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Pétra

De
215 pages
Castlereagh, un vieux manoir irlandais au milieu de la lande et des brouillards du Kerry. Lord O'Farell, riche éleveur de chevaux de selle et de poneys, y épouse Pétra en secondes noces. Atteinte d'amnésie à la suite d'un accident d'équitation, la jeune lady passe ses journées à cheval à travers la lande et ses nuits à attendre son riche époux. Un soir, Pétra reçoit la visite d'un revenant des lieux. Ici, où l'étrange règne sans partage, épreuves et secrets attendent notre héroïne. Déconnectée entre rêve et cauchemar, elle nous livre son journal intime en équilibre entre thriller psychologique et conte fantastique. Forcément vénéneux!
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Pétra
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AUTRES ÉDITIONS
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Brice Saint Cricq
Pétra Le testament des korrigans
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9422-5 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748194227 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9423-3 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748194234 (livre numérique)
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Le pouvoir magique à mes mains Se dérobe encore. Aux jasmins Les chardons ont mêlé leurs haines. Charles Cros Pour Sylvie, inséparablement, la réussite de son écriture
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L’âpre vent de l’océan auréole la lande d’une bruine embaumée d’eau salée dont les gouttelettes imprègnent les lèvres. Subitement, à l’ouvert de la baie, surgit une lumière blanche, une sorte de pinceau lumineux qui semble jaillir d’un œil cyclopéen. C’est le phare allumé à la proue de quelque chalutier faisant route vers Rockall. Cette lumière grandit, grandit, occultant tout entier le bateau rivé à sa trace. Ce n’est que lorsque celui-ci arrive à la hauteur de Pétra, avec sa coursive et ses hublots lumineux, qu’il lui est donné de l’apercevoir. Trapu et muet, il laboure un sillage sur l’eau vert d’encre. Cela défile avec une majestueuse lenteur. Il ne reste presque plus rien dans la minute qui suit de cette apparition. Mais à peine la brume s’est-elle refaite qu’une nouvelle lueur naissante annonce un autre morutier. Ils passent, ils passent, ils sont passés. De ces tableaux changeants, Pétra en fait très vite son oubli - ce soir-là, avant même d’avoir rejoint la large porte en ogive du manoir. Désormais, elle ne sait plus observer, vivre un fait, sans commencer par oublier. Elle ne
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Pétra
saurait même plus évoquer, dans la pénombre qui approche, propice aux fantômes, son propre fantôme, jumeau très cher de son passé, un fantôme mille fois plus vivant, mille fois plus tangible que toutes ces humaines présences avec qui elle est encore, pour un temps, contrainte de vivre à Castlereagh, ou, du moins faire semblant. Au cours de ses journées, muette et lointaine, ni triste ni gaie, lady Pétra attend elle ne sait quoi sans parvenir à occuper son esprit, ni par la lecture ni par le dessin ou le piano. Lors de longues promenades à cheval ou à pied, dans les rares échanges qu’elle peut avoir avec les domestiques, elle se contente le plus souvent de rompre leurs pourparlers par un doux sourire, comme pour rassurer. Elle reste si longtemps seule qu’il lui est difficile de parler sans embarras, même de banalités. En dépit des horizons grisâtres, des écumes de la mer, ici, le vert commande. Toutes les nuances de vert : le vert jade et lumineux de la baie qui devient vert glauque par brouillard, le vert velouté des mousses et des océans de fougères, le vert olive des herbes rases, et puis deux autres verts au moins, le vert céladon des prairies, soutachées par le trait vert feuille des haies, contemplées depuis les croupes émeraude des monts du Caha, et aussi, s’il pleut, mille autres verts de l’herbe mouillée et grasse.
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