Promesse d'orient

De
Publié par

Une série d'attentats ensanglante le Moyen-Orient au cours de l'hiver, ciblant tout particulièrement les intérêts français. Une jeune femme sans histoire est propulsée du jour au lendemain au coeur d'un Moyen-Orient en ébullition. De la Jordanie au Liban, en passant par Israël et la Cisjordanie, l'auteur nous plonge dans les milieux nationalistes palestiniens, où les plus nobles figures côtoient d'authentiques criminels. Tout au long d'une traque haletante, l'intrigue chemine à travers le destin d'un peuple qui, entre trahisons et promesses non tenues, a raté son rendez-vous avec l'histoire.
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
Lecture(s) : 29
EAN13 : 9782296707207
Nombre de pages : 318
Prix de location à la page : 0,0169€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
! "#$%&
&%
' ( ) "*%+,
-*..%&
/
0
! "#$%&&%
12431
' ( ) "*%+,
-
r u e
de
© H a rm a  a n 2 l’ E c ol e -ol y ec niq u e

p :  www li b r a iri ea rm a  a n c om d i ff u sion a rm a  a n @ w a n ad oo f r a rm a  a n @ w a n ad oo f r
IBN :  8 -2 -2 - 2 8 -8 EAN :  8 22  2 8 8
a ris
Chapitre 1
1.  Amman - 29 décembre « Now that the looove is  gone! » Le premier conseiller de l'ambassade de France avait mis à fond le volume de la musique, se tapait sur les cuisses en rythme sur la chanson de Da vid Guetta, et écrasa encore plus fort la pédale d'accélérateur, fais ant rugir le moteur de la 607 en traversant le pont d'Abdoun à toute allure. A cette heure-ci, il lui fallait à peine plus de cinq minutes pour rejoindre sa villa située aux limites sud de la ville. Sa femme devait avoir couché les deux filles, et était peut-être déjà au fond de son lit. Au moins, comme ça, elle ne sentirait pas son haleine. Il était conscient d'avoir un peu forcé sur le champagne à cette réception de fin d'année. Mais il ne craignait pas grand chose : à cette heure-ci, il n'y avait presque plus pe rsonne dans les rues d'Amman-ouest. Et puis, en tant que diplomate, il ne risquait pas d'être arrêté par des policiers.  Il avait quitté les grands axes, et s' était mis à tourner en virages serrés à l'approche de son domicile. Il était ravi d'avoir trouvé ce logement : une maison toute neuve avec une vue plongeante sur une vallée totalement déserte. Le seul ennui, pour sa femme, c'est qu'elle était un tout petit peu isolée. Mais en un coup de voiture, on était au centre. Il ra lentit avant le dernier virage, chantant maintenant à tue-tête : « Got to find a reason, got to find a reason... » Soudain, il appuya à fond sur le frein en laissant s'échapper un juron : une voiture était arrêtée en plein milieu de la rue, juste devant son garage. Une grosse Nissan , rayée et cabossée, avec une silhouette sombre sur le siège du conducteur. Il immobilisa sa voiture au beau milieu de la rue et ouvrit sa portière. Sans prendre le soin d'arrêter le moteur, il sortit en titubant un peu. Le froid sec le dégrisa instantanément. Tout en maugréant, il s'approcha de ce sans-gêne qui avait l'air endormi sur son siège. Se penchant au-dessus de la vitre, il s'aperçut avec stupéfaction que la silhouette était un sac poubelle, qui devait être bourré de chiffons. Comme pour donner l'illusi on qu'il y avait un homme au volant. Comme pour  Le diplomate n'eut pas le temps de réfléchir davantage. Trois détonations retentirent dans la nuit, et il s'écroula instantanément, les mains contre la portière de la Nissan . Les trois balles étaient pa rties de l'autre côté de la rue, où se trouvaient deux hommes embusqués derrière une BMW , armés de fusils d'assaut et la tête recouverte de cagoules sombres. Il leur fallut quinze secondes, pas une de plus, pour terminer le travail. Pendant que l'un des deux hommes démarrait la BMW , l'autre s'approcha de la Nissan , une bouteille en plastique à la main. Il la vida sur la vieille japonaise, sans même prêter attention au Français qui gisait maintenant au pied de la roue. Il embarqua à son tour dans
5
la BMW , qui avait déboîté en contournant la Peugeot , elle toujours stationnée au milieu de la rue. Avant que son compar se ne démarre en trombe, il jeta une cigarette allumée sur la voiture.  Dix minutes plus tard, ce furent des policiers en patrouille qui découvrirent la voiture en train de fl amber. Par chance, ils purent dégager le corps du Français avant que le buste et la tête ne prennent feu. Les enquêteurs de la police préventive passèrent une partie de la nuit sur les lieux, en compagnie de l'épouse du diplomate et de la consule de France : prise d'empreintes, photos, enquête de voisinage. Les assassins n'avaient pas laissé la moindre trace, à part les trois ball es de calibre 5,56 mm. Du travail de professionnel.
2.  Paris, 2 rue de l'Elysée - 21 janvier Comme à son habitude, Talamoni s'était installé en bout de table, et fixait de ses petits yeux de rapace les participants à la réunion. Tous les plus hauts responsables en matière de sécurité et de renseignement sur la place de Paris étaient là, et le secrétaire général de l'Elysée plantait son regard noir dans chacun d'eux, successivement. - Messieurs, je vous ai convoqué aujourd'hui car la situation est grave et inédite. Je veux qu'on se coordonne avant le Consei l restreint qui nous réunira autour du président après-demain. Il faut mettre LE PAQUET pour réagir vite et bien, au plus haut niveau de lEtat !  Très droit sur sa chaise, presque rigide, Talamoni ne donnait pas envie de plaisanter. Il n'avait pas été choisi à ce poste pour son éloquence, ni même pour son intelligence, mais plutôt pour son dévouement total à sa mission. Dévouement qui ne saccommodait pas de concessions avec ceux qui nétaient pas dans la ligne du parti. Exigeant avec lui-même, mais certainement encore plus avec les autres. Les hommes assis autour de la table, tous ces énarques, diplomates et généraux de haut rang avaient beau être au sommet de leurs administrations respectives, ils se méfiai ent de cet ancien préfet connu pour ses colères soudaines. Talamoni retira ses lunettes, balaya lassistance de ses petits yeux noirs, comme pour sonder les réactions. Les directeurs dadministration navaient pas lair emballés à lidée de se voir imposer une catégorie de réunion supplémentaire, mais aucun d'eux n'objecta. Satisfait de leffet quil avait produit, il poursuivit en martelant les mots : - Il faut qu'on avance tous au même rythme sur cette affaire. Il faut aussi que, tous autant que vous êtes, vous ayez EN DIRECT la perception de cette crise par le président. C'est COMME ÇA que vous mesurerez les priorités du moment.  Le secrétaire général des Affaires Etr angères, qui se savait plus ancien que Talamoni, crut bon dobserver :
6
- Ces réunions en format réduit peuvent e ffectivement être très fructueuses, en particulier pour coordonner nos efforts. Toutefois, je crois quelles ne doivent pas se substituer aux instances déjà en place. Si elles ont lieu trop souvent, elles risquent  Talamoni bondit : -Elles nauront pas lieu trop souvent. Deux fois par semaine, ça suffira. Et bien sûr, à tout moment si les circonstances l'exigent.  Vlan ! Talamoni voulait montrer que c'était lui qui décidait. Il avait la confiance du président, ce qui comptait bien davantage que le rang protocolaire. Il remit ses lunettes pour reprendre le fil de son discours avec les notes quil avait sous le nez : - Cette crise est la plus grave qu'ait connu la France depuis la guerre du Liban. On ne s'en était pas pris de la sorte à la France depuis longtemps. Plus grave que Karachi en 2002; moins meurtrier- jusque-là- que l'attentat à la station Saint-Michel en 95, mais plus traumatisant dans l'opinion publique. Cette affaire mobilise l'attention de l'opinion publique dans l'hexagone, mais aussi dans le monde entier. CNN, la BBC, Al-Jazira en font leurs unes  Il fronçait les sourcils et martela it la table de sa main droite pour appuyer ses propos. Il respira un instant avant de poursuivre sur un rythme plus lent : - Le président suit l'affaire en temps réel. Il veut être tenu informé de tout élément nouveau dans le quart d'heure. N'est-ce pas mon Général ?  Le chef d'état-major du président, sans décoller ses deux énormes mains de la table, confir ma dune voix caverneuse : - Le centre des transmissions gouverneme ntales a été renforcé pour les besoins de la crise. Le président veut pouvoir être en liaison H-24 avec les ambassadeurs, les chefs d'Etat des pays de la zone. Son aide de camp a des consignes pour venir l'interrompre au moindre nouveau développement, quelle que soit son activité - Que les choses soient bien claires, l'interrompit Talamoni. Il n'est pas question que le président apprenne une information sans que MOI je le sache ! Toujours inquiet dêtre court -circuité, il s'était fait menaçant, en montant sa voix dans les aigus. Il poursuivit un ton plus bas : - Pas une demi-journée se passe sans que le président n'appelle ses homologues, demande des points de situation, donne des directives. C'est vous dire l'importance qu'il accorde à une résolution rapide de la crise. Hier après-midi, vous le savez, il a reçu les familles des victimes de l'attentat de Beyrouth. Il marqua une pause, jeta un coup d'il à son Blackberry qui venait de recevoir un message. Il pointa silencieusement un gros stylo noir et or en direction de son voisin de droite, pour lui indiquer qu'il allait lui passer la parole, avant de dire :
7
- Sur le fond de la crise, j'aimerais que nous établissions un point des développements intervenus depuis la dernière réunion interministérielle davant -hier. Les regards se tournèrent progressivement vers Frédéric Durieux, le patron de la DGSE 1 , qui avait préparé son intervention : - Depuis 4 jours, pas de nouvel attentat, grâce à Dieu. Une nouvelle victime, décédée à l'hôpital de Damas des suites de l'attentat de la semaine dernière. Du coup, le bilan humain est désormais le suivant : 9 morts, dont 4 Français ou double-nationaux; 16 blessés. Je précise que parmi les 9 victimes françaises, il y a deux diplomates dont le premier conseiller de l'ambassade de Jordanie. Il leva les yeux de sa feuille afin de regarder l'assistance. Talamoni hochait légèrement la tête. Il poursuivit : - On en est toujours, si je puis dire, à 6 attentats- ou tentatives d'attentats. Cela fait un peu plus de 3 semaines qu'ils ont commencé. Nos postes diplomatiques et consulaires situés au Moyen Orient ont fait l'objet d'un renforcement très important des mesures de sécurité - ce qui n'a pas empêché les attentats de se poursuivre, fustigea Talamoni. - mais ce qui a peut -être permis d'en limiter les conséquences. Talamoni, un peu irrité, se tourna vers l'homme du Quai d'Orsay : - On est où, au juste, des mesures de sécurité dans les ambassades ? Le secrétaire général marqua un temps avant de répondre, comme pour montrer qu'il n'était pas « aux ordres » : - Des dispositions très strictes. Les am bassades de la région sont à présent fermées, ou fonctionnent a minima, comme à Beyrouth et à Bagdad. On a maintenu celles de Tel-Aviv et des pays limitrophes ouvertes mais avec une vigilance renforcée. Seuls les diplomates ou les agents indispensables travaillent, mais ils dorment à l'ambassade ou bénéficient d'une protection policière. Les polices locales nous assurent un soutien remarquable.  Talamoni reprit la parole en s'adressant à Frédéric Durieux : - On a du nouveau sur les mobiles et les revendications ? - Je peux vous dire qu'on y travaille jour et nuit. Et le plus gros travail, c'est le tri des informations. On a reçu des dizaines de revendications par e-mails, lettres, coups de téléphone. Des revendications fantaisistes en général, issus de groupes divers et souvent inconnus. Elles dénoncent notre politique, notre présence coloniale, ou encore notre législ ation sur le port du voile. C'est bien la France qui est visée  Talamoni l'interrompit net : Ça paraît évident ! Mais on n'a rien de plus précis ? La DCRI 2 , vous avez des -pistes ?
1 Direction Générale de la Sécurité Extérieure 2 Direction Centrale du Renseignement Intérieur.
8
Depuis le début, Patrice Nadal suivait les échanges en se tenant prêt à intervenir. Il était convaincu que la DCRI était capable d'opérer sur le terrain de la DGSE, et qu'elle pouvait faire plus vite et mieux. Il donna de sa voix forte et de son accent méridional : - Deux policiers partent la semaine prochaine sur le terrain, accompagnés de représentants de la préfecture de police, dans le cadre d'une commission rogatoire. Je précise que la DCRI travaill e main dans la main avec le juge anti-terroriste sur cette affaire. Des enquêteur s de la police scientifique vont être envoyés en Jordanie et au Liban, pour travailler en coopération avec les polices locales. Compte tenu des excellentes relations avec nos homologues de ces pays, nous avons la capacité d'intervenir partout, dans les meilleurs délais, et Talamoni ne le laissa pas continuer, car il le savait très bavard. - Je répète que, sur cette affaire, c'est bien la DGSE qui a le lead. Le président n'a qu'un but : faire cesser cette série d'attentats. Et pour y parvenir, nous devons démasquer les auteurs et les faire cesser d'agir. Le tout, et j'insiste, en liaison étroite avec les autorités nationales de ce s pays. Pour l'instant, le traitement judiciaire n'est PAS NOTRE PRIORITE, c'est bien compris ? Quant aux éventuels conflits entre nos services, attention : je ne veux pas en entendre parler. Surtout à l'étranger ! Le conseiller du président fusilla de ses yeux perçants Nadal et Durieux alternativement, à titre d'avertissement. Puis, sadressant à Durieux : - Bon, sur quelles pistes la DGSE travaille-t-elle ? - On travaille, en partenariat avec le Quai, sur le renforcement de notre dispositif de protection des agents de l'Etat et des Français en général à l'étranger - Oui, ça évidemment ! Mais sur le fond du dossier ? - On a deux axes de recherche. D'abord les modes opératoires, avec des équipes qui travaillent sur les restes et débris d'attentats, les explosifs utilisés, afin d'établir des rapprochements avec des évènements antérieurs - Alors, ça donne quoi ? - Il est trop tôt pour établir des rapproch ements. Mais, à l'évidence, ces gens-là ont une expérience de l'action terroriste. On va pouvoir formuler des hypothèses dans très peu de temps. - Très peu de temps, c'est combien ? Un jour, une semaine, un mois ? lança Talamoni, agressif. -C'est  une affaire de jours. - Très bien; et votre deuxième axe ? Durieux avait l'air plus embarrassé : - Le deuxième axe, c'est de travailler plus étroitement avec nos partenaires étrangers. Talamoni fronça les sourcils : - Vos « partenaires ? » Vous voulez dire les services de renseignement étrangers ?
9
- Oui, absolument. Dans ce type de situa tion, il est hors de question de travailler seuls. On développe notre coopération avec les services officiels. Et comment ? -- On renforce. Tous nos postes dans la région vont voir leurs effectifs doubler dans les prochains jours, les personnel s supplémentaires seront précisément affectés à la coopération avec nos partenaires. - Avec qui travaille-t-on, alors ? - On travaille très bien avec les Libanais et les Jordaniens; en plus des échanges avec les Occidentaux : Américains, Allemands, Britanniques. Et malheureusement, toujours quelques difficultés avec les Israéliens... Ils ont tellement peur quon mette les pattes dans leurs affaires. Talamoni coupa, sur un ton pince-sans-rire : - Si je comprends bien, nous sommes tributaires du bon vouloir de nos amis pour y voir plus clair. Et alors, comm ent fait-on dans les pays où nous n'avons pas que des amis ? Avec les Syriens, par exemple ? Avec le Hamas, à Gaza ? - On y réfléchit Pour l'instant, on écarte l'option d'injecter des agents « sous  . couverture » dans les milieux non permissifs. Cela nous paraît risqué de le faire dans l'urgence. A moins, bien sûr , d'avoir des directives Talamoni prit l'air faussement incrédule : -Vous voulez dire des directiv es politiques ? -Euh, oui Talamoni prit un ton à mi-chemin entre l'humour et l'invective : - Des directives politiques pour aller poser des micros chez les Syriens et pour aller infiltrer le Hezbollah ! Monsieur Durieux, soyons sérieux : Vous savez très bien que vous n'en aurez jamais ! - C'est bien pour cette raison que je privilégie la coopération et les actions officielles, lui répondit assez sèchement Durieux, visiblement énervé. - Ce n'est pas parce que vous n'aurez pas de directives politiques qu'il faut attendre que les autres services de renseignement fassent votre travail !  Talamoni enfonça le clou comme pour montrer qui était le patron. Le directeur de la DCRI jubilait intérieurement de voir son concurrent être mis en difficulté.  Commençant à ranger ses affaires comme pour montrer que la réunion se terminait, le conseiller du président conclut : - C'est tout pour ce soir. On se retrouve après-demain pour le Conseil restreint. Il faut qu'on ait avancé d'ici là. Je vous demande A TOUS de m'appeler sur mon portable, jour et nuit, si vous avez le moindre élément nouveau. Et maintenant, Messieurs, au travail !
3.  Paris, siège DGSE - 21 janvier En règle générale, il présentait bien, Arnaud. Pas un bourrelet à la taille, malgré la quarantaine qui approchait. Cheveux courts, regard franc, propre sur
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.