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Pierre papier ciseaux. Nouvelles

De
142 pages
Douze nouvelles, douze héros fragiles qui ont perdu leurs rêves, leurs illusions. Mais une rencontre, une pirouette du destin et les voilà qui redressent la tête et reprennent la route. Entre eux, l'auteur tisse des fils : la mer à marée basse. Des portes auxquelles on hésite à frapper. L'art de préparer du café. Les grosses chaussures, les vêtements moches, le ventre replet qui rendent les petites filles inconsolables. Des photographies ou des portraits trompeurs, tellement trompeurs.
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Françoise Duesberg
Pierre papier ciseaux Nouvelles
Pierre papier ciseaux
D/2017/4910/45
©Academia – L’Harmattan s.a. Grand’Place 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
ISBN : 978-2-8061-0361-1
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’auteur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Françoise Duesberg
Pierre papier ciseaux
Nouvelles
DU MÊME AUTEUR
Le euve et la barrière, Academia, 2015. La valise, Academia, 2015.
STAZIONE TERMINI
Antonio Ce matin, Monsieur le Commissaire, le Palatino était en retard à cause des orages. Il y a toujours des problèmes avec ce train de nuit. Au milieu de la foule qui attendait dans la salle des pas perdus, j’ai aperçu cette fille que vous cherchez, cette fille superbe, avec un appareil photo autour du cou, un bel appareil avec un téléobjectif, un truc de pro. Elle regardait sans cesse sa montre et le tableau des arrivées. Le flot des passagers en provenance de Paris a enfin commencé à envahir la salle puis il s’est tari, mais elle restait plantée là, sous la grande horloge, fixant les portes d’accès au quai d’où ne venait plus personne. Elle a fini par se diriger vers mon guichet, ses longs cheveux noirs dégoulinaient de pluie. « C’est bien le train de Paris qui vient d’arriver ? Il n’y en pas un autre ? Un dédoublement ? Vous êtes sûr ? Ce n’est pas possible. » Son menton a commencé à trembler. Je ne voulais pas qu’elle pleure. Je lui ai souri : « Revenez demain matin ! Il sera sûrement là votre amoureux ! » Elle s’est éloignée la tête basse.
Lucia Je suis vieille, vous savez. Pour passer le temps, je m’installe ici tous les matins, je donne à manger aux pigeons et je regarde les gens pressés. Puis je reviens en fin d’après-midi et je regarde le flot des gens en sens inverse. Ce n’est pas vraiment un parc avec toutes ces voitures, ces autobus, mais c’est près de chez moi et j’aime l’animation. Oui, cette jeune femme sur la photo, je la reconnais. Il devait être neuf heures. Elle sortait de la gare en traînant les pieds, elle a traversé le parking, j’ai remarqué que ses cheveux et sa robe étaient trempés, a-t-on idée de se balader par ce temps sans parapluie, elle a hésité comme si elle ne savait où aller et s’est décidée à s’asseoir ou plutôt se laisser tomber à côté de moi. Les orages venaient de cesser, le soleil séchait déjà les bancs, l’herbe roussie, on sentait que la chaleur serait de nouveau épouvantable. Elle n’avait pas l’air d’une touriste et pourtant elle avait un appareil photo. Elle est restée prostrée de longues minutes puis s’est mise à photographier les pigeons, les pins parasols, la gare, moi je la trouve moche, cette gare, elle est trop moderne. Elle a commencé à pleurer, je lui ai demandé si je pouvais l’aider, chez moi, c’est un réflexe, dans le temps, j’étais assistante sociale. Elle n’a pas répondu.
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Elle m’a seulement prise en photo, j’ai protesté, une vieille femme mal fagotée comme moi, quel intérêt ? Je lui ai dit en lui tapotant le bras : « Allez ma petite, un de perdu, dix de retrouvés ! » Elle a haussé les épaules, s’est levée et a pris un bus. Je ne suis pas certaine mais c’était peut-être bien celui qui va vers le Circo Massimo. John et Mary On se souvient parfaitement. Elle est montée dans le bus à la Stazione Termini et s’est installée en face de nous. Nous avions décidé de nous échapper des sites envahis de touristes et d’aller nous promener sur la colline de l’Aventin, on nous avait dit que c’était un quartier calme et agréable. Nous lui avons demandé de nous indiquer l’arrêt, elle nous a dit que c’était là qu’elle descendait. Elle nous a accompagnés jusqu’à Santa Sabina par de petites rues escarpées. Nous étions contents, l’air sentait bon les fleurs. Nous lui avons dit qu’elle avait de la chance d’habiter là. En haut, devant l’église, nous lui avons demandé de nous photographier tous les deux avec la vue sur la ville. Elle a voulu aussi nous prendre avec son appareil qui était bien plus perfectionné que le nôtre. Elle a noté notre adresse pour nous envoyer la photo et nous a
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