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Perry Rhodan n°274 - L'Ordre cosmique

De
232 pages

Après d'angoissantes péripéties, le Sol rallie enfin la planète Ovaron. L'émotion est à son comble, pour Perry Rhodan et ses compagnons comme pour Reginald Bull et ses proches. Mais l'énigme posée par la disparition de la Terre demeure sans réponse. En août 3582, le vaisseau géant repart en quête du monde-patrie perdu.
Longue sera la route, nombreuses les aventures et les révélations qui jalonneront le parcours de l'expédition. Pour le Stellarque de Sol, l'heure de s'ouvrir aux réalités sous-jacentes de l'Univers va bientôt sonner, sur le chemin qui mène aux super-intelligences en passant par Xumanth, le paradis des Tbargs...





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couverture
K.-H. SCHEER
et CLARK DARLTON

L’ORDRE COSMIQUE

PERRY RHODAN — 274

image

Sous le règne de l’APHILIE

L’ère de la perfection

Tous les hommes sont libres et égaux ! La faim et les maladies sont devenues des problèmes exceptionnels. Le travail a fait place aux « activités raisonnées », tandis qu’ordinateurs et robots se chargent des tâches les plus pénibles. Au nom de l’expansion tous azimuts, de formidables vaisseaux interstellaires s’élancent chaque jour à la conquête des mondes lointains.

 

L’ère de l’horreur

L’individu ne connaît plus que lui-même, ne vit plus que pour lui-même et pour satisfaire ses propres désirs. Les nouveau-nés sont confiés à des foyers dépourvus de toute chaleur affective, puis les enfants grandissent dans des institutions d’État. Jamais ils ne sauront qui étaient leurs parents. Inutiles pour la société, faibles et vieillards disparaissent derrière les hauts murs des Maisons de Silence. Jamais on ne les reverra.

 

La nef-monde de l’exil

En l’an 3580, le navire géant Sol quitte la Terre sans âme pour tenter de rallier la Voie Lactée, quelque part à l’autre bout de l’Univers. Bannis de leur planète-mère, voués à l’errance sur les Routes du Néant, Perry Rhodan et ses proches seront confrontés aux réalités du Concile des Sept, aux secrets de sa toute-puissance, à des arrière-plans cosmiques ouvrant sur d’inimaginables perspectives…

 

Pour la dignité des peuples galactiques !

L’Empire Solaire est mort, vive le Nouvel Impérium Einsteinien… Dans l’ombre du Poing de Provcon, Atlan organise la résistance contre l’occupant larenn et sa tutelle dictatoriale. Mais l’Arkonide saura-t-il garder intacts le courage de lutter contre l’invincible, et l’espoir de libérer un jour la Voie Lactée ?

 

La Terre sans Hommes

Dure est la loi de l’Univers… Arraché au Maelström des Étoiles et de nouveau transplanté, le berceau de l’Humanité resurgira dans l’inconnu total. Enfin rejoints par Perry Rhodan, les très rares survivants de la catastrophe ne vont plus tarder à faire la rencontre des Superintelligences qui président aux destinées du cosmos et de ses peuples…

CHRONOLOGIE GÉNÉRALE
  DES DIX PREMIERS CYCLES1 DE LA SÉRIE
 PERRY RHODAN

Dates et événements

1971 : avec la fusée Astrée, Perry Rhodan se pose sur la Lune. Il y rencontre les Arkonides Thora et Krest, naufragés lors d’une expédition spatiale.

1972 : la supertechnologie arkonide permet la constitution de la Troisième Force et l’unification de l’Humanité terrestre.

1976 : l’être spirituel collectif qui règne sur la planète Délos accorde l’immortalité relative à Perry Rhodan et à ses plus proches compagnons.

1984 : de grandes puissances galactiques hostiles, les Arkonides, les Francs-Passeurs, les Arras et les Lourds, tentent de soumettre l’Humanité terrestre qui entame son expansion interstellaire.

2040 : l’Empire Solaire vient de naître ; il incarne désormais un facteur politique et économique de premier plan dans la Voie Lactée. L’Arkonide immortel Atlan, exilé sur Terre depuis près de dix mille ans, fait son apparition et devient l’un des proches de Perry Rhodan.

2326-2328 : des colonies terraniennes sont menacées par les Acridocères et les monstrueux Annélicères. Les humains entrent en conflit contre les Bleus qui dominent l’Est galactique.

2400-2406 : Perry Rhodan découvre la Route des Transmetteurs qui relie la Voie Lactée à Andromède. Plusieurs tentatives d’invasion de la Galaxie, orchestrées depuis la Nébuleuse, sont déjouées de justesse. Portant la lutte en territoire ennemi, les Terraniens libèrent les peuples d’Andromède de la tyrannie des Maîtres Insulaires.

2435-2437 : la forteresse-robot géante Old Man menace la Voie Lactée ; les Bi-Conditionnés surgissent, à bord de leurs Dolans, pour punir l’Humanité d’avoir effectué des expérimentations temporelles. Perry Rhodan est expédié dans la très lointaine galaxie M 87. Après son retour, la victoire sur les Ulebs – encore appelés la Première Puissance Fréquentielle – sera chèrement acquise.

2909 : la Crise de la Seconde Genèse provoque la mort de presque tous les mutants de la Milice.

3430-3434 : presque un millénaire s’est écoulé ; l’Humanité, éparpillée dans la Galaxie, connaît de graves dissensions. Afin d’éviter une guerre fratricide, Perry Rhodan fait déphaser le Système Solaire de cinq minutes dans le futur. De nouvelles menaces, comme le Supermutant Ribald Corello, se font jour et seront vaincues – à l’exception du satellite tueur qui orbite à l’intérieur de la couronne du Soleil. Pour empêcher que l’astre ne se transforme en nova, Perry Rhodan doit effectuer plusieurs voyages dans un passé vieux de deux cent mille ans et y rencontre le Cappin Ovaron, qui s’avère le seul capable de neutraliser l’engin autrefois installé par ses frères de race.

3437 : depuis Gruelfin, la lointaine galaxie-patrie des Cappins, une invasion d’un genre inédit se prépare contre l’ensemble de la Voie Lactée. Perry Rhodan se lance vers cet univers-île inconnu dans une expédition d’envergure dont le but est double : d’une part, contrer le plan des envahisseurs ; d’autre part, rétablir le bon droit en faveur d’Ovaron, souverain légitime dont l’exil a duré deux cent mille ans. Là-bas, les Takérans ont imposé leur hégémonie par la violence et règnent par la répression. Sitôt arrivés, les Terraniens entament la lutte contre les maîtres de Gruelfin puis ils repèrent la trace des Ganjasis, qui s’était apparemment perdue. Elle aboutit à la galaxie naine Morshatzas, isolée du continuum standard dans une bulle hyperspatiale. Ovaron y est confronté à la Mère Originelle, un cerveau-robot géant dont il avait jadis programmé la construction ainsi que la mission, et qui l’identifie comme l’authentique Ganjo. Alors que la puissance des Takérans est brisée à l’intérieur de Gruelfin, la Mère elle-même intervient dans la Voie Lactée pour faire échec à l’invasion et elle se sacrifie avec son armada de Collecteurs, entraînant aussi la destruction de Pluton.

3438-3443 : suite au sabotage de ses convertisseurs hexadim alors qu’il effectue son vol de retour de Gruelfin, le Marco Polo subit une dilatation temporelle et n’atteint la périphérie de son objectif que début juin 3441. Dès leur rentrée dans la Galaxie, Perry Rhodan et ses compagnons découvrent qu’elle a été balayée par une vague d’abrutissement imputable à l’Essaim, un conglomérat stellaire vagabond qui est en train de traverser la Voie Lactée. À de rares exceptions près, tous les êtres doués d’intelligence ont été crétinisés et il règne désormais un chaos sans précédent.

Tandis qu’une poignée d’immunisés se regroupent et tentent d’abord de résister, puis de trouver une parade au fléau et éventuellement de contre-attaquer, l’Empire Secret des Cynos commence à faire parler de lui et ses mystérieux ressortissants finissent par reprendre le contrôle de l’Essaim – car telle était la mission originelle de ce peuple qui a failli tout perdre à cause d’une lamentable erreur dont seuls les Terraniens et leurs alliés ont pu aider à effacer les conséquences dramatiques.

3444 : après bien des incompréhensions et des affrontements en chaîne, les esprits désincarnés des huit Vieux-Mutants projetés dans l’hyperespace durant la Crise de la Seconde Genèse sont enfin conduits à l’intérieur d’une météorite géante regorgeant de semper, un métalloïde à rayonnement quintidimensionnel indispensable à leur survie. Mais l’énorme astéroïde, en réalité un gigantesque vaisseau spatial, s’arrache alors à la croûte du monde dans lequel il était encastré depuis plusieurs siècles et les Terraniens le suivent jusqu’au Système Brisé, patrie des inquiétants Paramags qui, des dizaines de millénaires plus tôt, se sont lancés tous azimuts dans la recherche de semper à travers la Galaxie en utilisant les fragments de leur planète-mère reconvertis en nefs interstellaires.

Après avoir désamorcé la menace immémoriale que ces créatures faisaient planer sur Sol et ses satellites, Perry Rhodan et ses proches offrent enfin aux Vieux-Mutants un asile durable au sein d’un planétoïde riche en semper, acheminé jusqu’à un secteur isolé et calme de la Voie Lactée.

Décembre 3458 à août 3460 : au nom du mystérieux Concile des Sept, les Larenns s’imposent dans la Voie Lactée grâce à leur supériorité technologique et contraignent Perry Rhodan à assumer la charge de Premier Hétran de la Galaxie. Jouant en apparence le jeu des émissaires du Hétos des Sept, le Stellarque entreprend d’organiser la résistance et commence par déphaser le Système Solaire de quelques minutes dans le futur, afin de le soustraire aux agressions potentielles des Larenns et de leurs exécutants, les Lourds.

Face à l’intensification de la menace ennemie, la Terre et la Lune seront finalement dématérialisées en empruntant un transmetteur stellaire spécial installé dans la plus grande urgence. Elles ne resurgissent hélas pas à l’endroit prévu mais à une distance énorme de la Voie Lactée, au sein d’une région spatiale turbulente appelée le Maelström des Étoiles. Pour les Terraniens exilés à l’autre bout de l’Univers, le nouveau défi sera de réussir à s’acclimater et à s’affirmer dans ce secteur riche en surprises, en périls de tous genres et en adversités imprévues. Initialement hostiles, les Ploohns insectiformes se révéleront des alliés décisifs puisqu’ils accourront à l’aide de l’Humanité transplantée et permettront l’ancrage du couple Terre-Lune sur une orbite stable autour d’un soleil approprié, Médaillon.

Pendant ce temps, dans la très lointaine Voie Lactée qui plie désormais sous le joug du Concile, l’immortel Arkonide Atlan mène dans l’ombre le combat contre les oppresseurs. En priorité, il assure l’exode des Terraniens, traqués sans relâche par l’occupant, vers le nuage obscur appelé le Poing de Provcon et la planète Gaïa qui se dissimule en son sein. Le Système Solaire, privé de la Terre et de son satellite naturel, devient peu à peu le fief du nouveau Premier Hétran, le Lourd Leticron, dictateur galactique et chef des forces militaires à la solde des Larenns.



CHRONOLOGIE ET RÉSUMÉ DU CYCLE 

EN COURS

 

La Terre en exil

3540 : en quatre-vingts ans d’exposition à une composante spéciale du spectre radiatif de l’étoile Médaillon, une immense majorité d’humains a peu à peu perdu toute capacité à éprouver des sentiments. Sur la Terre règne désormais l’aphilie. Peu nombreux sont les immunisés : seuls les porteurs d’activateur cellulaire – à l’exception temporaire de Reginald Bull –, les mutants et de rares individus « ordinaires » échappent à ce véritable fléau qui a conduit à l’instauration d’un nouveau pouvoir politique et d’un ordre mondial sans précédent. Condamnés à l’exil, Perry Rhodan et presque tous ses proches partent à bord du Sol, un colossal vaisseau spatial à très grand rayon d’action, pour une odyssée dont nul ne saurait prévoir la durée.

3578 : sur la Planète d’Ovaron, à près de 3 500 années-lumière de la Terre, la colonie secrète fondée par l’ex-Stellarque juste avant son exil réussit à prendre un nouvel essor et est dotée d’une station d’accueil pour les fugitifs traqués par les aphiles. L’Organisation Bon Voisin, dirigée par Reginald Bull qui a fini par revenir à son état normal, mène une résistance de plus en plus risquée face au durcissement du régime aphile. Celui-ci se transforme en une impitoyable dictature sous la férule de Trevor Casalle, la Lumière de la Raison, dont l’ascension au pouvoir a été aussi fulgurante qu’inattendue mais s’explique par une nouvelle menace : la planète-mère de l’Humanité n’est plus stable sur son orbite autour de Médaillon, et la chute dans le Gouffre est inéluctable à moyen terme.

Fin 3580 : alors que le péril devient imminent, les forces de Casalle s’emploient à accroître encore davantage l’emprise de l’aphilie en balayant une fois pour toutes les oppositions demeurées actives. L’Organisation Bon Voisin doit faire échec à l’Opération Lavage de Cerveaux en même temps que se lance une terrible offensive contre sa base secrète, sous l’Océan Pacifique. La fuite d’un maximum d’immunisés sera néanmoins assurée.

Août 3581 : de façon aussi soudaine qu’inexplicable, Trevor Casalle propose une alliance à Reginald Bull. Aphiles et immunisés se mettent à coopérer pour la construction d’une flotte spatiale d’évacuation. Simultanément, la Dose, une drogue qui inhibe temporairement l’aphilie, commence à se répandre. Puis surgit Raphaël, un inquiétant personnage qui semble disposé à aider les Terriens dans leur entreprise, mais se révélera peu à peu chargé de faire obstacle au projet d’exode massif.

Fin septembre 3581 : peu avant que la Terre et la Lune ne s’engloutissent dans le Gouffre avec des milliards d’êtres humains, un seul navire appareille. À bord, excepté Reginald Bull et ses proches, nul ne sait que tous les événements récents s’inscrivent dans le Plan de l’Accomplissement. Un plan conçu par l’Immortel de Délos pour sauver l’humanité terrienne et exécuté par l’hyperimpotronique lunaire, Nathan, guidée à distance par l’être collectif…

Décembre 3581 : pour Bully et ses compagnons, l’intégration sur la planète Ovaron se révèle vraiment problématique. Mais un projet des plus ambitieux leur offre une diversion salutaire : il s’agit ni plus ni moins que de créer un véritable phare cosmique capable de guider d’éventuelles expéditions de recherches jusqu’au Maelström des Étoiles…

 

L’odyssée du Sol

3578 : depuis les parages de la microgalaxie Balayndagar, l’équipage du Sol a réussi à localiser la très lointaine Voie Lactée. L’un des deux ultracroiseurs constituant la nef géante en a pris le chemin, tandis que l’autre partie s’aventure jusqu’à une planète accueillante pour y refaire les réserves du bord et tombe dans le piège insidieux tendu par les Kéloskèrs. Ces « penseurs infinis », qui sont les calculateurs stratégiques du Hétos des Sept, adorent et redoutent le trou noir situé au centre de Balayndagar, dont un dispositif spécial leur permet de juguler l’expansion. Hélas, la destruction accidentelle de cet appareil relance le processus d’engloutissement de la microgalaxie dans le Grand Néant Noir. Les Kéloskèrs prennent sous influence Sénèque, le complexe bio-impotronique qui gouverne le Sol, puis annexent celui-ci pour sauver de la catastrophe leurs précieux équipements et surtout le shetanmargt, le plus évolué de leurs superordinateurs.

Hormis la plongée dans le trou noir, toute fuite hors de Balayndagar s’avère impossible. Selon les Kéloskèrs, le couplage réussi de Sénèque et du shetanmargt devrait assurer la survie du vaisseau géant et de tous ses passagers. Malgré l’incertitude et les risques, Perry Rhodan et ses compagnons tentent le tout pour le tout…

Janvier 3581 : le Sol resurgit intact « de l’autre côté » du Grand Néant Noir dans une incroyable bulle extradimensionnelle qui abrite des soleils, des planètes… et de la vie intelligente ! Les maîtres de la Zone Dakkar, des humano-sauriens très évolués appelés Zgmahkones, réagissent violemment à l’intrusion des étrangers indésirables puis lorsqu’un commando terranien réveille et enlève Olw, le Dormeur Millénaire. Recueilli à bord du Sol, celui-ci révèle en détail l’histoire de sa fratrie, douze êtres hors normes grâce auxquels, jadis, la planète-mère des Zgmahkones a résisté à l’engloutissement dans un trou noir et émergé dans la Zone Dakkar. Seuls capables de voyager à travers les tunnels transdimensionnels qui relient la bulle extra-universelle aux trous noirs de nombreuses galaxies, Olw et ses semblables sont devenus les Spécialistes de la Nuit, les outils de conquête des dictateurs zgmahkones pour lesquels, contraints et forcés, ils ont peu à peu bâti les fondations d’une hégémonie omnipotente : le pouvoir du Concile des Six…

Perry Rhodan l’a compris, l’appui des Dormeurs Millénaires lui est indispensable pour faire ressortir le Sol de la Zone Dakkar. Mais les Gardiens du Néant – ainsi se dénomment les tyrans adverses – échafaudent un plan destiné à piéger Olw et à éviter que les Spécialistes de la Nuit ne se rangent du côté des Terraniens. Ce sera peine perdue, car les dictateurs n’ont pas idée de la détermination ni des moyens réels dont disposent les intrus.

Très vite, le Stellarque apprend qu’un équipement particulier doit être installé à bord du Sol pour lui permettre de franchir en sens inverse l’un des tunnels transdimensionnels. Or, le beraghskolth en question n’est disponible que dans la galaxie-patrie des Larenns, et la seule solution est d’aller en dérober un exemplaire. Après s’être emparé d’un vaisseau zgmahkone, un commando terranien auquel se joint Olw se lance dans cette expédition à haut risque.

Mars-avril 3581 : l’espoir est à nouveau d’actualité. Une fois le beraghskolth en place, le Sol pourra bientôt prendre le chemin du retour vers le continuum standard. Hélas, Perry Rhodan et ses compagnons d’aventure ne sont pas encore au bout de leurs surprises. Un esprit désincarné établit soudain le contact avec le mulot-castor L’Émir : il s’agit d’un Koltonien dont le peuple, disparu depuis cent mille ans, avait édifié un gigantesque empire cosmique et se trouve à l’origine même du plan qui a conduit à créer les Spécialistes de la Nuit, puis à les utiliser pour jeter les bases du Concile. Mais pour Voyllocron et ses semblables immatériels, prêts à investir les corps des douze Dormeurs Millénaires, le réveil sera définitivement compromis par l’activation du beraghskolth. Juste avant de s’enfuir avec les Terraniens, Olw et sa fratrie portent le coup de grâce aux Gardiens du Néant. Dès lors, la Zone Dakkar sera pour toujours coupée du continuum standard.

Peu après, le Sol emprunte un tunnel transdimensionnel et resurgit dans la galaxie-patrie des Hyptons. Une fois de plus, la quête de la Voie Lactée devient l’objectif numéro un de Rhodan et de ses proches.

Les Spécialistes de la Nuit ont entre-temps disparu en plongeant dans un micro-trou noir qu’ils ont fabriqué à bord du Sol sur ordre des Koltoniens. Obéissant à une mystérieuse pulsion, Alaska Saedelaere, l’homme au masque, a endossé l’Habit de Destruction et les a suivis. Il se retrouve sur Derogwania, une planète hors de l’univers normal, où règne l’inquiétant marionnettiste Callibso. Grâce à cet être mystérieux et à une fontaine temporelle, l’homme au masque rallie la Terre qui, après avoir sombré dans le Gouffre du Maelström des Étoiles, a émergé dans un secteur cosmique inconnu. Seule une poignée d’Humains désemparés y vit encore, essayant de comprendre ce qui a pu se passer durant les quatre mois où ils ont perdu conscience. Car les horloges marquent le début de l’année 3582 ! Avec ces survivants, Saedelaere va être confronté à Douc Langur, le chercheur en mission d’exploration spatiale pour le compte de l’Impératrice de Therm…

 

La Voie Lactée envahie

3580 : dans la Galaxie-patrie, Atlan a fondé le Nouvel Impérium Einsteinien dont Gaïa constitue le monde central. L’isolationnisme contraint n’est cependant pas une situation durable, même si l’oppression des Lourds et des Larenns l’impose maintenant depuis près de cent vingt ans. Le futur proche demeure cependant très sombre, en particulier pour les derniers Terraniens encore présents dans le Système de Sol dont Leticron a fait le centre de son empire. La forteresse d’acier de Titan, bastion du tyran, incarne le symbole même de la terreur et du mal. Mais le Premier Hétran de la Galaxie, obsédé par le désir d’être immortel, plonge peu à peu dans la démence et les Larenns scellent définitivement son destin : lors d’un tournoi truqué, Leticron est blessé à mort par Maylpancer, le jeune Lourd prévu pour lui succéder.

Décidé à solliciter tous les appuis envisageables pour la résistance galactique, Atlan se rend en mission secrète sur la planète Dernière Chance où un dakkarcom est en construction dans les superlaboratoires passés sous le contrôle des Larenns. Pendant que le commando procède au vol de cet équipement spécial, une autre expédition terranienne tente de rallier Andromède afin d’y requérir l’aide des Maahks – en vain… Le Lord-Amiral ne peut plus compter que sur l’assistance des Cappins de la lointaine galaxie Gruelfin et du Ganjo Ovaron, auquel l’Empire Solaire a jadis prêté main-forte. Mais nul ne sait quelle situation règne là-bas, ni comment l’appel au secours y sera perçu.

Dans une telle incertitude, la nécessité d’une opposition fédérée face au Concile devient pressante. Pour pouvoir organiser une conférence secrète des peuples de la Voie Lactée asservis par le Concile, Atlan et ses proches conçoivent un leurre destiné à tromper les Larenns et les Lourds : tout va être mis en scène, sur un monde appartenant à un secteur spatial éloigné, pour simuler le cadre propice au fameux rassemblement. Informés à dessein, les oppresseurs de la Galaxie attaquent et dévastent la planète truquée tandis que la véritable conférence se déroule évidemment ailleurs, quelque part dans l’espace.

Malgré la trahison avortée des Antis, neutralisés par le mystérieux émissaire du Vhrato, la conférence se conclut par la fondation de la CO.DI.P.G., ou Coalition pour la Dignité des Peuples Galactiques.

Début 3581, alors que la CoDiPG essaie de s’affirmer face à la méfiance croissante des oppresseurs, un mystérieux allié surgit et passe à l’action sans plus tarder. C’est le Vhrato annoncé par le culte du Héraut Solaire – ou, plus exactement, l’ultracroiseur CSol-2 qui a réussi à rallier la Galaxie-patrie depuis le Maelström des Étoiles. Son équipage et ses passagers, entretenant autour d’eux et de leur vaisseau une aura nébuleuse quasi-mystique, portent plusieurs coups sérieux aux exécutants du Concile. Soudain, les Larenns abattent un atout maître afin d’exploiter la situation à leur avantage : un autre ultracroiseur, frère jumeau du CSol-2 et réplique exacte du Marco Polo, fait son apparition avec Perry Rhodan et ses proches à son bord ! Le trouble résultant est tellement immense que même l’un des mutants revenus avec le CSol-2 se laisse abuser. Des agents du Nouvel Impérium Einsteinien conçoivent des doutes puis sonnent l’alerte. Pourtant, la comédie continue.

Peu après, la fausse nef amirale de Perry Rhodan conduit une armada spatiale vers une nébuleuse du Centre de la Voie Lactée afin d’y porter le coup de grâce au monde principal du Nouvel Impérium Einsteinien – ou, plutôt, à ce que les Larenns et leurs alliés prennent pour tel… Suscitée depuis la géante gazeuse Orcsy, une simulation plus vraie que nature crée en effet l’illusion, pour d’éventuels intrus, d’être dans le Poing de Provcon à proximité de la planète Gaïa ! Les agresseurs auront à peine le temps de réaliser leur erreur et de frapper que l’ultracroiseur CSol-2 va surgir et anéantir le faux Marco Polo

Le 2 septembre 3581, le Sol – plus exactement, son segment médian et l’ultracroiseur CSol-1 – atteint enfin le Système Solaire. Au comble de l’émotion, Perry Rhodan et ses compagnons d’errance déchantent très vite face à la situation que leur dépeint Galto Quolfart, un ancien roboticien humain « adopté » par les Bioposis qui en ont quasiment fait l’un des leurs. La politique de coexistence pacifique avec les Larenns, prônée par Atlan, irrite Rhodan qui refuse, dans un premier temps, de se rendre sur Gaïa. Rejoint par Julian Tifflor, le Stellarque décide de demeurer à l’écart pour peaufiner une offensive aussi discrète que tortueuse : profitant du chaos qui résulte de la fin des Zgmahkones et de l’hégémonie du Concile, il espère briser une fois pour toutes le pouvoir des Larenns grâce à ses formidables alliés, les Kéloskèrs.

En novembre 3581, Atlan rend visite à Perry Rhodan à bord du Sol, et les deux hommes tombent en désaccord sur la conduite à tenir. Si le Stellarque veut attaquer les Larenns, l’Arkonide se refuse à risquer de déclencher une contre-offensive dévastatrice. Peu après, Hotrénor-Taak exige l’intégration du Nouvel Impérium Einsteinien au Concile et pousse Atlan à trahir son ami terrien. Mais le chef de la résistance se déclare prêt à appuyer le Stellarque si les Larenns osent passer à des actes de terrorisme.

La donne est brutalement renversée par l’arrivée inattendue de vingt-six Kéloskèrs, qui ont mis en scène l’émersion de leur vaisseau avarié hors d’un trou noir : les hypermathématiciens viennent annoncer au Larenn suprême la fin de la microgalaxie Balayndagar et la catastrophe qui a frappé la zone Dakkar, fragilisant les bases mêmes du Hétos des Sept. Hotrénor-Taak décide alors de détacher la Voie Lactée de la tutelle du Concile. Sans le savoir, il est tombé dans le piège tendu par Rhodan et les ex-planificateurs stratégiques du Hétos qui, dès maintenant, peuvent lancer leur plan de libération de la Galaxie.

Le premier objectif de l’ancien Stellarque de Sol est d’inclure la Coalition pour la Dignité des Peuples Galactiques dans ses schémas stratégiques de lutte contre les Larenns. Hélas, l’opposition d’Atlan s’intensifie de jour en jour. Chacun de son côté, l’Arkonide et le Terranien mènent le jeu des alliances et des appuis en déployant tous les moyens concevables.

Au cours des événements récents, une évidence décevante s’est peu à peu profilée sous le regard perplexe de Perry Rhodan : les hommes du Nouvel Impérium Einsteinien, bien à l’abri dans le Nuage Sombre du Poing de Provcon, semblent toujours davantage douter de l’intérêt de se battre. Les autres peuples galactiques coalisés, quant à eux, se considèrent désormais plus proches de l’ancien Stellarque de Sol que de l’administrateur du N.I.E., trop temporisateur à leur gré. L’explosion émotionnelle qui frappe soudain les multicyborgs met en péril le leurre anti-Larenns qu’était la nébuleuse de Yolchor, et l’oppresseur intensifie brutalement ses efforts pour trouver le refuge réel de l’Humanité. Après l’attaque et l’anéantissement du pseudo-Nouvel Impérium Einsteinien, Atlan accuse Perry Rhodan d’avoir provoqué la crise de conscience des créatures synthétiques, donc d’être à l’origine de la catastrophe, et le fait prisonnier. L’antagonisme des deux immortels a encore monté d’un cran…

Conduit sur Gaïa, le Terranien finit par comprendre que ses plans de libération de la Galaxie ne motivent pas du tout la Nouvelle Humanité. L’Arkonide lui-même se sent de plus en plus étranger sur la planète centrale du Nouvel Impérium Einsteinien. Confiant la charge du N.I.E. à Julian Tifflor, il rejoint Rhodan à bord du Sol qui appareille le 17 février 3582. L’objectif de l’expédition est évidemment de retrouver la Terre. Mais la partie est loin d’être gagnée, comme il s’avère dès l’arrivée au cœur du Maelström des Étoiles.

Ainsi débute un autre périple durant lequel l’ex-Stellarque de Sol se verra également initié aux premiers mystères de L’ORDRE COSMIQUE

1. Téléchargez gratuitement toute l’action antérieure des neuf premiers cycles de la série PERRY RHODAN avec le guide spécial Destinée cosmique  I (1971–3459) sur le site www.fleuvenoir.fr.

CHAPITRE PREMIER

Le redunka rentra la tête dans les épaules avec méfiance et renifla l’air matinal.

Welker Korb hésita mais finit par surmonter ses réticences. Des faisceaux paralysants immobilisèrent l’animal en quelques secondes. L’ingénieur du Pharaon rangea son arme dans son ceinturon, s’approcha de la bête et l’acheva de deux coups de couteau à la gorge.

Alors qu’il l’éviscérait, le craquement de petites branches le fit sursauter. Il se retourna. Sous les arbres aux reflets bleutés se tenait une grande silhouette corpulente. Deux yeux gris le regardaient avec colère.

— Tu viens de commettre un délit extrêmement grave, jeune homme, déclara froidement la femme. Abattre un redunka est puni d’au moins un an.

Korb s’écarta d’un pas.

— Tu vas donc passer un an paralysé, poursuivit-elle. Tu ne bénéficieras que d’une heure et demie de mouvement par jour afin de garder ton organisme en état de fonctionner. L’esprit éveillé mais le corps inerte, tu auras assez de temps pour réfléchir à ton forfait.

Welker Korb leva une main en signe de défense.

— Mais je l’ignorais ! s’exclama-t-il avec effroi. Il y a tant de gibier sur Ovaron qu’aucune espèce ne peut être menacée de disparition.

Verris Kishtan étrécit les yeux. Elle releva le niveau d’intensité de son radiant.

— Tu étais donc conscient du problème écologique…

— Pardon ?

— Tu viens d’évoquer les espèces en danger. C’est justement le cas des redunkas. Je regrette, petit. Cela va te coûter une année.

— C’est… de la folie. Vous êtes toutes…

Korb ne termina pas sa phrase. La femme, beaucoup plus grande que lui, s’était rapprochée et le regardait de haut d’un air gourmand.

— Tu es un peu court sur pattes, mais pas affreux, constata-t-elle d’une voix tremblante.

Il recula.

— Ne sois pas idiot, reprit la femme dans un soupir. Je peux t’accuser et tu passeras tout une année paralysé. Mais nous pourrions aussi…

Elle laissa sa phrase en suspens. Ce silence exaspéra Korb.

— Nous pourrions quoi ? questionna-t-il sèchement.

— Nous marier !

Il déglutit convulsivement. Il ne quittait pas des yeux ce dragon.

— Nous ma… marier ?

— Mais oui ! insista-t-elle en hochant la tête d’un air très sérieux. C’est tout à fait naturel, non ?

Welker resta silencieux.

— Bon, approuva-t-elle en rengainant son arme. Je vois que nous nous comprenons.

— Pitié ! gémit l’ingénieur. Je n’aime pas les femmes. Moi… Avec toi… ? Non, je préfère rester paralysé pendant un an.

Verris Kishtan pâlit. Son expression se décomposa.

— Je ne trouve pas cela amusant, dit-elle sur un ton déçu. Que cherches-tu donc sur la planète Ovaron ?

C’est alors que l’ingénieur, pris de panique, fit volte face et s’enfuit.

— Reste ici ! hurla la femme.

Elle se lança derrière lui, mais fut rapidement hors d’haleine.

— Arrête-toi, bon sang !

Welker Korb, qui mesurait à peine plus d’un mètre cinquante, s’enfonça assez aisément dans le sous-bois. Il regarda plusieurs fois par-dessus son épaule. Sa poursuivante, malgré sa corpulence, était aussi rapide que lui.

— Je t’aurai ! fulmina-t-elle. Nous serons heureux ensemble.

— L’enfer m’en préserve !

Welker évita des plantes hérissées d’épines. Devant lui, le sol descendait légèrement.

— Pas par là ! s’écria soudain Verris. Arrête-toi !

L’ingénieur ne l’écouta pas. Son glisseur l’attendait non loin de là. Quand il serait parti, il ne resterait aucune preuve de sa présence sur les lieux. Ce serait alors sa parole contre celle de cette femme.

— Attention ! criait-elle toujours dans son dos. Arrête-toi avant la lisière !

La forêt s’éclaircit devant Welker Korb. Il jeta un nouveau coup d’œil par-dessus son épaule.

Verris Kishtan agitait frénétiquement les bras.

— Non, arrête !

Juste devant lui bâillait effectivement une grande faille. Il dérapa et tenta vainement de se raccrocher aux branches d’un arbre. Son cri résonna de façon sinistre entre les parois rocheuses.

La femme accourut au bord du précipice. Elle plongea des yeux terrorisés dans l’abîme et vit disparaître le corps de l’homme.

— Je ne voulais pas… Je ne voulais pas… bredouilla-t-elle en s’effondrant dans l’herbe, tremblante.

Elle ne leva les yeux que lorsque la sirène d’une patrouille retentit. Aussitôt, elle se redressa et fit mine de s’échapper vers la forêt mais déjà, le glisseur rouge descendait à vive allure.

— Restez où vous êtes ! lui lança le pilote par le haut-parleur.

Verris Kishtan tressaillit et se figea. Elle regarda le fleuve écumant, en contrebas, et ressentit un besoin presque irrésistible de sauter dans l’abîme. Cependant, le glisseur s’interposa entre elle et le gouffre.

Une policière débarqua. Elle portait un képi rouge, une veste de commandante assortie et un pantalon noir près du corps. Les sentiments de Verris oscillaient entre haine et jalousie. Cette femme était très belle. Pourquoi n’avait-elle pas elle-même été aussi généreusement dotée par la nature ?

— Vos papiers ! lui fut-il intimé.

Elle tendit une petite carte plastifiée.

— Verris Kishtan, lut la représentante de l’ordre. Domiciliée à Hildenbrandt, profession : bouchère, âge : vingt-neuf ans.

Ces derniers mots arrachèrent à l’intéressée un douloureux soupir.

— Que faites-vous ici ?

— Je chasse le coq sauvage.

— J’ai vu un individu de sexe masculin se jeter dans le vide et s’écraser au fond de la gorge, rapporta la commandante avec autorité. Il est clair qu’il venait de la forêt, d’un pas plus que précipité.

La policière sortit un détecteur à infrarouge de son glisseur et remonta les traces de l’homme. Quelques minutes plus tard, elle projeta les prises de vue sur l’écran holographique. Verris Kishtan resta les bras ballants, sans dire un mot.

— C’est limpide : vous avez surpris cet individu en flagrant délit de braconnage. Il n’a pas cédé à votre tentative d’approche. Mais vous l’avez pressé, voire soumis au chantage.

Verris frissonna.

— Il s’est enfui devant vous. Alors, vous l’avez poursuivi et chassé vers la falaise.

— Ce n’est pas ce que je voulais. J’ai essayé de l’avertir du danger.

— Et pourtant, il est mort, constata sévèrement la policière. (Elle retourna dans son glisseur.) La positronique centrale a suivi la conversation. La sentence sera prononcée sur-le-champ, Mademoiselle Kishtan. Vous avez tué un homme !

— C’était un accident.

— Et alors ?

— Je vous en prie…

— N’essayez pas de discuter avec moi ! Je ne suis qu’une exécutante. Quatre-vingts pour cent des Ovaroniennes ont estimé qu’une femme à l’origine du décès d’un homme doit mourir.

— Je ne suis pas coupable !

Un tintement de cloche retentit dans le glisseur. Les yeux de l’inculpée s’emplirent de larmes. Elle entendit comme dans un brouillard le jugement formulé par la positronique centrale d’Hildenbrandt :

— Verris Kishtan est déclarée coupable. Elle a causé la mort d’un homme. La victime a été identifiée : il s’agit de l’ingénieur en neutrinique Welker Korb, du Pharaon. Il s’avère que l’accusée l’a poussé vers l’abîme. Peu importe si celle-ci l’a fait de façon intentionnelle ou accidentelle.

« Comme les faits permettent de formuler une condamnation claire, aucun débat contradictoire ne sera organisé. Le jugement est prononcé selon le résultat du référendum populaire du 10 octobre 3560 traduit dans le paragraphe 1075 du code de procédure pénale : œil pour œil, dent pour dent. Verris Kishtan subira la même mort que Welker Korb.

« Nous avons dit.

« Planète Ovaron, Hildenbrandt, le 14 avril 3582.

— Non, gémit la condamnée. Laissez-moi partir !

La policière avait pâli elle aussi, même si elle s’attendait à cette sentence.

— Je n’y peux rien, je suis tenue par la loi.

— Est-ce que cela va ramener cet homme ? lui demanda la condamnée d’une voix suraiguë.

— Non, mais cela ne change absolument rien à mes obligations. Je déteste avoir à le faire, mais je n’y peux rien.

— Comment vous appelez-vous ?

— Kayla Hildenbrandt.

— Soyez maudite jusqu’à la septième génération !

— Fermez les yeux ! ordonna la représentante de l’ordre en dégainant son paralysateur.

Verris obéit, les lèvres tremblantes.

Kayla Hildenbrandt appuya sur la détente. La condamnée tomba au sol, tétanisée. La policière monta dans le glisseur et en utilisa le projecteur antigrav pour pousser le corps par-dessus le bord de la falaise. Elle brancha la caméra puis désactiva le champ antigrav.

Verris Kishtan tomba dans l’abîme.

Les yeux de Kayla s’étaient remplis de larmes. Elle ne suivit pas la chute du corps sur l’écran vidéo mais attendit d’être sûre que tout était terminé. Ses mains tremblaient.

— Je voudrais ne jamais t’avoir trouvée, Verris, dit-elle entre deux sanglots. Pourquoi fallait-il que je rôde précisément dans le coin ?

Elle fit décoller le glisseur et descendit lentement le long de la paroi. Quand elle vit ce qui restait de Verris Kishtan, elle frissonna. Elle s’imposa de faire disparaître les deux corps grâce à son désintégrateur, tout en filmant l’opération pour s’assurer que son rapport n’éveillerait pas le moindre doute.

image

— Je souhaite parler à Mayk Terna, annonça Kayla Hildenbrandt.

— L’administratrice est occupée, répondit la secrétaire en secouant la tête. C’est impossible.

— J’y tiens absolument !

— Pourquoi ?

Elle lui expliqua ses raisons.

— Vous n’êtes pas sérieuse ? fit-elle, surprise.

— Allez-vous me laisser la voir ?

— Comme vous voulez. Je la préviens de votre arrivée.

Kayla parcourut un étroit couloir pour rencontrer l’administratrice. Mayk Terna, grande et massive, était assise derrière son bureau. Elle ressemblait un peu à Verris Kishtan. Les traits de son visage paraissaient toutefois plus marqués et plus durs.

— Qu’est-ce qui t’amène, Kayla ?

— Je démissionne. J’en ai marre. Aujourd’hui, j’ai dû exécuter une femme coupable de la mort d’un homme.

— Et alors ? répliqua sèchement l’administratrice. Ce n’est pas une raison pour quitter son service.

— Pour moi, c’en est une.

— Tu portes le nom d’Hildenbrandt, tu es parente du major Kernot Hildenbrandt qui a découvert la planète Ovaron et fondé cette ville. Je n’aurais jamais pensé qu’une de ses descendantes pouvait être aussi faible et lâche.

— Tu es cinglée ? s’emporta Kayla. Comment oses-tu ?

— Eh bien, tu veux quitter ton poste parce que tu as exécuté une décision de justice !

— Pas du tout, rétorqua la commandante. J’ai seulement pris conscience que bien des choses que nous faisons n’ont pas de sens. Nous créons deux camps. D’un côté, nous les femmes et une poignée d’hommes, de l’autre Reginald Bull et ses équipages.

— Je ne suis pas responsable de cette situation, expliqua agressivement Mayk Terna. J’ai assez souvent pressé Bully de ne pas cloîtrer ses collaborateurs.

— Peu m’importe. Je constate seulement que nous vivons les uns à côté des autres d’une façon idiote.

— Et tu comptes changer cela, peut-être ?

— Je veux au moins essayer. Nous devons venir en aide aux femmes qui ne trouvent pas d’homme. Le sort de Verris Kishtan m’a ouvert les yeux.

Mayk Terna eut un sourire méprisant.

— Verris n’avait rien d’attirant. Elle n’aurait jamais eu un seul compagnon.

— Elle n’était pas plus moche que toi, et tu t’es mariée avec Gnaden Wennein. Ça aurait aussi pu marcher pour elle.

— Je n’ai aucune envie d’écouter tes provocations ! répliqua l’administratrice.

— Quoi qu’il en soit, nous devons faire en sorte que les équipages des vaisseaux se soulèvent contre Bull et Danton.

Kayla Hildenbrandt jeta son képi sur le bureau, puis sa veste.

— Tu as ma bénédiction, répondit Mayk Terna sur un ton détendu. Il y a tant de femmes qui vivent sur notre planète que chaque homme devrait pouvoir se marier plusieurs fois.

— Je veux que nos lois gagnent en humanité !

— Il n’y a jamais eu autant de liberté et d’humanité que chez nous.

Kayla Hildenbrandt secoua la tête.

— Je ne vois plus là-dedans qu’une propagande bon marché. Notre communauté compte tant de femmes qui souffrent de ne jamais avoir un homme. D’autre part, si la peine de mort s’applique aux délits comme celui de Verris Kishtan, on ne peut pas parler d’humanité.

Mayk Terna parut songeuse.

— Je te place en arrêt de travail, décréta-t-elle au bout d’un moment. Je ne te renvoie pas, je te donne un congé sans solde. Tu conserves ton grade. Lorsque tu voudras reprendre ton poste, dis-le-moi.

Sur ce, elle saisit un dossier, faisant ainsi comprendre que l’entretien était clos.

Lorsque Kayla Hildenbrandt rentra dans son logement en banlieue, elle trouva un message positronique de Mayk Terna :

« J’aime ton courage. C’est pour cela que je tiens à ce que tu saches que tu restes en service pour moi. Simplement, tes missions seront différentes. Mais personne ne doit l’apprendre, à commencer par Reginald Bull. Il faut qu’il continue de croire que tu agis de ta propre initiative et sans couverture. Je pourrai d’autant mieux prétendre ensuite que je n’ai rien à voir avec tes actions.

Il faut que les équipages sortent de leurs vaisseaux. Plus Bully perdra en prestige et en respect aux yeux de ses hommes, plus nous aurons de chances de réussir. Ridiculise-le, intrigue contre lui sans ménagement. Seul le résultat compte. Si un scandale survient, je devrai prendre mes distances vis-à-vis de toi. Cela ne veut pas pour autant dire que tu seras seule. »

Le message s’effaça automatiquement, de sorte que personne ne pourrait en reconstituer le moindre mot.

Sa destinataire sourit, reconnaissant bien là la patte de Mayk Terna. S’il fallait compliquer la vie de Bull, elle répondait présente.

Kayla se changea. Elle choisit une petite jupe adaptée à la saison assez chaude et un pull-over moulant au décolleté profond. Elle partit ensuite avec son glisseur.

Le Pharaon se trouvait à bonne distance d’Hildenbrandt. Des vingt-cinq vaisseaux lémuriens récupérés, seize étaient posés près de lui, en plus de sept petites unités terraniennes et d’une nef composite des Bioposis. Ces huit derniers bâtiments étaient arrivés récemment dans le Maelström et représentaient un surcroît de puissance non négligeable.

Kayla Hildenbrandt activa la liaison holographique avec le Pharaon.

Le technicien de service réagit immédiatement.