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Perry Rhodan n°264 - L'Alliance des Galactes

De
210 pages

3580 : pour monter sous l'oeil de l'occupant larenn une conférence secrète destinée à balayer les individualités des divers peuples de la Voie Lactée, à leur faire faire table rase des antagonismes passés et à les fédérer dans un mouvement commun de résistance, Atlan et ses collaborateurs vont devoir déployer de phénoménales ressources, tant stratégiques que matérielles. Un théâtre à l'échelle d'une planète : rien de mieux pour amener l'ennemi à se tromper de cible tandis que le vrai rassemblement se déroule en un lieu insoupçonnable - du moins, si l'on exclut la présence de traîtres...





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

L’ALLIANCE
 DES GALACTES

PERRY RHODAN — 264

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Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

 

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’État. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

 

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

Pour la dignité des peuples galactiques !

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

 

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des Étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES DIX PREMIERS CYCLES1
 DE LA SÉRIE PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des Étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.



CHRONOLOGIE ET RÉSUMÉ DU CYCLE EN COURS

3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie. Peu nombreux sont les immunisés : seuls les porteurs d’activateur cellulaire – à l’exception temporaire de Reginald Bull –, les mutants et de rares individus « ordinaires » échappent à ce véritable fléau qui a conduit à l’instauration d’un nouveau pouvoir politique et d’un ordre mondial sans précédent. Condamnés à l’exil, Perry Rhodan et presque tous ses proches partent à bord du Sol, un colossal vaisseau spatial à très grand rayon d’action, pour une odyssée dont nul ne saurait prévoir la durée.

3578 : sur la Planète d’Ovaron, à près de trois mille cinq cents années-lumière de la Terre, la colonie secrète fondée par l’ex-Stellarque juste avant son exil réussit à prendre un nouvel essor et est dotée d’une station d’accueil pour les fugitifs traqués par les aphiles. Ceux-ci obéissent désormais à la Lumière de la Raison, Trevor Casalle, dont l’ascension à la dictature a été aussi rapide qu’inattendue mais s’explique par une nouvelle menace : la planète-mère de l’Humanité n’est plus stable sur son orbite autour de Médaillon, et la chute dans le Gouffre est inéluctable à moyen terme.

Depuis les parages de la microgalaxie Balayndagar, l’équipage du Sol a réussi à localiser la très lointaine Voie Lactée. L’un des deux ultracroiseurs constituant la nef géante en a pris le chemin, tandis que l’autre partie s’aventure jusqu’à une planète accueillante pour y refaire les réserves du bord et tombe dans le piège insidieux tendu par les Kéloskèrs. Ces « penseurs infinis », qui sont les calculateurs stratégiques du Hétos des Sept, adorent et redoutent le trou noir situé au centre de Balayndagar, dont un dispositif spécial leur permet de juguler l’expansion. Hélas, la destruction accidentelle de cet appareil relance le processus d’engloutissement de la microgalaxie dans le Grand Néant Noir. Les Kéloskèrs prennent sous influence Sénèque, le complexe bio-impotronique qui gouverne le Sol, puis annexent celui-ci pour sauver de la catastrophe leurs précieux équipements et surtout le shetanmargt, le plus avancé de leurs superordinateurs.

Hormis la plongée dans le trou noir, toute fuite hors de Balayndagar s’avère impossible. Selon les Kéloskèrs, le couplage réussi de Sénèque et du shetanmargt devrait assurer la survie du vaisseau géant et de tous ses passagers. Malgré l’incertitude et les risques, Perry Rhodan et ses compagnons tentent le tout pour le tout…

3581 : le Sol a resurgi intact « de l’autre côté » du Grand Néant Noir dans une incroyable bulle extradimensionnelle qui abrite des soleils, des planètes… et de la vie intelligente ! Les maîtres de la Zone Dakkar, des humano-sauriens très évolués appelés Zgmahkones, réagissent violemment à l’intrusion des étrangers indésirables puis lorsqu’un commando terranien réveille et enlève Olw, le Dormeur Millénaire. Recueilli à bord du Sol, celui-ci révèle en détail l’histoire de sa fratrie, douze êtres hors normes grâce auxquels, jadis, la planète-mère des Zgmahkones a résisté à l’engloutissement dans un trou noir et émergé dans la Zone Dakkar. Seuls capables de voyager à travers les tunnels transdimensionnels qui relient la bulle extra-universelle aux trous noirs de nombreuses galaxies, Olw et ses semblables sont devenus les Spécialistes de la Nuit, les outils de conquête des dictateurs zgmahkones pour lesquels, contraints et forcés, ils ont peu à peu bâti les fondations d’une hégémonie omnipotente : le pouvoir du Concile des Six…

 

Résumé des épisodes précédents

3580 : dans la Galaxie-patrie, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa constitue le monde central. L’isolationnisme contraint n’est cependant pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose maintenant depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la terreur et du mal. Mais le Premier Hétran de la Galaxie, obsédé par le désir d’être immortel, plonge peu à peu dans la démence et les Larenns scellent définitivement son destin : lors d’un tournoi truqué, Leticron est blessé à mort par Maylpancer, le jeune Lourd prévu pour lui succéder.

Décidé à solliciter tous les appuis envisageables pour la résistance galactique, Atlan se rend en mission secrète sur la planète Dernière Chance où un dakkarcom est en construction dans les superlaboratoires passés sous le contrôle des Larenns. Pendant que le commando procède au vol de cet équipement spécial, une autre expédition terranienne tente de rallier Andromède afin d’y requérir l’aide des Maahks – en vain… Le Lord-Amiral ne peut plus compter que sur l’assistance des Cappins de la lointaine galaxie Gruelfin et du Ganjo Ovaron, auquel l’Empire Solaire a jadis prêté main forte. Mais nul ne sait quelle situation règne là-bas, ni comment l’appel au secours y sera perçu.

Vu l’incertitude qui plane sur les soutiens extérieurs, la nécessité d’une opposition fédérée face au Concile devient pressante. Tous les peuples de la Voie Lactée seront bientôt appelés à faire table rase de leurs dissensions passées et à se regrouper dans l’intérêt commun. Sous la surveillance des Larenns et de leurs exécutants, Atlan et ses proches se lancent sur le chemin, tortueux et accidenté, qui mènera peut-être à LALLIANCE DES GALACTES

1. Téléchargez gratuitement toute l’action antérieure des neuf premiers cycles de la série PERRY RHODAN avec le guide spécial DESTINÉE COSMIQUE I (1971–3459) sur le site www.fleuvenoir.fr.

CHAPITRE PREMIER

Voie Lactée, Poing de Provcon, planète Gaïa.

 

La tentative d’Atlan pour prendre contact par dakkarcom avec Ovaron dans la galaxie Gruelfin semblait avoir échoué. Chez les Cappins non plus, il n’avait pas été possible de trouver des alliés pour s’opposer aux Larenns qui occupaient la Voie Lactée au nom du Concile.

Mais la lutte clandestine contre l’envahisseur se poursuivait. À présent, l’Arkonide comptait faire sérieusement appel aux multicyborgs.

Seize ans plus tôt, il avait tenté une expérience dont le résultat demeurait toujours incertain. Pour prendre possession de planètes de type terrestre jusque-là inexplorées, ou tout au moins leur permettre d’accueillir des réfugiés, il était nécessaire de les explorer et d’en déterminer les conditions de vie. Ce travail ne pouvait pas se faire en quelques mois, il requérait des années. On avait confié la tâche à plusieurs groupes de mulcybs qui avaient été déposés sur ces mondes. C’était également une bonne occasion de tester leur capacité à établir les bases d’une civilisation.

Atlan rechercha dans les banques mémorielles les enregistrements relatifs à l’une de ces expériences et, très vite, organisa une conférence.

En dehors de lui et de Julian Tifflor, plusieurs scientifiques étaient présents, parmi lesquels le docteur Huan, un psychologue, et la biologiste Elma Hermite. Personne ne savait de quoi il retournait avant que l’Arkonide ne leur explique en quelques mots la nature du projet. Il conclut par ces mots :

— Pour le moment, les Larenns sont absorbés par leurs propres problèmes et ne s’occupent pas spécialement de nous. Je considère donc que c’est le moment ou jamais de nous intéresser aux résultats des tentatives de colonisation. Les multicyborgs déposés sur la planète Wonderfalg ont eu le temps de faire leurs preuves ou de faillir. Julian, j’aimerais que vous vous chargiez d’aller voir ce qu’il en est. À vos côtés se trouveront des scientifiques chevronnés et des équipes d’exploration. Vous disposerez du Spirale, un croiseur de cinq cents mètres de diamètre sous le commandement du major Serganov. Rendez-vous dans le système de Sahlenbeer, et examinez ce qui s’est passé sur la deuxième planète. Vous partirez dans huit jours exactement, cela conviendra pour effectuer les préparatifs nécessaires.

« Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

Il n’ajouta rien de plus. Ce qui avait été dit était amplement suffisant.

Plutôt que de se consacrer uniquement à l’aspect matériel de l’expédition, Julian Tifflor préféra consulter d’abord les données disponibles. Les multicyborgs avaient dû se débrouiller sans aide sur un monde étranger alors qu’auparavant, ils avaient continuellement bénéficié de l’appui d’êtres humains.

Pour une fois, ils avaient été livrés à eux-mêmes, comme ils l’avaient toujours demandé. Les authentiques partenaires de l’Humanité qu’ils aspiraient à être n’avaient pu se permettre d’être handicapés par leurs complexes.

La mission ne serait pas aussi aisée qu’elle pouvait le paraître à première vue. Les mulcybs avaient pu évoluer dans n’importe quelle direction.

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Deux semaines plus tard, Julian Tifflor réfléchissait à tout cela, allongé sur sa couchette. Le Spirale avait déjà parcouru plus de mille années-lumière depuis la planète Gaïa.

Les authentiques partenaires de l’Humanité

Cette pensée ne le quittait plus.

Si l’expérience donnait un résultat positif, les cyborgs pourraient être infiltrés partout sur des mondes contrôlés par les Larenns. Ils constitueraient des groupes de guérilla capables d’infliger de lourdes pertes au Concile.

Si… Ce « si » restait la grande inconnue.

Son communicateur de poignet bourdonna. Huan, le psychologue, apparut sur le minuscule écran.

— Je vous dérange, Tifflor ?

— Nullement. Qu’y a-t-il ?

— J’ai eu enfin l’occasion d’étudier suffisamment les documents sur les mulcybs. D’un point de vue purement psychologique, ils semblent plus intéressants que les êtres humains.

— En tout cas plus originaux, rectifia Julian. Mais… (Il hésita.) La façon dont ils ont été conçus leur a conféré un complexe d’infériorité.

— C’est précisément la deuxième raison pour laquelle on les a envoyés sur Wonderfalg. Livrés à eux-mêmes, ils ont été forcés d’évoluer. Y sont-ils parvenus ? Eh bien, c’est ce que nous allons découvrir.

— Est-ce tout ce que vous vouliez me dire ?

Huan prit une expression gênée.

— Pour être franc, oui… Je vous ai vraiment dérangé ? Je suis navré. Mais je dois avouer que je suis dévoré par la curiosité et l’inquiétude au sujet de cette expérience.

— Nous en saurons bientôt davantage. Dans deux jours au plus, nous aurons atteint notre destination.

Tifflor coupa la communication.

Le croiseur filait au sein de l’espace linéaire dans les profondeurs d’une galaxie qui semblait encore inaccessible aux êtres humains mille cinq cents ans plus tôt. Même si, à cette époque, des vaisseaux spatiaux inhabités étaient déjà parvenus sur la Lune et sur les planètes du Système Solaire, il était resté des scientifiques à l’esprit conservateur toujours prêts à faire usage du mot « impossible ». Que l’Humanité du futur mobiliserait ses facultés pour d’autres choses que la guerre et le crime, qu’elle établirait les conditions pour un développement inouï, cela n’aurait pu leur venir à l’idée.

Ils avaient continuellement rappelé les énormes distances qui séparaient les étoiles, oubliant au passage que quelques centaines d’années avant eux, voyager d’un continent à l’autre requérait la moitié d’une vie. Ils considéraient la vitesse de la lumière comme une frontière magique. Puis ces sceptiques grincheux avaient déplacé le champ de bataille sur la question du temps. Le temps ne serait jamais vaincu, disaient-ils, car l’Homme était impuissant contre lui.

Comment, dépourvus d’imagination, auraient-ils pu se douter qu’un jour, la grande distance entre les étoiles et la quatrième dimension ne constitueraient plus des obstacles ?

Tifflor songeait à toutes ces choses tandis que le Spirale se rapprochait de son but. Grâce à son activateur cellulaire, il était toujours en vie alors qu’il avait participé à la fondation de l’Empire Solaire, lequel n’existait plus maintenant que dans la clandestinité.

Le Concile et ses représentants, les Larenns, avaient d’abord ébranlé la suprématie des Terraniens dans la Voie Lactée, avant d’y mettre pratiquement un terme. Depuis que Perry Rhodan avait lancé la Terre et la Lune à travers un transmetteur stellaire, une grande partie de l’Humanité avait disparu. Néanmoins, ceux qui étaient restés ne voulaient pas abandonner tout espoir.

Notre histoire n’est pas arrivée à son terme, pensa Julian avec conviction.

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Sur le vaste écran panoramique, Sahlenbeer brillait d’un rouge sombre.

Le champ gravitationnel de cette étoile avare en chaleur était étonnamment élevé et retenait cinq planètes. La première était brûlante, les extérieures trop froides. Seule la deuxième, baptisée Wonderfalg, offrait des conditions favorables à la vie.

Elle avait un diamètre de 14 936 kilomètres et la pesanteur y était de 0,92 g. Sa distance moyenne au soleil était de 92 millions de kilomètres. Pour compenser la puissante attraction de son astre-mère, elle décrivait donc sa trajectoire à une vitesse très élevée.

De plus, son axe était fortement incliné sur le plan de l’orbite. Les changements de saison étaient ainsi très marqués et se succédaient à un rythme rapide.

S’y ajoutait une durée de rotation d’un peu plus de dix-sept heures, avec des jours et des nuits courts. Toutes ces caractéristiques astronomiques rendaient la planète relativement singulière et assez intéressante.

La faune et la flore s’étaient développées en conséquence. La végétation recouvrait les terres comme un épais tapis. Il n’existait pas d’océans ou de mers, mais plutôt des milliers de grands lacs. On ne pouvait donc pas non plus parler de continents au sens habituel du terme.

Lorsque Tifflor découvrit, à l’écart de l’étoile rouge, un minuscule point lumineux qui ne pouvait être que Wonderfalg, il attendit avec curiosité de voir de plus près cette planète sauvage qu’Atlan avait jadis sélectionnée pour l’expérience relative aux mulcybs.

Le Spirale pénétra lentement dans le système. Certes, les résultats des mesures n’avaient montré aucun signe d’une civilisation avancée, mais cela ne signifiait pas grand-chose. On devait s’attendre à ce que les cyborgs aient dissimulé leur présence, car ils connaissaient bien les dangers qui les menaçaient depuis l’espace. Les vaisseaux de reconnaissance des Larenns, et plus encore ceux de leurs alliés, les Lourds, étaient partout.

Ils ignoraient uniquement les mondes inhabités.

Peu à peu, Sahlenbeer sortit du champ de la galerie panoramique et la planète gagna en taille et en netteté : un globe tacheté dont la surface n’était masquée que par des bancs de nuages irréguliers, des étendues de terre et d’eau avec une végétation primitive, luxuriante.

Mais toujours aucun signe d’une colonisation systématique, ni même d’une civilisation avancée. Les mulcybs auraient-ils oublié leur mission initiale ?

Le major Serganov secoua la tête.

— Je ne comprends pas. Ils ont disposé de tous les moyens imaginables pendant seize ans. Rien n’aurait dû les empêcher de bâtir au minimum une cité. Ils étaient tout de même neuf cents au départ.

— Ce n’est pas beaucoup. Mais ils sont pratiquement infatigables. Continuons nos observations. Nous n’atterrirons avec des chaloupes qu’après avoir découvert quelque chose.

Deux heures plus tard, le Spirale se plaça en orbite. Sous le vaisseau défilait la surface de Wonderfalg, et chaque région fut analysée avec précision.

— Une occasion d’étude unique ! déclara Elma Hermite. Une évolution qui se déroule normalement sur cinq cents millions d’années est ici condensée sur un million.

— L’éclosion de la vie à un rythme accéléré, acquiesça Tifflor. Je comprends que cela vous fascine. Mais nous sommes ici pour d’autres raisons que l’observation de saisons extrêmement brèves.

La biologiste était encore relativement jeune. Elle passa une main impatiente dans ses cheveux noirs coupés court.

— Ne pourrions-nous pas faire d’une pierre deux coups ? L’environnement naturel de la planète et les conditions de vie ont sûrement exercé une influence sur le comportement des mulcybs. Et pour pouvoir vérifier un résultat, on doit aussi connaître toutes les causes possibles.

— En d’autres mots, vous voudriez faire partie du premier groupe d’atterrissage, Elma ?

— J’allais justement vous le demander, répondit-elle avec un sourire qui la rendait encore plus charmante.

Tifflor songea à lui en donner plus souvent l’occasion à l’avenir. Il ne se doutait pas à cet instant que des circonstances propices se présenteraient bientôt, des situations où un simple sourire et un peu d’optimisme s’avèreraient vitaux.

Le commandant ordonna de préparer deux chaloupes à l’appareillage.

Le docteur Sven Stromberg, expert en colonisation et en aide au développement, fit son entrée dans le poste central et considéra la planète d’un air sceptique.

— Si mon impression initiale ne me trompe pas, beaucoup de travail nous attend en bas, dit-il lorsqu’il remarqua le regard interrogatif de Tifflor.

— Cela se pourrait. C’est pourquoi j’aimerais vous demander de vous joindre au premier groupe d’atterrissage. J’en prendrai personnellement le commandement. De plus, les docteurs Ermite et Huan nous accompagneront. Les autres participants vont être désignés maintenant.

— Et je vais encore rester collé derrière les écrans ! maugréa le major Serganov.

— C’est à craindre, répondit Tifflor avec un rictus.

Après une dizaine d’orbites, il fut définitivement établi qu’il n’existait aucune véritable ville sur Wonderfalg. Dans un paysage de jungles avec quelques clairières et des steppes limitées par de hautes montagnes, on n’avait pu découvrir que quelques cabanes primitives près de l’embouchure d’une rivière qui se jetait dans l’un des grands lacs.

Elles se dressaient dans un secteur dégagé, tout près de la rive. Un agrandissement montra des constructions frustes faites de troncs d’arbres bruts et de toits de feuillages.

— Des indigènes ? demanda Stromberg sur un ton dubitatif. Cela ne cadre pas tout à fait avec ce qu’on sait de Wonderfalg. Mais pourquoi uniquement à cet endroit, et pas ailleurs ?

— Nous n’avons rien pu découvrir d’autre, lui rappela Serganov. Le choix de notre lieu d’atterrissage n’est pas très compliqué, je pense.

— Les chaloupes pourraient se poser sans difficulté près de la rivière, approuva Tifflor. Les huttes en sont éloignées de plus de mille mètres. Ils nous verront arriver. Je veux dire, ceux qui habitent ici.

Le docteur Huan secoua la tête.

— Cela ne ressemble pas du tout aux cyborgs. Ils veulent toujours avoir un peu d’avance sur les Humains pour satisfaire leur amour-propre. S’abriter dans de telles huttes serait illogique. Il doit s’agir d’indigènes, de Wonderfalgiens.

— Si c’est le cas, ils ne sont guère nombreux, fit remarquer Tifflor. Ou alors, ils vivent aussi dans des cavernes, dans la montagne. Peut-être l’apprendrons-nous quand nous aurons établi le contact.

— Les chaloupes sont prêtes.

— Bien, major. Les spatiandres ne seront pas nécessaires. Je suggère d’emporter comme armement uniquement des thermoradiants légers, que nous pourrons facilement dissimuler. Simple mesure de précaution.

— Des armes ? s’indigna Huan, l’air légèrement choqué. Et pourquoi donc ?

— S’il s’agit d’indigènes, comme vous le pensez, on ne peut pas savoir comment ils vont réagir à notre apparition. Je n’ai nulle envie de me faire cribler de flèches ou de finir dans une marmite ! Mais si ce sont des cyborgs, il est naturellement entendu que nous ne devrons utiliser aucune arme, même en cas d’événements imprévus. Nous savons par expérience que l’on nous prend facilement pour des espions du Concile. De tels malentendus peuvent cependant se régler sans violence.

— Vous me rassurez, fit le docteur Huan.

Huit personnes embarquèrent à bord des deux chaloupes. Pendant ce temps, le Spirale approchait de nouveau du village par l’est.

— Départ dans deux minutes ! retentit la voix du major Serganov. Bonne chance !

Le panneau du hangar s’ouvrit. Les engins ne s’éloignèrent que lentement de la gigantesque sphère et entamèrent leur descente vers la surface de Wonderfalg.

Tifflor reconnut loin devant lui le grand lac et l’estuaire, et encore au-delà, la jungle, la steppe et le miroitement des marais. L’horizon était limité par une chaîne de montagnes fortement découpée.

La rivière formait un delta, dont les îles et les presqu’îles étaient recouvertes d’une végétation semblable à des roseaux. Plus loin en amont, on distinguait des rapides et des chutes puis, au-delà, une large étendue d’eau. Une civilisation primitive aurait pu s’y fournir en courant électrique sans avoir jamais à redouter une crise de l’énergie.

Le Spirale avait entre-temps disparu derrière la courbure de la planète.

Tifflor appela le pilote de la seconde chaloupe.

— Docteur Hattings ! Nous nous apprêtons à atterrir. Vous voyez le bras gauche de l’embouchure ?

— Parfaitement.

— L’endroit le plus favorable se situe à l’écart de la clairière. Nous aurons ainsi plus de huit cents mètres de forêt entre les huttes et nous. Cela devrait suffire pour nous préparer à accueillir des curieux.

— Très bien. Nous restons juste derrière vous.

Les deux chaloupes passèrent à basse altitude au-dessus du delta de la rivière avant d’amorcer leur manœuvre d’atterrissage.

La cime des arbres masquait les toits des cabanes et les microphones extérieurs n’enregistraient que le bruissement des feuilles dans le vent léger, qui venait du nord.

— Nous y sommes, dit Tifflor.

Il ne leur restait plus qu’à attendre.