Poudre d'Afrique

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Eva vit à Paris mais s'ennuie, elle décide de s'engager dans l'humanitaire. Au Mali, elle tombe amoureuse d' un Touareg, puis elle le quitte. Mais on destin la rattrape à Conakry pendant sa seconde mission en Afrique. Elle sera alors confrontée aux superstitions, à la magie noire. Sa rencontre avec les forces obscures de l'Afrique va lui permettre de vivre un changement intérieur.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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EAN13 : 9782296484368
Nombre de pages : 416
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Poudre d’Afrique
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Patrick Serge Boutsindi,Bal des Sapeurs à Bacongo, 2011. Alice Toulaye SOW,Une illusion généreuse, 2011 Kapashika DIKUYI,Le Camouflet, 2011. André-Hubert ONANA MFEGE,Le cimetière des immigrants subsahariens, 2011. José MAMBWINI KIVUILA KIAKU,Le Combat d’un Congolais en exil, 2011.Aboubacar Eros SISSOKO,Mais qui a tué Sambala ?, 2011.Gilbert GBESSAYA,La danse du changer-changer au pays des pieds déformés, 2011. Blommaert KEMPS,Confidences d’un mari désabusé, 2011. Nacrita LEP-BIBOM,Tourbillons d’émotions, 2011.Eric DIBAS-FRANCK,Destins maudits, 2011. Zounga BONGOLO,L’arbre aux mille feuilles, 2011. Otitié KIRI,Comme il était au commencement, 2011. Mamadou SY TOUNKARA,Trouble à l'ordre public,2011.Liss KIHINDOU,L’expression du métissage dans la littérature africaine. Cheikh Hamidou Kane, Henri Lopes et Ahmadou Kourouma, 2011. Jacques ATANGANA ATANGANA,Les fourberies d'Essomba, 2011. Frédéric TRAORE,La guerre des pauvres et le destin de Hassan Guibrilou. La dent de l’aïeule, tome III, 2011. Frédéric TRAORE,Les affres de l’enfer. La dent de l’aïeule, tome II, 2011. Frédéric TRAORE,Chassé-croisé sur Fadougou. La dent de l’aïeule, tome I, 2011. Lulla Alain ILUNGA,La gestion du pouvoir, 2011. Esther GAUBERT,Brukina, rose du désert, 2011. er Marcel KING JO 1 ,Tina ou le drame de l’espèce humaine, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,La Tourmente. Les aventures d’un circoncis, 2011. Robert DUSSEY,Une comédie sous les tropiques, 2011. Alexis KALUNGA,Vivre l’asile, 2011. Nenay QUANSOI,Souvenir d’un jeune Africain en Guinée et en Tunisie, 2011. Nadine BARI et Laby CAMARA,L’Enfant de Xéno, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,Une mort temporaire, 2011. Édouard Elvis BVOUMA,L’amère patrie. Nouvelles, 2011.
Brigitte Kehrer Poudre d’AfriqueRoman
Du même auteur Rwanda part de Dieu, part du diable,L’Harmattan, 2002. The Art of Conflict or how to stay Zen,Janus Publishing Londres, 2009.Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite.© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96121-0 EAN : 9782296961210
EXERGUE
Un jour, dans es temps ancîens, à ’écoe coranîque de Tombouctou, un jeune Touarègue apprentî phîosophe posa à son matre a questîon suîvante : – Matre ïmam, pensez-vous que nous vîvons tous dans e même monde ? ’îmam réléchît onguement, puîs répondît sagement : – Ouî et non. Nous vîvons tous dans un seu monde, maîs nous ne vîvons pas dans e même monde. Car entre toî et moî î y a une grande dîférence : toî, tu te voîs dans e monde aors que moî je voîs e monde en moî. Ahmed Baba.
CHAPITRE 1 E MAï
« e se vîent du Nord, ’or vîent du Sud, ’argent vîent du pays des Bancs maîs a paroe de Dîeu, es choses saîntes, es joîs contes, on ne es trouve qu’à Tombouctou ». Ahmed Baba. Mahamane se réveîa en sursaut aux premîers rayons du ever du soeî. Queque chose e poussaît hors de sa couche. ï regarda sa montre. Ee îndîquaît 4 heures 38 en ce jour du 8 novembre 2000. D’un bond î se eva de son ît et aa dans a cour pour chercher de ’eau au puîts. Ensuîte, après avoîr aît ses abutîons, î înstaa son petît tapîs de prîère en dîrectîon de a Mecque, se mît à genoux et entama sa prîère du matîn. Sans doute étaît-ce ’excîtatîon de son prochaîn marîage quî e tîtîaît même dans son sommeî… ï étaît tout à a oîs excîté, anxîeux et content. ï rendît ouange à Aah. Au oîn, on entendaît es premîers chameîers préparer eurs sacs de cuîr dans un éger bruîssement de pas comprîmés dans e sabe. Son cœur se mît à battre : e pous de Tombouctou tapaît contre sa tempe comme on bat a chamade. Tombouctou, c’étaît sa vîe. Cee quî avaît été au Moyen Âge ’un des pus grands oyers de a cuture arabe étaît et resteraît dans e cœur de Mahamane pour toujours e centre du monde. C’étaît à où î étaît né. C’étaît à qu’î vouaît mourîr. Tombouctou rayonnaît déjà depuîs pus de deux sîèces en Arîque et dans e monde entîer. Ancîenne capîtae de ’Empîre du Soudan, cîté de ’esprît et berceau des poètes musumans, Tombouctou a mystérîeuse tenaît sa promesse de beauté et de murmure spîrîtue, jour après jour, chaque matîn. Mahamane avaît e cœur éger. ï étaît heureux d’être en osmose avec son envîronnement. ï soupîra d’aîse en caressant du regard es sommets de sabe et es toîts des maîsons en pîsé enchevêtrés comme des pîgnons saîants posés sur un gâteau au mîe. UNESCO venaît de uî ofrîr un empoî comme guîde dans e désert. ï devaît dénîcher et coecter d’ancîens corans. C’est d’abord avec dîicuté qu’î avaît accepté d’ouvrîr es portes secrètes de sa vîe à tous ces coopérants et tourîstes curîeux et bruyants. Puîs î s’étaît raîé aux arguments des agents de ’UNESCO : î aaît bîen veîer au patrîmoîne mondîa que Tombouctou receaît. Donc î aaît pouvoîr a protéger et a aîre connatre. Touarègue de ongue tradîtîon, son îgnagetamashek uî
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avaît donné tous es dons pour savoîr à a oîs penser, prîer, cacuer et se repérer dans es dunes es yeux ermés. C’étaît un jeu d’enant pour uî. Même avec un bandeau sur es yeux, î étaît capabe de retrouver des traces de campement vîeîes de pus de deux semaînes. Son père uî avaît apprîs à reconnatre es empreîntes des chameaux à ’odeur et aux îgnes aîssées dans e sabe par es chameîers. Ses propres parents se dépaçaîent réguîèrement entre ere et e Gourma-Rharous, à a recherche d’eau, matîère aussî précîeuse que ’or, et du meîeur passage commercîa possîbe, seon es saîsons des puîes. C’étaît une grande dîstance d’envîron 800 kîomètres que sa trîbu parcouraît en troîs moîs, perpétuant aînsî a coutume nomade de aîre patre eurs troupeaux sur de nouveaux herbages, à chaque saîson. Comme un chîen de chasse, e nez en ’aîr, Mahamane savaît égaement reconnatre à ’odeur es dîférents marchands de cuîr, de se et d’épîces quî passaîent à ’horîzon. Et î étaît connu dans tout e vîage, car î savaît jouer du pîpeau à merveîe. Pour es Occîdentaux, e désert, ce n’étaît que du sabe. Pour Mahamane, ce désert renermaît des rîchesses înefabes, des traces de vîe et de êtes înoubîabes, des poînts de repère pour survîvre, des passages et des îgnes de communîcatîon qu’avaîent Ièrement empruntés es membres de son propre can pérennîsant es secrets et es récîts de père en Is. ors de sortîes dans e désert pour aîre des repérages, Mahamane s’y connaîssaît pour maîcîeusement împressîonner es Françaîs en apparaîssant puîs en dîsparaîssant en une ractîon de seconde dans es pîs d’une dune. ï étaît agîe comme un passe-muraîe, et cea e aîsaît toujours écater de rîre de voîr es mînes ébahîes de queques coopérants nas. Spécîaement ceux quî étaîent rachement arrîvés : ceux-à e aîsaîent e pus rîre, quand îs entraîent dans e désert à pas de oup, à tâtons, comme quand on entre dans un hammam et qu’en se retournant on a perdu toute trace et tout poînt de repère, ’horîzon bouché comme derrîère un gros nuage de vapeur. Tombouctou, c’étaît sa cîté. ï savaît a raconter aux tourîstes avec onctuosîté et gourmandîse. ï savaît en chuchoter es conIdences et es mystères cachés et enseveîs sous es tempêtes, dans es tumuus de sabe. Sîèce après sîèce, a prospérîté de cette vîe sîtuée au sud de ’Agérîe, et au nord du Maî, pacée au mîîeu de nue part dans un désert caprîcîeux, avaît patîemment réussî à construîre sa égende. Ses rîchesses avaîent nourrî es rêves de nombreux exporateurs coonîaux et îs en avaîent aît a vîe a pus convoîtée du Maî ! ï y eut pusîeurs guerres. Cees entre e nord et e sud du Maî ne urent pas es moîns vîoentes. Maîs avec es nouvees autorîtés de Bamako, es choses avaîent Inî par se camer. e nord et e sud du Maî étaîent enIn arrîvés à une sorte de compromîs
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assez avorabe aux Touarègues, respectueux de eurs dîférences cuturees et de eur nomadîsme. ï aaît bîen reconnatre que rîen ne permettaît de mettre sous a même étîquette un Arîcaîn noîr ébène et un Touarègue de coueur carame. ’un cutîvaît ses terres et exerçaît des métîers comme ceuî de orgeron ou d’agrîcuteur, ’autre se dîsaît îbre et sans contraîntes et vîvaît du commerce et de son éevage. ’un travaîaît dur, ’autre souvent e pîaît… ï y avaît en efet tout un passé de conlîts entre ces popuatîons voîsînes et rères, cependant sî dîférentes. Et pourtant, îs avaîent cohabîté depuîs teement de sîèces qu’îs avaîent Inî par devenîr comme des cousîns. Paroîs même, îs s’étaîent méangés. Fînaement, peu de choses es séparaîent. Seue, peut-être a questîon du nomadîsme… Cependant, e aît que es Touarègues avaîent une propensîon assez exaspérante à venîr pîer es ermes et enever e bétaî des popuatîons sédentaîres, esSonas,et à capturer eurs enants pour en aîre des escaves et emporter eurs rîchesses en erronnerîe en a énervé pus d’un. Mahamane se reeva de sa prîère. ï roua déîcatement son tapîs et îssa sa barbe. ï étaît grand, es yeux noîrs avec une teînte de beu roî au mîîeu de ’îrîs, es cheveux mî-ongs et brîants, a trentaîne assurée, a peau mate et burînée par e soeî. ï ressembaît un peu à ses vîsages du temps de Jésus, rassembant es traîts de certaîns Essénîens, des vîsages comme on peut aussî en voîr dans es Ims de Pasoînî. ïssu d’une très vîeîe et bonne amîe de commerçants et d’îmams, Touarègue, Mahamane ag Baru avaît aît des études d’îngénîeur hydrauîque d’abord à Dakar, puîs à Cuba et enIn à Moscou. Ses pas ’avaîent aîssé ensuîte se perectîonner à enîngrad, où î avaît travaîé comme îngénîeur de pompage des eaux usées pendant quatre ans. Puîs î étaît revenu dans son Tombouctou nata. ï avaît donc un peu roué sa bosse avant de prendre emme : sa amîe uî avaît d’aîeurs réservé sa propre cousîne pour perpétuer a généaogîe touarègue. ïs avaîent rapîdement eu un petît garçon et depuîs, îs ne se voyaîent presque pus, car ee avaît rejoînt sa trîbu maternee et passaît une grande partîe de ’année en nomadîsme aors que Mahamane étaît devenu, suîte à son travaî avec ’UNESCO, presque compètement sédentaîre. Chez es Touarègues, a emme a e droît de choîsîr reuser, ou mettre son marî un peu de côté orsqu’ee veut retrouver une certaîne îberté ou retourner avec sa amîe ou rencontrer d’autres hommes. Cette socîété matrîînéaîre a bîen des choses à enseîgner à des groupes rançaîs venus prôner a îberté ! a tradîtîon touarègue reève d’une socîété déjà bîen avancée, en somme.
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Mahamane étaît donc avec une amîe et sans amîe en même temps. Bîen que sa emme soît retournée dans e campement de ses parents, îs étaîent restés symboîquement marîés et n’avaîent pas eu de conlît. a guerre des rebees avaît égaement aît bîen des dégâts dans es rangs des jeunestamashekquî se battaîent avec des groupes de rebees pus ou moîns extrémîstes et quî désîraîent tous ’îndépendance : es extrémîstes vouaîent abandonner a natîonaîté maîenne ou du Nîger pour onder un État îndépendant En se rappeant tous ces combats, Mahamane soupîra de trîstesse en se remémorant es afrontements vîoents entre es autorîtés de Bamako et es îndépendantîstestamashek dans es années 1990. ï avaît partîcîpé à de nombreux raîds comme écaîreur et dans cette guerre, î avaît même perdu un once qu’î chérîssaît par-dessus tout : un orgeron extrêmement doué dans a abrîcatîon de bîjoux cîseés… Tîré de sa rêverîe par e crî d’un aucon voant en cerces concentrîques au-dessus de sa tête, Mahamane revînt à uî-même. ï e regarda se ondre dans e soeî naîssant et se dît que ce n’étaît pas de bon augure de voîr un rapace au ever du jour… ï aaît devoîr consuter ’îmam Dramane Apha pour mîeux comprendre ce uneste sîgne matîna. Pour ’înstant, î chassa cette îdée, huma ’aîr et scruta encore une oîs e cîe sans nuages. ï aaît aîre très beau et sec : encore un beau jour de novembre à 40 degrés à ’ombre, se dît-î. ï décîda d’aer aîre une vîsîte surprîse à sa nouvee Iancée. ï entra dans sa maîson pour se changer. Après avoîr soîgneusement enroué et noué sur sa tête son turban banc et revêtu son grand boubou beu, î sauta dans ses sandaes de cuîr et se mît à gambader comme s’î étaît dans des bottes de sept îeues. ï traversa à grandes enjambées a cour de sa maîson et emprunta es petîtes ruees de sabe dont es maîsons en torchîs se touchaîent presque. ’ensembe des maîsons étaît normaement construît en banco, maîs à Tombouctou e crépî avaît été rempacé par un parement en pîerre : cea donnaît à a vîe un caractère de dédaes urtîs et de nîches însoupçonnées comme dans es habîtatîons voîsînes des trogodytes. Chaque ruee à Tombouctou avaît son hîstoîre mystérîeuse : c’étaît bîen a vîe des 333 saînts ! a remémoratîon de ’hîstoîre de Tombouctou contînuaît à ’enchanter. ï racontaît souvent aux nouveaux arrîvants ’hîstoîre de cette vîe née des sabes comme un rêve nat de a poussîère. En efet, Tombouctou avaît une e très vîeîe chronîque. Ee avaît construît sa prospérîté dès e Xï sîèce sur es échanges commercîaux entre a zone soudanaîse du Sahe arîcaîn et e Maghreb. Tous es échanges commercîaux transîtaîent à ’époque par e désert. Tombouctou avaît eu aînsî son vérîtabe apogée de goîre pendant
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