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Perry Rhodan n°267 - Le Plan de l'accomplissement

De
252 pages

Alors que la Terre devient de plus en plus instable sur son orbite autour du soleil Médaillon et que se rapproche l'heure de sa chute dans le Gouffre, les aphiles du dictateur Trevor Casalle et les immunisés de l'Organisation Bon Voisin, Reginald Bull en tête, continuent de s'affronter dans des combats acharnés.
Pronostics, évaluations, décisions vont bon train. Face à l'urgence, les opposants finiront-ils par oublier leur antagonisme, pour négocier et s'associer dans l'objectif du salut de la collectivité ? Car, tout de même, le sort de vingt milliards de Terraniens est en jeu... Et sans l'entrée en scène d'une tierce puissance, rien ne paraît moins sûr que leur avenir... Mais d'où pourrait bien surgir, et qui pourrait donc être, ce providentiel deus ex machina ?





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LE PLAN
DE L’ACCOMPLISSEMENT

PERRY RHODAN — 267

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Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

 

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’État. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

 

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

 

Pour la dignité des peuples galactiques !

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

 

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des Étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES DIX PREMIERS CYCLES1
 DE LA SÉRIE
PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des Étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.



CHRONOLOGIE ET RÉSUMÉ DU CYCLE EN COURS

 

3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie. Peu nombreux sont les immunisés : seuls les porteurs d’activateur cellulaire – à l’exception temporaire de Reginald Bull –, les mutants et de rares individus « ordinaires » échappent à ce véritable fléau qui a conduit à l’instauration d’un nouveau pouvoir politique et d’un ordre mondial sans précédent. Condamnés à l’exil, Perry Rhodan et presque tous ses proches partent à bord du Sol, un colossal vaisseau spatial à très grand rayon d’action, pour une odyssée dont nul ne saurait prévoir la durée.

3578 : sur la Planète d’Ovaron, à près de 3 500 années-lumière de la Terre, la colonie secrète fondée par l’ex-Stellarque juste avant son exil réussit à prendre un nouvel essor et est dotée d’une station d’accueil pour les fugitifs traqués par les aphiles.

Depuis les parages de la microgalaxie Balayndagar, l’équipage du Sol a réussi à localiser la très lointaine Voie Lactée. L’un des deux ultracroiseurs constituant la nef géante en a pris le chemin, tandis que l’autre partie s’aventure jusqu’à une planète accueillante pour y refaire les réserves du bord et tombe dans le piège insidieux tendu par les Kéloskèrs. Ces « penseurs infinis », qui sont les calculateurs stratégiques du Hétos des Sept, adorent et redoutent le trou noir situé au centre de Balayndagar, dont un dispositif spécial leur permet de juguler l’expansion. Hélas, la destruction accidentelle de cet appareil relance le processus d’engloutissement de la microgalaxie dans le Grand Néant Noir. Les Kéloskèrs prennent sous influence Sénèque, le complexe bio-impotronique qui gouverne le Sol, puis annexent celui-ci pour sauver de la catastrophe leurs précieux équipements et surtout le shetanmargt, le plus avancé de leurs superordinateurs.

Hormis la plongée dans le trou noir, toute fuite hors de Balayndagar s’avère impossible. Selon les Kéloskèrs, le couplage réussi de Sénèque et du shetanmargt devrait assurer la survie du vaisseau géant et de tous ses passagers. Malgré l’incertitude et les risques, Perry Rhodan et ses compagnons tentent le tout pour le tout…

3580 : dans la Galaxie-patrie, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa constitue le monde central. L’isolationnisme contraint n’est cependant pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose maintenant depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la terreur et du mal. Mais le Premier Hétran de la Galaxie, obsédé par le désir d’être immortel, plonge peu à peu dans la démence et les Larenns scellent définitivement son destin : lors d’un tournoi truqué, Leticron est blessé à mort par Maylpancer, le jeune Lourd prévu pour lui succéder.

Décidé à solliciter tous les appuis envisageables pour la résistance galactique, Atlan se rend en mission secrète sur la planète Dernière Chance où un dakkarcom est en construction dans les superlaboratoires passés sous le contrôle des Larenns. Pendant que le commando procède au vol de cet équipement spécial, une autre expédition terranienne tente de rallier Andromède afin d’y requérir l’aide des Maahks – en vain… Le Lord-Amiral ne peut plus compter que sur l’assistance des Cappins de la lointaine galaxie Gruelfin et du Ganjo Ovaron, auquel l’Empire Solaire a jadis prêté main forte. Mais nul ne sait quelle situation règne là-bas, ni comment l’appel au secours y sera perçu.

Dans une telle incertitude, la nécessité d’une opposition fédérée face au Concile devient pressante. Pour pouvoir organiser une conférence secrète des peuples de la Voie Lactée asservis par le Concile, Atlan et ses proches conçoivent un leurre destiné à tromper les Larenns et les Lourds : tout va être mis en scène, sur un monde appartenant à un secteur spatial éloigné, pour simuler le cadre propice au fameux rassemblement. Informés à dessein, les oppresseurs de la Galaxie attaquent et dévastent la planète truquée tandis que la véritable conférence se déroule évidemment ailleurs, quelque part dans l’espace.

Malgré la trahison avortée des Antis, neutralisés par le mystérieux émissaire du Vhrato, la conférence se conclut par la fondation de la C.O.D.I.P.G., ou Coalition pour la Dignité des Peuples Galactiques.

Janvier 3581 : le Sol resurgit intact « de l’autre côté » du Grand Néant Noir dans une incroyable bulle extradimensionnelle qui abrite des soleils, des planètes… et de la vie intelligente ! Les maîtres de la zone Dakkar, des humano-sauriens très évolués appelés Zgmahkones, réagissent violemment à l’intrusion des étrangers indésirables puis lorsqu’un commando terranien réveille et enlève Olw, le Dormeur Millénaire. Recueilli à bord du Sol, celui-ci révèle en détail l’histoire de sa fratrie, douze êtres hors normes grâce auxquels, jadis, la planète-mère des Zgmahkones a résisté à l’engloutissement dans un trou noir et émergé dans la zone Dakkar. Seuls capables de voyager à travers les tunnels transdimensionnels qui relient la bulle extra-universelle aux trous noirs de nombreuses galaxies, Olw et ses semblables sont devenus les Spécialistes de la Nuit, les outils de conquête des dictateurs zgmahkones pour lesquels, contraints et forcés, ils ont peu à peu bâti les fondations d’une hégémonie omnipotente : le pouvoir du Concile des Six…

Perry Rhodan l’a compris, l’appui des Dormeurs Millénaires lui est indispensable pour faire ressortir le Sol de la zone Dakkar. Mais les Gardiens du Néant – ainsi se dénomment les tyrans adverses – échafaudent un plan destiné à piéger Olw et à éviter que les Spécialistes de la Nuit ne se rangent du côté des Terraniens. Ce sera peine perdue, car les dictateurs n’ont pas idée de la détermination ni des moyens réels dont disposent les intrus.

Très vite, le Stellarque apprend qu’un équipement particulier doit être installé à bord du Sol pour lui permettre de franchir en sens inverse l’un des tunnels transdimensionnels. Or, le beraghskolth en question n’est disponible que dans la galaxie-patrie des Larenns, et la seule solution est d’aller en dérober un exemplaire. Après s’être emparé d’un vaisseau zgmahkone, un commando terranien auquel se joint Olw se lance dans cette expédition à haut risque.

Mars-avril 3581 : l’espoir est à nouveau d’actualité. Une fois le beraghskolth en place, le Sol pourra bientôt prendre le chemin du retour vers le continuum standard. Hélas, Perry Rhodan et ses compagnons d’aventure ne sont pas encore au bout de leurs surprises. Un esprit désincarné établit soudain le contact avec le mulot-castor L’Émir : il s’agit d’un Koltonien dont le peuple, disparu depuis cent mille ans, avait édifié un gigantesque empire cosmique et se trouve à l’origine même du plan qui a conduit à créer les Spécialistes de la Nuit, puis à les utiliser pour jeter les bases du Concile. Pour Voyllocron et ses semblables immatériels, le réveil est tout proche : ils vont en effet investir les corps des douze Dormeurs Millénaires. Mais l’activation du beraghskolth les anéantit définitivement… Peu après, le Sol emprunte un tunnel transdimensionnel et resurgit dans la galaxie-patrie des Hyptons. À son bord se trouvent Olw et sa fratrie qui ont porté le coup de grâce aux Gardiens du Néant, juste avant de quitter la zone Dakkar. Dès lors, celle-ci sera pour toujours coupée du continuum standard. Peu après, les Spécialistes de la Nuit disparaissent en plongeant dans un micro-trou noir qu’ils ont fabriqué sur ordre des Koltoniens. Obéissant à une mystérieuse pulsion, Alaska Saedelaere, l’homme au masque, endosse l’Habit de Destruction et les suit…

Le Sol n’est pas au bout de son périple, loin s’en faut. Une fois de plus, la quête de la Voie Lactée devient l’objectif numéro un. D’étranges S.O.S. vont cependant faire diversion et attirer L’Émir, accompagné du télépathe Lloyd, sur un monde surprenant où les attend une incroyable surprise : la rencontre avec Lowis, un mulot-castor au seuil de la mort…

 

Sur la Terre, à partir de l’année 3578, les aphiles obéissent désormais à la Lumière de la Raison, Trevor Casalle, dont l’ascension à la dictature a été aussi rapide qu’inattendue mais s’explique par une nouvelle menace : la planète-mère de l’Humanité n’est plus stable sur son orbite autour de Médaillon, et la chute dans le Gouffre est inéluctable à moyen terme.

Fin 3580, alors que la menace s’est encore aggravée, Trevor Casalle décide d’accroître l’emprise de l’aphilie et de balayer toutes les résistances encore actives. Sur un sinistre arrière-plan de cataclysme imminent, d’énigmatiques manifestations vont soudain commencer à se produire et à semer le trouble, tant parmi les fidèles du régime en place qu’au sein de l’Organisation Bon Voisin qui tente désespérément d’assurer la fuite des immunisés.

Sans que quiconque ne puisse le pressentir, une opération d’ampleur colossale est en train de se lancer : LE PLAN DE L’ACCOMPLISSEMENT

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CHAPITRE PREMIER

L’une des lignes du texte affiché sur le moniteur portait le symbole XQI, autrement dit le niveau le plus élevé du top secret. Bien que tous ses sens fussent tendus à l’extrême, Leven Strout maîtrisait à la perfection l’excitation qui s’était emparée de lui.

Son service se terminait à seize heures, temps standard. Ponctuel selon son habitude, il débrancha ses appareils, se leva et prit la direction de la sortie. Sa physionomie inexpressive trahissait les marques de l’aphilie, et lorsqu’il heurta quelqu’un dans la foule qui encombrait le seuil, il ne prit même pas la peine de s’excuser. De toute évidence, il était le type même d’un aphile pur et dur.

De l’autre côté de la salle, il emprunta le corridor truffé de dispositifs de surveillance minutieusement dissimulés. Ils ne laissaient passer que les personnes possédant leur puce d’identification individuelle. Chaque fois que Leven pénétrait dans ce tunnel, il avait froid dans le dos.

Sa propre puce ne venait pas des ateliers du gouvernement, mais d’un laboratoire secret situé au fond de la mer. Depuis plus de six mois, il parcourait cette galerie deux fois par jour, et il n’avait encore jamais réussi à s’habituer à la pensée que sa P.I.I. falsifiée fonctionnait tout aussi bien que celles des individus qui circulaient autour de lui.

Le faux aphile atteignit l’air libre sans problème. Il se trouvait à présent à la périphérie extérieure d’Empire-Alpha, où les contrôles se limitaient à des vérifications occasionnelles. Leven Strout emprunta comme toujours le glisseur monorail. Vingt minutes plus tard, il arriva à la gare de destination et, par un puits antigrav, il parvint à proximité immédiate de l’immense bâtiment d’habitation.

Il ne se mit au travail qu’après le repas du soir. Il lui fallait procéder avec d’infinies précautions pour éviter que son activité clandestine ne soit repérée par l’un des pointages de sécurité. Même durant ces minutes de concentration totale, il ne commit pas l’erreur d’écrire la ligne du XQI qu’il avait apprise par cœur.

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Trevor Casalle était hostile à tout luxe. Il avait refusé d’utiliser les bureaux du Stellarque et, à leur place, s’était fait installer un gîte dans un ancien entrepôt au centre d’Empire-Alpha. La salle était vaste et dépourvue de fenêtres, mais de grands écrans intégrés dans les cloisons imitaient les vitres, et pouvaient également afficher des données.

L’environnement de Casalle était constitué pour l’essentiel par des robots de combat de fabrication récente. Ils n’obéissaient qu’à lui.

Casalle, Lumière de la Raison, Souverain de l’Humanité, était un homme de haute taille et d’allure sportive, encore relativement jeune. Son regard clair et pénétrant révélait une intelligence supérieure à la moyenne.

Il n’avait que peu de contact avec ses semblables. Un seul avait un certain droit à s’appeler l’intime du dirigeant : Heylin Kratt, dont le dévouement inlassable avait facilité l’ascension du chef.

Kratt avait pris place à une table et attendait que la Lumière de la Raison lui adresse la parole. Trevor Casalle se dressait devant l’un des grands écrans de visualisation qui affichait la silhouette de Terrania City.

— Le renseignement est évident, finit par déclarer le souverain. La réponse de l’hyperimpotronique lunaire est déterminante : il est impossible que Bull et ses gens aient quitté la Terre. Autrement dit, ils ont déniché une cachette parfaite.

— Il est vraiment curieux, Monsieur, remarqua Kratt, que même Nathan ne connaisse pas le refuge des émophiles.

« Émophile », telle était l’une des dénominations désobligeantes que l’on donnait à tous ceux qui se dérobaient encore à l’emprise de la Raison Pure. Eux-mêmes se baptisaient « les immunisés ».

— Nathan a parlé, déclara Trevor Casalle à l’improviste.

Heylin Kratt leva les yeux vers lui.

— Qu’a-t-il dit ?

— Exactement ce que je pense depuis un certain temps… La dernière opération importante de l’Organisation Bon Voisin s’est déroulée sur l’île de Bornéo. De là-bas, il n’y a qu’un pas jusqu’aux secteurs du Pacifique Sud qui abritaient autrefois le centre de la civilisation lémurienne. Il y existe vraisemblablement encore des bases sous-marines qui ont échappé à notre attention. Les émophiles se sont dissimulés dans l’une d’elles.

— Nathan confirme cette hypothèse ? Dans ce cas, nous devrions engager une opération de recherches…

— Elle ne promettrait qu’un maigre succès, objecta Trevor Casalle. Où en sont les préparatifs concernant le projet Parkutta ?

À force d’avoir depuis longtemps multiplié les discussions avec Casalle, Kratt s’était habitué à ses coq-à-l’âne.

— Les instructions en ce qui les concerne sont sorties aujourd’hui, répliqua-t-il.

— L’espion sera-t-il efficace ?

— J’y compte bien. Il ne fait aucun doute que le signal confidentiel XQI a excité son attention.

— S’il réussit vraiment à se procurer l’annonce et à relayer le texte à ses donneurs d’ordre, Reginald Bull n’aura plus d’autre possibilité que de réagir et d’engager des mesures contre le projet Parkutta. Il devrait prendre modèle sur cet Adams qui s’est tapi dans la clandestinité avec sa poignée d’hommes. Mais il ne le fera pas. Bull continue à être pour nous une menace.

Heylin Kratt s’abstint d’élever une objection. Les spécificités mentales des émophiles lui étaient tout aussi étrangères que la mentalité d’un ver de terre. Sur ce point, Casalle était beaucoup plus instruit que lui.

— À condition que Bull soit vraiment le donneur d’ordres et qu’il puisse déchiffrer le texte… finit par dire Kratt, dévoilant ainsi ses uniques doutes.

— Personne d’autre que Bull n’introduit clandestinement des espions dans Empire-Alpha, et ses hommes sont capables de décrypter n’importe quel texte, riposta sèchement le dictateur.

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Après le départ de Kratt, Trevor Casalle s’abandonna à ses pensées. Il connaissait depuis plusieurs jours l’existence de l’espion à l’œuvre dans les sections périphériques d’Empire-Alpha. De même que les tentatives faites par l’Organisation Bon Voisin pour surveiller le gouvernement depuis que Bull s’était réfugié dans la clandestinité. Tous les autres espions avaient été neutralisés.

Quant à l’immunisé qui était à présent en phase active, il devait s’agir d’un authentique expert. De l’avis du groupe de sécurité interne, il opérait depuis plusieurs semaines. Cependant, jusqu’alors, il semblait avéré qu’il ne travaillait qu’au centre de communication, ce qui ne dérangeait pas le moins du monde Trevor Casalle. Au contraire, cet espion lui fournissait même la garantie que l’ennemi recevait les informations par la voie la plus rapide. Ainsi en était-il par exemple de la nouvelle concernant le projet Parkutta.

Tel n’était pas, il le savait, l’avis d’Heylin Kratt, qui ne supportait pas l’idée de l’activité de cet espion. Aussi Casalle devait-il veiller à ce que son lieutenant ne révèle pas prématurément le piège.

Le dictateur établit la liaison avec le Réseau de Surveillance Individuel. À partir de cet instant, il suivrait tous les mouvements d’Heylin Kratt pour pouvoir intervenir avant que son collaborateur ne se laisse aller à une démarche erronée.

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Les appareils de Leven Strout étaient des produits de la microtechnologie sigane. Durant la nuit, l’espion s’immisça dans les canaux de communication publique.

Strout ne connaissait pas le code secret ouvrant l’accès aux banques mémorielles de la positronique centrale d’Empire-Alpha, qui contenait les cristaux sur lesquels étaient enregistrés les messages reçus la veille. De son microcalculateur jaillissaient sans interruption et à une vitesse fantastique des combinaisons de symboles dont l’une finirait par forcer l’entrée des cristaux en question. Cependant, chaque tentative avec un code inadapté devait déclencher un signal d’appel relayé à l’officier de service à la section des données. Il lui fallait donc éliminer ce danger. C’était la raison pour laquelle le microcalculateur sigan avait deux tâches consécutives à remplir : il essayait de trouver le bon code d’accès, et il veillait à la réaction de la positronique trop zélée. Dès qu’il enregistrait l’impulsion indiquant l’envoi d’un message avertisseur, il produisait un signal perturbateur qui étouffait très précisément ce message.

Pour Leven Strout, les heures durant lesquelles il ne faisait rien d’autre que de surveiller son microcalculateur avaient quelque chose de sinistre. En fait, il était condamné soit à attendre le signal de réussite, soit à être repéré par le commando de sécurité de Casalle.

Néanmoins, lorsque le voyant vert s’alluma enfin, il eut au contraire l’impression qu’en réalité tout s’était déroulé beaucoup trop vite. Les banques mémorielles étaient ouvertes, il pouvait donc les relier au circuit de récupération des données. Quelques secondes plus tard, son petit écran afficha le message spécifique.

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L’homme qui jouait un rôle si important dans la pensée de Trevor Casalle était loin de se sentir heureux dans son nouveau domicile.

On découvrait presque quotidiennement des locaux insolites dans les vastes espaces de la base sous-marine, l’un des derniers centres défensifs des Lémuriens. Les armes et les instruments qui y étaient stockés n’avaient plus fonctionné depuis que la catastrophe avait englouti l’Impérium de Lémuria avant qu’il ait pu livrer le dernier combat pour sa survie.

Plus le domaine occupé dans le complexe subocéanique s’agrandissait, moins il était défendable avec la garnison restreinte qu’il possédait encore, et plus s’accroissait aussi le danger que les aphiles en découvrent l’un des nombreux accès.

Depuis plusieurs jours, Reginald Bull développait un plan de sauvetage pour le cas où les troupes adverses repéreraient la base. Dans ce plan, le grand transmetteur qu’avait ramené, avec le Pharaon, l’expédition de Roi Danton sur la planète Ovaron jouait un rôle essentiel. L’appareil pouvait être actionné depuis Porta Pato. En cas de nécessité, on se servirait de ce moyen de repli pour évacuer quelques centaines de personnes, peut-être même la plus grande partie du personnel – selon le temps dont on disposerait.

Plongé dans l’analyse d’une liste de dépenses, Reginald Bull avait complètement oublié le monde qui l’entourait lorsque quelqu’un lui tapota doucement sur l’épaule. Il releva les yeux et découvrit un jeune homme à l’aspect insouciant qui lui souriait amicalement. Il fallut à Bull, dont la pensée était très loin du moment présent, un certain temps pour le reconnaître : c’était Sergio Percellar, l’individu qui connaissait par cœur le Livre de l’Amour en entier et qui, avec sa compagne Sylvia Demmister, avait noué le contact avec les immunisés après de multiples aventures.

— Je suis désolé de vous déranger, Monsieur, s’excusa Percellar. Nous avons reçu un message essentiel en provenance de Terrania City.

Il faisait partie de la section qui était responsable des communications avec le monde extérieur.

— Strout… ? questionna immédiatement Reginald Bull.

— Il nous a envoyé un texte crypté qu’il considère comme étant de la plus haute importance, déclara Sergio.

Son sourire s’était envolé pour faire place à un pli amer à la commissure des lèvres.

— J’imagine que le message doit être sérieux, en déduisit Bull.

— Il s’agit de l’attentat le plus ignoble qui ait jamais été imaginé contre des êtres humains.

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— Ce texte n’a pas été facile à déchiffrer, expliqua Sergio Percellar une fois de retour dans son bureau, qui se trouvait à une centaine de mètres du centre positronique occupé par Bull. Mais le résultat du décryptage est sans équivoque, et l’en-tête suffit à donner un avant-goût de ce dont il s’agit.

Il tendit à Reginald Bull un feuillet imprimé ayant pour titre « Opération Lavage de Cerveaux ». Suivait une vingtaine de lignes. Elles ne révélaient pas de détails, seulement de simples allusions, mais qui rendaient parfaitement claires les intentions de l’auteur. Après avoir pris connaissance du texte, Bull releva les yeux. Il était blême.

— Vous l’avez compris comme moi, j’imagine ? s’enquit le jeune homme.

— Le gouvernement projette d’engendrer des champs psychosuggestifs pour modifier la conscience historique des Hommes. Le but de l’opération est de supprimer dans leur esprit tout souvenir de leurs origines et de leur passé. En outre, on leur greffera des pseudosouvenirs qui correspondront jusque dans les moindres détails aux souhaits des dirigeants aphiles !

— Manifestement, il leur faut commencer par évaluer l’efficacité de l’opération. Le secteur de Parkutta, dans le Haut Cachemire, a été choisi comme théâtre expérimental. C’est une région relativement isolée. Le début de l’installation des générateurs de champs suggestifs est prévu pour demain…

Le regard de Reginald Bull se fixa loin devant lui pendant plus d’une minute. Puis il reprit la parole d’une voix enrouée.

— C’est un assassinat de l’esprit que je ne laisserai pas commettre. Quelle est la fiabilité de ce message ? Je veux dire, d’après les critères habituels…

— Il est tout à fait fiable, Monsieur, répondit Sergio Percellar. Un nouveau code a été utilisé, que l’on a eu du mal à élucider. On a vérifié les adresses auxquelles il a été envoyé. Il s’agit exclusivement de hauts fonctionnaires de l’Asie Centrale.

— Avons-nous confirmé la réception du message ?

— Aussitôt, Monsieur. Et Strout s’est débranché selon les processus habituels.

Il ne fallut à Reginald Bull qu’une demi-minute pour prendre sa décision.

— Nous ne pouvons cependant pas être absolument certains de sa véritable portée, affirma-t-il. Si Strout nous appelle encore demain matin à la même heure, j’admettrai que les aphiles n’ont pas vu clair dans son jeu et qu’on ne lui a pas glissé un message secret pour nous tendre un piège. Entre-temps, nous allons faire des recherches sur place.

— Ranjit Singh, Monsieur, énonça alors inopinément Sergio.

— Vous dites… ?

— C’est un de nos amis. À Sylvia et à moi. Il est originaire de cette région. Il serait l’homme qui conviendrait le mieux à une opération comme celle-là.

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Le groupe d’Heylin Kratt chargé de la sécurité intérieure comportait dix-sept membres, hommes et femmes, qui comptaient parmi l’élite de l’Humanité aphile. Ils se distinguaient par une intelligence extrêmement développée et une maîtrise parfaite de leurs élans impulsifs. Leur dévouement à la Lumière de la Raison prenait sa source dans l’acceptation logique que personne ne pouvait, mieux que Trevor Casalle, mener le principe de la Raison Pure à la victoire définitive sur les factions aux réactions imprévisibles que constituaient les humains encore tributaires d’élans passionnels.

Le groupe chargé de la sécurité intérieure était responsable des tâches relevant du niveau de secret le plus élevé. Depuis l’entretien d’Heylin Kratt avec Casalle, tous ses membres étaient en état d’alerte et attendaient que l’espion des émophiles se trahît en agissant. Se lancer à l’aveuglette dans la recherche de cet espion ne promettait guère de succès. Heylin Kratt, tout comme Trevor Casalle, partait du point de vue que le message portant la marque XQI allait éveiller la curiosité de l’espion. Or, il était habituel de conserver pendant trente heures les messages importants dans une banque mémorielle spéciale, de manière à pouvoir répéter à tout instant le texte.

L’espion tenterait à coup sûr de pénétrer dans cette mémoire. Le passé avait prouvé que les réfractaires manifestaient précisément une ingéniosité exceptionnelle dans la manipulation des dispositifs de sécurité.

La soirée était déjà bien avancée lorsqu’on enregistra la première réaction positive. Le mécanisme de lecture de la banque mémorielle, un appareil constitué de dix microtêtes servant à la diaphanoscopie des molécules paramagnétiques, s’était activé de lui-même sans obéir à un ordre correspondant. Heylin Kratt ne reconnut qu’à cet instant-là la menace extrême que représentait l’espion. Pour pouvoir procéder de cette façon-là, l’ennemi devait disposer de matériel technique qui équivalait au moins à l’équipement du centre positronique d’une capitale de district.

De toute évidence, la réaction de la banque mémorielle était imputable à un dispositif à liaison sans fil. Cependant, le rappel du message s’était effectué sur un canal conventionnel. Les senseurs aphiles opéraient d’un point nodal à un autre point nodal et affichaient la progression de la recherche sur un plan de la ville de Terrania City.

Cette traque se termina dans un immeuble d’habitation situé au nord-ouest. Heylin Kratt se chargea personnellement de relever les indications relatives au secteur de l’immeuble en question, au numéro de l’appartement et à l’identifiant de liaison. Presque aussitôt, il eut connaissance du nom du propriétaire de ce logement.

— Nous attendrons une heure pour laisser à cet homme l’occasion d’expédier son information, décida Kratt. Ensuite, nous passerons à l’attaque.

Sur l’écran holographique apparut le symbole flamboyant de la Raison. Heylin Kratt enregistra que l’expéditeur du message était Trevor Casalle lui-même.

— Je ne suis pas seul, Monsieur, dit Kratt. Voulez-vous que j’éloigne mes gens ?

— Qu’ils restent, répondit Casalle. (Lui-même demeurait invisible.) Je veux savoir si vous avez eu du succès dans vos recherches, Heylin.

— Oui, Monsieur, j’ai réussi.

— Êtes-vous prêt à éliminer l’espion ?

— Nous partirons dans vingt minutes.

— Vous ne partirez pas, dit Trevor Casalle d’une voix calme, factuelle, comme s’il s’agissait d’une simple constatation.

Heylin Kratt fixa d’un regard interrogateur le champ de transmission optique.

— Le message que l’espion a relayé est d’une grande portée stratégique, répondit la Lumière de la Raison à la question muette de Kratt. L’adversaire va penser qu’il est très possible qu’on l’ait volontairement induit en erreur. Si l’espion est immédiatement neutralisé, l’ennemi se rendra compte que nous avons voulu lui tendre un piège.

Heylin Kratt comprit et acquiesça.

— Je suis convaincu, poursuivit Trevor Casalle après un instant de silence, qu’au bout d’un certain temps, l’ennemi essaiera d’entrer en liaison avec l’espion pour s’assurer qu’il n’a pas été capturé. Nous devons attendre cette prise de contact. Et seulement après, nous pourrons frapper.

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Cette nuit-là, tourmenté par des pressentiments, des angoisses et des cauchemars, Leven Strout ne parvint pratiquement pas à trouver le sommeil.

Il passa ensuite les six heures de son service derrière sa console. Parmi les informations reçues, il n’en découvrit pas une seule qui nécessitât une attention particulière de sa part. Heureusement, au fil de la journée, il se sentit de plus en plus en forme. Et à la fin de son service, il avait pour la première fois réussi à balayer cette crainte qui l’envahissait si souvent à la pensée des systèmes de surveillance cachés dans le tunnel.

De retour dans son appartement, il commença par s’ennuyer un bon moment, et cela dura jusqu’à ce que sa méditation soit interrompue par un cliquetis sans équivoque. Leven se hâta de gagner la pièce voisine, dans laquelle était remisé son matériel technique. L’un des moniteurs, brillamment éclairé, affichait le visage d’un homme qu’il ne connaissait pas.

— Il existe beaucoup plus de bases lémuriennes que le monde ne peut l’imaginer, déclara l’étranger.

— L’une d’entre elles est Porta Pato, fut la réponse de Strout, strictement conforme au code prédéfini.

L’inconnu faisait partie de l’O.B.V., c’en était la preuve. La conversation se poursuivit donc, à la fois hachée et cryptée.

— Nous voulons savoir si tu as quelqu’un aux trousses, s’enquit son interlocuteur.

Leven Strout haussa les épaules.

— Pour autant que je puisse m’en rendre compte, non, personne… répliqua-t-il.

— Il s’agit du message XQI d’hier, poursuivit l’autre. Y a-t-il des réserves quelconques à ce sujet ?

— Non, déclara Strout sans la moindre hésitation.

— Cette information est pour nous de la plus haute importance. Nous allons mettre quelque chose en marche.

Leven Strout se contenta d’acquiescer d’un signe de tête.

— De ton côté, le mieux que tu puisses faire, c’est d’observer le silence radio pendant quelques jours, dit encore l’inconnu. Il est inutile de prendre des risques.

Puis il interrompit la communication.

Leven Strout se retrouva seul, livré à cette inquiétude sourde qui le rongeait.

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Sylvia Demmister était une femme fascinante. Ses cheveux blonds aux reflets roux formaient un contraste frappant avec ses sourcils très foncés. Le regard de ses yeux gris vert, direct et ouvert, ne passait pas inaperçu. Elle était de taille moyenne et parfaitement bien proportionnée.

Le lendemain matin, elle apparut dans le bureau central pour discuter d’une mission importante avec Reginald Bull, accompagnée d’un homme qui, au premier abord, ne s’harmonisait pas du tout avec elle. Il mesurait quelques centimètres de moins qu’elle et était d’allure plutôt chétive. Il avait de grands yeux sombres généralement empreints de tristesse. Mais quand il ne se sentait pas observé, son regard paraissait carrément sournois. Avec sa peau brune, nuancée de vert olive, ainsi que ses cheveux raides et noirs comme du charbon, il ne pouvait pas nier ses origines indiennes. Il s’appelait Ranjit Singh, avait trente-deux ans, et il ne donnait pas vraiment l’impression d’être digne de confiance.

Reginald Bull leur montra le texte décrypté du message qui avait été expédié la nuit précédente. Sylvia et Ranjit comprirent sur-le-champ ce dont il s’agissait

— Vous avez besoin d’observateurs sur place, n’est-ce pas ? s’enquit la jeune femme.

— Absolument et sans tarder, confirma Bull. Il faut que je sache le plus vite possible s’il se trame réellement quelque chose dans le secteur de Parkutta. Je ne serais pas étonné que Trevor Casalle nous tende un piège avec cette information.

— Casalle escompte donc que nous soyons prudents et répliquions par une feinte, donna à penser Sylvia.

Reginald Bull esquissa un sourire.

— C’est précisément la raison pour laquelle je vous envoie à Parkutta. Avec pour mission de découvrir s’il s’agit bien, en effet, d’un piège ou pas.

Sylvia et Ranjit acquiescèrent d’un signe de tête.

— Vous connaissez cette région ? demanda Bull à l’Indien.

— Je viens du Pendjab et je suis souvent allé au Cachemire, expliqua le jeune homme.

— Quand partons-nous ? voulut savoir Sylvia.

— Tout de suite.

— Comment allons-nous nous y prendre ? En tant que migrants légitimes… ?

— C’est trop incertain, répondit Bull. Justement ces jours-ci, les migrants légitimes seront sans doute sévèrement fouillés à Parkutta. Nous ne pouvons à aucun prix courir de risque. Il faut que vous vous prépariez une couverture. Cherchez deux personnes à Parkutta, de préférence des gens d’un certain âge, et vivant ensemble dans un appartement ou une maison. Vous adopterez leur identité.

— Et qu’arrivera-t-il aux deux vieux ?

— Une mise à l’écart temporaire, il n’y a pas d’autre moyen. Un engin est prêt à décoller. Dans six heures, vous débarquerez à Parkutta. J’attends un rapport dans dix heures.

Reginald Bull n’eut même pas à patienter aussi longtemps. Dans les montagnes situées au nord de Parkutta, Sylvia Demmister et Ranjit Singh trouvèrent un abri provisoire et ne tardèrent pas à envoyer leur première information : « Pas question d’un piège. Le projet Parkutta relève de la classe Un. »

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Le pressentiment d’un danger imminent arracha Leven Strout à son sommeil. Au cours des années qu’il avait passées en tant que membre de l’Organisation Bon Voisin, il s’était habitué à prendre au sérieux ce genre de signal d’alarme.

Les senseurs qu’il avait « bricolés » et intégrés dans son appartement le tenaient mieux au courant de tout ce qui se passait autour de lui que les produits standards installés en série. Leven vérifia les indications portées sur ses appareils. Douze lumières de contrôle vertes indiquaient que personne ne se trouvait à proximité de son logement. Néanmoins, il s’assura que son radiant-choc fonctionnait parfaitement.

Pendant ce temps, l’un des voyants s’éteignit.

Ce qui mit fin à la méditation de l’espion de l’O.B.V. Si quelqu’un n’avait fait que passer au-dehors, dans le couloir, l’indicateur se serait contenté de vaciller. Le fait qu’il se soit éteint signifiait qu’une personne étrangère au service avait manipulé le senseur. Strout estima approximativement ses chances.

Sans doute ses poursuivants attendaient-ils à l’extérieur. Mais en recherchant les senseurs, ils lui prouvaient que son rôle avait été démasqué. Il envisagea de faire parvenir une mise en garde à Porta Pato, car cet événement signifiait purement et simplement que le message XQI avait bien été un piège. Malheureusement, il n’en avait plus le temps. Le cœur lourd, il activa le contrôle de sécurité qui, au bout de quinze minutes, détruirait tous ses appareils. Ce qui fixait l’échéance, quelle que soit l’issue de cette affaire.

Deux autres lumières vertes s’éteignirent. La position des senseurs correspondants révélait que les aphiles venaient de la gauche du corridor. Ils étaient encore à environ douze mètres de la porte de l’appartement.

Leven Strout s’empressa de revenir dans la salle de séjour. Il rassembla du matériel inflammable et l’entassa contre la cloison. Puis il inonda le tas avec le contenu d’une bouteille remplie de liquide de nettoyage à l’odeur âcre, et y mit le feu.

Une flamme jaillit vers le plafond. Leven recula jusqu’à l’entrée. L’alarme se mit à hurler au bout de quelques instants. Un produit chimique d’extinction gicla d’un dispositif d’arrosage. Une fois le feu éteint, le matériel incendié continua à se consumer sans flammes. Une épaisse fumée emplit l’appartement et se répandit dans le couloir. La sirène poussait des hurlements macabres.

En même temps, la vie reprenait alentour. L’espion perçut le bourdonnement et le grondement caractéristiques des robots d’entretien qui arrivaient dans son appartement. Il entrebâilla légèrement sa porte. Des voix humaines se faisaient également entendre. Les occupants des logements voisins voulaient savoir ce que signifiait cette brutale agitation nocturne.

Lorsque le premier robot atteignit l’entrée de son appartement, Strout ouvrit entièrement le panneau. Sans lui accorder la moindre attention, la machine glissa devant lui jusqu’à l’endroit où avait eu lieu l’incendie, suivie d’autres robots. À travers la porte à présent béante, la fumée s’engouffra dans le corridor.

Leven Strout exploita la chance qui s’offrait à lui et se dirigea vers la droite. Hommes et robots étaient partout. Il n’avait même pas la possibilité de faire la différence entre les sbires des services de sécurité et ses voisins. Insouciant en apparence, il écarta quelques personnes qui se trouvaient sur son chemin. Soudain, il sentit un picotement désagréable dans la nuque et se demanda si, à ce moment-là, quelqu’un braquait sur lui le canon d’une arme. Néanmoins, il demeura calme et fut presque surpris lorsque le prochain carrefour de corridors apparut sous ses yeux sans qu’il eût été arrêté.

Il obliqua sur sa gauche et parvint ainsi à sortir du secteur visible depuis le couloir principal. Brusquement, il éprouva le besoin de se hâter. En quelques puissantes enjambées, il arriva au puits antigrav le plus proche. Il y sauta et se laissa planer vers le bas. Arrivé au deuxième étage, il abandonna le puits et utilisa l’escalier pour faire le reste du chemin. Le bâtiment tout entier était à présent éclairé d’une vive lumière. Le bruit provoqué par les habitants qui avaient été brutalement arrachés à leur sommeil lui parvenait des étages supérieurs.

Le vaste hall d’entrée était désert. Du moins en eut-il l’impression au premier abord. Cependant, il ne tarda pas à remarquer une ombre cachée derrière un pilier.

Sans faire de bruit, Leven Strout s’éloigna des derniers degrés de l’escalier. Il se dirigea vers le pilier en restant dans un angle mort pour l’inconnu. Ce fut seulement sur les derniers mètres qu’il marcha d’un pas plus ferme. L’ombre remua, un visage renfrogné apparut derrière la colonne. Leven fit feu immédiatement. Touché par le radiant-choc, l’individu poussa un cri de douleur et s’effondra sur le sol.

Sans le moindre regard pour sa victime, Strout fila vers la sortie et se retrouva dans la rue. Il commençait à faire jour. La circulation était déjà relativement dense sur les larges chaussées, mais les piétons se faisaient encore rares. L’agent de l’O.B.V. sauta sur un trottoir roulant et à l’arrêt suivant, bondit sur une bande conduisant vers le sous-sol. À peine une minute plus tard, il prit place dans un train souterrain en partance pour la ville et profita d’un instant où il n’était pas observé pour éteindre sa puce d’identification individuelle.

À la correspondance suivante, il descendit de nouveau et emprunta un autre train en direction de l’ouest. À partir de ce moment-là enfin, il se sentit vraiment en sécurité. Il avait suffisamment d’argent sur lui pour pouvoir subsister pendant plusieurs semaines sans soucis. Sa P.I.I. débranchée représentait néanmoins un danger latent. Il devait sans cesse être sur ses gardes pour éviter de se trouver nez à nez avec les robots de la police, les fameux C-2. Et il lui fallait également informer Porta Pato que le message XQI était bien un piège. Étant donné que l’O.B.V. lui avait ordonné quelques jours de silence radio, elle n’avait aucun moyen de s’assurer s’il se trouvait encore à son poste. Pour établir un contact, Strout devait utiliser le réseau de communication public. Mais depuis Terrania City, cette solution s’avérait beaucoup trop dangereuse.

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Parkutta était située dans une vallée de haute altitude qui s’étendait tout en longueur. Les pentes des montagnes crevassées étaient couvertes d’épaisses forêts. Au fond de la vallée coulait un torrent qui se jetait dans une rivière aboutissant elle-même dans l’Indus.

La ville comptait près de trois cent mille habitants. Seul le centre et quelques secteurs situés au nord-est avaient un aspect moderne. Le reste était constitué de quartiers primitifs aux petites maisons collées les unes contre les autres, en rangées séparées par des ruelles étroites et sinueuses.

La région de Parkutta était considérée comme la plus isolée de la Terre. Pendant des millénaires, le Karakoram avait boudé l’invasion de la civilisation, soutenu par un gouvernement qui se refusait rigoureusement à introduire la technologie dans les derniers mètres carrés à peu près vierges de la surface terrestre. Les habitants continuaient à parler leur propre idiome, un dialecte issu de l’ancien ourdou, et ils n’entretenaient pratiquement aucun contact avec l’extérieur.

Depuis longtemps, les aphiles se hérissaient en constatant que ces gens, si peu sujets aux émotions qu’ils puissent être, se souvenaient encore des temps anciens, de l’origine de la Terre arrachée à la lointaine Voie Lactée, de la vieille étoile-mère, de l’Empire Solaire et du gouvernement du Stellarque. Les perspectives d’amnésie offertes par la manipulation suggestive avaient été révélées depuis très longtemps par la psychophysique. Parkutta avait été choisie à cause de son isolement, parce qu’on ne remarquerait pas très vite que ses habitants avaient brusquement une autre conception de l’Histoire que le reste de l’Humanité. Et puis un jour viendrait où la Lumière de la Raison renouvellerait l’opération Lavage de Cerveaux sur une grande échelle.

Jusqu’à ce que l’Humanité ait complètement oublié son passé, ce qu’elle avait vraiment été, pour se conformer aux principes de la Raison Pure…

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Sylvia Demmister et Ranjit Singh étaient arrivés du nord avec leur glisseur après avoir survolé les montagnes enneigées du Karakoram. Ils avaient trouvé une cachette à proximité de la vallée. Peu après leur atterrissage, ils étaient partis pour une première mission de reconnaissance. Leur attention était surtout concentrée sur un complexe de bâtiments qui était encore en construction, à l’extrémité supérieure de la vallée, à quelques kilomètres au nord-est de la cité. Après de longues et minutieuses observations, il apprirent que ces bâtiments étaient pour la plupart des unités de centrales nucléaires dans lesquelles l’énergie serait produite par de classiques réacteurs à fusion. À en juger par la taille de ce complexe, on avait prévu une puissance qui dépasserait d’au moins cinq fois les besoins de cette région.

Dans des édifices d’un autre type étaient installées des machines équipées de larges antennes paraboliques. Ni Sylvia ni Ranjit n’aurait su dire à quoi elles serviraient. Plus tard, il s’avérerait que ces appareils étaient les projecteurs qui avaient répandu le champ suggestif dans toute la vallée.

Il était évident que l’on y travaillait d’arrache-pied. Des centaines de robots très performants étaient à l’œuvre et semblaient ne pas perdre une minute. D’ailleurs, les constructions n’allaient pas tarder à être terminées. Il ne s’agissait certainement pas d’un leurre. Sur ce terrain allait naître sous peu une exploitation colossale et, selon toute apparence, très fonctionnelle.