Pour la terre aux châtaigniers

De
Publié par

Dans cet ouvrage, l'auteur retrace la vie d'Eugène Reynaud et son combat pour retrouver, puis conserver, une terre plantée de châtaigniers, que ses aïeux avaient perdue à la révolution. L'ouvrage met également en évidence le mode de vie du XIXème siècle, les joies et les peines, les coutumes, comme l'essor des campagnes et du monde rural, ainsi que ses perpétuelles rivalités.
Publié le : vendredi 2 octobre 2015
Lecture(s) : 19
EAN13 : 9782336392639
Nombre de pages : 290
Prix de location à la page : 0,0135€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
Littérature et Régions
Rhône-Alpes
Littérature et Régions
Rhône-Alpes
Raymond Michallet
Pour la terre aux châtaigniers
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06168-9 EAN : 9782343061689
Pour la terre aux châtaigniers
Littérature et Régions Payot (Françoise),Le scarabée vert, Une enfance jurassienne,2015.Pommier (Pierre),Le temps d’une vigne,2015.Bouregat (Mohamed L.),Les fiers.Chronique d'un village qui voulait ressembler aux autres,2015.Bourgue (Maurice),Fantômes en Provence, 2014. Belcikowski (Christine),La trace du serpent,2014.Ramonede (Célestine),Le prix de la terre,2014.Morge (Raymond Louis),Lettres des Montilles,2014.Sauvillers (Gabrielle),Résistance lyonnaise, j’écris ton nom,2014.Bouchet de Fareins (Serge),Le diable dans le grenier. Une enfance en Armorique(1943-1949),2014. Forzy (Claude),La saga du Faulx, 2013. ^^Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent La liste complète des parutions, avec une courte présentationdu contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Raymond Michallet
Pour la terre aux châtaigniers
L’Harmattan
POUR LA TERRE AUX CHATAIGNIERS AVANT-PROPOS
Cette langue de terre plate pierreuse et sèche du Bas Dauphiné qui s’étale sur 25 km, entre les chaînes de collines du Banchet et de Bonnevaux, était autrefois entièrement boisée. C’était une forêt delphinale, où selon des dires, les Dauphins auraient aimé chasser. Pourtant, il semble qu’à l’époque du plus célèbre d’entre eux, Louis II, le futur Louis XI, la forêt était déjà laissée en désuétude. Il y avait probablement de meilleures chasses en Dauphiné ? Abandonnée aussi parce que cette futaie, croissant sur un sol infertile, ne produisait que des chênes noueux, des châtaigniers tortueux et des bouleaux chétifs, qui n’intéressaient, ni la marine, ni la menuiserie. Seule la population locale y puisait son bois de chauffage et récoltait quelques châtaignes. Au fil des ans des manants, sans terre, firent des coupes rases, arrachèrent les souches, et à la houe rendirent le sol meuble pour produire du seigle ou du blé noir. Mais comme la couche arable silico-argileuse s’épuisait rapidement, les affaneurs délaissaient ces lopins de terre pour essarter un taillis voisin. Sur les bordures de la forêt du Liers, où l’eau effleurait, en lieu et place des villas gallo-romaines et des manses du Moyen Âge avaient poussé des hameaux qui se reliaient pour former des villages comme Eydoche, Champier, Longechenal ou Le Mottier, pour ne citer que ceux établis dans la partie orientale de la plaine. Profitant de cette terre sur laquelle l’administration ne percevait aucune rente ou imposition et qu’elle n’avait concédée à aucun seigneur, la population avait crû rapidement. Si bien qu’à la veille de la révolution la plaine du Liers était quasiment défrichée. Ils ne restaient sur les limites des paroisses que quelques parcelles encore boisées ou plantées de châtaigniers. Contrairement aux communes que nous venons de citer, celle de Bizonnes a tourné le dos à la plaine pour se replier derrière, les collines du Mont et de Mont-Pelat qui l’en séparent et l’abritent du vent du Sud. Par contre, en s'implantant sur les terrasses et pentes qui descendent vers la vallée du Hien naissant, elle fait face à la bise. Nous pouvons
7
supposer que le village s’était développé sur ce versant, qui surplombait la cuvette fangeuse où se trouvait le château médiéval, parce que l’eau y abondait. L’exposition aurait pu être meilleure de l’autre côté du Mont, face au Sud, vers la serve et le puits du Suet où subsistent des traces du hameau disparu, mais l’eau qui effleure par endroits n’a pas suffi pour voir s’installer un habitat conséquent. On peut également s’étonner que ce village, où certes nous avons retrouvé la présence de trois villas gallo-romaines, mais que de rares traces d’habitat du haut Moyen Âge et seulement quelques foyers non loin du château à l’aube de la renaissance, se sont rapidement développé pour regrouper cinq cents communiants au Siècle des lumières et un millier d’âmes à l’aube de la révolution. Et de croître encore d’un tiers pour devenir une petite bourgade à l’heure de la deuxième république. Pourtant, Bizonnes est implanté au plus haut des Terres-Froides et à l’écart de toutes grandes voies de communication. Alors que d’autres villages voisins, proches de la voie royale de Lyon à Grenoble ou reliant Bourgoin à Voiron et, par-delà les grandes villes citées, n’ont pas connu la même prospérité. Parmi les raisons de ce développement, il est possible de supposer que la terre en franc-alleu du Liers ait attiré une population d’affaneurs et de pauvres qui trouvaient là une terre à défricher et à ensemencer. Il est peut-être aussi dû aux largesses des derniers seigneurs, les Vachon de Belmont, qui avaient abandonné certains droits dont ils disposaient sur les autres terres de la paroisse ; ce qui a permis à certains de leurs fermiers de jouir d’une réelle indépendance et à de nombreux laboureurs de ne pas être accablés de redevance. Ceux-ci étaient d’ailleurs les seuls à cultiver les lourdes terres à blé des terrasses. À ces deux facteurs, il convient d’ajouter l’introduction de la pomme de terre qui trouva ici un terrain approprié et une place appréciée ou essentielle sur la plupart des tables, au détriment de la châtaigne. L’évolution de la commune connue son apogée au milieu du XIXe la construction de routes ayant favorisé le commerce et l’artisanat, néanmoins cette réelle prospérité ne profita pas à tous, les journaliers, les plus nombreux, allaient de fermes et fermes en quête d’une petite besogne qui leur assurerait une médiocre pitance. Les pauvres et indigents couraient encore les rues, les estropiés, les filles mères, les vieux nécessiteux, ne trouvaient qu’un maigre recours auprès d’un bureau de bienfaisance naissant ou grâce à la solidarité. Seuls quelques fortunés, les notables, ou certains laboureurs et négociants mieux nantis, autour de laquelle tournaient toute l’économie et
8
l’administration du village, semblent en avoir bénéficié. Il ne leur suffisait pas d’avoir la mainmise sur la commune encore fallait-il qu’ils se concurrencent, qu’ils se chamaillent et qu’ils se brouillent. Parfois pour des subtilités, comme pour cette terre plantée de quelques châtaigniers.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.