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Ghàrbi Mustafa
Ghàrbi M QUànd leS monTàgneS pleUrenT
Romàn
QUànd leS monTàgneS pleUrenT
Quand les montagnes pleurent
Lettres KurdesCollection fondée par Maguy Albet Déjà parus MALA Ahmed,Mémoire du vent, 2013. DOGAN Mustafa Zewal,Tahtalli, 2008. ALEXIE Sandrine,Kawa le Kurde, 2005. KHANÎ Ahmedê,Mem et Zîn,2001. HUSSAIN Fawaz,Chroniques boréales, 2000. GURGOZ Ali Ekber,La nuit de Diyarbakir, Être kurde en Turquie, 1997. SHÊRKO Bekes,petits miroirs Les  (poèmes trad. par K. Maarof), préf. de Guillevic, 1995. DARWISH Ismael (recueil établi et traduit par), Nouvelles Kurdes, 1995. AHMAD Ibrahim,Mal du peuple(roman trad. par I. Darwish), 1994. YOUSIF Ephrem-Isa,Parfums d'enfance à Sanate. Un village chrétien au Kurdistan irakien, 1993. MALA Ahmad,Zardek(poèmes trad. par I. Darwish), 1993.
Gharbi MUSTAFAQuand les montagnes pleurent RomanTraduit de l’anglais par Célia Mercier
Première édition : When Mountains Weep: Coming of Age in Kurdistan, 2013. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12014-0 EAN : 9782343120140
PREFACE J’avais de si grands éclats de rire avec mes amis que, parfois, mes mâchoires en étaient encore endolories le lendemain. Mais derrière les rires, je cachais la douleur de mes histoires tues. Par un frais matin de printemps, je me suis hissé sur le grand chêne et j’ai noué la corde sur une branche épaisse au dessus de la falaise abrupte. Avant d’enfiler autour de mon cou le nœud coulant qui se balançait, je me suis appuyé contre l'arbre pour une dernière cigarette.  Au loin, les sommets enneigés du mont Gara émergeaient derrière les nuages sombres et fuyants. Le parfum magique d'une pluie fraîche flottait encore dans l'air. Le bruit à peine perceptible de la rivière en contrebas se mêlait aux cris des perdrix rouges que les chasseurs utilisaient comme leurre pour attirer d'autres oiseaux dans les pièges de la mort.  Le chant des perdrix ajoutait encore plus de beauté à la scène spectaculaire que j'avais choisie pour mon passage dans l'autre monde. Les sons pénétrèrent mes pensées et exhumèrent certains de mes souvenirs enfouis depuis longtemps. Je pris une dernière bouffée de la cigarette que je tenais entre mes doigts boueux. Alors que le nuage de fumée disparaissait dans la brise, des images de mon enfance apparurent devant mes yeux.
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Que de souvenirs ! Mon premier amour, Les ailes brisées d'une douce colombe, Mon premier baiser sur ses lèvres frémissantes, La première caresse de ses doigts hésitants Que de souvenirs ! Mon enfance volée, La première gifle sur mon visage, au nom de la paternité, La première trahison, au nom de la fraternité, La première humiliation, pour le bien de la nation, Le premier réveil, quand ils m’ont crié : « Hé, abruti de Kurde ! » Que de souvenirs ! Le premier coup de baguette, frappant ma main tremblante, d'une institutrice incapable de se faire comprendre. La première vérité si laide : j’étais né esclave dans mon propre pays. Les premières larmes, pour un ballon de football Que je vis dans les mains de mon cousin. Le premier choc, visiter le cimetière, La première énigme, perdre mon identité, Le premier crime, vivre dans la pauvreté. Que de souvenirs ! Le premier mort, un chat gelé Sur le paillasson de mon voisin. La première morsure du chien de village Dans un endroit où les chiens jouaient Et les hommes ne faisaient qu’aboyer. Le premier coup de sabot de l'âne du village Je l'avais dérangé en plein accouplement,
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Dans un endroit où les ânes copulaient Et les hommes ne faisaient que regarder. Que de souvenirs ! Le premier frisson qui glace A regarder un père furieux tuer sa fille mineure, Pour restaurer son honneur perdu Dans un endroit où les hommes sont loués Et les femmes tuées Pour une relation de la même nature.  Parmi les souvenirs qui se bousculaient dans ma tête, j'entendis la berceuse kurde de ma mère, qui résonnait à travers la vaste vallée. « Dors, mon fils, dors, dans ce sable arabe, loin de la terre de nos aïeux. Dors, mon fils, dors. Vers notre chère terre natale, nous trouverons le chemin. Tu vivras peut-être pour voir ce jour. Souris à ta maman, ne sois pas triste. Demain, tu seras grand. Et tu demanderas où est ton père absent. Apaise-toi, mon chéri, apaise-toi. Demain, tu deviendras un homme dans les montagnes du Kurdistan, dans une nation sans pays ».
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