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Perry Rhodan n°265 - Les Routes du néant

De
274 pages

Les souverains de la Zone Dakkar, ces dictateurs zgmahkones qui ont pris le titre de Gardiens du Néant, sont prêts à tout pour empêcher les Terraniens de réveiller les autres Dormeurs Millénaires et de s'assurer leur aide. Mais Perry Rhodan a décidé de risquer le maximum afin d'arracher sa nef amirale à la bulle extradimensionnelle, y compris de s'emparer d'un vaisseau zgmahkone et de rallier la galaxie-patrie d'un autre peuple du Concile, afin d'y dérober un équipement indispensable au Sol pour tenter le retour.
Les chances de succès d'une telle opération demeurent cependant l'inconnue numéro un...





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LES ROUTES DU NÉANT

PERRY RHODAN — 265

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Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

 

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’État. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

 

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

Pour la dignité des peuples galactiques !

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

 

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des Étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES DIX PREMIERS CYCLES1
 DE LA SÉRIE PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des Étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.



CHRONOLOGIE ET RÉSUMÉ DU CYCLE EN COURS

 

3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie. Peu nombreux sont les immunisés : seuls les porteurs d’activateur cellulaire – à l’exception temporaire de Reginald Bull –, les mutants et de rares individus « ordinaires » échappent à ce véritable fléau qui a conduit à l’instauration d’un nouveau pouvoir politique et d’un ordre mondial sans précédent. Condamnés à l’exil, Perry Rhodan et presque tous ses proches partent à bord du Sol, un colossal vaisseau spatial à très grand rayon d’action, pour une odyssée dont nul ne saurait prévoir la durée.

3578 : sur la Planète d’Ovaron, à près de 3 500 années-lumière de la Terre, la colonie secrète fondée par l’ex-Stellarque juste avant son exil réussit à prendre un nouvel essor et est dotée d’une station d’accueil pour les fugitifs traqués par les aphiles. Ceux-ci obéissent désormais à la Lumière de la Raison, Trevor Casalle, dont l’ascension à la dictature a été aussi rapide qu’inattendue mais s’explique par une nouvelle menace : la planète-mère de l’Humanité n’est plus stable sur son orbite autour de Médaillon, et la chute dans le Gouffre est inéluctable à moyen terme.

Depuis les parages de la microgalaxie Balayndagar, l’équipage du Sol a réussi à localiser la très lointaine Voie Lactée. L’un des deux ultracroiseurs constituant la nef géante en a pris le chemin, tandis que l’autre partie s’aventure jusqu’à une planète accueillante pour y refaire les réserves du bord et tombe dans le piège insidieux tendu par les Kéloskèrs. Ces « penseurs infinis », qui sont les calculateurs stratégiques du Hétos des Sept, adorent et redoutent le trou noir situé au centre de Balayndagar, dont un dispositif spécial leur permet de juguler l’expansion. Hélas, la destruction accidentelle de cet appareil relance le processus d’engloutissement de la microgalaxie dans le Grand Néant Noir. Les Kéloskèrs prennent sous influence Sénèque, le complexe bio-impotronique qui gouverne le Sol, puis annexent celui-ci pour sauver de la catastrophe leurs précieux équipements et surtout le shetanmargt, le plus avancé de leurs superordinateurs.

Hormis la plongée dans le trou noir, toute fuite hors de Balayndagar s’avère impossible. Selon les Kéloskèrs, le couplage réussi de Sénèque et du shetanmargt devrait assurer la survie du vaisseau géant et de tous ses passagers. Malgré l’incertitude et les risques, Perry Rhodan et ses compagnons tentent le tout pour le tout…

3580 : dans la Galaxie-patrie, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa constitue le monde central. L’isolationnisme contraint n’est cependant pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose maintenant depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la terreur et du mal. Mais le Premier Hétran de la Galaxie, obsédé par le désir d’être immortel, plonge peu à peu dans la démence et les Larenns scellent définitivement son destin : lors d’un tournoi truqué, Leticron est blessé à mort par Maylpancer, le jeune Lourd prévu pour lui succéder.

Décidé à solliciter tous les appuis envisageables pour la résistance galactique, Atlan se rend en mission secrète sur la planète Dernière Chance où un dakkarcom est en construction dans les superlaboratoires passés sous le contrôle des Larenns. Pendant que le commando procède au vol de cet équipement spécial, une autre expédition terranienne tente de rallier Andromède afin d’y requérir l’aide des Maahks – en vain… Le Lord-Amiral ne peut plus compter que sur l’assistance des Cappins de la lointaine galaxie Gruelfin et du Ganjo Ovaron, auquel l’Empire Solaire a jadis prêté main forte. Mais nul ne sait quelle situation règne là-bas, ni comment l’appel au secours y sera perçu.

Dans une telle incertitude, la nécessité d’une opposition fédérée face au Concile devient pressante. Pour pouvoir organiser une conférence secrète des peuples de la Voie Lactée asservis par le Concile, Atlan et ses proches conçoivent un leurre destiné à tromper les Larenns et les Lourds : tout va être mis en scène, sur un monde appartenant à un secteur spatial éloigné, pour simuler le cadre propice au fameux rassemblement. Informés à dessein, les oppresseurs de la Galaxie attaquent et dévastent la planète truquée tandis que la véritable conférence se déroule évidemment ailleurs, quelque part dans l’espace.

Malgré la trahison avortée des Antis, neutralisés par le mystérieux émissaire du Vhrato, la conférence se conclut par la fondation de la C.O.D.I.P.G., ou Coalition pour la Dignité des Peuples Galactiques.

 

3 janvier 3581 : le Sol resurgit intact « de l’autre côté » du Grand Néant Noir dans une incroyable bulle extradimensionnelle qui abrite des soleils, des planètes… et de la vie intelligente ! Les maîtres de la Zone Dakkar, des humano-sauriens très évolués appelés Zgmahkones, réagissent violemment à l’intrusion des étrangers indésirables puis lorsqu’un commando terranien réveille et enlève Olw, le Dormeur Millénaire. Recueilli à bord du Sol, celui-ci révèle en détail l’histoire de sa fratrie, douze êtres hors normes grâce auxquels, jadis, la planète-mère des Zgmahkones a résisté à l’engloutissement dans un trou noir et émergé dans la Zone Dakkar. Seuls capables de voyager à travers les tunnels transdimensionnels qui relient la bulle extra-universelle aux trous noirs de nombreuses galaxies, Olw et ses semblables sont devenus les Spécialistes de la Nuit, les outils de conquête des dictateurs zgmahkones pour lesquels, contraints et forcés, ils ont peu à peu bâti les fondations d’une hégémonie omnipotente : le pouvoir du Concile des Six…

Perry Rhodan l’a compris, l’appui des Dormeurs Millénaires lui est indispensable pour faire ressortir le Sol de la Zone Dakkar. Mais d’autres éléments, certains de nature matérielle, sont également nécessaires – même s’ils se trouvent ailleurs, par-delà les tunnels transdimensionnels, dans la galaxie-patrie des Larenns !

Que de péripéties et de risques en perspective, pour les audacieux qui s’aventureront bientôt sur LES ROUTES DU NÉANT

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CHAPITRE PREMIER

Myrton écoutait attentivement le cliquetis de son zaïth, une boule de protoplasme qui nageait dans un aquarium.

Tant que le son demeurait régulier, il n’existait aucun danger immédiat.

Satisfait, le Gardien du Néant ferma ses yeux rouges irisés de bleu. Il songeait certes à la Fête des Huit Khorvos qui aurait lieu dans quelques jours, mais surtout à son héritier, Premahr. Celui-ci essaierait sûrement de se débarrasser de lui au cours des festivités. Il n’en était pas à son coup d’essai. Seulement, Myrton avait trop d’expérience pour tomber dans un piège insuffisamment préparé.

Lui-même avait dû, pendant des années, recourir à toutes les astuces possibles et imaginables avant de faire passer de vie à trépas son prédécesseur Emmerey et s’introduire enfin dans le cercle très fermé des sept Gardiens du Néant. Les finesses et les combinaisons qu’il avait apprises à cette occasion lui permettaient aujourd’hui de préserver son existence.

Premahr n’arriverait pas à l’éliminer : il y avait veillé.

Le communicateur annonça un appel.

Il y eut un léger délai car les impulsions reçues devaient d’abord franchir la barrière des filtres de sécurité qui les démodulaient, les analysaient et les remodulaient afin d’en ôter toute influence hypnotique éventuelle.

Le visage aux reflets argentés de Yawg, l’un de ses confrères, se stabilisa. Ses yeux rouges et fixes ne trahissaient rien de ce qu’il pouvait penser ou ressentir.

— Longue vie ! dit-il en faisant usage de la formule de politesse habituelle.

— Longue vie !

— Pardonnez-moi si je vous dérange, commença Yawg en produisant avec sa bouche proéminente des cliquetis qui révélaient une certaine nervosité. Je me suis déjà entretenu avec Cerlw, Adknogg et Sapuhn, et nous sommes tombés d’accord. Nous devons convoquer une réunion générale.

— Une réunion ? interrogea Myrton en émettant à son tour des bruits d’excitation. Vous voulez parler d’une véritable rencontre, pas d’une téléconférence ?

— Je suis conscient des risques extrêmes que présente le fait de nous retrouver au même endroit. Ce sera une grande tentation pour nos héritiers de tenter de nous tuer tous d’un seul coup. Mais nous devons pouvoir nous entretenir dans le plus grand secret. Et dans le cas d’une téléconférence, il subsiste toujours le danger que nos communications soient interceptées.

L’argument de Yawg paraissait logique, ce qui n’empêchait pas Myrton de craindre que tout cela ne fût qu’un piège destiné à l’éliminer, lui et certains confrères.

Pour cette raison, ce genre de conférence n’avait que très rarement eu lieu par le passé. Les Gardiens du Néant se méfiaient de leurs successeurs, et aussi les uns des autres.

Le peuple zgmahkone était dirigé depuis très longtemps par sept dictateurs de rang égal, choisis et désignés par leurs prédécesseurs, et qui devaient à leur tour en faire autant avec leurs héritiers. Il leur fallait pour cela veiller au respect de certains critères, comme par exemple un quotient intellectuel au-dessus de la moyenne et des connaissances suffisantes pour pouvoir contrôler efficacement les scientifiques à leur service.

Une conséquence de ce système était que tous les individus intéressés par une charge gouvernementale travaillaient intensément à l’élargissement de leur savoir.

Au cours des générations, des effets pervers étaient toutefois apparus.

Les dictateurs en place avaient constaté qu’en sélectionnant assez tôt un Zgmahkone très fortuné pour leur succéder après leur mort, ils pouvaient tirer de ce choix de substantiels avantages matériels.

L’élu se montrait très attentif aux besoins financiers de son bienfaiteur, et il le soutenait de toutes les manières imaginables car il ne voulait évidemment pas se voir rejeté.

Mais comme pour toute chose, il existait un revers à la médaille. Si la crainte d’une déchéance poussait l’héritier à assumer des dépenses somptuaires et à apporter un appui inconditionnel, elle induisait également chez lui une forte tentation d’éliminer son protecteur aussi vite que possible, car seul un Gardien du Néant mort ne pouvait revenir sur sa décision.

Naturellement, un dictateur aurait pu s’offrir la garantie d’une longue existence en ne se choisissant pas de dauphin, mais il aurait alors dû renoncer à une source continue de financement et aux services d’un agent riche et influent. Comme cela l’aurait désavantagé par rapport à ses collègues, il préférait accepter cette menace permanente et faire le nécessaire pour s’en protéger.

L’une des mesures les plus efficaces pour rester en vie consistait à ne pas sortir de sa demeure, transformée en forteresse imprenable, et à ne se tenir au courant des affaires gouvernementales que par radio.

Au grand regret des Gardiens du Néant, cette méthode n’était cependant pas toujours applicable. De temps à autre, ils devaient se rencontrer en chair et en os, par exemple lorsque les circonstances exigeaient un secret absolu sur le contenu de leurs conversations.

Myrton se contraignit au calme et cessa de cliqueter.

— Yawg, vous devez au moins m’apprendre de quoi il retourne avant que je me décide. Quel sujet peut être si important et si sensible que nous ne puissions en discuter par téléconférence ?

— Il s’agit des étrangers qui se sont introduits dans notre espace. Et pas seulement d’eux, mais aussi d’Olw, ce Spécialiste de la Nuit qui a été réveillé et enlevé.

— Je comprends, dit Myrton après un instant de réflexion. Dans ces conditions, je suis prêt à participer à une réunion physique.

— Merci ! répondit Yawg. Est-ce que cela vous dérangerait de parler à Tellest et Wemmti pour leur proposer d’y assister également ?

Myrton fit claquer sa langue.

Il connaissait la forte antipathie qui existait entre son interlocuteur d’une part, et Tellest et Wemmti de l’autre : elle trouvait ses origines dans des intérêts privés contradictoires.

— C’est entendu, décida-t-il. Où aura lieu cette conférence ?

— Au Palais de l’Irdul Noir, répondit Yawg.

— C’est bon. Je vais envoyer mon responsable de la sécurité afin qu’il effectue tous les préparatifs.

— À nous revoir.

— À nous revoir, fit Myrton.

Si nous vivons jusque-là, ajouta-t-il en pensée.

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Myrton resta longtemps assis à réfléchir, immobile dans son fauteuil.

Il fut arraché à ses ruminations lorsque les mouvements du zaïth se modifièrent légèrement.

Le Gardien du Néant se dressa, droit comme un i, et plongea son regard dans le petit aquarium transparent où flottait la créature.

Elle avait changé d’aspect. Elle n’avait été jusqu’ici qu’une masse amorphe et maintenant, elle ressemblait à un Zgmahkone en miniature, déformé. La tête à elle seule était presque aussi grosse que le reste du corps.

Myrton se leva. Il se pencha au-dessus de la cuve et se concentra sur le visage en train de se préciser. La forme et les traits se modifiaient sans cesse et il lui fallut longtemps avant de se stabiliser.

Le dictateur émit des clics d’excitation.

La face que le zaïth venait d’imiter était celle de Nedir, son wganan, qui avait pour tâche de goûter tous les aliments et boissons qu’il envisageait de consommer.

Chaque Gardien du Néant en possédait un pour se protéger de tout risque d’empoisonnement. Ils étaient bien entendu conscients que les effets de certaines drogues ne se faisaient sentir qu’au bout d’un moment, aussi les wganans subissaient-ils une longue préparation qui les sensibilisait pour réagir instantanément aux traces les plus infimes de substances suspectes.

Myrton ne voyait pas pourquoi Nedir aurait pu s’avérer dangereux. Son conditionnement n’était pas seulement de nature physique, mais aussi psychique. Il était incapable de commettre un seul acte susceptible de nuire à son maître.

D’un autre côté, le zaïth ne l’avait encore jamais trompé. Au fil du temps, le Gardien du Néant en était arrivé à la conclusion qu’il était infaillible.

Ce n’était pas un hasard s’il était le plus âgé de la caste dirigeante. Tous ceux qui étaient en place lorsqu’il avait pris la succession d’Emmerey étaient maintenant morts. Ils avaient été assassinés en quelques années, et deux de leurs propres héritiers avaient même déjà rendu l’âme. Aucun d’entre eux n’avait possédé de zaïth. Myrton avait par conséquent des raisons sérieuses de penser que Premahr aurait depuis longtemps réussi à le tuer si la boule de protoplasme ne l’avait pas chaque fois prévenu à temps.

Il fit un signe à son robot de service.

— Fais en sorte que Nedir soit emmené au laboratoire et subisse des tests. Je veux suivre toute la procédure !

La machine s’éloigna en bourdonnant, planant au-dessus du sol.

Lorsqu’un écran holographique s’alluma, le Gardien du Néant leva les yeux avec appréhension.

Il ne lui fallut pas longtemps pour voir deux solides gardes de la sécurité pénétrer dans la salle d’examen avec le goûteur. Il ne se rebellait pas. Son conditionnement psychique ne le permettait pas.

Myrton observa attentivement les deux Zgmahkones qui allongeaient le wganan sur une table transparente. Ils branchèrent ensuite divers instruments sur le suspect. Les appareils prélevèrent du sang et commencèrent à étudier l’ensemble des organes. Tous les échantillons furent examinés par radiologie et spectroscopie, traités à l’aide de substances chimiques et soumis à l’action de tous les poisons connus.

En constatant que les résultats étaient négatifs, le dictateur lança un regard soupçonneux à son zaïth mais la petite créature maintenait imperturbablement son imitation du visage du wganan. Ce devait être très pénible pour elle ; seulement, elle n’avait pas le choix, en raison des liens psychiques étroits qui l’unissaient à son maître.

Myrton bondit de son siège et émit un cliquetis rapide en voyant que l’un des appareils réagissait enfin positivement. Il aurait aimé se rendre en personne dans la salle d’examens. Seule sa grande prudence l’en retenait.

L’un des gardes lut le résultat de l’analyse devant l’écran.

— Nedir est immunisé à la vrandorsanine. Quelqu’un doit lui avoir administré depuis longtemps des doses progressives, en commençant avec des quantités minuscules qui ne déclenchaient que des réactions insignifiantes. Actuellement, le wganan ne réagirait même pas s’il absorbait une quantité suffisante pour tuer dix hommes.

Myrton rabaissa les membranes nictitantes de ses yeux.

Il connaissait la totalité des poisons et des contrepoisons. Il était très vraisemblablement la plus haute autorité de l’empire en la matière. Il était inutile de lui expliquer à quoi servait la vrandorsanine.

Ce n’était pas une substance vraiment mortelle, mais elle agissait sur une longue durée et privait peu à peu sa victime de discernement, la rendant incapable de juger logiquement les faits, de reconnaître ses propres intérêts et de prendre conscience du danger. Au bout d’un an, son comportement se serait modifié de telle façon qu’elle tomberait immanquablement dans le premier piège tendu.

— Premahr ! s’écria Myrton, ivre de rage. Tu vas payer pour cela ! Je vais me choisir un autre héritier !

Il continua à fixer l’écran tandis que Nedir recevait une injection destinée à l’endormir.

Il resterait plongé dans le sommeil jusqu’à ce que son immunité au poison se fût dissipée. Pendant ce temps, le wganan suppléant assurerait son travail.

Tout à coup, le Gardien du Néant courut vers son tableau de commande et l’utilisa sans faire appel à son robot de service. Il venait d’avoir une idée pour entraîner Premahr dans le piège qu’il avait lui-même tendu.

Les deux gardes de la sécurité levèrent les yeux lorsque la voix de leur maître retentit de façon inattendue dans la salle d’examens.

— Réveillez-le ! ordonna Myrton. Faites prendre au wganan deux gnodoms et demi de sarpossan. Cela va le rendre allergique à la vrandorsanine, si bien qu’il aura une réaction immédiate si un peu de cette drogue est mélangé à mes aliments ou à ma boisson.

— À vos ordres, Maître, répondit l’un des gardes.

Le dictateur éteignit l’écran et cliqueta sur un rythme rapide.

Il était excité, parce qu’il se réjouissait à l’avance. Si Nedir reprenait son service en tant que wganan, l’espion qui travaillait quelque part dans la forteresse pour le compte de Premahr allait annoncer à son commanditaire que tout se passait comme prévu. Cela inciterait son héritier à mettre sur pied un projet d’assassinat conçu pour une victime sans méfiance et diminuée.

Mais Myrton serait loin d’être sans méfiance et diminué ! Il réussirait cette fois encore à contrecarrer les plans de son successeur et à le démasquer.

Le Gardien du Néant quitta la salle en cliquetant de satisfaction.

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Le Palais de l’Irdul Noir se dressait sur Shamadir, l’une des nombreuses îles situées dans les mers chaudes et poissonneuses qui séparaient deux des trois continents principaux.

Alors que le croiseur stratosphérique de Myrton s’apprêtait à se poser, le Gardien du Néant constata que deux autres dictateurs étaient arrivés avant lui. Deux appareils d’aspect semblable au sien étaient rangés sur la plate-forme blindée du toit de l’édifice, en fait une forteresse puissamment armée.

Il vérifia le fonctionnement de son kesitch, une combinaison qui protégeait son porteur de pratiquement tous les dangers possibles. Il était le seul à en posséder une de ce genre. Elle pouvait être contrôlée au moyen de simples commandes manuelles ou par une liaison bioponique directe avec le cervelet, siège du subconscient et de l’instinct.

Cette interface était le secret de Myrton. Elle lui garantissait une parade à toutes les menaces, même s’il ne les avait pas encore perçues consciemment.

Il l’avait activée en vue de la rencontre à venir. Il lui paraissait très invraisemblable que l’un des héritiers ait pu accéder à cette forteresse, mais il n’accordait aucune confiance aux autres Gardiens du Néant. Certains d’entre eux auraient aimé le voir mort car à leur sens, il avait survécu beaucoup trop longtemps, et ce seul fait les inquiétait.

Lorsque son véhicule se fut posé, Myrton quitta sa cabine aux multiples systèmes de sécurité et rejoignit sa section de protection rapprochée, huit individus armés jusqu’aux dents. Il savait pouvoir compter sur eux : il les avait rendus dépendants d’une dose quotidienne de contrepoison qu’on ne pouvait obtenir que de lui. S’il mourait, ils le suivraient dans la tombe un jour plus tard.

— Tout est en ordre, Maître, annonça Zorw, le commandant de sa garde personnelle. Les détecteurs n’ont rien décelé de suspect.

Le dictateur ne répondit pas. Il aurait préféré se fier aux déplacements monotones du zaïth, mais celui-ci avait été tellement épuisé par son imitation du visage de Nedir qu’il aurait vraisemblablement besoin de plusieurs jours pour s’en remettre, s’il ne décédait pas.

Peut-être avait-ce été là le véritable but de Premahr : un surmenage mortel de la créature qui avertissait son maître mieux que n’importe quel détecteur de l’imminence d’un danger.

— Allons-y, ordonna-t-il.

Quatre gardes descendirent en premier et prirent position, leurs radiants à la main. Myrton les suivit, entouré des quatre autres soldats qui devaient lui faire un rempart de leur corps en cas de besoin.

Un Zgmahkone non armé les attendait sur la plate-forme. Il était vêtu d’une ample toge resserrée à la taille par un ceinturon richement orné. Les symboles imprimés sur son vêtement désignaient cet homme comme le Maître du Palais, c’est-à-dire l’intendant de la résidence de l’Irdul Noir, et le responsable de la sécurité des sept Gardiens du Néant durant tout leur séjour.

Le visage impassible, il soutint le regard des deux factionnaires qui le fouillèrent ensuite.

Puis le Maître du Palais fit demi-tour et conduisit les nouveaux venus à l’intérieur de l’édifice.

Ils descendirent par un puits antigrav avant de parcourir un labyrinthe parsemé de pièges auxquels ne pourrait échapper un non-initié. Seuls le Maître du Palais et les dictateurs en exercice connaissaient le bon chemin. L’unique trajet possible avait été imprimé dans leurs cerveaux par hypnosuggestion.

À la sortie du dédale, ils débouchèrent dans une salle circulaire. Une banquette confortable en faisait le tour, chaque place disposant d’un accès à la positronique centrale.

Yawg et Cerlw se levèrent en voyant leur collègue entrer.

— Longue vie ! lancèrent-ils d’une seule voix.

— Longue vie ! répondit Myrton.

Il renvoya ses gardes dans le vestibule. Il se sentait en sécurité ici.

Il s’installa devant sa console et se connecta. Il constata rapidement que les informations que l’on y avait mémorisées provenaient de très anciennes archives et avaient trait aux Spécialistes de la Nuit.

Il était encore trop tôt pour consulter toutes ces données. Les Gardiens du Néant devaient d’abord être au complet. Ainsi le stipulait le règlement.

Les quatre restants ne tardèrent pas à faire leur entrée. Eux aussi étaient accompagnés de gardes du corps et portaient des combinaisons protectrices particulières.

— Parle, Yawg ! dit Myrton.

L’interpellé émit un cliquetis nerveux avant de commencer.

— Lors de notre dernière téléconférence, vous m’avez chargé de rassembler des informations sur les étrangers ainsi que sur le Spécialiste de la Nuit, Olw, qui a été enlevé dans sa crypte.

« En ce qui concerne les intrus, il n’y a rien de nouveau. Les navires que j’ai envoyés en reconnaissance sont rentrés. Selon le rapport de leurs commandants, ils n’ont pu approcher à portée de tir du vaisseau géant. Ce dernier s’est retiré dans la Zone Dakkar et a disparu dans l’un des bras latéraux de la bulle énergétique qui englobe notre espace vital. Nos unités ont fait demi-tour car ce secteur instable peut se déchirer à tout moment, anéantissant tout ce qui se trouverait à l’intérieur.

— Pouvons-nous espérer être ainsi débarrassés de ces étrangers dans un délai raisonnable ? se renseigna Adknogg.

— Je l’ignore. Il n’est pas possible de calculer l’instant exact où se produira une telle déchirure. La zone concernée peut rester stable pendant encore des années. Mais elle peut tout aussi bien éclater demain et provoquer un afflux d’énergie hexadimensionnelle.

— Nous devons donc agir comme si les intrus n’étaient pas en danger, commenta Myrton. Passons au point suivant, Yawg. Quels renseignements avez-vous pu obtenir sur Olw ?

— Quelques informations très importantes. Je les considère même comme si importantes que je vous demanderai de les consulter directement sur votre positronique. Vous constaterez que notre savoir relatif aux Spécialistes de la Nuit est très réduit par rapport à ce qu’il devrait être.

Personne ne fit de commentaire. Les sept Gardiens du Néant se tournèrent vers leur console.

Nombre d’informations étaient déjà connues de Myrton. Par exemple le fait que les Spécialistes de la Nuit avaient été créés jadis au moyen de manipulations génétiques pour protéger la planète Groyocko de l’anéantissement, avant sa chute dans un trou noir.

Et ils avaient réussi.

Leur patrie n’avait pas été détruite par le déferlement d’énergie étrangère. Au lieu de cela, elle avait plongé dans un tunnel transdimensionnel.

Finalement, elle était ressortie dans une sorte de bassin collecteur, où se trouvaient déjà d’autres étoiles et planètes. Là, les survivants avaient entrepris de rebâtir leur empire, qui subsistait encore aujourd’hui. Avec l’aide des Spécialistes de la Nuit, ils étaient parvenus à atteindre de lointaines galaxies par divers couloirs interdimensionnels, à soumettre plusieurs peuples et à édifier une puissante entité appelée le Concile, apparemment autonome mais qui était en réalité dirigée d’une façon très subtile par les Zgmahkones.

Comme, au fil du temps, les Spécialistes de la Nuit s’étaient montrés récalcitrants, ils avaient été enfermés dans des cryptes et cryogénisés, chacun sur une planète différente. On ne les réveillait que lorsqu’on avait besoin d’eux.

Mais Myrton obtint aussi des informations qu’il ignorait jusqu’à ce moment. Par exemple, on s’était aperçu depuis de nombreuses générations qu’Olw et Py s’aimaient.

La positronique avait émis l’hypothèse que selon toute probabilité, leurs sentiments ne s’étaient pas altérés durant la phase d’hibernation. Or, le Spécialiste venait tout juste d’être tiré de son sommeil tandis que sa compagne dormait toujours dans sa crypte sur la planète Lennyth.

Les Gardiens du Néant se déconnectèrent et relevèrent les yeux de leur console.

— Nous connaissons maintenant les faits, dit Myrton. Quelles conclusions en tirez-vous ?

Tellest prit la parole.

— Si Olw aime toujours Py, ce que je considère comme certain, nous devons nous attendre à ce qu’il tente de la délivrer avec l’aide des étrangers. (Les autres émirent des cliquetis d’approbation.) S’il veut la libérer, il devra aller sur Lennyth. Comme il ne possède pas de vaisseau, il aura besoin de l’appui des intrus. Nous pourrions donc leur tendre un piège sur la planète.

— Ils ne seront pas faciles à capturer, rappela Cerlw. Nous l’avons appris à nos dépens lorsque plusieurs d’entre eux ont débarqué sur Dreitgsish. Non seulement ils disposent de facultés inquiétantes, mais ils ont aussi des armes inconnues. Nous ne pouvons pas être certains que le piège que nous leur préparerons sera assez efficace pour les capturer ou les tuer.

— C’est exact, convint Myrton. Mais j’ai une idée qui pourra se révéler décisive.

Il exposa son plan. Lorsqu’il eut terminé, celui-ci reçut l’approbation générale.

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Le trou noir flottait comme un gigantesque œil de velours dans l’immensité de l’espace.

Devant lui s’étirait un amas d’astres qui allait en s’élargissant au fur et à mesure qu’il s’en éloignait.

Il y avait là soixante-trois planètes et chacune d’entre elles tournait autour d’un soleil. Il existait environ trois mille étoiles dans le Fuseau, mais ni elles ni leurs satellites ne s’étaient formés ici. Tous ces corps célestes avaient été jadis, en un point quelconque de l’Univers, aspirés dans le puits gravitationnel d’un collapsar avant d’aboutir dans ce secteur. Échappant à la destruction suite à des circonstances particulières, ceux-ci avaient été engloutis dans un tunnel transdimensionnel et, à son extrémité, brutalement projetés hors de cette résurgence unique qu’était l’Œil de Velours. Ainsi les Terraniens avaient-ils effectivement baptisé le trou noir ouvrant sur la Zone Dakkar.

La très haute vélocité des étoiles et des planètes absorbées avait eu pour effet de les éloigner de cette sortie, et comme ils étaient tous arrivés ici par le même chemin, ils avaient tous pris la même direction.

C’était la raison pour laquelle ils ne s’étaient pas regroupés pour former un amas sphérique, mais s’étaient plutôt alignés. Seules les planètes avaient conservé leur mouvement de rotation propre et certaines d’entre elles continuaient à tourner autour de leur astre-mère, tandis que d’autres avaient dû se trouver un nouveau soleil tutélaire.

Les étoiles, au contraire, poursuivraient leur trajectoire pour l’éternité.

Tout ce système ne pouvait exister que parce que l’Œil de Velours émettait en permanence de grandes quantités de rayonnement quintidimensionnel. Il engendrait autour de la constellation du Fuseau une bulle protectrice sans laquelle tout aurait été englouti par le continuum hexadimensionnel environnant.

Au cours du temps, il s’était formé des excroissances ou des diverticules en forme de bras ou de ramifications qui s’étendaient parfois très loin.

Dans l’une de celles-ci croisait depuis quelques jours un vaisseau spatial. Il ressemblait à un gigantesque haltère auquel on aurait ôté une sphère.

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L’image du poste central commença à se brouiller devant les yeux de Perry Rhodan.

Au bout de quelques secondes, il ne distinguait plus qu’une brume bleutée qui scintillait faiblement et d’où montaient des bruits étranges et indéfinissables.

Surtout, ne pas bouger !

Un objet émergea du brouillard. Il présentait une certaine ressemblance avec une plate-forme de chantier spatial en réduction. De forme ovale, il mesurait environ cinq mètres sur son axe principal, pour une cinquantaine de centimètres d’épaisseur. Il se composait d’un métal couleur ivoire qui paraissait recouvert de poudre d’argent.

Dessus se tenait un être humanoïde vêtu d’un spatiandre qui avait l’air plus léger et plus sophistiqué que les combinaisons terraniennes.

Le casque étant fermé, on ne distinguait pas ses traits à cause des reflets sur la visière. Ce ne fut que lorsqu’il tourna la tête que Rhodan aperçut pendant quelques secondes un visage à la peau brun rouge, au nez recourbé et aux yeux sombres, encadré par une longue chevelure noire.

Un Cappin ?

Instinctivement, le Stellarque leva la main droite pour saluer. Mais bien que l’étranger fût juste devant lui, il ne réagit pas.

Le Terrien laissa retomber le bras. Il savait qu’il ne pouvait établir de contact. Ce n’était qu’une vision, de nature immatérielle. Probablement correspondait-elle à un événement qui s’était déjà produit ici dans le passé, ou qui surviendrait seulement dans le futur.

Une projection temporelle !

L’image s’évanouit aussi vite qu’elle était apparue, entraînant avec elle la brume bleutée.

Rhodan poussa un soupir de soulagement en retrouvant le décor familier de la centrale de commandement. Les officiers étaient toujours assis à leurs postes. Ils étaient également restés immobiles.

Lorsque ce phénomène s’était manifesté pour la première fois, deux hommes s’étaient évaporés. Sénèque en était arrivé à une conclusion simple : cet accident était dû au fait qu’ils s’étaient déplacés durant la phase interférentielle qui venait d’affecter l’Espace Dakkar.

Par chance, ces apparitions ne s’étaient encore jamais produites dans l’une des sections abritant des enfants. L’on ne pouvait attendre de ceux-ci la même maîtrise de soi et la même rigueur que chez des adultes ayant reçu une formation scientifique et militaire. Et il fallait une bonne dose de sang-froid et de discipline pour demeurer immobile en face d’un phénomène aussi inquiétant, surtout lorsque des objets ou des créatures inconnus semblaient menaçants.

Rhodan ne prit pleinement conscience de la difficulté que cela représentait que quand il se rappela avoir adressé un signe de la main au fantôme du Cappin.

Il s’éclaircit la gorge avant de parcourir du regard le poste central.

— Tout le monde est là ?

Mentro Kosum hocha la tête.

— Personne ne manque à l’appel.

Perry se tourna vers Icho Tolot, qui se tenait près de la table des cartes, pareil à une statue.

— As-tu toi aussi vu cette plate-forme, Tolotos ?

— Il est probable que nous avons tous vécu le même phénomène.

— Serait-il possible de savoir quand ce voyageur de l’espace-temps a croisé notre position actuelle ?

— C’est difficile à dire, répondit le Halutien. Même mon planicerveau n’est pas en mesure de déterminer, à la seule vue d’un Cappin, s’il se trouvait ici dans un lointain passé ou s’il y sera dans un lointain avenir. Ce peuple se sert depuis longtemps de la Zone Dakkar pour ses expéditions.

Perry Rhodan hocha la tête.

— Je me demande surtout si ces phases interférentielles affectant la Zone Dakkar sont à considérer comme les signes avant-coureurs d’une menace sérieuse pour le Sol.

— J’ai évalué le problème avec l’aide de Sénèque, déclara Kosum. Il juge que nous ne courons pas de grand danger pour l’instant. L’excroissance de la bulle Dakkar dans laquelle nous nous sommes mis à l’abri de nos poursuivants est longue de cent cinquante millions de kilomètres et large de quatre-vingts millions. C’est un rapport correct, il n’y a aucun risque de tension conduisant à un éclatement.

— Que se passerait-il si cela arrivait ? Avez-vous également questionné Sénèque à ce sujet ?

— Il en résulterait un déferlement d’énergie issue du continuum hexadimensionnel, répondit l’émo-astronaute.

— Ce qui serait synonyme d’anéantissement pour le Sol, commenta tranquillement Rhodan.

— Sénèque affirme qu’un navire équipé d’un propulseur hexadim et piloté avec une attention extrême aurait de bonnes chances de pouvoir tenir la route et naviguer dans un environnement à six dimensions.

Icho Tolot fit mine de rire. Tous les officiers du poste central se bouchèrent aussitôt les oreilles dans l’attente du déferlement sonore, mais le Halutien se domina juste à temps et le vacarme se mua rapidement en quelques gloussements.

— « De bonnes chances » ne sont pas suffisantes pour un vaisseau spatial qui emporte à son bord des milliers d’adultes ainsi que de nombreux enfants et adolescents, fit remarquer Rhodan lorsque l’hilarité du géant se fut apaisée. Si Sénèque ne peut affirmer avec une certitude absolue que nous pouvons nous aventurer dans la Zone Dakkar, nous nous en abstiendrons. Dans le continuum à six dimensions lui-même, un vol hexadim est totalement impossible. Nous ne parvenons même pas à comprendre ce qu’est réellement ce milieu. À moins que tu n’en sois capable, Tolotos ?

— Cela m’est impossible à moi aussi, Rhodanos, répondit le Halutien. Mon planicerveau est plongé dans le désarroi chaque fois que je tente de réfléchir à cette question. Il se contente de dire que les conditions doivent être effroyables en dehors de la bulle Dakkar.

— Le ballon Dakkar ! corrigea le Terrien.

— Dans ta langue, un ballon désigne un corps creux gonflé à l’air chaud ou au gaz, rétorqua le colosse noir. Je préfère le terme de bulle.

Perry secoua la tête.

— Pas moi, Tolotos, car il me fait systématiquement penser à une fragile bulle de savon susceptible d’éclater à tout moment.

Le Halutien laissa échapper un nouveau petit rire.

— Je tiendrai compte de tes sentiments, Rhodanos. Si tu es d’accord, je vais aller discuter avec Olw. Il y a encore beaucoup de choses que nous devons apprendre concernant les phénomènes astrophysiques de cette région.

— Entendu, approuva Perry. Mais j’aimerais que nous allions lui parler tous les deux, et que L’Émir prenne part également à la conversation – ainsi que Dobrak.

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Un quart d’heure plus tard, Perry Rhodan retrouvait l’hypermathématicien à la jonction avec le module central du Sol. Le Kéloskèr s’était intensivement occupé de l’interfaçage entre Sénèque et « son » shetanmargt, bien que cela revînt en fait à intégrer physiquement ce dernier à la bio-impotronique. Il activa le translateur que lui avaient donné les Terraniens.

— C’est une combinaison fantastique ! dit-il, rayonnant. Grâce à elle, je pourrai arriver à calculer un modèle de post-univers.

— De post-univers ? Que voulez-vous dire, Dobrak ?

Le Kéloskèr avançait péniblement sur ses deux courtes jambes. Il avait du mal à suivre le pas de Rhodan.

— Je veux parler de l’univers qui se formera un jour à partir des restes du nôtre, répondit-il de bonne grâce. Avec mes précédents calculs, j’ai par exemple établi qu’avant l’événement que vous appelez Big Bang, il a existé un autre univers qui, au-delà d’une certaine limite, a cessé de s’étendre et s’est mis à se contracter. Lorsque ce processus a pris fin, il était réduit à un point unique. Il n’existait plus ni espace, ni temps… jusqu’à ce que survienne l’explosion que vous considérez comme initiale. Depuis, notre continuum est en expansion constante.

— Jusqu’à ce que tout se répète de nouveau ?

— Rien ne se répète, le contredit Dobrak. Notre univers a débuté à un degré d’évolution submatériel supérieur au précédent. Il était déjà intelligent à sa naissance, ou portait en lui les germes de futures réactions que nous devons décrire comme intelligentes.

« Notre post-univers commencera donc sur une plus haute marche de l’évolution et développera des structures encore plus complexes, jusqu’à aboutir à quelque chose qu’aujourd’hui, personne n’est capable d’imaginer. (Le Kéloskèr prit une profonde inspiration.) Mais avec les connaissances heptadimensionnelles que je possède en tant qu’incarnation de nos meilleurs calculateurs disparus, et avec l’aide du complexe Sénèque-shetanmargt, il devrait m’être possible d’établir au cours de cette vie un modèle de ce post-univers.

— Je vous saurais vraiment gré de pouvoir m’expliquer clairement comment notre univers actuel doit être compris, dit Rhodan à voix basse.

Dobrak s’arrêta et regarda le Terrien avec étonnement.

— Je pensais que vous le saviez déjà, répondit-il. Il est évident que tous les univers ne sont rien d’autre que des illusions fonctionnelles refermées sur elles-mêmes.

Perry fronça les sourcils.

— Rien que des illusions ? répéta-t-il, médusé. Comment quelque chose qui n’existerait que dans notre imagination pourrait-il conduire à des processus évolutifs et s’améliorer qualitativement ?

Le Kéloskèr laissa échapper une suite de sons traduisant l’amusement.

— Vous m’avez mal compris. C’est comme si votre définition du mot illusion était aussi éloignée de la mienne que les mathématiques quadridimensionnelles le sont des heptadimensionnelles.

« Bien sûr, je n’entendais pas par ce terme un phénomène qui n’existerait que dans notre imagination, car comment une illusion pourrait-elle contenir des illusions ? Selon ma définition, l’illusion englobe l’Univers entier. Vous et moi ne sommes que des illusions de ce dernier. Et si nous sommes fonctionnels, c’est parce qu’elles sont une expression de ses forces créatrices.

— Nous sommes donc les illusions d’une illusion ? interrogea Rhodan, non sans ironie. Mais vous venez de me dire que cela ne peut pas exister !

— Inutile d’insister, soupira Dobrak avec découragement. Nous ne parlons pas le même langage. Je ne peux exprimer intelligiblement ma pensée sans avoir recours aux mathématiques heptadimensionnelles, et je dois pour cela employer des termes dont les définitions sont pour vous extrêmement restreintes et figées par les frontières de votre savoir. C’est comme si vous vouliez expliquer à une colonie d’insectes qu’une planète est un corps céleste qui tourne autour d’une étoile, et que le jour et la nuit sont un effet de sa rotation propre.

— Vous voulez dire des insectes au comportement purement instinctif ?

— Oui, répondit le Kéloskèr. Bien que vous sous-estimiez notablement l’intelligence d’une colonie d’insectes dont les individus ne possèdent pas de système nerveux central. L’existence d’un encéphale n’est pas la condition préalable à l’apparition de l’intelligence. C’est au contraire la présence de celle-ci à l’état immatériel dans notre univers qui a fait que de nombreuses espèces ont développé un cerveau, dans lequel l’intelligence ambiante a pour ainsi dire pu se cristalliser.

— Je comprends, dit Perry. Il est cependant un peu déprimant pour moi d’être confronté à un être dont les qualités intellectuelles sont aussi supérieures aux miennes que les miennes le sont par rapport à celles d’un insecte.

— Vous faites erreur, objecta Dobrak. Les êtres humains sont meilleurs que nous, car nos cerveaux, en se concentrant sur l’exercice des mathématiques heptadimensionnelles, se sont trop spécialisés et ne sont de ce fait plus assez flexibles.

« Nous aurons disparu bien avant que votre peuple ne soit parvenu au zénith de son évolution…

Le Stellarque déglutit en réalisant à quel point le Kéloskèr était convaincu de ce qu’il affirmait.

— Grâce à vous, dit Perry, j’ai compris encore une fois combien l’Homme est petit, et qu’il ne peut se grandir qu’en se fixant des buts élevés à atteindre. (Il soupira.) Mais ce n’était pas pour cela que je vous ai fait venir.

— Vous voulez me présenter au Spécialiste de la Nuit que vos hommes ont enlevé, affirma Dobrak. Je suis d’accord, Rhodan.

Le Terrien sursauta.

— Mais comment le savez-vous ?