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Poste 5 ou l'incroyable aventure de Togba

De
192 pages
La recherche d'une vie meilleure a poussé Togba à abandonner son village pour entreprendre une aventure qui commence par la recherche du diamant. Or, les techniques de recherche de ce démon ne permettent pas de s'assurer des lendemains radieux... Dans ce roman, l'auteur s'élève contre toute une série de travers sociaux, allant de l'oisiveté au crime, en passant par la démagogie, le mensonge, la théorie ou l'extravagance.
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Karamoko Kourouma
Poste 5 ou l’incroyable aventure de Togba
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
Poste 5 ou l’incroyable aventure de Togba
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen  Romans,récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions . Bakonko Maramany CISSÉ,Émigrer à tout prix. L’Amérique, l’Europe ou la mort, 2014. Bakonko Maramany CISSÉ,Tombe interdite. Histoire de l’enfant prodige, 2014. Abdoulaye MAMANI, Lepuits sans fond,2014. Pino CRIVELLARO,Burundi mon amour,2014. EL HADJI DIAGOLA,Un président fou, 2014. J.D PENEL,Idriss Alaoma,Le Caïman noir du Tchad, 2014. Koffi Célestin YAO,Le bateau est plein, je débarque, 2013. Kapashika DIKUYI,Une étrange famille congolaise et son odyssée, 2013. Patrick-Serge BOUTSINDI,Jour des funérailles à Poto-Poto, 2013. El hadji DIAGOLA,Ma femme m’a sauvé la vie,2013. Gilbert TSHIBANGU KANKENZA,À la rencontre du destin,2013. Abderrahmane NGAÏDÉ,Une nuit à Madina do Boé, 2013. Henri PEMOT,Kimpa Vita, Une résistante Kongo, 2013. Richard GUERIN,Le médecin errant de l’Afrique, les aventures de Jonas, 2013. Patrice ITOUA,La banque mondiale et la CEMAC, Un partenariat pour l’aide au développement de la sous-région, 2013. Baudouin Mwamba MPUTU,L’Afrique face au défi de la technoscience. Histoire et Enjeux, 2013. Vicky Mujinga KALAMBAY,Bilonda. Une écolière face à son destin, 2013.
Karamoko KouroumaPoste 5 ou l’incroyable aventure de Togba
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03138-5 EAN : 9782343031385
PREMIÈRE PARTIELes chercheurs d’aventure
Quatre hommes en guenilles débouchèrent sur la grande route. Ils fuyaient la mine. La recherche du diamant est certainement le plus grand jeu de hasard. Probabilité, espérance mathématique, gain, perte; toutes ces notions fumeuses demeuraient solidaires de la fatalité que portaient pendue au cou ces quatre malheureux qui venaient de voir leurs illusions évanouies. Chaque jour, des veinards quittaient Kuanka, le centre diamantifère de la région, emportant dans leurs loques des parcelles de la pierre précieuse qui les rendaient miraculeusement heureux. Chaque jour aussi, des condamnés du démon abandonnaient la partie pour regagner avec le désespoir au cœur, leurs villages tranquilles d’où la soif du trésor les chassa en les maudissant. Le groupe aborda le petit restaurant au bord de la route. Posant sur leurs pieds, leurs besaces vides, les quatre paysans jetèrent un coup d’œil alentour et saluèrent Koly, le gargotier toma. Le patron de la petite boîte n’en était pas à la première vision de ces épaves humaines. Depuis que la ruée vers le diamant avait semé l’alarme dans le pays, il avait vu chaque jour des hauts et des bas dans l’humeur de ses clients. Ceux qui venaient de lui donner le bonjour étaient de la catégorie la plus assidue. Il les dévisagea nonchalamment. Il les
comprenait sans qu’ils eussent besoin de parler. Leurs regards, leurs tenues, leurs pieds nus, tout avait l’éloquence du dépit. — Preneztoujours un repas, mes amis, ditil, aux malheureux. Vous n’êtes pas les premiers à échouer. — Merci mon frère, répondit un des mineurs. Vous êtes bon. Les hommes prirent place autour d’une table branlante. La faim les tenaillait. Depuis deux jours, ils n’avaient mangé que quelques morceaux de manioc arrachés par contrainte dans un champ qui n’était pas leur. Ils avaient la rage au cœur de songer qu’une fois dans leur vie, ils furent obligés de porter la main sur le bien d’autrui. Ils avaient honte aussi de constater dans ce village de Sérédou que Koly leur offrait gratuitement ces plats de riz. — Je me demande encore comment je me suis fourvoyé, dit un des hommes. Ma mère avait fait tout pour me retenir. Je n’ai pas pu résister. Pourraije rentrer au village dans cet état ? Non ! Je ne le peux pas et je ne le ferai pas. Koly entendit la plainte du paysan et s’avança vers le groupe. — Vousêtes trop jeunes, ditil en levant les yeux. La jeunesse toma commence à dérailler. Estce sa faute ? Je ne le crois pas. C’est certainement la faute à la civilisation des 1 wiguid . Des hommes sont faits pour chercher des trésors. Mais les Tomas sont taillés pour remuer la terre. Pourquoi, vous, enfants du Ziama avezvous abandonné vos villages pour sombrer dans une mine qui n’est pas votre chance? J’ai bien vu des hommes partir, des hommes revenir. Les uns étaient miteux au départ, mais revenaient plus détraqués. Au moins, votre séjour aux mines vous donnera til une petite leçon ? Je ne vous gronde pas, croyezmoi. Je vous plains seulement. Mangez bien ! 1 Wigui : désignation d’un Blanc par les Tomas. 8
— Maisil ne nous est pas facile de revoir le hameau dans l’état où tu nous vois, dit Togba, un paysan de Zoubroumaye. — Vousavez le choix, répondit Koly. Rejoindre vos femmes et accepter le déshonneur, la raillerie et les déboires d’un démarrage est une solution. Vous pouvez aussi travailler au chantier du quinquina pendant quelques mois avant de vous confesser sur la tombe de vos ancêtres. Les Blancs recrutent en ce temps des bûcherons. Mais avec la mine que vous faites, je ne sais pas trop si vous pourrez tenir une cognée. Essayez toujours. Une lueur éclaira subitement le visage des anciens mineurs. La dernière proposition de Koly était tentante. Elle était si rassurante qu’il ne fallait que la force des bras pour arracher un trésor. C’était tout différent de la recherche du diamant où le jeu de hasard conduisait le destin. L’embauche avait lieu dans l’aprèsmidi, au bureau du contremaître blanc. Tous ces hommes avaient des amis au village de Sérédou. Mais ils n’eurent pas la force de les revoir. Ils avaient honte de montrer aux amis ce qu’avait fait d’eux la mine. Ils préférèrent passer la matinée dans la gargote. En quittant Koly, le soir, ils se confondirent en remerciements devant leur hôte. — Nouste devrons cela, frère, direntils. Ce sera payé. Tu es un vrai Toma. Nous avons été égarés. Maintenant nous nous lavons. Les quatre Tomas prirent la route qui escalade, dans des contorsions d’un reptile géant, la montagne au sommet de laquelle ils devaient vivre une autre existence. Le contremaître blanc lorgna un moment ces hommes loqueteux puis inscrivit leurs noms. Il ne faisait point de triage sévère. Il savait qu’entre le quinquina et le diamant, les Nègres avaient établi un
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