Pourquoi l'idéal ?

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Vivant, il y avait Dany, Charlotte et la fac… jusqu’à cet immeuble ancien et la plaque dorée sur laquelle on pouvait lire Organisation Opinions-Liberté. Ces gens luttaient pour la sauvegarde des Droits de l’Homme, et il sentait tout au fond de lui cette révolte . De l’obsession au désespoir, tiraillé entre son amour pour Charlotte et sa cause militante, celui dont l’esprit se fera appeler Morgan après sa disparition physique, va découvrir puis se battre pour le sens du mot « Liberté ». Au-delà de la mort, cet engagement de l’âme sera-t-il suffisamment fort pour arriver à sauver Lenz, prisonnier politique enfermé et torturé depuis plus de vingt ans ? Laurent Szymczak est commissaire de police, « Pourquoi l’idéal ? », ode à la liberté et à la lutte contre l’oppression, est son premier rom
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 231
EAN13 : 9782748117806
Nombre de pages : 105
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Pourquoi l’idéal ?Laurent Szymczak
Pourquoi l’idéal ?
ROMAN© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-1781-6 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-1780-8 (pour le livre imprimé)Avertissement de l’éditeur
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Jen’avaisjamaiseutrèspeurdecegenredebou-
cher. D’ordinaire, je me mettais plutôt à rireaumo-
ment où il me priait de garder la bouche grande ou-
verte. Maiscejour-là,leva-et-vientindolentetmo-
notone de la roulette sur ma dent endolorie me ter-
rifiait. J’avais beau me cramponner à mon fauteuil
comme une mégère à son balai, la douleur était trop
vive ; en tout cas, beaucoup trop pour moi.
«Seigneur,pensai-je,arrête-donccemassacre!»
Mon appel parvient sûrement à ses divines
oreilles,carl’appareilcessatoutàcoupdefonction-
ner…
«Merde,çafaitladeuxièmefoisenuneheure!»
Ouf ! jubilai-je, tout heureux de pouvoir m’en
aller avant qu’il ne me défigure à jamais.
Et puis surtout, mes cours m’attendaient. Bon
sang, quel retard avais-je pris !
Tout en pressant le pas vers l’arrêt, je dévisa-
geais les passants ; haïssaient-ils eux-aussi les ar-
racheurs de dents ? Le bus bondé m’arracha à ma
réflexion. Une grosse dame se tenait devant moi ;
depuisquelquesminutesdéjà,sesyeuxétaientposés
sur un endroit précis de ma personne
« J’ai encore oublié de la remonter », fis-je en
souriant bêtement pendant que ma main glissait de
bas en haut sous ma ceinture.
7Pourquoi l’idéal ?
« Elle doit souvent être ouverte », dit-elle en
m’envoyant un clin d’œil à tomber par Terre.
Ellemesurprit,maisj’avaislesensdelarépartie:
j’allais lui lancer que pour elle, je la laisserais bien
baissée lorsque le car stoppa net devant la fac. Le
devoirm’attendait etc’étaitlepremierde l’année.
En passant devant la loge du concierge, Toby
jappa gentiment. Ici, tout le monde l’appelait Zoby
depuis que son maître, un Portugais grincheux, lui
avait coupé un soir de beuverie. Malgré cela, la
compagnie féminine ne lui déplaisait nullement,
mêmes’ildevaitla décevoiraumeilleurmoment…
Arrivé porte 3246, j’hésitai : dire la vérité, ne
serait-ce pas mettre à bas ma réputation d’ "élève
sérieux et travailleur" ?
Jefrappailentement;enretour,lavoixnasillarde
et autoritairedeMadame Ninet m’invitaà entrer.
La classe était studieuse, le nez dans sa copie.
Seule une grande blonde potelée me toisait de ses
180centimètressousdelargescarreauxrayés. C’est
à ce moment que je me rendis compte de la diffi-
cultédeluimentir. Pourtant,monhistoireétaitplau-
sible et, je le pensais, assez convaincante : un en-
tretien urgent avec le Doyen. Ma voix, balbutiante
audépart,s’affermitdesecondesensecondes. Mais
lorsquelasiennes’élevapours’enquérirdumotifde
cetteconversation,jefusdécontenancé. Marapidité
àtrouverunprétextenem’avait,parcontre,pasper-
misderéfléchiràunepossibleméfiancedecetteter-
rible femme,fortedeses quarante ansd’ancienneté.
Jetentaidenerienlaisserparaîtredemontroubleet
profitaid’unechutedestylopourjeteruncoupd’œil
versmescamarades. Ainsi,toutenmettantmoncer-
veauàrudeépreuve,j’observailetempsd’uninstant
lesdeuxfigureshirsutesquimeregardaientd’unœil
à la fois souriant et inquiet.
Me retournant vers mon interlocutrice forcée,
je pris un réel plaisir à m’entendre lui répondre
8Laurent Szymczak
qu’étant représentant étudiant au conseil de gestion,
je côtoyais souvent cet homme aux cheveux grison-
nants dirigeant 3 000 boutonneux. Insister sur mon
embarras d’avoir manqué le début du contrôle fut
unebonneinitiativepuisqu’ellemontradudoigtune
place libre que je m’empressai de rejoindre. Elle
n’avaitpasjointlaparoleaugesteetsereplaçaàson
bureau du haut duquel elle dominait tous les élèves,
prête à en épingler un les yeux obliques.
Par chance, le seul objet à quatre pieds vide de
toute fesse se trouvait entre mes deux amis. Pour
touteréponseaux«alors,oùétais-tu?»qu’ilsm’en-
voyaient en feignant d’écrire, je me contentais de
mettre un doigt dans ma bouche ; tant pis s’ils ne
comprenaient pas, j’étais là pour travailler et la de-
mie-heure de perdue était irrattrapable.
Ensortantdecetenfer,l’heureducafésonnait. Je
proposai d’aller en boireun au bistrot du coin.
Trois minutes plus tard, je me trouvai attablé de-
vant une tasse remplie à ras bord avec un garçon à
moncôtéetunefilleenfacedemoi.Sicepetitnoir
ne valait pas le moka italien, rien en comptait plus
pourmoiquecesdeuxpersonnes. J’étaisuntypequi
se faisait une idée bien précise de l’amitié : c’était
plusquedelacamaraderieetmoinsquedel’amour.
Un ami était une sorte d’ego à qui l’on pouvait tout
confier,quisavaitvousécouter,vousconseiller,vous
soutenir, vous aimer surtout. Pourtant, je ne pen-
sais pas être un ami facile, j’étais très exclusif, trop
peut-être… mais j’aurais tout fait pour eux, alors je
voulaisqu’ilsm’aimentautantquemoijelesaimais.
Je faillis me brûler la langue. Dany racontait sa
dernière gaffe qui faisait s’entrucher de rire Char-
lotte. Quel clown ce Dany ! Le jour où c’est arrivé,
on était tous les deux peinards en cours d’anglais.
Comme d’habitude, nous n’écoutions que d’une
oreille distraite ce quadragénaire complètement
9Pourquoi l’idéal ?
chauve se malaxant le crâne d’une main en sortant
des « nota bene » à la fin de chaque phrase. Mais
soudain, je vis le corps de Dany plonger d’une
travée à l’autre. Je n’eus que le réflexe de l’attraper
par les pieds avant que sa tête ne touche Terre. Et
tout cela pour un capuchon envolé ! Si après la
peur, le rire nous gagna, l’étonnement du prof fit
place à du mécontentement. Il obligea le pauvre
gaffeuràparlersuruntexteinconnuetàlapremière
hésitation, ne lui laissant aucune chance, il lui colla
un zéro en lançant : « c’est rattrapable ! »
Aujourd’hui, on en riait, même s’il fallait encore
combler le zéro…
Nousredevînmessérieuxenpensantauxpremiers
partiels qui approchaient. Les examens étaient la
bête noiredetous les étudiants, un horriblemoment
à passer mais auquel on ne pouvait échapper. Nous
partions assez confiants quoique sceptiques.
étionstouslestroisdevraisbosseurs,peut-êtreChar-
lotte plus que Dany et moi, elle qui chutait dange-
reusement de tension à chaque période de révision
intensive.
La porte grinça derrière mon dos. Je saluai mes
amis. L’un partit à gauche, l’autre à droite. Seul,
je marchai droit devant moi. Je décidai de rentrer
à pied. C’est sur le chemin que le premier choc,
la première prise de conscience apparut. Le petit
bonhomme vert s’alluma. Je traversai, tournai à la
première. Garée, une roue sur le trottoir, une autre
dans le caniveau, une auto. Sur son carreau arrière,
unautocollanttransparent. Cequejevisécritdessus
mebouleversa. Nonpasquej’ignoraiscesinjustices
mais les mots étaient plus forts que tout.
« Je pense donc je suis… en prison. »
Suivaient des barreaux.
La phrase de Descartes augmentée de ces deux
mots me fusilla intérieurement. Comment pou-
vait-on être emprisonné pour avoir pensé ?
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