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PEUR AVEUGLE
un romanManitou
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par François Truchaud L’Ombrede Bragelonne
Pour ma mère, Mary, avec tout mon amour.
1
Washington, DC
Le président des États-Unis avait traversé un peu p lus de la moitié de la pelouse de la Maison-Blanche quand il devint aveugle. Il vacilla et saisit la main de la première dame. — David ? s’exclama-t-elle. Qu’y a-t-il ? — Bon Dieu, Marian, je ne vois plus rien. Les rotors de Marine One tournaient déjà et c’était à peine si elle l’entendait. Quoi ? — Je ne vois plus, Marian. Tiens ma main, guide-moi. Aide-moi à monter les marches. Je ne veux pas que quelqu’un se rende compte que quelque chose ne va pas. — David, nous devons t’emmener à l’hôpital, tout de suite ! — Le docteur Cronin est à bord, il peut m’examiner. — David… — Marian, je t’en prie ! Pense à ce qui pourrait se passer, même si je recouvre la vue ! — Je me moque de ce qui pourrait se passer ! Je ne pense qu’àtoi! Mais le président serra la main de la première dame encore plus fort et poursuivit sa marche, déterminé mais chancelant, ve rs l’hélicoptère, et elle put seulement veiller à ce qu’il n’aille pas dans la mauvaise direction. Les marches, le prévint-elle. Il tendit sa main droite, sentit la rampe. Puis il se retourna et fit un grand geste de la main vers le groupe de journalistes, en arbor ant un large sourire comme si tout allait bien. — Aide-moi à monter. Compte les marches. Tous deux gravirent les marches, sans cesser de sou rire, tandis que la première dame disait à voix basse : — Un, deux, trois… Doug Latterby se tient en haut, sur ta droite. Ne te cogne pas contre lui. — Salut, Doug ! fit le président en s’efforçant de prendre un ton enjoué. Comment allez-vous ? Vous avez reçu ces rapports sur la sécurité ? — Ils viennent d’arriver, monsieur le Président. Vous pouvez les examiner tout de suite. — Excellent. — Marche du haut, l’avertit la première dame. Le président se retourna de nouveau et fit un autre geste de la main pour les caméras. Puis la première dame l’aida à franchir la porte de Marine One et le guida vers sa cabine privée. — Madame Perry ? demanda Doug Latterby en faisant mine de la suivre. — Dites au docteur Cronin de venir, immédiatement. Et faites décoller l’hélicoptère le plus rapidement possible. Direction le George Washington Hospital. — Excusez-moi, madame Perry, le président est souffrant ? Le président s’arrêta et regarda par-dessus l’épaule de Doug Latterby. — Je ne vois plus, Doug. Je suis brusquement devenu aveugle.
— Nom de Dieu ! Quand cela s’est-il produit ? — Il y a juste deux minutes. C’est peut-être seulem ent passager. Mais allez chercher le docteur Cronin, et décollez sans perdre de temps.
2
AMA vol 2849 Atlanta – Los Angeles
Tyler rêvait qu’il jouait au poker dans une chambre d’hôtel enfumée à Hô Chi Minh-Ville, mais il ne reconnaissait les symboles sur aucune des cartes. Au lieu de carreaux, de trèfles, de cœurs et de piques, elles étaient décorées d’orchidées, d’étoiles, d’hameçons et de tasses à thé, et toutes les figures comportaient des singes verts qui grimaçaient. — Je vous relance de deux mille et je vais vous imp ortuner, dit le Vietnamien d’un certain âge assis à sa droite, et il le secoua par l’épaule. — Hein ? Il se rembrunit. Il ne comprenait absolument rien à ce jeu, et il était terrifié à l’idée de perdre tout son argent. Comment rentrerai t-il aux États-Unis s’il perdait tout son argent ? — Monsieur ? répéta le Vietnamien, et il le secoua par l’épaule de nouveau. Tyler ouvrit les yeux. Une hôtesse rousse se tenait devant lui, l’air soucieux. — Je suis désolée de vous importuner, monsieur, mai s nous avons un problème. Tyler toussa, renifla, et déplia ses jambes maladro itement. Deux mètres cinq de haut, très large d’épaules, il avait toujours du mal à s’installer confortablement dans un fauteuil en classe économique, d’autant plus qu’il avait une rotule artificielle à la jambe gauche. — Un problème ? — Peut-être pourriez-vous m’accompagner à la cabine de pilotage. Tyler regarda autour de lui. — Merde, il ne s’agit pas d’un détournement, hein ? L’hôtesse porta son index à ses lèvres. — Non, monsieur. Absolument pas. Mais j’ai besoin que vous veniez avec moi à la cabine de pilotage. — Entendu. Tyler détacha sa ceinture et la suivit dans l’allée en boitant légèrement. La plupart des autres passagers dormaient ou écoutaien t leur iPod, appuyés contre leurs dossiers. Un ou deux avaient relevé leur store et regardaient vers la nuit. Les montagnes de la chaîne Sangre de Cristo défilaient lentement en dessous d’eux, spectrales et couvertes d’un manteau de neige, et le ciel scintillait des étoiles de la fin de l’été. L’hôtesse pianota le numéro de la sécurité à l’exté rieur de la cabine de pilotage et Tyler la suivit à l’intérieur. Le pilote, le copilote et le navigateur étaient assis tous les trois dans leurs sièges, comme il po uvait s’y attendre, mais trois membres du personnel de cabine, deux hommes et une femme, étaient également là, en plus de lui et de l’hôtesse rousse. L’autre hôtesse se mouchait et elle avait manifestement pleuré. — Merci pour votre coopération, monsieur, dit le plus âgé des stewards. — Si je peux me rendre utile, pas de problème, répondit Tyler.
Il n’était pas habitué à ce genre de respect. Même s’il avait trente et un ans, il en paraissait cinq de moins, avait d’épais cheveux blonds, des yeux gris mat, et une mâchoire plutôt carrée qu’il avait héritée de s a mère d’origine suédoise. Sa dernière petite amie, Nadine, lui avait dit que, même quand il portait un complet de bureau, il donnait l’impression qu’il aurait dû avoir une planche de surf glissée sous le bras. — Je ne tournerai pas autour du pot, déclara le steward. Il y a une vingtaine de minutes, le commandant Sherman a perdu la vue et, u ne dizaine de minutes plus tard, le reste de l’équipage également. Tyler le regarda fixement puis baissa les yeux vers le navigateur qui était assis devant ses instruments, une main plaquée sur ses yeux. — Ils ont perdu la vue ? Tous les trois ? Ils sontaveugles? Le steward hocha la tête. — Nous ignorons pourquoi. Ils ne savent pas pourquo i,eux non plus. Il y a peut-être un virus en suspension dans le système de ventilation de la cabine de pilotage. Il est impossible de le savoir avec certitude. — Alors, ce que vous êtes en train de me dire… C’es t que nous volons à trente-cinq mille pieds d’altitude avec un équipage de vol qui ne voit plus ? — C’est moins grave qu’il n’y paraît, intervint le commandant Sherman en se tournant dans son siège. Cheveux argentés, le teint très hâlé, il avait une tête massive qui rappelait à Tyler un acteur de télévision, Gene Barry, mais ses yeux n’accommodaient pas du tout, comme s’il observait un point à sept mètres environ derrière le dos de Tyler. — Nous avons le pilote automatique, bien sûr, et le système d’atterrissage automatique. — Eh bien, c’est rassurant ! Vos gens au sol sont au courant ? Les contrôleurs aériens ? — Nous avons averti l’aéroport de Los Angeles que nous avions une situation critique. En fait, ils ont examiné la liste des pas sagers pour voir s’il y avait quelqu’un à bord qui savait piloter un avion. L’un des directeurs de vol a reconnu votre nom et c’est pour cette raison que je vous ai demandé de venir. — Bordel de merde ! fit Tyler. Je suis cascadeur. L’appareil le plus gros que j’ai jamais fait voler était un Cessna 172, et c’était p rincipalement pour effectuer des loopings. Je suis incapable de faire voler un avion comme celui-là. Enfin, il y a tous cesgensà bord. Et si je les tue tous ? Et si je me tue,moi? — Vous n’avez aucune inquiétude à avoir, monsieur J ones. Je vous guiderai pour les procédures d’atterrissage. Avec un peu de chance, vous n’aurez pas à toucher à quoi que ce soit, excepté à deux manettes. Votre mamie pourrait le faire, mais à titre de précautions supplémentaires, je veu x avoir quelqu’un ici qui sait piloter. — Je ne sais même pas si mon assurance couvre un truc pareil. — Monsieur Jones, votre assurance est le moindre de vos problèmes. Aucun passager sur ce vol ne vous attaquera en justice pour lui avoir sauvé la vie… et si vous ne lessauvez pas,cela n’aura pas une grande importance, d’accord ? Le copilote se tourna à son tour. C’était un Sino-Américain, avec des cheveux noirs luisants et une petite moustache. Il considérait le plafond sans le voir. — Vous pouvez faire cela pour tous les autres passa gers, monsieur. Si vous nous faites atterrir sains et saufs, vous serez un grand héros. Regardez… (Il glissa une main dans la poche de poitrine de sa chemise et en sortit la photographie d’une
petite fille portant une robe à carreaux rouge, assise sur une balançoire.) Si vous ne le faites pas pour les autres passagers, ou même po ur vous-même, faites-le pour cette petite fille qui perdra son père, sinon. Tyler regarda tour à tour les membres du personnel de cabine. Il avait toujours adoré prendre des risques, sauter au-dessus de cinq voitures garées avec sa moto Kawasaki, tomber en chute libre depuis des montgolfières, s’asperger d’essence, y mettre le feu, et se jeter du haut d’un immeuble. M ais quand il exécutait des cascades de ce genre, il n’était pas responsable de la sécurité d’autres personnes, uniquement de la sienne. Être responsable de la séc urité d’autres personnes, c’était la seule chose qui lui faisait peur. Ça, et les araignées. Il détestait les araignées. — Nous serons là pour vous guider pour l’atterrissage, déclara le commandant Sherman. Je vous le promets, monsieur Jones. Ce sera une promenade de santé. — Vous auriez pu choisir unemeilleurelui dit Tyler. La dernière fois image, que j’ai fait une promenade de santé, un doberman m’a mordu les fesses.
3
Los Angeles
Un fourgon à bestiaux était tombé en panne sur l’Interstate 101 à un peu plus de deux kilomètres à l’est d’Encino. L’autoroute ét ait restée bloquée pendant presque une heure tandis que des cow-boys professio nnels avaient été appelés pour calmer les bêtes affolées et les transférer da ns un autre fourgon, et, à présent, Jasmine avait plus de quarante-cinq minutes de retard. Elle détestait être en retard. Elle avait travaillé trop dur pour gagner sa réputation de livreuse toujours ponctuelle, voire e n avance. Son indicatif d’appel était « Oiseau matinal » et, sur la portière de son semi-remorque, il y avait l’image d’un corbeau de bande dessinée qui sortait du sol un ver au corps étiré. Elle écrasa l’accélérateur de son gros Mack CH rouge jusqu’à ce qu’il gronde et atteigne presque les quatre-vingt-dix kilomètres à l’heure. La radio diffusait à fondBat Out of Hell.Habituellement, elle n’aimait pas la musique des Blancs, mais Meat Loaf c’était différent, et elle chanta avec lui tandis qu’elle fonçait sur Sunset et Santa Monica Boulevards.«Les sirènes hurlent et les incendies grondent… jusqu’au fond de la vallée ce soir.» Sur la plate-forme de son semi-remorque, elle trans portait trois générateurs diesel cent vingt kWh jaune vif, qui pesait presque une tonne chacun, et elle était censée les livrer à un chantier sur Mateo Street avant 9 heures du matin. Jasmine avait toujours considéré que la vie était un défi sérieux, et elle estimait que dans tout ce qu’elle entreprenait, elle devait faire mieux que quiconque, et en particulier les hommes. À seize ans, elle avait sui vi des cours de combat sans armes coréen au lycée, dans l’intention précise de faire valdinguer son père à travers le séjour. Elle lui avait cassé le nez et l e poignet droit, ensuite son père n’avait plus jamais battu sa mère. Depuis lors, son entraînement detaekkyonlui avait été très utile. Elle avait un air exotique particulièrement frappant : elle ressemblait presque à une Éthiopienne, avec des cheveux coupés court et relevés, des penda nts d’oreille en or et des lèvres à l’expression boudeuse. Elle avait égalemen t une poitrine qui faisait se cogner des hommes contre des réverbères. Cependant, tout homme qui essayait de la draguer s’exposait à de sérieuses blessures. — « À toute allure, cria-t-elle avec une voix de fa usset. Je vais partir, partir, partir ! » C’était l’heure de pointe de la matinée, et la circ ulation était dense, pourtant elle parvenait à changer de voies pour maintenir sa vitesse. Alors qu’elle approchait de l’échangeur de Los Angeles Est, elle dépassa un camion d’essence Amoco, puis un car rempli de seniors. Elle roulait à plus de soixante kilomètres à l’heure quand elle aborda la bretelle de sortie qui franchissait la Los Angeles River. — « … Et je ne verrai pas le virage brusque jusqu’à ce qu’il soit trop tard… » Soudain, juste devant elle, un Hummer vert fit une embardée sur le côté et heurta le mur de séparation en béton. Elle vit des éclats s’envoler, le Hummer fit un tête-à-queue de cent quatre-vingts degrés et se retrouva face à elle. Elle freina à mort, mais il lui était impossible de l’éviter. L’a vant de son camion percuta le Hummer de plein fouet et le projeta en arrière contre le mur de retenue.
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