Pour l'honneur des Mérina

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Améyo, fille d’une famille de riches marchands tombée dans la misère, vivote entre une belle-mère alcoolique et deux belles-sœurs. Criblées de dettes, leur jugement tombe : elles doivent tout rembourser dans trois jours, ou bien elles seront vendues comme esclaves.

En désespoir de cause, la jeune fille décide d’invoquer le fantôme de son grand-père. Il pourra peut-être lui dire où se trouve la pieuvre des Mérina. Ce joyau perdu de la famille leur permettrait de payer tous leurs créanciers.

Sauf que ce n’est pas le bon grand-père qui apparaît...
Publié le : lundi 15 septembre 2014
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EAN13 : 9782364752566
Nombre de pages : 29
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Extrait


— Tiens, ma fille, voilà ton argent ! Cette dentelle est magnifique. On croirait vraiment qu’elle a été tissée par une araignée. Tu ne veux pas venir travailler pour moi à Houmazi ? Le roi prépare le trousseau de ses sept filles, il y a du boulot pour les quatre prochaines années !
Améyo baissa les yeux.
— Ce serait avec plaisir, mais mes parents ne m’autoriseront pas à partir aussi loin…
La marchande de tissus claqua la langue :
— Je comprends ça. Je vois bien à ta façon de marchander que tu es une fille dégourdie, mais tu as la naïveté et la fougue de ton âge. J’ai moi-même une gamine de seize ans et je ne la laisserais certainement pas aller toute seule de l’autre côté du Detroit.
Elle plia la dentelle et la rangea dans un coffre avec les autres avant d’ajouter :
— Enfin, si dans un ou deux ans tu changes d’avis, viens me voir là-bas, dans le quartier des tisserands, derrière le Vieux-Port.

La jeune fille se hâta à travers le marché, indifférente à la chaleur et la poussière. Cinquante ronals d’argent. De quoi effacer l’ardoise du marchand de légumes et du boulanger, ainsi qu’une partie de celle de l’apothicaire… Elle le dirait haut et fort la prochaine fois que sa belle-mère la traiterait de bonne à rien, incapable de ramener de l’argent, incapable de cuire un œuf…
Elle se sentait encore plus légère en sortant de chez l’apothicaire. Ça faisait du bien de payer ses dettes… même si à côté de la montagne qu’elle avait héritée de son père, ou plutôt de son grand-père, ce n’était qu’un grain de sable.
En arrivant aux palmiers qui bordaient la Voie des Vents, la plus grande artère de Jarta, son chemin fut coupé par un attroupement. Un convoi venant du Port essayait tant bien que mal de se frayer un chemin. Elle toucha poliment l’épaule du badaud devant elle :
— Excusez-moi, qu’est-ce qui se passe ?
— C’est le Narval, le navire d’Anjani. Il est revenu de son voyage au Lointain Continent. Regarde ! Il a ramené des autruches apprivoisées, des serpents à fourrure, des crapaud-pierres et bien d’autres merveilles… Son père les exposera demain au Palais des Trente Colonnes. Il y aura une grande fête avec un feu d’artifice…
Anjani ! Elle se dressa frénétiquement sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir son visage, en vain. Le beau capitaine était déjà loin devant, pendant que la foule se pressait autour des cages d’animaux exotiques. Comme pour la moitié des jeunes filles de la cité, il était son héros. Elle l’avait vu une fois, lorsqu’elle avait travaillé quelques jours comme extra à faire le ménage pendant une réception aux Trente Colonnes… Ironiquement, ce palais avait appartenu à sa famille autrefois. Ses premiers souvenirs d’enfant venaient de là. Les dessins d’oiseaux multicolores au plafond de sa chambre, la statue-fée qui scintillait dans la nuit et éloignait les cauchemars… Mensah, un marchand riche et flamboyant, père d’Anjani, l’avait racheté et avait restauré sa splendeur. Les fêtes qu’il y donnait faisaient rêver toute la cité.

Améyo recula distraitement et heurta quelqu’un derrière elle. Il y eut un bruit de chute et des légumes roulèrent sur le sol dans toutes les directions. Elle se retourna : par terre était assise une petite vieille tout étourdie, une femme de pêcheur à voir sa tenue. Le contenu de son panier avait roulé dans la poussière. Améyo s’excusa profusément, l’aida à se redresser et s’empressa de ramasser ses courses du mieux qu’elle put.
— Par le Dieu-Baleine ! se lamentait la vieille femme. Je ne vais jamais arriver à traverser cette foule ! Je vais rater le bac !
La jeune fille hésita une fraction de seconde. Il y avait un raccourci par le Vieux Quartier, mais ceux qui n’étaient pas de la cité ne le connaissaient pas. La vieille allait sûrement s’y perdre sans guide. D’un autre côté, le port n’était pas vraiment dans sa direction. Cependant, elle était une Mérina. Une vraie aristocrate comme elle se devait d’être toujours polie et serviable envers les personnes âgées. C’était, lui avait souvent répété sa mère, le vrai signe de la noblesse. Si elle n’avait plus ni argent, ni relations, au moins se devait-elle de continuer à cultiver ces qualités si elle voulait encore mériter son propre respect.
— Je peux vous emmener par un raccourci. Vous serez au bac dans vingt minutes.
— C’est vrai ? Tu ne vas pas te faire gronder pour être en retard chez toi ?
L’adolescente fit non et mit le panier de la vielle sur sa tête. Qui allait la gronder ? Sa belle-mère ? À cette heure-ci, elle ne devait plus se rappeler son existence. Ses belles-sœurs ? Elles avaient autre chose à faire.
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