Philippe, le roi amoureux

De
Publié par

L'histoire de Philippe 1er, arrière-petit-fils d'Hugues Capet, décrié par les clercs de son époque, est méconnue malgré l'un des plus longs règnes de l'histoire de France (48 ans). Elle est pourtant bien romanesque : enlèvement d'une belle princesse, excommunications, tentative d'assassinat d'un prince royal, tout cela dans un siècle agité où seigneurs brigands et vassaux turbulents menacent caravanes et villages. Roi de "Francie", mais seigneur d'un bien petit domaine, il doit asseoir son autorité. Arnault, un jeune villageois, courageux et à l'esprit droit, va voir son existence croiser à maintes reprises celle de ce roi et de la belle Bertrade.
Publié le : lundi 1 février 2010
Lecture(s) : 281
EAN13 : 9782296932050
Nombre de pages : 296
Prix de location à la page : 0,0155€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
A Isabelle, Olivier, Fleur et Elise
{7E5; ) nAA7 qHFF2HL CBHE FBA 2;67 ;5BAB9E2C:;DH7
Avant-propos
Ce livre est un roman. Il prétend faire partie de ce genre du « roman historique », si magnifiquement illustré par Maurice Druon et des écrivains tels que Michel Peyramaure – que l’auteur prend comme modèles inégalables -, qui permet de faire vivre quelques personnages imaginaires au milieu d’événements réels, de la petite ou de la grande Histoire, en essayant de donner de la crédibilité aux aventures qu’il leur fait rencontrer. C’est parfois le moyen de retracer quelques épisodes de l’Histoire mal connus en les rendant plus accessibles grâce à l’artifice du roman. C’est bien le cas ici. Le contexte est la fin du XIe siècle et le règne très mal connu - et jamais étudié dans les écoles – du roi Philippe Ier. Cet arrière-petit-fils d’Hugues Capet a pourtant eu l’un des plus longs règnes de la monarchie capétienne (48 ans). Certes, le royaume de France (de Francie, comme l’on disait à l’époque) était encore bien modeste, se réduisant pratiquement à l’Ile de France pour ce qui est du domaine royal en propre. C’est pourtant sous son règne qu’ont eu lieu deux événements historiques majeurs : le débarquement de Guillaume le Conquérant en Angleterre et la première croisade. Mais sa réputation est mauvaise. Dans certains textes anciens, elle est même sulfureuse… Il faut dire que tous les textes dont dispose l’historien ont été écrits par ceux qui détenaient la capacité de rédiger et de diffuser les écrits (en latin): les clercs, surtout le haut clergé. Or, Philippe Ier a été, dans la deuxième moitié de son règne, constamment en opposition avec l’Eglise et il est vraisemblable que les jugements qui ont été portés sur lui l’ont été d’une façon très partiale. C’est notamment vrai de la part de quelqu’un comme Suger, qui a écrit une histoire très louangeuse du successeur de Philippe, Louis VI le Gros, qu’il servait et dont il voulait vanter les qualités qu’il avait intérêt à opposer aux insuffisances du père. Les
7
historiens d’aujourd’hui, Georges Duby en tête, émettent la possibilité que ces jugements négatifs aient été portés de façon injuste car trop partisans. Les sources de l’époque sont malheureusement trop rares pour connaître la complète vérité. L’auteur a, quant à lui, pris un parti plus favorable au roi... Comme cela est habituel dans la loi du genre, des personnages fictifs mêlent leur pas à ceux des personnages historiques. Mais ils auraient (ont ?) pu exister et connaître de telles destinées. En revanche, les principaux faits qui mettent en cause les personnages historiques, même les plus invraisemblables, sont véridiques, même si, selon les sources dont on dispose, on peut observer quelques nuances, notamment en ce qui concerne les dates. Comme si souvent, l’Histoire se révèle plus « romanesque » que ne pourraient l’imaginer les meilleurs romanciers…
8
Philippe CASASSUS 24 juillet 2008
Chapitre 1 14 Mai 1092. Le Puiset
Tout affairé à reposer son piège le plus adroitement possible, il n’avait pas entendu immédiatement. C’est qu’il fallait ne pas l’abîmer davantage en déclenchant intempestivement son mécanisme : une de ses mâchoires avait été un peu tordue tant le beau lapin qu’il y avait trouvé s’était débattu ! Une belle bête, assurément : il en aurait compliment à son retour et en jubilait de fierté à l’avance ! Il fallait aussi que les feuilles et le petit tapis de mousse qu’il avait découpé au pied du hêtre le cachassent assezpour tromper le gibier sans échapper à ses propresyeux. Il n’était pas question de mettre la moindre marque sur le tronc : les sergents du baron étaient des malins qui auraient tôt fait d’organiser un guet-apens ! - et le souvenir de l’oncle Guillaume, se balançant aux branches du grand chêne de la place, l’automne dernier, s’il ne refroidissait pas son ardeur au braconnage, était bien présent pour lui rappeler qu’il n’aurait aucune clémence à espérer. Satisfait de son travail, il ouvrit son sac pour caresser à nouveau le pelage beige de l’animal : il faisait peut-être cinq livres ! Mais brusquement il s’arrêta, s’aplatit sur le sol, bloqua sa respiration… En collant l’oreille droite sur l’humus, il eût la confirmation de ce qu’il avait cru entendre : une cavalcade ! Il laissa le temps à sa réflexion de s’organiser. Il avait pris grand soin de partir au petit jour, quand l’horizon et …lesyeux des sergents d’arme étaient encore embrumés. Il avait bondi de derrière la dernière masure du village - celle de Geoffroy, le plus ancien des alleutiers, à deux maisons de la pauvre cabane de torchis de mère Marguerite - jusqu’aux premiers fourrés près de l’étang. Là, il avait marqué un temps d’arrêt, freinant volontairement son souffle qui se faisait rapide, pour
9
mieux écouter. Il avait attendu plusieurs minutes, puis s’était glissé, courbé en deux, d’un fourré à l’autre, avant d’oser un regard au-dessus d’une touffe de ronces en direction du haut village et de la maison du guet. Tout était calme, désert. Le jour était bien choisi, en cette veille de Pentecôte où les préparatifs de la fête allaient occuper les gardes sur la place du marché. Il s’était enfoncé dans le premier taillis de la forêt, le cœur tranquille. Et maintenant ce bruit de cavalcade qui se précisait !... Non: ce n’était pas, ce ne pouvait pas être les hommes du baron ! Une de ces bandes de pillards de marchands qui écumaient les routes jusqu’aux approches d’Etampes ? Sûrement pas ! Ils seraient plus discrets - et le grondement croissant évoquait une troupe imposante : plus de vingt chevaux sûrement ! - et bien pressée ! Arnault toucha la robe soyeuse du lapin, rapprocha les pattes les unes des autres et fit un double nœud savant avec les coins de sa vielle toile de chanvre qui lui servait de sac pour l’accrocher derrière son cou, tout cela en se redressant à peine pour garder un œil sur la route qu’il apercevait à 30 toises entre les fûts de la hêtraie. Les mains ainsi libérées, il sauta avec agilité dans un petit creux et se blottit derrière un gros hêtre dont le tronc se séparait très tôt en deux pour laisser un interstice étroit merveilleusement adapté pour une observation discrète. Il était bien dissimulé. Il ne vit d’abord, venant de l’est, qu’un vague nuage jaunâtre d’où jaillissaient des éclairs. Il n’eût que quelques secondes pour hésiter à croire aux évocations effrayantes que Mère Marguerite leur imaginait, dans des soirées rituelles auprès du feu, sur les cavaliers de l’Apocalypse qui allaient envahir le pays avec leurs glaives étincelants. Il distingua vite les hommes d’armes dont les épées brillaient sous les premiers feux du soleil levant. Qu’ils paraissaient nombreux ! Cela faisait plus de
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.