouilles qui rôdaient sans interruption dans le palais le découvrait et remarquait en outre qu’il portait un spatiandre de combat sous sa large combinaison, il devrait s’attendre à affronter de graves difficultés.

Un craquement sec le fit sursauter. La statue de la déité tricéphale pivota lentement, ce qui dégagea un trou dans le sol. Aussitôt apparut le buste d’Hatelmonh.

L’astronaute lui adressa un signe.

— Vite ! murmura-t-il.

Keltraton obéit sans poser de questions. Son complice l’aida à s’insinuer dans l’ouverture qui se révéla être un puits équipé d’une échelle de plastacier aux échelons étroits.

Le pinceau de lumière d’un projecteur errait çà et là à travers l’obscurité.

Avec un nouveau craquement, l’idole pivota dans l’autre sens et reprit sa place habituelle, jusqu’à ce que son socle ait recouvert le trou.

— C’est une issue secrète qui mène à la zone interdite, expliqua l’astronaute. Il est très probable que Skorvamon lui-même en ignore l’existence.

— Comment en as-tu eu connaissance, toi ? voulut savoir Keltraton.

La physionomie d’Hatelmonh s’assombrit.

— Yvorshon, le constructeur du système de sécurité de la zone interdite, était l’un de mes oncles. Il se doutait que le Ganjo le ferait exécuter dès qu’il aurait terminé sa tâche. C’est pourquoi il a réalisé une copie du plan architectural et l’a confiée à mon père. Malheureusement, de nombreux documents ont été perdus lorsque les sbires de Skorvamon ont assassiné mon père et mis le feu à ses quartiers avec des armes radiantes.

Le maître juriste jeta sur son ami un regard embarrassé.

— Le Ganjo a fait assassiner ton père ? Pour quelle raison ?

— Sans doute parce qu’il a dû participer à une conspiration, suggéra Hatelmonh. Toutefois, je crois que c’est faux. À l’époque, on m’a arrêté moi aussi et soumis à un interrogatoire, mais il s’est avéré que j’étais totalement innocent. Néanmoins, Skorvamon me considérait comme une menace pour sa sécurité et, afin de se débarrasser de moi, il m’a envoyé parmi les astronautes qui, d’ailleurs, m’ont beaucoup appris. En particulier comment on flaire les pièges, quels qu’ils soient, et comment on ouvre des portes sécurisées. (Il éclaira les profondeurs avec sa lampe.) Mais nous parlons trop, mon vieux. Passons enfin à l’action !

Peu après, ils se retrouvèrent dans une cave voûtée qui sentait le moisi. De petits animaux gris brun s’étaient amoncelés en mottes de fourrure sur le plafond. De temps à autre, l’un d’eux se détachait de la concentration et voltigeait à l’aide de membranes alaires qui semblaient constituées de cuir.

— De quoi se nourrissent ces bestioles, dans un trou pareil ? voulut encore savoir Keltraton.

Hatelmonh se mit à rire sans bruit.

— D’énergie électrique qu’elles aspirent à de minuscules prises de courant fixées dans le plafond. D’ailleurs, il ne s’agit pas de véritables bêtes, mais de robots.

— C’est complètement fou ! lança le maître juriste en guise de commentaire.

L’astronaute ne trouvant rien à redire à cette remarque laconique, il se contenta de continuer à avancer. Il précéda son ami à travers la cave et s’arrêta à l’extrémité. Arrivé là, il sortit un instrument en forme de bâton d’une des poches jambières de sa combinaison, effleura du bout des doigts quelques contacts sensoriels et maintint la pointe de l’objet à ras du mur qu’il longeait.

— C’est bien ce que je pensais !

— Qu’y a-t-il ? s’enquit Keltraton.

Hatelmonh remit l’appareil dans sa poche et appuya sur trois pierres murales saillantes. Une partie de la cloison, de la taille d’une porte, s’enfonça dans le sol avec un léger bourdonnement.

Keltraton se préparait à s’insinuer dans le trou ainsi démasqué, mais son ami le retint fermement par le bras.

— C’est encore un piège !

— Je ne vois qu’un corridor désert, riposta Keltraton.

L’un des chiroptères-robots lui frôla presque la tête en passant et s’envola dans le corridor sombre. Puis un voile de liquide clair l’enveloppa subitement et, en quelques secondes, il se désintégra totalement.

— De l’acide, constata froidement Hatelmonh.

Il examina au scanner la cloison de gauche. Comme l’appareil n’indiquait rien de particulier, il se dirigea vers celle de droite, au milieu de laquelle il s’arrêta.

— Ici se trouve un passage dépourvu de piège, annonça-t-il.

Un segment de la paroi glissa vers le haut. L’ouverture dévoila une salle rectangulaire. Une lueur grisâtre tombant du plafond enveloppait d’une lumière crépusculaire deux squelettes gisant sur le sol.

— Cela me paraît dangereux, soupira Keltraton.

Haltelmonh ricana.

— Tel est leur rôle. Ce sont des squelettes artificiels, destinés à effrayer les intrus.

Il pénétra sans encombre à l’intérieur de la salle, suivi de son ami. Puis il utilisa de nouveau son appareil de contrôle pour découvrir le passage suivant, qui était soigneusement camouflé.

L’un derrière l’autre, ils grimpèrent un escalier en spirale couvert de poussière et débouchèrent dans un local vide, de taille moyenne. En face d’eux se dessinait un panneau blindé jaune.

Ce fut seulement après être entrés dans la pièce qu’ils se rendirent compte de leur erreur. Il ne s’agissait pas vraiment d’une salle, mais plutôt d’une niche creusée dans le mur d’une immense halle. Par-delà une vaste surface couverte d’herbe, dans laquelle brillait un dessin constitué de lignes multicolores, ils remarquèrent la partie opposée de la salle dont le plafond était soutenu par douze piliers énergétiques aux scintillements bleuâtres.

Haltelmonh contempla son appareil de contrôle et, au bout d’un certain temps, il aspira une longue bouffée d’air.

— Quelle chance que nous ne soyons pas sortis par là ! murmura-t-il. Les piliers sont séparés par des champs de force invisibles dont l’un sert à examiner les schémas mentaux. Et depuis les colonnes elles-mêmes, des faisceaux énergétiques peuvent se déployer en un clin d’œil pour tuer n’importe quelle créature vivante.

L’astronaute examina ensuite le panneau blindé jaune.

— Je distingue une boucle-relais individualisatrice équipée de blocs de volition, ainsi qu’un système de communication, expliqua-t-il après avoir pris le temps de bien étudier les données du senseur. Cela signifie que je ne puis risquer d’utiliser ni mon décodeur à impulsions, ni l’émetteur associé. Ce vantail est un robot qui ne réagit pas à des séquences précises. Grâce aux blocs de volition, une programmation variable le rend capable de choisir parmi un vaste répertoire de questions et de réagir positivement à de nombreuses réponses.

— Autrement dit, nous devons nous lancer avec lui dans un jeu de questions-réponses dont nous ne pouvons pas prévoir l’issue ?

— Yvorshon était un psychologue génial dans le domaine de la robotique, répliqua l’astronaute. La porte artificielle fonctionnait à sa guise de manière à ne laisser passer aucun intrus. Je ne peux pas imaginer qu’il n’ait pas programmé un expédient. Même pour Skorvamon, il est impossible de prévoir le comportement d’une boucle-relais individualisatrice équipée de blocs de volition.

— Tentons donc notre chance ! conclut le maître juriste.

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Hatelmonh s’approcha du panneau.

— Ouvre-toi ! ordonna-t-il.

— Qui donc pousse l’impolitesse au point de ne pas frapper quand il arrive devant une porte ? protesta le vantail.

Les deux amis échangèrent un coup d’œil. Ni l’un ni l’autre ne savait ce que le système de sécurité voulait dire par « frapper ».

— Je suis Hatelmonh et je vous prie d’excuser mon ignorance, répondit l’astronaute, tandis que de minuscules perles de transpiration apparaissaient sur son front.

— Pourquoi es-tu aussi ignorant, Hatelmonh ? voulut savoir le panneau blindé.

— Parce que Skorvamon ne me confierait jamais ses secrets.

— Tu ne l’aimes pas ?

— Pas du tout ! avoua Hatelmonh.

Keltraton esquissa un soupir inquiet. Il craignait que son complice n’ait tout gâché avec sa dernière réponse.

— Qui est celui qui t’accompagne ? s’enquit le système de sécurité.

— Je suis Keltraton, se présenta son ami, certain qu’il n’avait plus rien à perdre.

— Toi non plus, tu n’aimes pas Skorvamon ? insista la porte jaune.

— Il me fait horreur, déclara le maître juriste en étouffant son dernier espoir de pouvoir jamais parler avec Ovaron.

— À moi aussi, il me fait horreur, avoua le panneau. Soyez les bienvenus, Hatelmonh et Keltraton. Hatelmonh, moi qui te parle, je suis ton oncle. Je savais que Skorvamon voulait me tuer, c’est pourquoi j’ai alimenté la porte-robot avec mes souvenirs et ma personnalité. Depuis lors, le Ganjo doit répondre à toute une série de questions absurdes que je lui pose s’il veut rendre visite à Ovaron. C’est une telle humiliation pour lui qu’un jour viendra où il en perdra la tête…

Après avoir surmonté sa stupéfaction, Keltraton se sentit tellement soulagé qu’il s’appuya contre la cloison à côté du vantail jaune et se mit à rire aux larmes, bientôt imité par Hatelmonh. Lorsqu’ils se furent calmés, l’astronaute reprit la parole.

— Excuse notre réaction, Oncle Yvorshon. Peux-tu nous révéler comment nous pouvons accéder auprès d’Ovaron ?

— Naturellement, répondit d’emblée le panneau. Derrière moi se trouve un escalier en colimaçon et, à son pied, vous découvrirez un battant de bois massif. Il possède une serrure mécanique très ancienne qui ne réagit pas aux appareils électroniques et positroniques.

— Devons-nous alors la démolir ? interrogea l’astronaute.

— Non, affirma la porte-robot. Je possède un double de la clef.

Un tentacule de la grosseur d’un doigt émergea de la cloison en se déroulant. Son extrémité enlaçait un objet aux reflets métalliques.

Hatelmonh tendit la main. Le tentacule s’ouvrit, et la clef tomba entre les doigts de l’astronaute.

— Merci, Oncle Yvorshon ! lança celui-ci. Je suis très heureux d’avoir pu parler avec toi.

— Moi aussi, avoua le vantail. Tant que vous demeurerez avec Ovaron, je ne laisserai passer personne. Bonne chance !

Le panneau blindé s’ouvrit. Les deux Ganjasis descendirent comme prévu l’escalier à vis et découvrirent la porte de bois massif juste en face d’eux. Hatelmonh introduisit avec précaution la clef dans la serrure, puis il attendit que l’huis s’ouvre ou glisse dans le mur.

Mais il ne passa rien.

— C’est peut-être une fausse clef, suggéra le maître juriste.

— Vous devez tourner deux fois la clef vers la gauche ! s’écria d’en haut le vantail.

Hatelmonh suivit ce conseil. Il y eut un craquement, puis la porte s’ouvrit.

— Qui est là ? demanda une voix sombre.

Hatelmonh en fut tellement effrayé qu’il referma aussitôt le panneau.

— Qui était-ce ? chuchota-t-il.

— Ovaron ? questionna Keltraton sans y croire. Il faut entrer !

Cette fois, il ouvrit la porte. D’un regard prudent, il examina la vaste salle. On ne voyait nulle part le moindre Cappin.

— Skorvamon ? demanda la voix sombre qui semblait venir de partout.

— Non ! répondit simplement le maître juriste. Nous sommes venus en cachette, sans autorisation. Je m’appelle Keltraton et je suis maître juriste. Mon ami Hatelmonh est astronaute. Êtes-vous Ovaron ?

— Oui, je suis Ovaron, répondit la voix. Heureux de pouvoir parler pour une fois avec d’autres Cappins, et non plus uniquement avec Skorvamon. Approchez-vous donc de moi !

— Où êtes-vous ? voulut savoir Keltraton.

Son regard tomba sur la cloison opposée et sur l’« aquarium ». Il vit quelque chose qui nageait dans le liquide et sentit aussitôt une boule lui serrer la gorge.

— N’ayez pas peur ! les rassura Ovaron. Mon corps est monstrueusement déformé, mais je ne souffre pas. Au fond, je n’ai même pas besoin de mon enveloppe charnelle, mon cerveau me suffit. Approchez-vous !

Les deux Ganjasis obéirent. Ils se retrouvèrent tout contre la vitre transparente.

— Vous êtes venus me voir en cachette, n’est-ce pas ? s’enquit Ovaron.

— Oui ! reconnut Keltraton. Skorvamon n’est pas au courant de notre visite. Nous sommes ici pour parler avec vous. Mais nous ne savions pas que vous… Ovaron, pouvons-nous faire quelque chose pour vous ?

— Oui ! Emmenez-moi loin d’ici ! Transportez-moi sur un vaisseau spatial sinon je vais devenir fou !

Keltraton scruta du regard le récipient, puis il se tourna vers son ami.

— Nous ne pouvons pas déplacer tout cela nous-mêmes, Hatelmonh. Pourrais-tu te procurer une plate-forme antigrav ?

L’astronaute hocha la tête.

— Ce ne serait même pas suffisant. Nous avons également besoin d’une banque mémo-énergétique de grande capacité pour alimenter le système de maintien biologique jusqu’à ce qu’il puisse être connecté au réseau de puissance d’un vaisseau spatial. En outre, je dois convaincre des amis d’arraisonner un navire.

— Je ne peux pas exiger cela de qui que ce soit, avoua Keltraton, au comble du désespoir.

— Je vais néanmoins essayer.

— Si vous n’y arrivez pas, je vous supplie de me tuer, insista l’ancien Ganjo.

— Je vais sortir d’ici pour organiser les secours, proposa Hatelmonh. Et toi, Keltraton, il vaut mieux que tu restes auprès d’Ovaron.

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L’ancien souverain avait prié le jeune Ganjasi de lui décrire la situation actuelle dans Gruelfin. Lorsque le maître juriste eut terminé son rapport, Ovaron lui fit part de ses commentaires.

— La situation s’est dégradée bien davantage que je ne l’avais craint. Skorvamon s’est toujours contenté de me fournir des informations fragmentaires – et parfois même fausses, comme vient de le prouver votre récit. Mais il est déjà âgé et ne va pas pouvoir encore longtemps exercer sa fonction. J’espère que son successeur appliquera une meilleure politique que lui.

— Je ne pense pas que ce soit vraisemblable, répliqua Keltraton. Parmi les prétendants à la fonction de Ganjo, je ne connais personne qui désapprouve fondamentalement la politique menée jusqu’à présent. Par conséquent, le règne du successeur de Skorvamon n’apportera pas grand changement.

— Vous aussi, vous faites partie des prétendants, protesta Ovaron. Et vous ne partagez pas les opinions de Skorvamon. Sinon, vous ne seriez pas venus me rendre visite.

Keltraton éclata d’un rire plein d’amertume.

— C’est justement parce que je pense différemment que personne ne me laissera prendre la succession de Skorvamon. Je ne crois même pas que je serai autorisé à exercer une autre fonction. Il est vraisemblable que le nouveau Ganjo m’enverra en exil, à moins qu’il ne me fasse assassiner.

Ovaron réfléchit un long moment avant de fournir son commentaire à cette révélation.

— S’il en est ainsi, vous devez quitter Hätvrinssan et constituer un contre-gouvernement sur un autre monde.

Son visiteur laissa échapper un gémissement plein d’effroi et recula de quelques pas.

— Quitter cet endroit ? s’exclama-t-il. Il faudrait donc que je m’envole avec un vaisseau spatial !

— En effet, approuva l’ancien Ganjo. Et je sais que vous vous habituerez à cette idée dès que vous aurez surmonté vos inhibitions psychiques. Interrogez votre ami, il est astronaute !

— Non ! protesta Keltraton. C’est impossible !

À ce moment-là, la porte s’ouvrit brusquement, ce qui le fit sursauter.

— Tout va bien ! lui cria Hatelmonh.

Il entra dans la vaste salle, suivi de deux individus qui poussaient une plate-forme antigrav équipée d’une banque mémo-énergétique. Keltraton ne connaissait pas ces nouveaux arrivants.

— Il vaut mieux que je ne te donne pas leurs noms, déclara Hatelmonh lorsqu’il eut rejoint son ami.

— Est-ce que tu t’attends à ce que l’on m’arrête et que l’on me fasse subir un interrogatoire ?

— Je dois m’attendre à tout. Il serait préférable pour toi de nous accompagner.

— Il n’en est pas question ! se défendit Keltraton. Rien qu’à la pensée du cosmos, mon estomac se retourne.

— À chacun de décider pour soi. (Hatelmonh s’adressa à l’occupant de l’aquarium.) Ovaron, dit-il, mes amis et moi pouvons vous transférer à bord d’un navire spatial. Êtes-vous toujours décidé à quitter Hätvrissan ?

— Rien ne pourrait changer ma décision, répondit l’ancien Ganjo. Je vous suis très reconnaissant d’être prêts à assumer ce risque !

— Le succès de cette opération sera notre récompense, répondit Hatelmonh. Mais vous prenez vous aussi un risque car nous devrons stopper pendant un bref instant votre système vital d’alimentation, le temps de déconnecter le dispositif actuel pour le reconnecter au nouveau.

— J’en accepte la responsabilité, déclara Ovaron. Plutôt mourir une fois pour toutes que de continuer à végéter ici…

Comme il n’avait aucune compétence dans le domaine technique, Keltraton ne pouvait pas intervenir. Il se contenta de regarder son ami et les deux individus qui l’accompagnaient ouvrir la cloison transparente, séparer le système vital d’Ovaron de l’alimentation énergétique et charger le récipient sur la plate-forme antigrav.

Aussi vite qu’ils le purent, ils reconnectèrent l’unité à la banque mémo-énergétique. Ce qui restait du malheureux Ganjo remua faiblement dans le liquide, mais ses yeux demeurèrent clos.

— C’est parfait ! s’exclama Hatelmonh. Le système d’alimentation fonctionne à nouveau. Venez !

Ils quittèrent la halle, et Hatelmonh referma soigneusement la porte de bois massif derrière eux. Le grave problème qui se posait à présent consistait à emprunter l’escalier à vis avec la plate-forme, étant donné la longueur de celle-ci. Ils furent donc obligés de l’incliner tout en soutenant le récipient et la banque mémo-énergétique.

Mais finalement, tout se passa bien.

— Bonne chance ! leur souhaita le panneau jaune avant de se refermer derrière eux. Et n’oubliez pas de me donner de vos nouvelles !

— Dès que possible ! promit Hatelmonh.

Ils avancèrent prudemment jusqu’à ce qu’ils aient atteint la divinité à trois têtes. L’astronaute grimpa le premier l’escalier pour faire pivoter la statue. Deux Cappins qui attendaient en haut de l’ouverture secrète, près d’une capsule de transport, lui adressèrent un signe de la main. Ils poussèrent le petit engin jusqu’au puits.

Avec mille précautions, le récipient abritant Ovaron, ainsi que la banque mémo-énergétique qui lui était connectée, furent soulevés hors du trou par un faisceau tracteur et déposés dans la capsule.

Juste au moment où Hatelmonh venait de refermer la portière du véhicule, une voix dure clama :

— Au nom du Ganjo, que se passe-t-il ici ?

Une patrouille ! reconnut Keltraton. Tout est fichu !

Avant qu’il n’ait pu réagir, les deux assistants sortirent leurs paralysateurs de leurs ceinturons et tirèrent sur les soldats.

— On file en vitesse ! lança Hatelmonh avant de se tourner vers Keltraton. Nous nous envolons dans quelques unités de temps. Réfléchis bien pour savoir si tu veux rester ici ou si tu préfères nous accompagner. On ne va pas tarder à découvrir les soldats inanimés, ainsi que la disparition d’Ovaron. Ce qui va déchaîner un chaos invraisemblable !

— Cela m’est égal, répondit son ami. Je me retire dans mes quartiers. Merci pour tout, et bonne chance !

— À toi aussi, bonne chance ! répliqua Hatelmonh.