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Perry Rhodan n°272 - La Bataille des diplomates

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254 pages

Décembre 3581 : très mal intégrés sur la planète Ovaron, Bully et ses compagnons se lancent dans un projet des plus ambitieux. Leur but n'est autre que la création d'un phare intergalactique capable de guider d'éventuelles expéditions de recherches jusqu'au Maelström Stellaire...
Dans la Voie Lactée, Perry Rhodan tente d'inclure la Coalition pour la Dignité des Peuples Galactiques dans ses plans de lutte contre les Larenns. De son côté, l'Arkonide Atlan défend contre vents et marées l'isolationnisme sécuritaire du Nouvel Impérium Einsteinien. L'Humanité réfugiée à l'abri du nuage sombre de Provcon n'éprouverait-elle plus l'envie de combattre ?





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

LA BATAILLE
 DES DIPLOMATES

PERRY RHODAN — 272

image

Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

 

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’État. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

 

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

 

Pour la dignité des peuples galactiques !

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

 

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des Étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
 DES DIX PREMIERS CYCLES1
 DE LA SÉRIE PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des Étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.



CHRONOLOGIE ET RÉSUMÉ DU CYCLE EN COURS

 

La Terre en exil

3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie. Peu nombreux sont les immunisés : seuls les porteurs d’activateur cellulaire – à l’exception temporaire de Reginald Bull –, les mutants et de rares individus « ordinaires » échappent à ce véritable fléau qui a conduit à l’instauration d’un nouveau pouvoir politique et d’un ordre mondial sans précédent. Condamnés à l’exil, Perry Rhodan et presque tous ses proches partent à bord du Sol, un colossal vaisseau spatial à très grand rayon d’action, pour une odyssée dont nul ne saurait prévoir la durée.

3578 : sur la Planète d’Ovaron, à près de 3 500 années-lumière de la Terre, la colonie secrète fondée par l’ex-Stellarque juste avant son exil réussit à prendre un nouvel essor et est dotée d’une station d’accueil pour les fugitifs traqués par les aphiles. L’Organisation Bon Voisin, dirigée par Reginald Bull qui a fini par revenir à son état normal, mène une résistance de plus en plus risquée face au durcissement du régime aphile. Celui-ci se transforme en une impitoyable dictature sous la férule de Trevor Casalle, la Lumière de la Raison, dont l’ascension au pouvoir a été aussi fulgurante qu’inattendue mais s’explique par une nouvelle menace : la planète-mère de l’Humanité n’est plus stable sur son orbite autour de Médaillon, et la chute dans le Gouffre est inéluctable à moyen terme.

Fin 3580 : alors que le péril devient imminent, les forces de Casalle s’emploient à accroître encore davantage l’emprise de l’aphilie en balayant une fois pour toutes les oppositions demeurées actives. L’Organisation Bon Voisin doit faire échec à l’Opération Lavage de Cerveaux en même temps que se lance une terrible offensive contre sa base secrète, sous l’Océan Pacifique. La fuite d’un maximum d’immunisés sera néanmoins assurée.

Août 3581 : de façon aussi soudaine qu’inexplicable, Trevor Casalle propose une alliance à Reginald Bull. Aphiles et immunisés se mettent à coopérer pour la construction d’une flotte spatiale d’évacuation. Simultanément, la Dose, une drogue qui inhibe temporairement l’aphilie, commence à se répandre. Puis surgit Raphaël, un inquiétant personnage qui semble disposé à aider les Terriens dans leur entreprise, mais se révélera peu à peu chargé de faire obstacle au projet d’exode massif.

Fin septembre 3581 : peu avant que la Terre et la Lune ne s’engloutissent dans le Gouffre avec des milliards d’êtres humains, un seul navire appareille. À bord, excepté Reginald Bull et ses proches, nul ne sait que tous les événements récents s’inscrivent dans le Plan de l’Accomplissement. Un plan conçu par l’Immortel de Délos pour sauver l’humanité terrienne et exécuté par l’hyperimpotronique lunaire Nathan, guidée à distance par l’être collectif…

Décembre 3581 : pour Bully et ses compagnons, l’intégration sur la planète Ovaron se révèle vraiment problématique. Mais un projet des plus ambitieux leur offre une diversion salutaire : il s’agit ni plus ni moins que de créer un véritable phare cosmique capable de guider d’éventuelles expéditions de recherches jusqu’au Maelström des Étoiles…

 

L’odyssée du Sol

3578 : depuis les parages de la microgalaxie Balayndagar, l’équipage du Sol a réussi à localiser la très lointaine Voie Lactée. L’un des deux ultracroiseurs constituant la nef géante en a pris le chemin, tandis que l’autre partie s’aventure jusqu’à une planète accueillante pour y refaire les réserves du bord et tombe dans le piège insidieux tendu par les Kéloskèrs. Ces « penseurs infinis », qui sont les calculateurs stratégiques du Hétos des Sept, adorent et redoutent le trou noir situé au centre de Balayndagar, dont un dispositif spécial leur permet de juguler l’expansion. Hélas, la destruction accidentelle de cet appareil relance le processus d’engloutissement de la microgalaxie dans le Grand Néant Noir. Les Kéloskèrs prennent sous influence Sénèque, le complexe bio-impotronique qui gouverne le Sol, puis annexent celui-ci pour sauver de la catastrophe leurs précieux équipements et surtout le shetanmargt, le plus évolué de leurs superordinateurs.

Hormis la plongée dans le trou noir, toute fuite hors de Balayndagar s’avère impossible. Selon les Kéloskèrs, le couplage réussi de Sénèque et du shetanmargt devrait assurer la survie du vaisseau géant et de tous ses passagers. Malgré l’incertitude et les risques, Perry Rhodan et ses compagnons tentent le tout pour le tout…

Janvier 3581 : le Sol resurgit intact « de l’autre côté » du Grand Néant Noir dans une incroyable bulle extradimensionnelle qui abrite des soleils, des planètes… et de la vie intelligente ! Les maîtres de la zone Dakkar, des humano-sauriens très évolués appelés Zgmahkones, réagissent violemment à l’intrusion des étrangers indésirables puis lorsqu’un commando terranien réveille et enlève Olw, le Dormeur Millénaire. Recueilli à bord du Sol, celui-ci révèle en détail l’histoire de sa fratrie, douze êtres hors normes grâce auxquels, jadis, la planète-mère des Zgmahkones a résisté à l’engloutissement dans un trou noir et émergé dans la zone Dakkar. Seuls capables de voyager à travers les tunnels transdimensionnels qui relient la bulle extra-universelle aux trous noirs de nombreuses galaxies, Olw et ses semblables sont devenus les Spécialistes de la Nuit, les outils de conquête des dictateurs zgmahkones pour lesquels, contraints et forcés, ils ont peu à peu bâti les fondations d’une hégémonie omnipotente : le pouvoir du Concile des Six…

Perry Rhodan l’a compris, l’appui des Dormeurs Millénaires lui est indispensable pour faire ressortir le Sol de la zone Dakkar. Mais les Gardiens du Néant – ainsi se dénomment les tyrans adverses – échafaudent un plan destiné à piéger Olw et à éviter que les Spécialistes de la Nuit ne se rangent du côté des Terraniens. Ce sera peine perdue, car les dictateurs n’ont pas idée de la détermination ni des moyens réels dont disposent les intrus.

Très vite, le Stellarque apprend qu’un équipement particulier doit être installé à bord du Sol pour lui permettre de franchir en sens inverse l’un des tunnels transdimensionnels. Or, le beraghskolth en question n’est disponible que dans la galaxie-patrie des Larenns, et la seule solution est d’aller en dérober un exemplaire. Après s’être emparé d’un vaisseau zgmahkone, un commando terranien auquel se joint Olw se lance dans cette expédition à haut risque.

Mars-avril 3581 : l’espoir est à nouveau d’actualité. Une fois le beraghskolth en place, le Sol pourra bientôt prendre le chemin du retour vers le continuum standard. Hélas, Perry Rhodan et ses compagnons d’aventure ne sont pas encore au bout de leurs surprises. Un esprit désincarné établit soudain le contact avec le mulot-castor L’Émir : il s’agit d’un Koltonien dont le peuple, disparu depuis cent mille ans, avait édifié un gigantesque empire cosmique et se trouve à l’origine même du plan qui a conduit à créer les Spécialistes de la Nuit, puis à les utiliser pour jeter les bases du Concile. Mais pour Voyllocron et ses semblables immatériels, prêts à investir les corps des douze Dormeurs Millénaires, le réveil sera définitivement compromis par l’activation du beraghskolth. Juste avant de s’enfuir avec les Terraniens, Olw et sa fratrie portent le coup de grâce aux Gardiens du Néant. Dès lors, la zone Dakkar sera pour toujours coupée du continuum standard.

Peu après, le Sol emprunte un tunnel transdimensionnel et resurgit dans la galaxie-patrie des Hyptons. Une fois de plus, la quête de la Voie Lactée devient l’objectif numéro un de Rhodan et de ses proches.

Les Spécialistes de la Nuit ont entre-temps disparu en plongeant dans un micro-trou noir qu’ils ont fabriqué à bord du Sol sur ordre des Koltoniens. Obéissant à une mystérieuse pulsion, Alaska Saedelaere, l’homme au masque, a endossé l’Habit de Destruction et les a suivis. Il se retrouve sur Derogwania, une planète hors de l’univers normal, où règne l’inquiétant marionnettiste Callibso. Grâce à cet être mystérieux et à une fontaine temporelle, l’homme au masque rallie la Terre qui, après avoir sombré dans le Gouffre du Maelström des Étoiles, a émergé dans un secteur cosmique inconnu. Seule une poignée d’Humains désemparés y vit encore, essayant de comprendre ce qui a pu se passer durant les quatre mois où ils ont perdu conscience. Car les horloges marquent le début de l’année 3582 ! Avec ces survivants, Saedelaere va être confronté à Douc Langur, le chercheur en mission d’exploration spatiale pour le compte de l’Impératrice de Therm…

 

La Voie Lactée envahie

3580 : dans la Galaxie-patrie, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa constitue le monde central. L’isolationnisme contraint n’est cependant pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose maintenant depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la terreur et du mal. Mais le Premier Hétran de la Galaxie, obsédé par le désir d’être immortel, plonge peu à peu dans la démence et les Larenns scellent définitivement son destin : lors d’un tournoi truqué, Leticron est blessé à mort par Maylpancer, le jeune Lourd prévu pour lui succéder.

Décidé à solliciter tous les appuis envisageables pour la résistance galactique, Atlan se rend en mission secrète sur la planète Dernière Chance où un dakkarcom est en construction dans les super-laboratoires passés sous le contrôle des Larenns. Pendant que le commando procède au vol de cet équipement spécial, une autre expédition terranienne tente de rallier Andromède afin d’y requérir l’aide des Maahks – en vain… Le Lord-Amiral ne peut plus compter que sur l’assistance des Cappins de la lointaine galaxie Gruelfin et du Ganjo Ovaron, auquel l’Empire Solaire a jadis prêté main-forte. Mais nul ne sait quelle situation règne là-bas, ni comment l’appel au secours y sera perçu.

Dans une telle incertitude, la nécessité d’une opposition fédérée face au Concile devient pressante. Pour pouvoir organiser une conférence secrète des peuples de la Voie Lactée asservis par le Concile, Atlan et ses proches conçoivent un leurre destiné à tromper les Larenns et les Lourds : tout va être mis en scène, sur un monde appartenant à un secteur spatial éloigné, pour simuler le cadre propice au fameux rassemblement. Informés à dessein, les oppresseurs de la Galaxie attaquent et dévastent la planète truquée tandis que la véritable conférence se déroule évidemment ailleurs, quelque part dans l’espace.

Malgré la trahison avortée des Antis, neutralisés par le mystérieux émissaire du Vhrato, la conférence se conclut par la fondation de la CO.DI.P.G., ou Coalition pour la Dignité des Peuples Galactiques.

Début 3581, alors que la CoDiPG essaye de s’affirmer face à la méfiance croissante des oppresseurs, un mystérieux allié surgit et passe à l’action sans plus tarder. C’est le Vhrato annoncé par le culte du Héraut Solaire – ou, plus exactement, l’ultracroiseur CSol-2 qui a réussi à rallier la Galaxie-patrie depuis le Maelström des Étoiles. Son équipage et ses passagers, entretenant autour d’eux et de leur vaisseau une aura nébuleuse quasi-mystique, portent plusieurs coups sérieux aux exécutants du Concile. Soudain, les Larenns abattent un atout maître afin d’exploiter la situation à leur avantage : un autre ultracroiseur, frère jumeau du CSol-2 et réplique exacte du Marco Polo, fait son apparition avec Perry Rhodan et ses proches à son bord ! Le trouble résultant est tellement immense que même l’un des mutants revenus avec le CSol-2 se laisse abuser. Des agents du Nouvel Impérium Einsteinien conçoivent des doutes puis sonnent l’alerte. Pourtant, la comédie continue.

Peu après, la fausse nef amirale de Perry Rhodan conduit une armada spatiale vers une nébuleuse du Centre de la Voie Lactée afin d’y porter le coup de grâce au monde principal du Nouvel Impérium Einsteinien – ou, plutôt, à ce que les Larenns et leurs alliés prennent pour tel… Suscitée depuis la géante gazeuse Orcsy, une simulation plus vraie que nature crée en effet l’illusion, pour d’éventuels intrus, d’être dans le Poing de Provcon à proximité de la planète Gaïa ! Les agresseurs auront à peine le temps de réaliser leur erreur et de frapper que l’ultracroiseur CSol-2 va surgir et anéantir le faux Marco Polo

Le 2 septembre 3581, le Sol – plus exactement, son segment médian et l’ultracroiseur CSol-1 – atteint enfin le Système Solaire. Au comble de l’émotion, Perry Rhodan et ses compagnons d’errance déchantent très vite face à la situation que leur dépeint Galto Quolfart, un ancien roboticien humain « adopté » par les Bioposis qui en ont quasiment fait l’un des leurs. La politique de coexistence pacifique avec les Larenns, prônée par Atlan, irrite Rhodan qui refuse, dans un premier temps, de se rendre sur Gaïa. Rejoint par Julian Tifflor, le Stellarque décide de demeurer à l’écart pour peaufiner une offensive aussi discrète que tortueuse : profitant du chaos qui résulte de la fin des Zgmahkones et de l’hégémonie du Concile, il espère briser une fois pour toutes le pouvoir des Larenns grâce à ses formidables alliés, les Kéloskèrs.

En novembre 3581, Atlan rend visite à Perry Rhodan à bord du Sol, et les deux hommes tombent en désaccord sur la conduite à tenir. Si le Stellarque veut attaquer les Larenns, l’Arkonide se refuse à risquer de déclencher une contre-offensive dévastatrice. Peu après, Hotrénor-Taak exige l’intégration du Nouvel Impérium Einsteinien au Concile et pousse Atlan à trahir son ami terrien. Mais le chef de la résistance se déclare prêt à appuyer le Stellarque si les Larenns osent passer à des actes de terrorisme.

La donne est brutalement renversée par l’arrivée inattendue de vingt-six Kéloskèrs, qui ont mis en scène l’émersion de leur vaisseau avarié hors d’un trou noir : les hypermathématiciens viennent annoncer au Larenn suprême la fin de la microgalaxie Balayndagar et la catastrophe qui a frappé la zone Dakkar, fragilisant les bases mêmes du Hétos des Sept. Hotrénor-Taak décide alors de détacher la Voie Lactée de la tutelle du Concile. Sans le savoir, il est tombé dans le piège tendu par Rhodan et les ex-planificateurs stratégiques du Hétos qui, dès maintenant, peuvent lancer leur plan de libération de la Galaxie.

Le premier objectif de l’ancien Stellarque de Sol est d’inclure la Coalition pour la Dignité des Peuples Galactiques dans ses schémas stratégiques de lutte contre les Larenns. Hélas, l’opposition d’Atlan s’intensifie de jour en jour. Chacun de son côté, l’Arkonide et le Terranien mènent le jeu des alliances et des appuis en déployant tous les moyens concevables. L’heure sera bientôt à LA BATAILLE DES DIPLOMATES

1. Téléchargez gratuitement toute l’action antérieure des neuf premiers cycles de la série PERRY RHODAN avec le guide spécial Destinée cosmique I (1971-3459) sur le site www.fleuvenoir.fr.

CHAPITRE PREMIER

Maelström Stellaire, système de Finder, planète Ovaron.

 

Lorsque Bob Bay franchit le seuil de sa maison, un vent d’ouest glacial charriait des paquets de neige. Bien qu’il fût déjà dix heures, il régnait une atmosphère crépusculaire. Bay chaussa son monoski. Il faisait rarement froid à Hildenbrandt, et les chutes de neige étaient encore moins fréquentes. Mais quand le mauvais temps arrivait sur la capitale, la température descendait rapidement très bas et la neige s’amoncelait jusqu’aux toits des maisons.

Tout en glissant sur la poudreuse, Bob Bay scrutait attentivement les environs. La vue ne portait pas très loin à travers les flocons tourbillonnants. Il se souvenait avec appréhension de l’hiver précédent. Il avait été plusieurs fois attaqué par des lézards des neiges. La morsure de ces animaux vifs comme l’éclair était presque toujours mortelle.

Bob tendait l’oreille. Une offensive de ces prédateurs s’annonçait toujours par un étrange crissement, qu’ils produisaient en se frayant un chemin dans l’épaisseur de la neige.

Bay soupira de soulagement quand il atteignit la limite du centre-ville. Là, les maisons, beaucoup plus proches les unes des autres, n’étaient plus séparées par des zones boisées. Pendant quelques secondes, le rideau blanc se déchira devant lui. Il distingua la coque du croiseur lourd Gemini, posé à la périphérie de la cité.

Bob Bay reprit sa lente progression. Le centre d’approvisionnement où il se rendait n’était plus très éloigné. Des éclats de voix lui indiquèrent le chemin à suivre. Du moins le crut-il jusqu’à ce qu’il se retrouve en face d’un glisseur en train de brûler. Il remarqua la présence de plusieurs silhouettes indistinctes de l’autre côté de l’épave. Il contourna rapidement l’incendie.

— Hé ! Que vous est-il arrivé ? appela-t-il.

Il s’aperçut alors que les inconnus se battaient. Un homme inconscient était étendu dans la neige.

— Ne te mêle pas de ça ! cria une femme.

Bay empoigna l’un des combattants par l’épaule et le força à se retourner. L’autre lui décocha un coup de poing au menton. Bob n’eut pas le temps d’esquiver, il encaissa le coup de plein fouet. Mais, instinctivement, il avait frappé en même temps que son adversaire et, grâce à son allonge supérieure, son crochet du droit projeta l’individu à terre, hors de combat.

— Bob Bay, c’est toi ? l’interpella la femme. J’aurais dû m’en douter.

Elle ôta sa chapka et s’avança vers lui en souriant.

— Mary Aixen ? Que fais-tu ici ? demanda Bay pendant que les deux hommes inconscients étaient jetés à bord d’un second glisseur. Que se passe-t-il donc ?

— Rien d’important, Bob… Rien qui puisse t’intéresser.

— J’aimerais pourtant savoir ce qui se trame ici. Est-ce vous qui avez détruit ce véhicule ?

— C’était un accident.

Bay sentit qu’elle mentait. Il s’approcha prudemment de l’appareil d’où les deux passagers avaient été extraits. Mary Aixen le retint par le bras.

— C’est bon, Bob ! Il n’y a rien de grave.

— Vous avez kidnappé deux membres de l’équipage du Gemini, c’est ça ? questionna-t-il.

Mary Aixen fronça les sourcils, puis elle sourit et hocha la tête, comme si elle devinait qu’il ne verrait aucune objection à cet enlèvement.

— Il n’y a pas d’autre manière de les approcher, déclara-t-elle. Bull les tient sous une poigne de fer. Ils ne peuvent même pas venir s’amuser en ville. Je m’étonne qu’ils ne se soient pas encore mutinés.

Bob Bay réfléchit rapidement.

— Est-ce que vous m’emmèneriez ? demanda-t-il. Ce n’est pas très agréable de faire la route à ski par ce temps.

— D’accord, Bob. Monte.

Il détacha ses pieds de la planche de plastique, qu’il fixa sur le toit du glisseur, puis il grimpa dans l’habitacle et se laissa tomber dans un siège. En soufflant, il enleva sa cagoule et ouvrit son manteau. Il faisait agréablement chaud dans la cabine.

— Quel sale temps ! dit-il. Je ne m’attendais pas à voir ça ici.

Il regarda les deux femmes assises en face de lui. La plus jeune, une blonde, surveillait les hommes inconscients, qu’elles avaient allongés à plat ventre sur une banquette.

— Tu peux faire un bout de chemin avec nous, confirma Mary Aixen. Quand la tempête s’apaisera, nous ne serons plus très loin du centre de ravitaillement. C’est bien là que tu te rends, n’est-ce pas ?

Bay se contenta de hocher la tête.

— Ne t’inquiète pas, Bob, nous ne te trahirons pas, promit Mary en riant. Tes compagnes n’en sauront rien.

— Très bien, voilà qui me rassure.

Le glisseur entra lentement dans le sous-sol d’un bâtiment à deux étages, construit quarante années plus tôt avec des matériaux inusables. Bay aida les deux femmes à descendre leurs victimes du véhicule et à les transporter dans la maison. Lorsqu’il découvrit leurs visages, ses yeux s’écarquillèrent de surprise.

— Bon sang, Mary ! Mais c’est Reginald Bull !

— Quoi !?

Aixen se laissa tomber à genoux auprès de l’homme allongé.

— C’est bien lui ! constata-t-elle. Mais ce n’est pas possible…

— Si, c’est Reginald Bull, confirma la deuxième femme.

— Mille diables ! L’autre ne serait-il pas Roi Danton ?

— Non, celui-là est un illustre inconnu, répondit Bob Bay.

— Je propose que nous ramenions immédiatement Bull à côté de l’épave du glisseur, suggéra la blonde.

— Certainement pas, objecta Mary. Des équipes de recherche du Gemini sont probablement sur place, maintenant. Ils ont peut-être même prévenu notre police. Que dirions-nous aux agents ?

— La vérité. Nous leur expliquerons que notre solitude et notre désir de relations avec des hommes nous ont rendues folles.

— Tu veux baser ta défense sur l’article 777 ? demanda Mary Aixen. Peut-être avons-nous réellement perdu les pédales parce que nous sommes restées seules trop longtemps. Mais ils ne nous ont pas encore arrêtées, et ils ne sont pas près de nous retrouver.

— J’espère que Bob la fermera.

— Certainement. Je le connais. Bob, puis-je compter sur toi ?

— Bien sûr, Mary, mais ne crois pas que ce sera si facile. On n’enlève pas impunément Reginald Bull.

— C’est un homme comme un autre. Qu’en dis-tu, Cats ?

— C’est un homme, et rien de plus.

— Merci, dit Bob.

— Pourquoi ?

— Pour ton appréciation : un homme, et rien de plus.

Mary Aixen eut un petit sourire.

— Ne le prends pas trop au tragique, Bob. Toi, tu es un homme exceptionnel, bien que tu sois extrêmement laid.

— De nouveau, merci !

À cet instant, Reginald Bull ouvrit les yeux en gémissant. Déconcerté, il regarda tour à tour les trois Ovaroniens.

— Et comment allez-vous vous partager ces hommes ? se renseigna Bob Bay comme s’il n’avait rien remarqué. Un pour chacune ?

— Il y aura sûrement d’autres amatrices… répondit Mary.

— Sacrédié ! souffla Bully. Qu’est-ce qui se passe ici ?

Il s’assit puis tenta de se remettre debout, mais ses jambes étaient encore flageolantes.

Aixen arbora un sourire mutin et déclara :

— Tu es dans un petit nid bien douillet, Reggie, et c’est ici que tu habiteras désormais.

Le Terrien ouvrit des yeux ronds. Il se tourna vers Bob Bay.

— Hé, vous ! Seriez-vous assez aimable pour m’expliquer ce que je fabrique ici ?

— Je pourrais le faire en quelques mots de façon directe, ricana Bay, mais ça ne plairait certainement pas à quelqu’un d’aussi sensible que vous.

— Moi, sensible ? Vous êtes tombé sur la tête, ou quoi ?

— Bon, comme vous voulez. C’est très simple : cette jeune fille…

— Jeune fille ? s’insurgea Mary Aixen. Qu’est-ce qui te prend ? Tu veux que Reggie me file entre les pattes ?

— Écoute, Mary, je ne suis pas un entremetteur, et je ne suis pas non plus chargé de faire ta publicité. Donc, Monsieur Bull : cette dame juge qu’elle attend depuis trop longtemps de connaître les joies de la maternité. Aussi, elle vous a…

— Minute, Bob. C’est tout à fait par hasard que nous avons capturé Bull et l’autre. Nous ignorions qui se trouvait à bord du glisseur quand il s’est posé. Nous avons seulement vu deux hommes, et nous avons agi sans trop réfléchir.

— Par hasard et sans réfléchir ! soupira Bully. Eh bien, tout cela est très flatteur !

— Mais le hasard fait bien les choses, Reggie chéri ! répliqua Mary Aixen. Si j’avais su que c’était toi qui te trouvais dans cet engin, j’aurais bien sûr agi avec plus de précautions. Et, ajouta-t-elle en durcissant le ton, j’aurais aussi procédé avec encore plus de détermination ! Aucune femme ne laisserait échapper une telle occasion !

Bull éclata soudain de rire. Le visage de Mary Aixen s’assombrit. Elle se dirigea vers le Terrien et lui administra une paire de gifles retentissantes. Il essaya de se protéger en levant les bras, mais ceux-ci étaient encore endoloris par le choc de l’« accident ».

— Ma chère enfant, déclara-t-il, tu ne crois tout de même pas sérieusement que tu pourras me forcer à passer le reste de ma vie à tes côtés ?

— Et pourquoi pas ? riposta-t-elle avec irritation. D’ailleurs, il n’est pas question de toute ta vie, juste des trente ou quarante prochaines années !

Mary se leva et sortit de la pièce. Elle revint peu après. Avant que Bull ne puisse réagir, elle lui enserra les chevilles dans des fers, puis elle lui ôta son bracelet de communication. Pendant ce temps, Cats avait traité de la même manière le collaborateur de Reginald. Bob Bay, lui, observait la scène avec un sourire.

— Ceci finira mal, prédit Bull. Personne n’approuvera ces façons.

— Personne ? répondit Mary avec ironie. Bien au contraire ! Quand on saura que tu as été enlevé, toute la population d’Ovaron se tordra de rire.

— La neige a cessé de tomber, constata à ce moment Bob. Je vais vous laisser, les enfants. Amusez-vous bien !

— Restez ici ! lui ordonna Reginald d’une voix tranchante.

Bay rajusta ses lunettes à monture métallique, se frotta le lobe de l’oreille droite et remit sa cagoule.

— Vous dites ? interrogea-t-il.

— Si vous ne faites rien pour m’aider, vous commettrez une grosse bêtise.

— Pourquoi devrais-je vous aider ? Est-ce que vous vous trouvez en danger de mort ? Non. Est-ce que votre intégrité physique est menacée ? Non plus. Alors, où est le problème ?

— Sacré bon sang ! tonna Bully. J’ai l’habitude de prendre mes décisions moi-même. Que les femmes d’ici vous fassent danser au son de leur pipeau, moi, ça ne me concerne pas, et je ne changerai pas !

— Tu n’as pas le droit de dire ça, répliqua Mary Aixen. Bob Bay a une vie conjugale exemplaire, et c’est vraiment un type bien.

— Il est marié ? demanda Reginald, incrédule.

— Il a trois femmes, lui apprit Mary. Et il ne se comporte pas d’une façon aussi butée que toi.

— Par exemple !

L’Ovaronien porta deux doigts à sa tempe en guise de salut, sortit et reprit son chemin dans la neige.

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Dans le hall du bâtiment gouvernemental, Bob Bay déposa son monoski contre un mur et secoua les flocons accrochés à la fourrure de son manteau. Trois hommes pénétrèrent dans la salle derrière lui.

— Tiens ! Monsieur Danton ? fit Bay en se retournant.

— Le bonjour, citoyen, répondit Roi avec une courbette. Auriez-vous l’insigne obligeance de m’indiquer où se trouve le bureau dans lequel la ministre accorde audience ?

— Avec quelle ministre avez-vous rendez-vous ?

— Madame Vaï Bay. La connaissez-vous ?

— Certainement. Suivez-moi, je vous montre le chemin.

Il précéda le trio jusqu’à une large porte de bois, qu’il ouvrit pour entrer le premier. Sept femmes étaient assises autour d’une table en fer à cheval. De hautes piles de dossiers étaient posées devant elles.

Vaï Bay présidait la séance. Elle leva brièvement les yeux à l’arrivée des quatre hommes. Elle fit une pause de plusieurs secondes, avant de conclure la réunion par quelques mots sans importance et de renvoyer ses collaboratrices. Quand celles-ci furent parties, elle se tourna vers Danton. Elle ne semblait pas avoir remarqué que son mari était également présent.

— Pourquoi venez-vous me voir ? demanda-t-elle froidement.

Roi s’efforça de rester calme et de s’en tenir aux faits.

— Il s’est produit un incident très regrettable, Ce matin, Reginald Bull a quitté le Gemini en compagnie d’un officier. Ils se sont posés à Hildenbrandt, où ils ont été enlevés.

— Reginald Bull ? s’étonna Vaï. C’est une plaisanterie !

— Au contraire, je suis très sérieux.

La jeune femme secoua la tête en souriant.

— Par la planète ! Je ne crois pas qu’on puisse enlever aussi simplement un homme comme Bull.

— Nous avons retrouvé son glisseur. Il a été incendié. Plusieurs indices montrent clairement que les occupants ont été enlevés. Bully nous parlait par radio lorsque l’émission a été brusquement interrompue. Où est-il, à présent ?

— Je n’en ai aucune idée, répondit Vaï en se laissant aller contre le dossier de son fauteuil. Et je n’ai nullement l’intention de vous aider dans vos recherches. Bully peut tout bonnement avoir été capturé par des femmes en quête d’un époux. Renseignez-vous : si un prêtre ou un officier d’état-civil a disparu en même temps, vous retrouverez votre ami.

— Nous n’arriverons à rien de cette façon, constata gravement Danton. Nous ne considérons pas cette disparition comme « une plaisanterie », Madame. Nous pourrions localiser Reginald Bull grâce aux impulsions de son activateur cellulaire. Mais cet incident a mis mes hommes très en colère, et je crains des débordements si nous intervenons.

Vaï haussa les épaules.

— Si vos hommes sont mécontents, c’est surtout parce que vous ne leur permettez pas de prendre une ou plusieurs femmes parmi les habitantes de cette planète ! Vous les retenez à bord de votre astronef tels des prisonniers.

— Nos unités doivent rester opérationnelles. Ce n’est possible qu’avec un minimum de discipline.

Vaï Bay redevint la ministre sérieuse et factuelle.

— Bull et vous êtes en train de préparer une opération. De quoi s’agit-il ? Si vous ne voulez pas dévoiler votre jeu, les choses pourraient mal tourner.

— Serait-ce du chantage ?

— Absolument pas, Monsieur Danton. Nous requérons seulement la franchise et la coopération. Si vous n’êtes pas d’accord, vous avez le loisir de quitter la planète.

— Vous me posez donc un ultimatum ?

Danton soutint le regard dur de Vaï Bay. Elle savait précisément ce qu’elle voulait, et il avait compris depuis longtemps que sa détermination était solide comme un roc.

— Très bien, dit-il d’un ton radouci. Le plan que Bull et moi avons imaginé consiste à créer une balise cosmique destinée à Perry Rhodan ou aux Terraniens qui sont à notre recherche. Son signal attirera l’attention de nos amis sur ce secteur spatial et les guidera vers nous.

— Quoi que vous ayez imaginé, Danton, vous ne recevrez pas notre accord, trancha Vaï.

Sans se laisser désarçonner par le refus de l’Ovaronienne, Roi poursuivit ses explications.

— À bord du Gemini se trouve un dispositif que nous appelons « générateur de champ d’induction inmestronique ». Savez-vous qu’au cours des siècles passés, des impératifs stratégiques ont conduit à transformer certaines étoiles de la Voie Lactée en phares spatiaux ?

— Nous craignions en effet quelque chose de ce genre… commenta Vaï. Cela pourrait attirer n’importe qui, ou n’importe quoi, dont les intentions à notre égard ne seraient pas nécessairement amicales…

— Ces balises émettent uniquement dans le domaine quintidimensionnel et servent de points de repère aux vaisseaux de l’Astromarine Solaire, poursuivit Danton. Bien entendu, il serait inutile d’augmenter la taille ou la luminosité des étoiles concernées. Les impulsions émises doivent être supraluminiques afin d’être détectées et localisées instantanément à n’importe quelle distance. Notre générateur crée des particules inmestroniques, qui sont supraluminiques par nature. Si l’on bombarde une section déterminée de la surface d’une étoile, il en résulte ce que l’on appelle « effet Wiezold ». L’hyperrayonnement de la zone visée est multiplié par mille. Plusieurs secteurs de la surface peuvent être ainsi transformés en puissants émetteurs quintidimensionnels.

— Plusieurs ? Pour quoi faire ?

— Grâce à la rotation de l’étoile, nous pouvons émettre dans l’ancien alphabet morse terranien. Si nous envoyons de cette façon le vieux signal de détresse S.O.S., Perry comprendra immédiatement, mais cela restera sans signification pour n’importe qui d’autre.

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Vaï Bay avait convoqué quelques-unes de ses secrétaires d’état. Pendant trois heures de discussion acharnée, Roi Danton tenta de convaincre les Ovaroniennes que son plan était sans danger, mais aucune amorce d’accord ne se dessina.

— Nous nous reverrons ici demain, déclara abruptement Vaï. Je vous ferai savoir à quelle heure.

Roi Danton prit congé de la ministre, avec la même froideur. Lorsqu’il eut quitté la salle, Bob Bay éclata de rire. Son épouse le regarda d’un air étonné.

— Je ne vois rien de comique dans le projet de Danton et Bull, fit-elle remarquer.

— Moi non plus. Ce n’est pas la question.

— Alors, pourquoi ris-tu ?

— Pace que je sais où se trouve actuellement Reginald Bull.

La jeune femme écarquilla les yeux.

— Mais pourquoi n’as-tu rien dit ? Bob, je ne te comprends pas !

— Une femme qui ne comprend pas son mari… Comme c’est extraordinaire…

— Le moment est mal choisi pour des plaisanteries douteuses, Bob.

— Excuse-moi, tu as raison.

Il passa la main sur son crâne presque chauve.

— Eh bien ! Où est-t-il ? questionna Vaï.

Quand le jeune homme le lui eut expliqué, elle se laissa aller dans son fauteuil en riant.

— C’est bien fait pour lui ! commenta-t-elle. Et je te remercie de ne pas m’avoir révélé où il se trouve.

— Je ne te l’ai pas dit ? s’étonna Bob.

Elle le regarda d’un air innocent.

— Au cas où tu me l’aurais dit, nous allons tous deux l’oublier complètement. Et mes collaboratrices n’ont rien entendu. (Elle se tourna vers les secrétaires d’État.) N’est-ce pas ?

— Tu es un démon, fit Bay. Si Reginald Bull apprend cela un jour, il te tuera.

À cet instant, la porte s’ouvrit à la volée avec fracas, et l’intéressé fit irruption dans la salle. Ses yeux étincelaient de colère. Ses joues portaient des traces de griffures. Un bracelet métallique entourait encore l’une de ses chevilles.

Bully fonça vers Vaï Bay.

— Qu’est-ce que les femelles de cette planète ont dans la cervelle ? hurla-t-il. Est-ce que vous êtes toutes complètement cinglées ?

Bob Bay se leva et, sur la pointe des pieds, se glissa vers la sortie.

— Il est inutile d’adopter un tel ton, Monsieur Bull, répliqua Vaï en feignant la surprise. Que vous arrive-t-il donc ?

— J’ai été séquestré !

La ministre secoua la tête.

— Premièrement, Monsieur Bull, vous ne vous adressez pas à la bonne personne dans ces circonstances, expliqua-t-elle avec une pointe d’ironie. Pour ce genre de choses, vous devez vous rendre au commissariat de police local. Je peux vous donner le nom de sa responsable administrative.

Reginald dut faire un effort pour ne pas se jeter sur la jeune femme.

— Ma chère enfant, croyez-vous par hasard que vous pouvez me rouler dans la farine ? Je ne suis pas votre…

— Mais quel genre d’homme êtes-vous donc ? l’interrompit-elle.

— Pardon ? Que voulez-vous dire ?

— N’importe quel mâle, sur cette planète, s’estimerait heureux d’être enlevé.

Bully se prit la tête entre les mains et poussa un gémissement, puis il fixa Vaï.

— Vous savez donc ce qui s’est passé !

— Disons que je peux l’imaginer. Sur Ovaron, lorsqu’un homme est kidnappé, ce ne peut être que pour une seule raison. Votre cas n’est certainement pas différent. Et vous avez résisté ? Curieux…

— Si je veux m’amuser, gronda le Terrien, c’est moi qui choisis quand et comment je…

Un hoquet retentit derrière lui. Il fit volte-face.

Bob Bay avait entre-temps atteint le seuil de la porte, mais sa tentative pour s’éclipser discrètement s’était arrêtée là. L’autre homme qui avait été enlevé l’avait empoigné par les revers de sa veste.

— Tiens, tiens ! s’exclama Bully en se ruant vers lui. Comme on se retrouve !

— N’est-ce pas ? répondit Bay d’une voix tremblante. Je ne pensais pas que vous vous échapperiez si vite.

— Sans blague ! siffla Reginald entre ses dents.

Il lui décocha un direct du droit, mais Bob l’esquiva habilement.

— Arrêtez ! leur intima Vaï. (Elle fit le tour de sa table de travail et s’avança vers Bull.) Cessez immédiatement, sinon nous ne discuterons pas de votre projet d’étoile à S.O.S. !

Bully laissa retomber les bras et se retourna vers elle. Ce faisant, il remarqua du coin de l’œil que son adversaire avait amorcé un mouvement de contre-attaque. Le poing de Bob Bay l’atteignit à la mâchoire et l’expédia par terre. Il se releva en chancelant.

Le jeune homme lui tendit la main.

— Je suis désolé, Monsieur. Je ne m’attendais pas à ce que vous baissiez aussi imprudemment votre garde.

Reginald le foudroya du regard, avant de s’adresser à Vaï.

— Répétez-moi ça, je crois que je n’ai pas bien entendu.

— Vous m’avez parfaitement comprise, répondit énergiquement la jeune femme. Soit vous vous conduisez comme un individu civilisé, soit nous mettons un terme à toute collaboration.

— Alors, grommela-t-il, vous trouvez amusant que je sois victime d’un enlèvement, sans parler de la destruction de mon glisseur, mais ma réaction face à une telle insolence n’a pas l’heur de vous convenir ? (Il désigna Bob du doigt.) Vous étiez au courant de l’affaire grâce à cet individu, et vous n’avez rien fait pour m’aider.

— Je partais de l’hypothèse que vous êtes assez grand pour vous débrouiller tout seul. Me serais-je méprise ? À présent, auriez-vous l’obligeance de nous laisser ?

— Nous n’en avons pas encore terminé, Madame Bay. Ne vous y trompez pas. Roi Danton et moi respectons vos lois. Vous pensez peut-être que cela vous autorise à adopter un comportement arrogant et provocant à notre égard, mais veillez à ne pas en abuser !

— Est-ce que vous me menacez ?

— Nullement. J’attends seulement que vous respectiez la loi comme nous le faisons. Alors seulement, nous pourrons collaborer.

— Et nous, Monsieur Bull, nous attendons que vous acceptiez enfin votre responsabilité politique vis-à-vis de la population. C’est à cette condition que nous pourrons collaborer, et que nous vous respecterons en tant qu’homme.

— J’ai l’habitude de décider moi-même de ma conduite. Et maintenant, me permettriez-vous de regagner le Gemini ?

— Mais bien volontiers, Monsieur Bull, répondit aimablement Vaï. J’espère que vous profiterez de votre séjour à son bord pour vous détendre.

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À la nuit tombante, la couche de neige était tellement haute dans les rues d’Hildenbrandt que les habitants durent y creuser des tunnels pour circuler.

— Le gouvernement a pris une décision, annonça Vaï à Bob Bay et à ses deux autres conjointes, Chris et Arysha. J’ai reçu pour mission d’investir le Gemini et d’en prendre le contrôle. Les armes nécessaires seront distribuées cette nuit.

— Des armes ? s’inquiéta son époux. Est-ce indispensable ?

— Nous devrons probablement passer en force.

— C’est dangereux…

— Pas pour nous. Tu ne crois pas sérieusement que l’un des hommes du Gemini osera tirer sur une femme ?

Bob Bay hocha négativement la tête.

Deux heures plus tard, ils étaient assis dans un petit glisseur qui se dirigeait lentement vers le croiseur. Deux autres appareils les suivaient.

De l’index, Vaï désigna le sol.

— On ne voit rien, commenta-t-elle. Ceux du vaisseau n’imagineront jamais qu’un groupe de femmes est en train de progresser sous la neige.

Bob Bay rajusta ses lunettes et regarda en bas. L’épaisse couche immaculée dissimulait tout. L’hémisphère supérieur du Gemini en émergeait telle une massive colline.

Vaï établit une liaison radio. Le visage d’un opérateur terranien apparut dans le champ holographique.

— Je voudrais m’entretenir sans délai avec messieurs Bull et Danton, lança la ministre.

— Un instant, la pria son interlocuteur.

L’écran devint noir pendant une trentaine de secondes, puis le technicien revint en ligne.

— Veuillez apponter dans le hangar numéro 9.

— Merci, répliqua laconiquement l’Ovaronienne.

À quelques mètres au-dessus du niveau de la neige, un large vantail s’ouvrit dans la coque du croiseur.

— Et voilà ! dit Vaï à Bob d’un ton satisfait.

Les trois glisseurs s’engagèrent dans le sas. Le premier se posa dans la chambre elle-même, où plusieurs gradés attendaient les visiteurs. Le deuxième appareil s’immobilisa sur les glissières du panneau intérieur, et le troisième sur celles de la porte extérieure. De cette façon, ils bloquaient l’accès.

— Madame Bay, qu’est-ce que cela signifie ? questionna un capitaine.

Vaï descendit de son glisseur en souriant.

— De quoi parlez-vous ? demanda-t-elle.

Bob Bay avait débarqué du côté opposé. Il tira aussitôt au paralysateur. Les membres du comité d’accueil s’effondrèrent avant d’avoir pu saisir leurs armes.

Pendant ce temps, les femmes avaient bondi des deux autres engins. Elles fixèrent en toute hâte des projecteurs antigravs au bord du sas, afin de générer un champ ascendant depuis le sol.

Quelques secondes plus tard, des centaines de leurs consœurs surgirent de la neige.

Au même instant, l’écran protecteur du vaisseau fut activé. Bob Bay eut un sourire ironique : cette mesure arrivait beaucoup trop tard. Près de cinq cents femmes se trouvaient déjà à l’intérieur du périmètre.