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Poudre d’Afrique
Éva vit à Paris et s’ennuie. Elle voudrait travailler pour une grande cause et s’engage dans l’humanitaire. Au Mali, elle rencontre un Touareg dont elle tombe éperdument amoureuse, puis elle le quitte. Mais le destin la rattrape à Conakry lors de sa deuxième mission en AFrique. Elle est alors conFrontée aux superstitions, à la magie noire et au culte des anciens à travers la îgure emblématique d’un clochard. Sa rencontre avec les Forces obscures de l’AFrique va lui permettre de vivre un proFond changement intérieur et un éveil à d’autres réalités et à de nouvelles valeurs de reconnaissance de l’autre dans sa diférence. Poudre d’Afrique est une initiation à l’AFrique, un apprentissage douloureux, destiné à aller au-delà des discriminations. Éva apprend à assumer ses choix, à revisiter ses croyances et à trouver de l’humanité proFonde dans ce qui nous semble si aliénant sur cet obscur continent.
Brigitte Kehrer, de nationalité française et suisse, habite à Genève. Après avoir enseigné la littérature, puis été journaliste culturelle pendant dix ans, elle s’engage dans la Croix-Rouge internationale, puis dans la coopération au développement, principalement en Afrique. Pendant plus de quinze ans, elle travaille ainsi notamment au Mozambique, au Mali, au Sri Lanka, en Haïlande, au Rwanda, en Côte d’Ivoire et en Guinée-Conakry. Confrontée aux diîcultés des pays en voie de développement en sortie de crise et aux questions récurrentes de résolution de conits et de reconstruction de la paix, elle écrit un premier livre,Rwanda, part de Dieu, part du diable, puis un second ouvrage sur le processus de réconciliation et de réhabilitation après un conit,L’art du conit. Aujourd’hui, elle partage son temps entre des mandats internationaux avec les Nations Unies ou les coopérations bilatérales, comme experte en projets de reconstruction de la paix, et des mandats de médiation internationale enseignant aux nouveaux gouvernements du monde des techniques de résolution de conits et de production de médias pour la paix.
Illustration de couverture :Touareg assis sur les marches de la mosquée Djingareyber.
39ISBN: 978-2-296-96121-0
Brigitte Kehrer
Brigitte Kehrer
Poudre d’Afrique
Poudre d’Afrique
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
14/02/12 15:12
Poudre d’Afrique
Du même auteur Rwanda part de Dieu, part du diable, L’Harmattan, 2002. The Art of Conflict or how to stay Zen, Janus Publishing Londres, 2009. © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-296-96121-0 EAN : 9782296961210Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite.
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Brigitte Kehrer Poudre d’Afrique Roman
EXERGUE
« Un jour, dans les temps anciens, à l’école coranique de Tombouctou, un jeune Touarègue apprenti philosophe posa à son maître la question suivante : -Maître Imam, pensez-vous que nous vivons tous dans le même monde ? L’imam réfléchit longuement, puis répondit sagement : -Oui et non.Nous vivons tous dans un seul monde, mais nous ne vivons pas dans le même monde. Car entre toi et moi il y a une grande différence : toi, tu te vois dans le monde alors que moi je vois le monde en moi.Ahmed Baba
CHAPITRE1 Le Mali
« Le sel vient du Nord, l’or vient du Sud, l’argent vient du pays des Blancs mais la parole de Dieu, les choses saintes, les jolis contes, on ne les trouve qu’à Tombouctou ».Ahmed Baba.Mahamane se réveilla en sursaut aux premiers rayons du lever du soleil. Quelque chose le poussait hors de sa couche. Il regarda sa montre. Elle indiquait 4 heures 38 en ce jour du 8 novembre 2000. D’un bond il se leva de son lit et alla dans la cour pour chercher de l’eau au puits. Ensuite, après avoir fait ses ablutions, il installa son petit tapis de prière en direction de La Mecque, se mit à genoux et entama sa prière du matin. Sans doute était-ce l’excitation de son prochain mariage qui le titillait même dans son sommeil… Il était tout à la fois excité, anxieux et content. Il rendit louange à Allah. Au loin, on entendait les premiers chameliers préparer leurs sacs de cuir dans un léger bruissement de pas comprimés dans le sable. Son cœur se mit à battre : le pouls de Tombouctou tapait contre sa tempe comme on bat la chamade. Tombouctou, c’était sa ville. Celle qui avait été au Moyen Âge l’un des plus grands foyers de la culture arabe était et resterait dans le cœur de Mahamane pour toujours le centre du monde. C’était là où il était né. C’était là qu’il voulait mourir. Tombouctou rayonnait déjà depuis plus de deux siècles en Afrique et dans le monde entier. Ancienne capitale de l’Empire du Soudan, cité de l’esprit et berceau des poètes musulmans, Tombouctou la mystérieuse tenait sa promesse de beauté et de murmure spirituel, jour après jour, chaque matin. Mahamane avait le cœur léger. Il était heureux d’être en osmose avec son environnement. Il soupira d’aise en caressant du regard les sommets de sable et les toits des maisons en pisé enchevêtrés comme des pignons saillants posés sur un gâteau au miel. L’UNESCO venait de lui offrir un emploi comme guide dans le désert. Il devait dénicher et collecter
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d’anciens corans. C’est d’abord avec difficulté qu’il avait accepté d’ouvrir les portes secrètes de sa ville à tous ces coopérants et touristes curieux et bruyants. Puis il s’était rallié aux arguments des agents de l’UNESCO : il fallait bien veiller au patrimoine mondial que Tombouctou recelait. Donc il fallait pouvoir la protéger et la faire connaître. Touarègue de longue tradition, son lignagetamasheklui avait donné tous les dons pour savoir à la fois penser, prier, calculer et se repérer dans les dunes les yeux fermés. C’était un jeu d’enfant pour lui. Même avec un bandeau sur les yeux, il était capable de retrouver des traces de campement vieilles de plus de deux semaines. Son père lui avait appris à reconnaître les empreintes des chameaux à l’odeur et aux lignes laissées dans le sable par les chameliers. Ses propres parents se déplaçaient régulièrement entre Lere et le Gourma-Rharous, à la recherche d’eau, matière aussi précieuse que l’or, et du meilleur passage commercial possible, selon les saisons des pluies. C’était une grande distance d’environ 800 kilomètres que sa tribu parcourait en trois mois, perpétuant ainsi la coutume nomade de faire paître leurs troupeaux sur de nouveaux herbages, à chaque saison. Comme un chien de chasse, le nez en l’air, Mahamane savait également reconnaître à l’odeur les différents marchands de cuir, de sel et d’épices qui passaient à l’horizon. Et il était connu dans tout le village, car il savait jouer du pipeau à merveille. Pour les Occidentaux, le désert, ce n’était que du sable. Pour Mahamane, ce désert renfermait des richesses ineffables, des traces de vie et de fêtes inoubliables, des points de repère pour survivre, des passages et des lignes de communication qu’avaient fièrement empruntés les membres de son propre clan pérennisant les secrets et les récits de père en fils. Lors de sorties dans le désert pour faire des repérages, Mahamane s’y connaissait pour malicieusement impressionner les Français en apparaissant puis en disparaissant en une fraction de seconde dans les plis d’une dune. Il était agile comme un passe-muraille, et cela le faisait toujours éclater de rire de voir les mines ébahies de quelques coopérants naïfs. Spécialement ceux qui étaient fraîchement arrivés : ceux-là le faisaient le plus rire, quand ils entraient dans le désert à pas de loup, à tâtons, comme quand on entre dans un hammam et qu’en se retournant on a perdu toute trace et tout point de repère, l’horizon bouché comme derrière un gros nuage de vapeur. Tombouctou c’était sa cité. Il savait la raconter aux touristes avec onctuosité et gourmandise. Il savait en chuchoter les confidences et les mystères cachés et ensevelis sous les tempêtes, dans les tumulus de sable. Siècle après siècle, la prospérité de cette ville située au sud de l’Algérie, et au nord du Mali, placée au milieu de nulle part dans un désert capricieux, avait patiemment réussi à construire sa légende. Ses richesses avaient
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nourri les rêves de nombreux explorateurs coloniaux et ils en avaient fait la ville la plus convoitée du Mali ! Il y eut plusieurs guerres. Celles entre le nord et le sud du Mali ne furent pas les moins violentes. Mais avec les nouvelles autorités de Bamako, les choses avaient fini par se calmer. Le nord et le sud du Mali étaient enfin arrivés à une sorte de compromis assez favorable aux Touarègues, respectueux de leurs différences culturelles et de leur nomadisme. Il fallait bien reconnaître que rien ne permettait de mettre sous la même étiquette un Africain noir ébène et un Touarègue de couleur caramel. L’un cultivait ses terres et exerçait des métiers comme celui de forgeron ou d’agriculteur, l’autre se disait libre et sans contraintes et vivait du commerce et de son élevage. L’un travaillait dur, l’autre souvent le pillait… Il y avait en effet tout un passé de conflits entre ces populations voisines et frères, cependant si différentes. Et pourtant, ils avaient cohabité depuis tellement de siècles qu’ils avaient fini par devenir comme des cousins. Parfois même, ils s’étaient mélangés. Finalement, peu de choses les séparaient. Seule, peut-être la question du nomadisme… Cependant, le fait que les Touarègues avaient une propension assez exaspérante à venir piller les fermes et enlever le bétail des populations sédentaires, lesSonraïs,et à capturer leurs enfants pour en faire des esclaves et emporter leurs richesses en ferronnerie en a énervé plus d’un. Mahamane se releva de sa prière. Il roula délicatement son tapis et lissa sa barbe. Il était grand, les yeux noirs avec une teinte de bleu roi au milieu de l’iris, les cheveux mi-longs et brillants, la trentaine assurée, la peau mate et burinée par le soleil. Il ressemblait un peu à ses visages du temps de Jésus, rassemblant les traits de certains Esséniens, des visages comme on peut aussi en voir dans les films de Pasolini. Issu d’une très vieille et bonne famille de commerçants et d’imams, Touarègue, Mahamane ag Barluf avait fait des études d’ingénieur hydraulique d’abord à Dakar, puis à Cuba et enfin à Moscou. Ses pas l’avaient laissé ensuite se perfectionner à Leningrad, où il avait travaillé comme ingénieur de pompage des eaux usées pendant quatre ans. Puis il était revenu dans son Tombouctou natal. Il avait donc un peu roulé sa bosse avant de prendre femme : sa famille lui avait d’ailleurs réservé sa propre cousine pour perpétuer la généalogie touarègue. Ils avaient rapidement eu un petit garçon et depuis, ils ne se voyaient presque plus, car elle avait rejoint sa tribu maternelle et passait une grande partie de l’année en nomadisme alors que Mahamane était devenu, suite à son travail avec l’UNESCO, presque complètement sédentaire. Chez les Touarègues, la femme a le droit de choisir refuser, ou mettre son mari un peu de côté lorsqu’elle veut retrouver une certaine liberté ou retourner avec sa famille ou rencontrer d’autres hommes. Cette
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