Pierre Storm, Maréchal-Ferrant de l'Empereur

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Une épopée familiale relatée sous la forme d'un journal qui nous emmène des bords de la mer du Nord hanséatique à Waterloo, évoquant avec force quelques lieux où Napoléon marqua l'histoire de l'Europe. Un récit mariant avec bonheur faits véridiques et fiction pour déboucher sur un livre empreint d'actualité à l'approche du bicentenaire de la bataille qui mit fin au règne de Napoléon.
Publié le : mardi 24 juin 2014
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EAN13 : 9782336352329
Nombre de pages : 163
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Richard Yves Storm
Pierre Storm,MaréchalFerr ant de l’Empereur
De Iéna à Waterloo
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Pierre Storm, Maréchal-Ferrant de lEmpereur
D/2014/13.281/5 ISBN : 978-2-87597-004-6 ©LHarmattan - BelgiqueGrandPlace, 29 B-1348 Louvain-la-Neuve Tous droits de reproduction, dadaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans lautorisation de léditeur ou de ses ayants droit. www.editions-harmattan.fr
Richard Yves Storm Pierre Storm, Maréchal-Ferrant de lEmpereur De Iéna à Waterloo Récit
Avril 1802
Husum
Ville de Frise septentrionale
Storm.
Johann Peter.
C’est ainsi que l’on m’appelle. J’ai 20 ans en ce printemps.
Je viens d’être enrôlé dans les Armées Royales. Mes parents ne pouvaient y croire. Ni mes frères, François, Johann-Casimir. Pour eux, j’étais le bouseux ! Après nos cours de français, de mathématiques et d’histoire qui nous furent dispensés par un précepteur venu de Paris, . j’avais choisi un métier de manuel : la maréchalerie
Je n’y peux rien. J’aime lire et écrire, tant en français qu’en allemand, ma langue maternelle. Mais ma passion est et restera les chevaux. Et tout ce qui entoure cet ami et fidèle auxiliaire de l’homme.
Mes visites, chaque après-midi lorsque le précepteur nous libérait, mes frères et moi, chez le maréchal-ferrant à l’entrée du village, faisaient le désespoir de nos parents.
Je consacrais tant d’heures à m’initier aux secrets de la forge que j’en oubliais de remettre mes devoirs.
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La couleur rouge-cerise que devait atteindre le fer, enfoui dans les braises du foyer, avant d’être martelé me passionnait bien plus que la lecture des poèmes de Verver ou la résolution des problèmes d’échelles à poser contre un mur avec un angle précis pour qu’elles ne tombent.
Les calculs de capacité de réservoir ne m’intéressaient que s’il s’agissait de remplir les abreuvoirs de mes compagnons !
Jusqu’à l’âge de 18 ans, j’ai fait semblant de m’intéresser à la profession de notre père car, en tant qu’aîné, j’étais appelé à reprendre son cabinet d’avocat. J’ai passé tous les concours, subi toutes les contraintes, rencontré ses pairs mais jamais je n’ai cessé mes visites chez Vital, à l’entrée du village.
En quelques années, j’ai appris à forger le fer, à manier les outils, à actionner le soufflet pour obtenir le feu à bonne température. J’ai trempé le fer, je l’ai façonné, transformé en pointes à sabots.
J’ai cerclé des tonneaux et des roues de chariots qui pesaient 200 livres. J’ai forgé des fourches, soudé des lames de ressort, réparé des ancres. Vital ne m’a rien épargné.
Souvent, après ces heures éreintantes, nous nous asseyions sous le porche de la forge, et parlions de la vie, des animaux. Vital était curieux d’apprendre. Nous échangions nos savoirs. Lui, la sagesse de l’homme de la
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terre, celui qui a vécu près des fermiers, toujours à la tâche du dimanche au samedi. Celui dont la seule distraction était le jeu de balle du dimanche après-midi. Et les pintes servies joyeusement à l’estaminet de la place de l’église.
Moi, mes connaissances livresques sur les contrées lointaines, les voyages de Marco-Polo et de Christophe-Colomb.
Je parvenais à vivre ces deux vies si différentes et pourtant si complémentaires.
Et puis, un jour de février, alors que les crocus montraient leurs premières touches de couleur au jardin, le recruteur est arrivé en ville.
Il avait pris chambre à l’auberge proche du port et sa venue s’était répandue comme une traînée de poudre…
Je m’étais rendu à son office, tenu à une table de l’estaminet, armé de mes lettres de créance, poussé par ma fougue de jeune homme.
— Quel âge avez-vous, jeune garçon ?
— J’ai vingt ans, monsieur le Recruteur des Armées.
— Que voulez-vous ?
— Je désire m’engager monsieur le Recruteur.
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aux
Armées
Royales,
— Vous n’ignorez pas qu’il faut le consentement de vos parents ?
Je l’ignorais. Et cela représentait le premier écueil, et sans doute le plus important, sur ma route vers l’indépendance.
Le recruteur me considérait d’un œil acéré, la pipe fumante à la bouche, déversant ses senteurs viriles de tabac et de sueur alentour, les jambes allongées devant moi.
J’étais captivé par la taille de ses bottes : minces et luisantes, elles montaient jusqu’aux genoux. Soignées comme toute sa personne, sanglée dans un uniforme qui lui donnait une présence, une prestance magnifique.
Je soutenais son regard, effrontément.
— Il y a bien une solution !
Je me gardais de répondre.
— Vous vous engagez pour cinq ans, et je me fais fort d’obtenir le consentement de vos parents.
Et de me présenter un document.
Je signais, moi l’érudit, sans lire. Sans doute un peu intimidé par le personnage, et ses deux sbires, qui l’encadraient, debout de part et d’autre de la table, vêtus eux aussi d’uniformes rutilants : vestes rouges aux galons
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argentés, dolman sur l’épaule, culotte blanche à galon ceinturé d’argent, colback de poils noirs ornés d’une chaîne et d’un plumeau blanc.
La tension avait baissé d’un cran, subitement. Je posais mes yeux sur le groupe d’hommes attablés un peu plus loin. Une serveuse à la poitrine opulente déambulait entre les tables, pintes de bière aux mains, attentive aux cris des clients qui réclamaient leur boisson.
Tous les détails m’apparaissaient soudain plus visibles, plus aigus, maintenant que j’avais pris la décision, j’avais franchi le pas. Les odeurs de graillon qui assaillaient mes narines me remplissaient d’aise, je sentais vivre mon corps, ma poitrine se gonflait d’orgueil.
Mais voilà que le recruteur se lève et me prend par le coude.
— Allons, mon garçon, chez ton père !
Et nous voilà en quelques pas devant la maison familiale où Père a établi son étude.
Johann-Casimir nous fait entrer. Il surveillait la rue depuis sa chambre et n’avait fait qu’un bond vers la porte. Accompagné comme je l’étais, il pressentait les évènements.
Je frappe délicatement à la porte du bureau :
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