Qlorel

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Après avoir aidé la Princesse Aftagolia à sauver les Etres de la tyrannie de l'infâme Luna et à créer un monde de paix, le vaillant Qlorel sent monter une nouvelle menace. Les forces du Mal n'ont pas dit leur dernier mot...Fertile en péripéties et en rebondissements, la saga fantastique d'Aftagolia prend une nouvelle dimension dans ce deuxième épisode qui dévoile les secrets liant l'héroïne à son frère Faustopend et à l'Aiglus Qlorel.



Publié le : jeudi 3 juillet 2014
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EAN13 : 9782823816631
Nombre de pages : 110
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Élisa Fortune

Qlorel

Les 3 Orangers

À ma meilleure amie qui s’apprête à vivre loin de mes yeux.

À Julian qui a prêté son nom et ses traits à l’un de mes personnages.

À mon petit frère Nolan, mon premier fan.

Et bien sûr à toute ma famille dont le soutien est un trésor.

INTRODUCTION

Luna, Être au coeur sombre, rêvait de dominer les Mondes. Elle tua ses parents afin de s’octroyer leurs pouvoirs et séduisit le Dieu Leaf pour avoir un fils, Faustopend, dans le seul but de servir ses noirs desseins. Lorsque Leaf prit conscience d’avoir été manipulé, il répudia Luna qui s’enfuit avec leur enfant.

Bien des années plus tard, le Dieu s’éprit de Linali, déesse des Elfoulgas. De leur union naquit une fille, l’Ilde Aftagolia, que Luna considéra comme une rivale pour Faustopend. Une guerre s’ensuivit entre Lunias et Êtres durant laquelle Aftagolia fut envoyée dans le Monde des Humains et confiée à la garde d’une nourrice, Dame Gilda.

Ses parents ayant été tués, il revint à la jeune Princesse la mission d’arracher son Monde à l’emprise du Mal. Le jeune Aiglus Qlorel l’assista alors dans cette tâche périlleuse qui amena l’Ilde à prendre la tête des armées du Bien et à affronter - sans le savoir - son propre frère, Faustopend.

Sortie victorieuse du duel, Aftagolia vit apparaître Leaf, son père, qui lui révéla l’identité de celui qu’elle venait d’abattre.

Malgré sa peine, Aftagolia devait toutefois achever la mission qui lui avait été confiée : construire le monde de paix né de son imagination...

Mais le Mal rôdait toujours et Faustopend, le jouet de Luna, n’était peut-être pas mort...

I

L’ORPHELINAT

La nuit venait de tomber comme chaque soir sur le Monde des Humains. Une nuit sans nuage, blanchie par une grosse lune ronde dont la clarté donnait des ombres aux ombres. Tout était calme. Aucun bruit, aucun mouvement hormis le doux balancement d’une chaînette pendant le long d’un mur. À droite de cette chaînette – sans doute reliée à une cloche – un haut portail de bois rouge hermétiquement clos sur lequel un écriteau indiquait le nom et la nature du lieu : “Saint Mariette-Demello, Orphelinat privé”.

Non loin trônait un arbre immense dont les branches basses s’affaissaient sur le sol. Là, presque invisibles sous l’épaisseur du feuillage, deux silhouettes se faisaient face et parlaient à voix basse. La pemière était adossée au tronc, la seconde se tenait devant elle, presque immobile, ses mains ponctant seules le rythme de ses mots. Une brise soudaine agita les branches et souleva quelques mèches de la chevelure du premier interlocuteur, dont un bref rayon de lune fit scintiller la couleur argentée. Faustopend, car il s’agissait de lui, écoutait avec attention le sage Notelo, celui-là même qui l’avait surpris à la fin de la première guerre, errant sur les terres ravagées du Dieu Leaf, son père. Qu’avait-il donc de si important à lui dire ? Il n’eut pas longtemps à attendre. Conscient du risque dans lequel se trouvait Faustopend qui, en sauvant la Princesse Aftagolia dans les souterrains du château royal, s’était ouvertement opposé au pouvoir maléfique de sa propre mère, Luna, Notelo avait pris sa décision : il fallait trouver le moyen de l’éloigner. Et quoi de mieux que de l’envoyer dans le Monde des Humains tout comme le jeune Qlorel avait conseillé de le faire pour Aftagolia ? Ce qui avait été bon pour elle le serait tout autant pour lui. Le Féeïterasse fût bref dans ses explications car le fils de Leaf avait déjà compris le danger qu’il courait. La vivacité d’esprit et le sang-froid de Faustopend surprirent le vieux Sage, qui s’étonna toutefois de voir un enfant si peu âgé réagir comme un adulte.

– En ce monde tu trouveras repos pour te reconstruire, petit Être. Tu vivras en communauté avec des Humains, c’est-à-dire des êtres qui ne possèdent aucun pouvoir magique. Tu devras donc rester très discret en leur présence et n’utiliser tes propres pouvoirs que secrètement, pour ne pas les effrayer et éviter de te retrouver dans des situations gênantes.

Faustopend acquiesça. Notelo poursuivit :

– N’aie pas l’air surpris quand tu les rencontreras ; cette espèce est étrange, mais elle est intéressante. Ton séjour en ce monde t’apportera beaucoup et, crois-moi, ce qui gronde en toi s’apaisera.

Faustopend releva lentement la tête, scrutant l’ombre pour trouver dans les yeux du grand Sage la manière de lutter contre le mal insidieux qui le rongeait chaque jour davantage. Sans doute qu’à force de volonté et de courage il parviendrait à en circonscrire les effets. Mais de là à le détruire… Seul, il n’y parviendrait pas. La magie de Luna était trop grande. En créant une autre personnalité en lui, contraire à la première, elle était devenue maître de ses pensées et pouvait ainsi contrôler ses moindres faits et gestes. Pas tout à fait cependant, puisque le « vrai » Faustopend résistait du mieux qu’il pouvait à son influence. Mais le combat était inégal et il sentait que son intégrité lui échappait un peu plus chaque jour. Bientôt il ne s’appartiendrait plus ! Il deviendrait un simple pantin dans les mains de sa mère.

Cette perspective révoltait Faustopend qui, malgré son intelligence, ne parvenait pas à comprendre pourquoi elle le manipulait ainsi et dans quel but ? N’avait-elle donc pas de cœur ? Il était pourtant son fils ! Comment pouvait-elle lui infliger ce destin horrible ? Était-ce vraiment son propre intérêt qu’elle servait ? Était-elle vraiment prête à tout sacrifier pour obtenir le pouvoir ? Ou bien avait-elle peur de son fils et de sa puissance ?

 

– Faustopend, il est temps, le soleil va se lever. Sache que tu devras demeurer dans le Monde des Humains jusqu’à ce que je vienne t’y rechercher. Tu dois enfin savoir que ta petite sœur Aftagolia séjourne aussi en ce monde. N’oublie jamais cela. Tout comme elle, garde bien ton collier autour de ton cou. Toujours ! Et n’accorde ta confiance qu’à ceux qui te paraîtront loyaux. M’entends-tu ?

– Oui, grand Sage.

– Pour te permettre de vivre en paix avec toi-même durant ton exil, je vais figer le mal qui t’oppresse par un sortilège, puis l’extraire et le conserver dans une cage spécialement créée à cet effet. L’opération ne sera pas longue mais risque d’être douloureuse. Es-tu prêt ?

Faustopend se releva, ouvrit largement les bras, inspira profondément l’air encore frais du matin et hocha la tête pour signifier son consentement. Un éclair rouge jailli de la main du grand Sage le frappa en pleine poitrine et arracha un cri au petit Être qui s’effondra à terre. Notelo s’agenouilla. Faustopend, le regard pétrifié, tremblait de tous ses membres. Le Féeïterasse posa une main sur son épaule pour le calmer en attendant que sa personnalité maléfique cesse de résister et s’abandonne à l’emprise de la cage qui allait le réduire au silence. Sur quoi le petit Être perdit connaissance.

 

Le soleil jeta ses premiers rayons ; il était temps pour le grand Sage de quitter Faustopend. Il se pencha à son oreille et lui murmura :

Dès que tu reprendras conscience, va frapper à la grande porte rouge devant toi et demande à être hébergé. Courage…

Sur quoi Notelo disparut, pressé de rejoindre son monde avant que quiconque ne remarque son absence.

Peu après son départ, Faustopend reprit conscience et se releva en s’appuyant au tronc de l’arbre pour ne pas perdre l’équilibre. Puis il observa les alentours à travers le feuillage lorsqu’il entendit les gonds du portail rouge grincer. Il entrevit alors un bâtiment de si grande taille que le petit Être se demanda comment les Humains pouvaient en construire de tels sans posséder de pouvoirs magiques. Il en était là de son questionnement quand la tête lui tourna. Epuisé par l’épreuve que lui avait fait subir Notelo, il se laissa glisser le long de l’arbre et ferma les yeux. Son esprit s’emballa et le fit voyager dans des rêves les plus inimaginables jusqu’à ce que le sommeil l’emporte, loin, très loin…

 

– Oh ciel ! Louise ! Louise… Venez m’aider, vite !

– Oui, oui, tout de suite Madame, je viens… Oooh Madame ! quel étrange petit garçon. Comment est-il arrivé ici ?

– Peu importe, Louise, amenons-le à l’intérieur, il a besoin de soins. Son corps est froid.

– Mais Madame… nous sommes en plein été !

– Voyez vous-même, Louise. Touchez son bras, je ne plaisante pas… Oh ! juste ciel ! Pauvre enfant. Dépêchons-nous…

Les deux sœurs portèrent l’enfant dans une chambre de l’orphelinat et le déposèrent délicatement sur le lit. Après quoi, Louise se précipita chez le Directeur qui appela aussitôt un médecin. Ce dernier ne se fit pas attendre. Il examina ce patient pour le moins étrange, diagnostiqua une « bonne grippe » et conseilla de lui faire garder le lit « jusqu’à ce que sa température baisse et que les frissons disparaissent ». Puis il rédigea une ordonnance en insistant sur la nécessité de commencer le traitement au plus tôt et rassura sœur Louise sur la rapide guérison du jeune malade. Sœur Louise et sœur Lucile raccompagnèrent le médecin à la porte et le remercièrent encore. Pendant ce temps le Père Charles glissa une bouillotte dans le lit de Faustopend et ajusta la couverture de manière à ce que le garçon puisse se réchauffer sans que sa fièvre augmente. Sœur Lucile fut chargée de le veiller nuit et jour avec la mission de surveiller sa température, de changer régulièrement la bouillotte et de tamponner le front du jeune malade avec un linge humide toutes les deux heures.

En regagnant son bureau, le Directeur se demandait d’où pouvait bien venir cet étrange garçon et qui étaient ses parents ? Par acquis de conscience, il contacta la police qui l’informa n’avoir été saisie d’aucune affaire de disparition. Il devait donc s’agir d’un orphelin que le hasard avait judicieusement conduit à Saint Mariette-Demello.

 

Durant trois longs jours Faustopend dormit profondément. Sa fièvre était rapidement tombée et ses frissonnements avaient cessé. Au terme du troisième jour, sœur Lucile put enfin découvrir la couleur de ses yeux, d’un beau vert d’herbe, dont la douceur contrastait avec la tonalité métallique de sa chevelure argentée. À le voir s’éveiller paisible et souriant, elle fut soulagée.

Faustopend jeta un œil sur la pièce, puis explora plus attentivement les lieux avant de s’attarder sur le visage de la personne qui était assise sur le bord de son lit.

– Bonjour, murmura-t-il.

Toute émue, la jeune femme porta une main à son cœur et lui répondit aussitôt :

– Bonjour, bel enfant.

À ce compliment, Faustopend lui adressa l’un de ses plus beaux sourires. Ce qui eut pour effet d’émouvoir un peu plus sœur Lucile, au point de la faire rougir.

– Comment te sens-tu ? lui demanda-t-elle en se retournant vivement en poussant un plateau à roulettes au niveau du lit. Elle avait préparé une collation pour que son malade reprenne un peu de forces et que ses joues pâles, si pâles, retrouvent un peu de couleur.

Le petit Être perçut la bonne odeur des gourmandises : du lait chaud, un verre de jus de pommes accompagné de quelques pillules et des pâtisseries. Il s’assit et dévora son repas sans se faire prier. Cette nourriture qui lui était totalement inconnue le ravissait. À chaque bouchée il ne peut s’empêcher de s’exclamer : “Mmmh, comme c’est bon !” en fermant les yeux pour ne pas perdre une miette de son plaisir.

À ce spectacle, sœur Lucile ne pût se retenir de rire.

Il était près de onze heures du matin – l’heure de la récréation – quand l’enfant acheva son repas. On entendait des écoliers rire, chanter, crier et chahuter dans les couloirs. Faustopend se raidit. En voyant l’expression d’inquiétude et de surprise sur son visage, sœur Lucile le rassura en lui décrivant le lieu dans lequel il se trouvait, ce qu’on y faisait et comment on y vivait. Puis elle s’éloigna un instant pour trouver des vêtements à la taille du garçon.

Elle revint avec des vêtements d’écolier tout blancs : pantacourt, chemise et chaussettes montantes, sauf la cravate, les chaussures et le béret qui étaient noirs.

– Maintenant que tu as fini, allons à la salle de bains te débarbouiller, après quoi tu iras rejoindre les autres enfants de ton âge. Mais tu resteras encore quelque temps à dormir dans cette chambre avant de rejoindre tes camarades au dortoir, dit-elle avant d’ajouter : comme tu es encore un peu malade, il est plus prudent de te préserver des microbes.

– Où sont mes affaires, s’il vous plaît ?

– Au lavage. Ne t’inquiète pas, je rangerai tes habits secs et repassés dans cette armoire-là, répondit sœur Lucile en lui désignant du doigt l’armoire située près de la fenêtre, où tu pourras les récupérer.

Faustopend la remercia lorsque, portant sa main d’un geste machinal à son cou, il découvrit que son collier avait disparu ! Pris de panique, il se leva d’un bond, fouilla la couverture, explora le drap, secoua son oreiller, ouvrit violemment le tiroir de la table de chevet et souleva le matelas avant de plonger sous le lit. Rien. Il ne trouva rien ! Ses joues pâlirent, ses lèvres se contractèrent et son regard devint plus froid, plus métallique qu’à l’habitude. Il se retourna lentement vers la jeune femme en criant :

– Où est mon collier ? Rendez-le moi immédiatement. Vous entendez ? Où se trouve-t-il ? Dites-le moi…

Bien qu’effrayée par ses hurlements, sœur Lucile tenta de le calmer, disant qu’elle allait le chercher, que c’était sans doute le Directeur qu’il l’avait pris pour le mettre en lieu sûr et qu’il ne devait pas s’inquiéter… Mais il en fallait plus pour rassurer Faustopend en proie à la panique. Tout en fouillant les moindres recoins de la pièce, il se souvenait non sans crainte des dernières paroles que Notelo avait prononcées avant de le quitter : « Garde toujours ton collier à ton cou » et « N’utilise tes propres pouvoirs que secrètement ». Il lui fallait donc récupérer son collier dans les plus brefs délais. Bien qu’il fut encore faible, il s’éclipsa de la chambre et sortit pieds-nus en courant, sœur Lucile à ses trousses.

– Où t’en vas-tu comme ça, mon petit ? Reviens ! Tu vas te faire mal sans chaussures…

Mais Faustopend resta sourd à ses appels. Pendant qu’il courait, son esprit localisa le lieu où se trouvait son collier. Il le sentait tout proche et ne tarda pas à circonscrire le lieu exact. D’un geste prompt il tourna à gauche puis à droite, dévala les escaliers à toute allure, sœur Lucile toujours sur ses talons Moins entraînée que le garçon, la jeune femme peinait maintenant à le suivre et, de plus en plus essoufflée, perdait de la distance.

Faustopend ne ralentissait pas son allure, parcourant des couloirs immenses ornés de tableaux et de statues gigantesques. Le parquet parfaitement ciré était aussi glissant qu’une patinoire, manquait de le faire chuter à chaque enjambée, mais le garçon parvenait toujours à retrouver son équilirbre. Il parvint bientôt à destination, pila littéralement devant une porte qu’il ouvrit sans ménagement. Là, il découvrit le Père Charles qui tenait son collier dans ses mains. A cette vue, le petit Être eut une moue inquiétante. Le Directeur, tout autant surpris par cette intrusion subite que par l’air étrange et menaçant du garçon, demeura immobile et lui demanda d’une voix douce :

– Te voilà enfin réveillé. Comment te sens-tu ?

– Taisez-vous, rétorqua durement Faustopend. Vous avez quelque chose qui m’appartient et que vous n’auriez jamais dû vous approprier. Rendez-moi mon collier.

Sa rage monta encore d’un cran, ses yeux se plissèrent, ses mains tremblèrent tandis qu’il s’avançait vers le Directeur moins effrayé de son attitude que de la cause de ses cris.

Sœur Lucile s’immobilisa alors sur le seuil de la porte, entra et referma d’une geste le battant qui claqua derrière elle. Faustopend sursauta mais ne bougea pas d’un pouce. Mâchoires serrées, visage baissé, le corps noué dans une concentration extrême, il paraissait absent à ce qui l’entourait quand soudain les objets bougèrent, les vitres tintèrent et les volets claquèrent. Un grand froid envahit la pièce. Le Père Charles suait à grosses gouttes.

– Tu veux ton collier, c’est ça ? articula-t-il d’une voix étranglée.

– Oui, répondit froidement Faustopend.

– Ah ! Il ne faut pas se mettre dans tous tes états, mon garçon, je ne l’ai pris que pour m’aider à savoir qui tu es, d’où tu viens et qui sont tes parents. Ne t’en fais pas. Tiens, le voilà. Prends-le, petit et calme-toi maintenant.

Faustopend le lui arracha presque des mains et se le mit au cou s’en plus attendre. Aussitôt le collier commença à briller de mille petites étincelles bleues. Le petit Être se laissa alors tomber dans l’un des fauteuils posés devant le bureau du Directeur.

– Je me sens mieux. Oh oui, beaucoup mieux ! déclara-t-il comme si rien ne s’était passé.

Le Directeur lança un regard interrogateur à sœur Lucile qui ne sut quoi répondre à la question silencieuse qu’il recélait : qui était donc cet orphelin qu’ils venaient de recueillir ? d’où venait-il et quelle était la nature de ses étranges pouvoirs ? L’enfant, sa colère, le tremblement des objets, la sensation de froid polaire dans la pièce et ce collier bleu scintillant, tout n’était pour eux qu’insolubles problèmes.

Indifférent à leur questionnement et à leur malaise, Faustopend se remettait de son accès de rage, contemplant le collier posé au creux de ses mains.

Mû par une idée soudaine, le Père Charles s’avança sans bruit vers le petit Être qui leur tournait à présent le dos et, d’un geste vif, tenta de s’emparer de la parure. Comme il l’avait prévu, Faustopend se fâcha encore, et de nouveau les murs tremblèrent, les fenêtres grinçèrent, les livres tombèrent de leurs étagères, le bureau s’animant cette fois d’un balancement d’avant en arrière qui le faisait dangereusement reculer vers la fenêtre. Effrayée par tout ce vacarme, sœur Lucile fit un pas instinctif vers la porte mais ne poursuivit pas son geste, trop curieuse de comprendre les raisons d’un tel bouleversement. Le Père Charles ayant acquis la certitude que les événements avaient été déclenchés par Faustopend lui-même – sans que ce dernier ne soit apparemment conscient de son pouvoir –, il lui fut aisé d’y mettre un terme en rassurant définitivement le petit Être.

– Ne t’inquiète pas, mon garçon, jamais je ne tenterai de reprendre ton collier. Et nul ici jamais te le volera.

Faustopend se retourna, les yeux remplis de larmes, et, rassuré autant par la voix que par le regard plein de franchise du Père Charles, s’apaisa sur le champ. Et instantanément tout redevint normal dans la pièce.

Sœur Lucile se sentit soulagée, mais son visage portait encore le masque de la peur. Faustopend s’en rendit compte et cela le peina. Il poussa un grand soupir et confia :

– Je vous prie de ne pas me chasser. Comme vous l’avez deviné, je ne suis pas comme les autres garçons, mais n’ayez crainte, je ne ferai rien de mal.

Puis sa voix se brisa en un pathétique accent de tristesse.

– J’en ai assez, ajouta-t-il dans un souffle. Mon enfance n’a pas été très heureuse mais je donnerais tout pour revenir en arrière. Si cela était possible, je serais comblé. Je pourrais tout recommencer et alors saurais-je peut-être qui je suis vraiment.

Les deux adultes dévisageaient Faustopend qui pressait contre lui son précieux collier. Aussi attendri par la confidence de l’enfant qu’attristé par son désarroi, le Père Charles se retenait de l’interrompre pour lui poser les mille questions qui lui venaient aux lèvres, préférant le laisser continuer son récit.

 

Faustopend poursuivit faiblement.

– Je suis un Être doté de pouvoirs magiques, un Ildous, et je descends des Dieux. Je ne fais pas partie de votre monde. Celui d’où je viens est parallèle au vôtre, mais vous n’en connaissez pas l’existence car il est caché à vos yeux. Nul d’entre vous ne peut le trouver. Je suis ici car on m’y a envoyé. Mon monde a été le théâtre d’une guerre terrible qui a tout détruit. Et depuis, au fond de moi, je sens comme une lance qui me déchire. Un fer de lance qui ne cesse de me faire souffrir… Ah ! mon cœur !

Faustopend se tut, même s’il sentait qu’il pouvait se confier sans danger à ces personnes. Mais il en avait déjà trop dit. Notelo ne serait pas content de lui !

Le Directeur observa le jeune garçon assis devant lui, observa le collier en forme de nuages croisés, paré d’une lune et d’un rond rouge à son centre qu’il tenait déplié sur ses paumes.

À la grande surprise de sœur Lucile, le visage de l’enfant reprit des couleurs.

– Dis moi, petit, que représente pour toi ce collier pour que tu te mettes si fort en colère quand tu le perds ?

– Il est ma vie, ma protection et le seul souvenir qui me reste de mon père. Il représente même ce que je suis ! Ne me l’enlevez plus jamais… où j’en mourrais ! murmura t-il faiblement.

Le Directeur s’avança tout près du fauteuil, s’agenouilla et prit les deux mains de l’enfant dans les siennes.

– Nous te promettons que plus jamais ton collier ne te seras enlevé. Jamais plus vous ne serez séparés. Et s’il te plaît, ne dis plus de telles horreurs. On ne doit pas parler de la mort à ton âge. D’accord ? dit le Père Charles avec un grand sourire. Faustopend le regarda avec ses grands yeux verts et, sans qu’il s’y attende, vint se blottir tout contre lui en murmurant qu’il était désolé. Le Directeur le serra dans ses bras et le releva. Sœur Lucile s’approcha et baisa tendrement la joue de l’enfant qui sourit d’un air béat en redécouvrant une sensation de bien-être qu’il n’avait éprouvée qu’une seule fois, lors de la première guerre, quand Linali, déesse des Elfougas, l’avait protégé et lui avait dit qu’elle l’aimait. A cet instant son cœur s’était mis à battre de bonheur. On lui avait donné un peu d’amour, de cet amour qu’il attendait tant. Depuis si longtemps… Faustopend se demanda alors si c’était bien cela aimer et être aimé. Ses émotions le submergèrent, il pleura à grosses larmes. Il pleura également sur tout ce qu’il avait vécu et enduré depuis sa naissance.

Sensible à son chagrin, le Père Charles continua à le câliner et sœur Lucile à l’embrasser. Faustopend se senti aimé, heureux, vivant et comblé. Il n’était plus seul !

Le Directeur ordonna alors à sœur Lucile de garder le secret, de ne dire à personne qui était Faustopend !

– Allez, petit, ça va aller maintenant, tu verras. Ne pleure plus…. Ici, c’est chez toi à présent. Personne ne te fera du mal et tu te feras même des amis.

– Oui, le Père Charles a raison, dit sœur Lucile, nous allons te faire visiter l’orphelinat et t’expliquer tout ce que tu as besoin de savoir pour te sentir bien dans notre établissement.

– Et tu commenceras l’école demain matin.

L’école ? Faustopend ne connaissait pas ce mot et savait encore moins ce qu’il voulait dire. Mais peu importe, il verrait bien demain. En attendant, seul comptait le bonheur qu’il avait de commencer une nouvelle vie.

Sœur Lucile s’éclipsa bientôt, devant aider les autres sœurs à faire manger les petits. (L’orphelinat accueillait les enfants de tous âges ; du nourrisson à l’adolescent, tous faisant l’objet de soins les plus attentifs.)

– Après ta toilette, je te ferai visiter l’établissement, dit le Père Charles en menant Faustopend à la salle de bains où il remplit la baignoire d’une eau tiède pleine de bulles et de mousse qui amusèrent le petit Être. Et pendant que l’enfant pataugeait, il le questionna :

– Alors, dis-moi, quel est ton prénom ? Moi, je m’appelle Alan-Charles Rayl mais ici on me nomme le Père Charles, car cet orphelinat est lié à l’Église. J’en suis le Directeur. Et toi, quel est ton nom ?

– Euh… moi ? Je… je ne sais pas, mentit Faustopend qui se souvint qu’il ne devait pas révéler son identité véritable aux Humains et surtout ne pas prononcer son nom pour éviter qu’il ne parvienne aux oreilles de sa mère et lui signale ainsi sa présence sur Terre.

– Vraiment ? Bon… Eh bien on va t’en trouver un ! Tu es d’accord ?

Faustopend dans son bain sourit en rougissant et acquiesça d’un signe de tête.

– Bien, bien, bien… Voyons… mmh…

Assis sur le rebord de la baignoire, le Père Charles tirait songeusement sur sa barbe en plissant le front. Bien que légèrement embués, les verres de ses lunettes rectangulaires laissaient transparaître ses yeux gris qui semblaient s’agiter comme derrière des hublots. L’image amusa Faustopend qui ne put s’empêcher de sourire.

– Et s’y je t’appelais… le p’tit Claude. Pas mal, hein ?

– Non ! s’exclama Faustopend.

– Que dirais-tu alors de Philippe ?

Le visage de l’enfant se plissa en une moue de rejet.

– Eh bien… disons François ?

Le garçon agita la tête en signe de dénégation.

Le Directeur s’entêta :

– Albert, Jules, Victor, Ulrik, Ludovic, Alain, Benoît, Xavier, Valentin…, sans plus de résultat, aucun des prénoms proposés ne trouvant grâce aux yeux de Faustopend.

À bout de ressources, le Père Charles promit d’y réfléchir le soir. En attendant, il allait faire visiter l’orphelinat au petit monsieur… sans prénom !

 

La fin de la journée fut agréable. Faustopend parcourut – au pas cette fois ! – les couloirs qu’il avait traversés en courant quelques heures auparavant. Il avait vu toutes les pièces – cuisine, réfectoire, bureaux, salles de classe, salles de jeux, chambres, douches et bains –, était entré dans la plupart et s’était longuement arrêté à la chapelle et au jardin. Le Père Charles l’avait même laissé un instant s’amuser au portique avant de le conduire au village des animaux qui occupait le fond du parc. Au terme de la visite, le collier de Faustopend avait enregistré la topographie exacte des lieux, grâce à quoi il était sûr de ne jamais s’y égarer.

La cloche du dîner retentit. Le Père Charles prit la main de Faustopend pour le conduire au réfectoire. Là, tout avait été judicieusement aménagé pour le confort des pensionnaires, à commencer par les tables et les sièges dont les différents modèles avaient été conçus pour accueillir les enfants plus ou moins grands. Idem pour les verres et les couverts, et la décoration des sets de table.

Juste avant d’entrer dans la salle, Faustopend glissa discrètement son collier sous le col de sa chemise puis, malgré son appréhension de rencontrer les autres enfants, suivit courageusement le Père Charles. Comme il tremblait un peu, ce dernier le prit dans ses bras et, mettant fin au chahut d’un geste de la main, s’adressa à la petite assemblée :

– Bon appétit, les enfants ! Mais avant que vous ne commenciez votre repas, je veux vous présenter un nouvel arrivant. Accueillez-le avec amitié, s’il vous plaît, et soyez gentils, car vous savez que ce n’est pas plus facile pour lui que ce ne le fut pour vous à votre arrivée ici. Je sais que vous vous occuperez bien de lui…

Puis, parcourant des yeux la salle, il ajouta :

– Qui, parmi les Moyens, souhaite accueillir le nouveau venu à sa table ?

À la satisfaction du Père Charles, tous les doigts du groupe des Moyens se levèrent, portés par une joyeuse clameur de “moi”, “moi, “moi” qui fit trembler les murs de la pièce.

Rendu plus téméraire par cet accueil chaleureux, Faustopend sourit timidement. Le Père Charles le déposa à terre et l’accompagna vers l’une des tables rondes des Moyens où on lui avait spontanément laissé une large place.

– Cette table porte le numéro 4. Tu t’en souviendras ? lui glissa le Directeur dans l’oreille.

Faustopend acquesçia d’un hochement de tête et demanda :

– Pourquoi y a-t-il deux chaises ? Une seule me suffirait !

– C’est celle du petit Qlorel qui dîne avec nous lorsqu’il est de passage. Tu le verras bientôt, sans doute. Et comme il a le même âge que toi, je suis sûr que vous deviendrez d’inséparables amis.

Faustopend s’approcha du côté de Clara, une jolie petite fille aux yeux noisettes et aux cheveux blonds bouclés. Aussitôt, ses compagnons de table le saluèrent silencieusement. L’enfant gardant les yeux baissés, le Père Charles lui dit :

– Allons, ne soit pas timide mon garçon…

Puis, sous l’effet d’une illumination soudaine, il se pencha sur Faustopend, lui saisit les épaules et lui glissa à l’oreille :

– Tu es donc timide ! T.I.M.I.D.E… Eh bien, j’ai trouvé ton prénom : nous t’appellerons Tim ! Cela te plait ?

Faustopend éclata de rire. Oui son nouveau prénom lui plaisait, il sonnait bien aux oreilles et lui allait à merveille. Soudain la petite Clara lui saisit la main et lui dit :

– Tu viens manger avec nous ?

– Oui, répondit Faustopend en s’asseyant.

Le Père Charles se releva, fît un clin d’œil à Faustopend et félicita Clara de sa gentillesse.

– Tu es notre ami maintenant. Comment tu t’appelles ? reprit Clara.

– Je m’appelle Tim et je suis heureux de dîner à ta table… Euh, à votre table, ajouta-t-il en s’adressant aux autres enfants.

Il s’assit alors entre Clara et la chaise vide, repensant aux paroles du Père Charles : “c’est la place du petit Qlorel qui dîne avec nous lorsqu’il est de passage”. Qui était donc ce Qlorel dont le nom résonnait un peu comme le sien ? Il lui tardait de faire sa connaissance. Ses pensées furent interrompues par l’arrivée de sœur Louise qui lui apportait une assiette, des couverts, un verre et une serviette.

– Bonsoir, mon garçon. Après le repas tu me rendras ta serviette pour que j’y inscrive ton prénom. D’accord ?

– D’accord, répondit Tim en souriant.

Le repas était délicieux et se déroula dans la bonne humeur. C’était la première fois qu’il s’amusait ainsi avec d’autres enfants. Il se réjouissait donc par avance de les retrouver bientôt en classe.

 

Le lendemain, comme prévu, Faustopend se rendit à l’école avec une tenue scolaire et un cartable tout neufs. Il allait suivre une éducation et découvrir le savoir humain. Il apprendrait à compter, à écrire, à dessiner, à résoudre des problèmes, à réciter des poèmes, à faire du théâtre… Il se familiariserait avec l’histoire et la géographie de leur monde, découvrirait leur musique et ses instruments. Bref, une culture dont, quelques jours auparavant, il ne soupçonnait même pas l’existence.

 

Les jours passaient ainsi dans la joie et la bonne humeur. Il s’amusait beaucoup aux jeux humains, notamment à celui de cache-cache où il gagnait toujours car il savait se rendre discrètement invisible ! Facétieux au possible, il profitait de ce pouvoir pour faire des farces aux filles, pénétrant incognito dans leur dortoir pour déplacer les objets, soulever leurs draps, ouvrir les robinets des douches au plein milieu de la nuit. Il lui arrivait aussi d’aller chiper des gâteaux à la cuisine ou de souffler d’un coup les bougies de la chapelle avec l’assurance d’une parfaite impunité ! Ces mystérieuses manifestations semèrent bien sûr la peur et le trouble dans l’orphelinat, mais chacun oublia bientôt ses craintes lorsque, lassé de ses propres facéties, Faustopend arrêta enfin ses bêtises.

 

Faustopend – ou plutôt Tim – vivait depuis plusieurs mois maintenant dans le Monde des Humains, et s’était parfaitement adapté à la vie de l’orphelinat. Une grande complicité le liait au Père Charles et à la sœur Lucile qui lui avaient accordé le privilège de conserver la chambre dans laquelle il avait dormi les premiers jours, au lieu de rejoindre le dortoir comme il aurait été d’usage. Chambre dont ils lui laissèrent décorer les murs d’étranges formules et de symboles à leurs yeux incompréhensibles.

En classe, son travail était exemplaire ; il n’avait que de très bonnes notes. Il s’intéressait à toutes les matières, apprenait vite et bien ses leçons et retenait tout ce qu’il voyait ou entendait. Bref, Tim était heureux et en était presque venu à oublier qui il était et d’où il venait. Bref, il se sentait devenir Humain.

 

Un an après son arrivée, le fameux Qlorel qu’il attendait tant pénétra dans sa classe en jetant un “Bonjour !” enthousiaste à la ronde. Sœur Maille, le professeur de littérature, sursauta avant de l’accueillir à bras ouverts.

– Oh ! Qlorel, quelle surprise ! Cela faisait longtemps qu’on ne t’avait pas vu. Assieds-toi donc à côté de Tim, ton nouveau camarade…

Puis, reprenant le fil de son cours :

– Aujourd’hui, vous allez réfléchir à ce que vous voudriez faire plus tard. Enfin… vous allez l’écrire. À vos plumes ! Expliquez les raisons de votre choix. Vous avez une heure.

Qlorel s’installa.

– Bonjour… Tim. C’est bien ton prénom, hein ?

– Oui.

– Moi c’est Qlorel, comme tu le sais depuis que je suis entré.

Sœur Maille les voyant bavarder leur fit signe de se mettre rapidement à l’ouvrage.

Les deux écoliers lui obéirent mais, pendant qu’il cherchait ses idées, Tim ne cessait d’observer discrètement son voisin de banc. L’Aiglus le remarqua.

– Cela fait longtemps que tu es ici ? lui demanda-t-il en remuant à peine les lèvres pour ne pas éveiller l’attention de leur professeur.

– Pas vraiment. Le temps passe vite chez les Humains. Un an que je vis dans ce monde… comme ma petite sœur, Aftagolia.

Qlorel sursauta puis se tourna vers Tim qu’il scruta d’un regard pénétrant et glacial. Qui était vraiment ce garçon ? D’où venait-il pour connaître l’existence d’Aftagolia et comment savait-il qu’elle se trouvait dans ce monde ? Qui avait bien pu lui donner cette information ? Et l’avait-on aussi renseigné sur l’adresse exacte où se cachait la jeune Princesse ?… Toutes ces interrogations tournaient et retournaient dans la tête de Qlorel, bientôt supplantées par une seule et terrible question : Tim était-il un espion de Luna ? Cette idée le fit frémir lorsqu’il sentit son collier vibrer légèrement sous sa chemise. Un bref regard jeté sur le cou de son voisin l’étonna et le rassura à la fois : le col de son polo tremblait également, preuve que Tim possédait lui aussi un collier et que, s’il vibrait au diapason du sien, c’est que tous deux pouvaient se faire confiance. La surprise de Qlorel gagna bientôt Tim lorsqu’il comprit à son tour qu’il n’était pas le seul étranger en ce monde. Notelo lui avait dit de n’accorder sa confiance qu’à une personne qu’il devinerait fiable. C’était le cas aujourd’hui : il venait de la trouver.

Tim entrouvrit discrètement le col de son polo et montra tout aussi discrètement son collier qui brillait à l’Aiglus. Qlorel en fit de même et tous deux constatèrent avec bonheur que la parure de l’un répondait aux appels de l’autre. Les deux Êtres se regardèrent d’un air complice et Tim, désignant d’un geste leurs deux colliers, murmura :

– Ils parlent de quoi à ton avis ? de prendre un chocolat ensemble ?

Qlorel rigola aussi silencieusement que possible. L’heure de la récréation était proche. Ils allaient bientôt pouvoir parler tranquillement de leur découverte. En attendant, il leur fallait achever le travail demandé par la sœur Maille. Sur la copie, l’Aiglus écrivit : “Je souhaite devenir l’être protecteur de tout le monde” ; et Tim : “J’aimerais être libre, vivre comme bon me semble… et ne plus être seul”.

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