Quand pourtant le bonheur était là...

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Nous avons laissé nos personnages en état de bonheur. Mais le bonheur peut-il être éternel ? A toute passion amoureuse ne succède-t-il pas le temps du désamour et du chagrin d'amour ? Nous laisserons nos personnages aller vers leur destin. Julien devenir un petit jeune homme. Stéphane devenir un homme. Jeanne refermer cette parenthèse que ces trois années auront été dans sa vie. Et Frédéric ? Sans doute savait-il que leur amour était impossible. Tant de choses les séparent l'un de l'autre.
Publié le : vendredi 5 juin 2015
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EAN13 : 9782336383637
Nombre de pages : 200
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Quand pourtant le bonheur était là…
Philippe Lipchitz
Nous avons laissé nos personnages en état de bonheur. On pourrait dire
ça comme ça. Mais est-ce que le bonheur peut être éternel ? À toute Quand pourtant
passion amoureuse ne succède-t-il pas le temps du désamour et du chagrin
d’amour ?
L’amour serait-il une maladie ? Et serait-ce une maladie mortelle ? le bonheur était là…
Nous laisserons nos personnages aller vers leur destin. Julien devenir
un petit jeune homme. Stéphane devenir un homme. Jeanne refermer cette Romanparenthèse que ces trois années auront été dans sa vie. Et Frédéric ? Sans
doute savait-il que leur amour était un amour impossible. Tant de choses
Tome 2
les séparent l’un de l’autre.
Et le monde ? Vers quel destin va-t-il le monde ? De la fin apeurée des
évènements de mai à Paris à la fin brutale du printemps de Prague.
Les hasards de l’existence et de l’Histoire ont fait naître Philippe Lipchitz
en banlieue parisienne. À sa naissance, ou presque, ses parents ont acheté
une résidence secondaire ou une maison de campagne ou une maison de
week-end. Enfin ça veut dire la même chose. Ça veut dire qu’il a passé
son enfance et son adolescence écartelé entre ville et campagne. C’est un
peu de cet écartèlement-là que ce roman témoigne.
Tome 2
ETHNOGRAPHIQUES
ISBN : 978-2-336-30907-1
19 E
Quand pourtant le bonheur était là…
ETHNOGRAPHIQUES Philippe Lipchitz
























Quand pourtant
le bonheur était là…
















Ethnographiques
Collection dirigée par Pascal LE REST

Ethnographiques veut entraîner l’œil du lecteur aux couleurs de la vie,
celle des quartiers et des villes, des continents et des îles, des hommes et des
femmes, des jeunes et des vieux, des blancs et des noirs. Saisir le monde et
le restituer en photographies instantanées, de façon sensible et chaude,
proche et humaine, tout en préservant la qualité des références, des méthodes
de traitement de l’information et des techniques d’approche est notre signe et
notre ambition.

Déjà parus


Muriel SANTORO, Mon voisin de maíz. Voyage au Guatemala au cœur de
la culture maya, 2010.
Bertrand ARBOGAST, Voyage initiatique d’un adolescent… Lancelot et le
vieux, 2009.
Mohamed DARDOUR, Corps et espace chez les jeunes français musulman.
Socioanthropologie des rapports de genre, 2008.
Jacques HUGUENIN, La révolte des « vieilles » : Les Panthères Grises
toutes griffes dehors, 2003.
Pascal LE REST, Des Rives du sexe, 2003.

Philippe Lipchitz


























Quand pourtant
le bonheur était là…

Tome 2

Roman














































































































Du même auteur


Nouveau Far West, L’Harmattan, coll. « Ethnographiques », 2014.
Chroniques rurales de notre temps, Mon Petit Éditeur, 2012.
« La fin du loup » (en collaboration avec Dominique Chanfrau) in Court
au Théâtre 1 – 8 pièces pour enfants, Éditions Théâtrales, coll.
Théâtrales-Jeunesse, 2005.


































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-30907-1
EAN : 9782336309071




















Troisième partie

octobre 1967 à août 1968

Il suffit de quelques heures pour basculer dans le drame

D’abord, ce ne furent que quelques douleurs passagères, auxquelles Jeanne
ne fit pas trop attention. Et puis, les douleurs se précisèrent, tout au long de
la journée. Elle rentra chez elle presque pliée en deux. Comme par un fait
exprès, c’était un jour que Frédéric était resté à la ferme. Elle s’occupa de
Julien sans rien laisser paraître, mais se sentait de plus en plus mal. L’ayant
expédié au lit, elle eut toutes les peines du monde à finir un malheureux
chapitre, ce qui fit protester le gamin :
- Stéphane et Frédéric, eux, ils lisent au moins deux chapitres.
- Et bien ce soir ça ne sera qu’un, parce que ta maman est très
fatiguée.
Quand elle se déshabilla, elle remarqua qu’elle perdait un peu de sang. Ce
qui l’inquiéta. Elle s’endormit quand même mais fut réveillée vers les deux
heures du matin par de violentes contractions. Elle ne se posa pas trop de
questions. Elle savait qu’elle allait perdre cet enfant. Elle se leva comme elle
put et se traîna dans le salon où était le téléphone. Qui pouvait-elle appeler
d’autre que les Guidel ? Il lui sembla que ça sonnait interminablement à
l’autre bout du fil. Enfin quelqu’un décrocha.
- C’est Henri ?
- Jeanne.
- Henri, je suis en train de perdre mon enfant.
- Couchez-vous, ne bougez pas, j’arrive.
Précipitamment, Henri s’habillait :
- Anne-Marie, préviens Stéphane qu’il sache que nous partons.
- C’est une urgence ?
- Jeanne fait une fausse couche.
- Et Frédéric ?
- Il n’est apparemment pas là.
Anne-Marie s’habilla, elle aussi en toute hâte puis entra dans la chambre de
Stéphane qu’elle tira de son sommeil :
- Chéri, tu restes seul avec tes sœurs. Papa et moi nous fonçons chez
Jeanne.
- Qu’est-ce qui lui arrive ?
- Elle fait une fausse couche.
- Parce qu’elle était enceinte ?
- Je t’expliquerai. Maintenant, je n’ai pas le temps.
La voiture démarra en trombe. Jeanne se traîna dans le couloir pour leur
ouvrir. Henri l’examina aussitôt, tandis qu’Anne-Marie se tenait devant la
chambre de Julien, prête à lui interdire le passage. Les secours se
présentèrent peu de temps après. Henri monta avec eux.
- Tu prends le petit et tu le ramènes à la maison.

Chez eux, Stéphane était debout et les attendait.
9 - Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? C’est grave pour Jeanne ?
- Je ne sais pas, ton père est monté avec elle dans l’ambulance.
Julien sortait de sa torpeur :
- Où est maman ?
Il alla se réfugier dans les bras de Stéphane.
- C’est rien Juju, Jeanne est allée à l’hôpital parce qu’il faut la
soigner, mais c’est pas grand chose. Mon papa est avec elle, pour
être sûr qu’on s’occupe bien d’elle.
- Je veux aller la voir.
- Plus tard. Il n’y a plus qu’à attendre le retour de papa.
- Retournons nous coucher. Julien, tu vas dormir dans la chambre
d’amis.
- Mais non maman. Dans une situation comme celle-là, Juju va dormir
dans mon lit. Allez viens mon Juju, je te porte jusqu’au dodo.
Stéphane déposa soigneusement Julien au creux de son lit et s’allongea à
côté de lui. Le gamin pleurait :
- Je veux voir maman.
- On va aller la voir Juju. Ne t’inquiète pas. Fais un gros dodo.
Demain, on ira voir ta maman.
Stéphane ne trouva pas le sommeil. Les vaches, ils lui avaient caché ça.
Forcément, l’enfant était de Frédéric. De qui pouvait-il être d’autre ? Et
d’ailleurs, où était-il celui-là ? Il rumina ses pensées un bon moment, quand
il entendit son père rentrer. Délicatement, il sortit du lit et descendit au salon
pour avoir les dernières nouvelles.
- Alors ?
- Elle va s’en sortir.
Anne-Marie les rejoignait. Henri se tourna vers Stéphane :
- Stéphane, devant ta mère tu pourrais mettre quelque chose.
Il remonta enfiler un pantalon, il entendit sa mère dire « mon Dieu ». Il
revint :
- Pourquoi mon Dieu ?
- L’enfant est mort.

Il valait mieux mettre Julien à l’école. On l’emmènerait à l’hôpital après la
classe. Restait maintenant à prévenir Frédéric.
- Anne-Marie, tu t’en charges.
- Je ne sais même pas où se trouve exactement la ferme.
- Je t’accompagne.
- Mais tu as cours Stéphane.
- Un jour comme celui-là, il peut bien rater la matinée.
Stéphane guidait sa mère sur des routes de campagne qui se ressemblaient
toutes :
- Tu te rends compte qu’ils ne m’ont rien dit ?
- Jeanne n’a pas de comptes à te rendre.
10 - Mais Frédéric. C’est une trahison.
- Je crois que Frédéric va avoir d’autres soucis ce matin.
Ils arrivèrent à la ferme après la traite. Stéphane se dirigea tout de suite vers
la salle commune, dans laquelle il entra, non sans avoir laissé passer sa mère.
- Bonjour, je suis la femme du docteur Guidel. La mère de Stéphane.
Anne-Marie pensa qu’il ne servait à rien de tourner autour du pot :
- Frédéric, vous allez avoir besoin de beaucoup de courage.
Tout le monde se tendit. Anne-Marie enchaîna :
- Jeanne…
Frédéric ne la laissa pas finir.
- Non, pas Jeanne.
- Il lui est arrivé quelque chose, mais ces jours ne sont pas en danger.
- Je veux aller la voir.
- Attends, Frédé, c’est pas tout
C’était Stéphane qui était intervenu. Tout le monde se regardait sans oser
poser le regard sur quelqu’un en particulier.
- Dis-moi. N’aies pas peur, dis-moi.
- Frédé, l’enfant est mort.
Marthe éclata en sanglots, Antoine baissa la tête, Emilienne se courba encore
un peu plus.
- Nous sommes venus pour vous emmener à l’hôpital.
Très lentement, Frédéric se dirigea vers la porte qu’il laissa ouverte pour
sortir :
- Je vais me changer.
Stéphane courut le rejoindre. Il n’eut pas à aller très loin, Frédéric était au
milieu de la cour, raide, immobile. Le jeune homme s’approcha. Dans la
lumière du jour qui pointait, il vit les larmes qui coulaient le long des joues
de Frédéric. Silencieusement. Sans un sanglot. Stéphane maintenant ne lui en
voulait plus du tout, il ne disait rien, il passa un bras autour de la taille de
Frédéric et colla sa tête sur son épaule.
- Tu comprends. Tu es assez grand pour comprendre. Je n’aurai pas
d’enfant. Tu comprends ça, Stéphane. Un gamin comme Julien.
Comme toi. Avec qui je pourrais m’engueuler à longueur de journée.
Il faut que tu m’aides à aller dans mon trou, j’ai trop mal.
Comme un somnambule, il se laissa guider jusqu’à la bergerie. Il grimpa à
l’échelle. Déjà il passait ses vêtements de ville.
- Je suis prêt.
- Viens mon Frédé.
Dans la salle commune, les langues avaient été bon train. Antoine crut
nécessaire de dire à Anne-Marie :
- Tout ce que votre famille fait pour Frédéric, on ne vous remerciera
jamais assez.
- Jeanne est mon amie. Nous apprécions beaucoup votre fils.
Marthe ajouta :
11 - Quelle chance vous avez d’avoir un garçon comme Stéphane !
Cela alla droit au cœur d’Anne-Marie.
- Vous n’êtes pas trop mal servi avec Frédéric.
Emilienne entra dans la conversation :
- Frédéric, il me fait peur, il va falloir le surveiller.
- Il était tellement heureux d’attendre cet enfant.
C’était Antoine qui savait ce que c’est qu’avoir un enfant. Les deux jeunes
faisaient leur réapparition.
- Nous vous enlevons Frédéric, et je vous le ramène pour déjeuner.
- Je resterai peut-être.
- Non Frédéric, vous rentrerez donner des nouvelles. Vos parents et
votre grand-mère ont besoin de savoir.
Tous les trois l’embrassèrent avec une infinie tendresse.
- Montez devant Frédéric.
- Je préfère monter à l’arrière. Pour que Stéphane reste à côté de moi,
ça ne vous contrarie pas.
- Mais non. Faites comme vous voulez.
Et les voilà partis. Il n’échappa pas à Anne-Marie, qui de temps à autre jetait
un œil dans le rétroviseur, que durant tout le trajet Frédéric pleura. Et que
Stéphane régulièrement lui essuyait les larmes, avec sa manche de chemise.
Enfin, ils étaient arrivés. Ils se dirigèrent vers le pavillon où Jeanne était
hospitalisée. Anne-Marie frappa, Jeanne faiblement répondit :
- Entrez.
Elle entra d’abord.
- Qu’est-ce que j’aurai fait sans vous ?
Stéphane suivait sa mère :
- Tu t’occupes de Julien ?
- Merde, je l’ai complètement oublié, il doit être tout seul au milieu du
salon.
- Décidément, il ne changera jamais notre Stéphane. Tu n’es pas en
cours ?
- J’ai maths. Il faut bien que ton grand ami ait de quoi m’en vouloir.
Frédéric, qui avait fait ce qu’il avait pu pour effacer les traces de son
chagrin, entra enfin. Jeanne se releva, difficilement, et lui sourit :
- Pardon Frédéric.
Frédéric se précipita pour la prendre dans ses bras. Anne-Marie tira Stéphane
par le bras et ils sortirent. Ils allèrent s’asseoir sur un banc. Stéphane
murmura :
- Qu’est-ce que c’est moche cette histoire.
Anne-Marie prit son courage à deux mains. Parce qu’après tout, c’était le
moment ou jamais.
- Stéphane... Ne sors pas les griffes. Je voulais seulement te dire que
tu t’es conduit avec une infinie tendresse. Une infinie gentillesse.
Pourquoi est-ce que nous, tes parents, nous n’avons pas le droit de
12 vivre avec ce garçon, qui ressemble comme deux gouttes d’eau au
garçon que je rêvais d’avoir ? Voilà, je ne te casserai plus les pieds.
Pour ne pas employer une de tes expressions plus vulgaires.
Stéphane se tut un instant. Il sourit en regardant sa mère droit dans les yeux :
- Parce que je suis un ado chiant.
Et puis, ne voulant pas s’encombrer de mots, sachant que ce serait ce qui
ferait le plus plaisir à sa mère, il s’était allongé sur le banc et avait posé sa
belle gueule d’ange sur les genoux de sa mère :
- J’arrive pas à te le faire comprendre, mais je vous aime.
- Et moi mon grand, si tu savais comme je t’aime. Alors, pourquoi
nous n'arrivons pas à nous trouver ? Quand je te vois avec Frédéric,
avec Jeanne, avec Julien, reconnais qu’il y a de quoi être un peu
jalouse.
- Eux, ils se sont pas mis en tête que je dois devenir toubib comme
papa.
- C’est ça ?
Anne-Marie ne continua pas, elle profita de l’instant, passant la main dans
les cheveux de son grand, qui la laissait faire, qui se recroquevilla, prenant
une position de fœtus. Ce qui la ramena brutalement à la réalité.
- On les laisse et on file à la maison.
Ils toquèrent à la porte de la chambre de Jeanne.
- On vous laisse. Frédéric, je passe vous prendre après mes cours de la
matinée.
- Merci.
dit Jeanne.
- Tu nous quittes sans dire au revoir ?
C’était Frédéric qui s’adressait à Stéphane. Stéphane alla embrasser Jeanne :
- Tu tiens le coup. Tu me promets.
Il se colla à Frédéric :
- Toi aussi.
- Merci pour tout, jeune con.
lui répondit Frédéric, en le serrant dans ses bras.

Tout le monde était déjà levé. Julien se précipita vers Stéphane, qui le
rassura :
- On a vu ta maman. Elle va bien. Tu iras la voir ce soir.
- Allez, tout le monde à l’école.
- Maman, je peux ne pas aller en cours.
- Non mon grand, tu ne peux pas rater tes heures de maths.
- J’ai déjà raté le début de l’heure.
- J’arrangerai ça avec l’administration.
Ils déposèrent Julien et s’en allèrent au lycée. Stéphane entra en classe,
François lui demanda son billet de retard.
- J’en aurai un tout à l’heure.
13 - J’en veux un maintenant.
Docile, Stéphane se rendit au bureau du surveillant général. Il prétexta des
raisons familiales, le surveillant se montra réticent.
- Ma mère va passer m’excuser.
- Foutez-moi le camp, et que ça ne se reproduise pas.
Retour en classe de maths. Présentation du billet de retard. Benoît
l’accueillit :
- Qu’est-ce que tu foutais ?
- Je t’expliquerai.
- Guidel, qu’est-ce que je viens de dire ?
- Je sais pas monsieur.
- Parce que vous n’écoutiez pas ?
- Non monsieur, je parlais avec Benoît.
- Ecoutez Guidel, vous arrivez en retard et vous vous permettez de ne
pas écouter le cours. Au tableau.
- Pas aujourd’hui monsieur.
- Vous plaisantez ?
- S’il vous plaît monsieur. Pas aujourd’hui.
- Au tableau.
Stéphane se leva, et à la stupéfaction générale, sortit de la classe. Après un
moment de stupeur, Benoît leva la main :
- Je peux aller voir monsieur.
- Dépêchez-vous et annoncez deux heures de colle à votre grand ami.
Benoît se mit en quête de Stéphane, qu’il retrouva planqué sous un escalier.
- T’es dingue Steph, il t’a collé deux heures.
- Je m’en branle.
- Qu’est-ce que t’as ? T’as vraiment pas l’air dans ton assiette.
Dismoi, Steph.
- Jeanne a fait une fausse couche, cette nuit. Elle attendait un enfant
de Frédéric.
- Tu déconnes.
- J’en ai l’air.
- Tu me racontes tout après, mais reviens en cours. Tu te fous dans la
merde.
- Il me fait chier ce con de prof de maths, je retourne pas.
- Steph, je t’en supplie, rentre avec moi.
- Va en cours et dis que tu m’as pas trouvé. Vas-y. Moi, je m’en fous,
mais je veux pas que tu sois puni à cause de moi.
- J’essaie d’arranger le coup. Une dernière fois, tu veux pas venir ?
- Je l’emmerde ce con.
Benoît retourna en classe :
- Je l’ai pas trouvé, monsieur.

14 Dès la sonnerie, il se précipita vers la salle où il savait qu’Ann-eMarie avait
cours :
- Je peux vous voir, madame.
dit-il devant quelques élèves qui traînaient.
- Qu’est-ce qui se passe Benoît ?
- Stéphane a fait le con en maths, mais je te jure que c’est pas de sa
faute. Le prof l’a cherché, faudrait que tu voies Lopez.
Le jeune homme expliqua rapidement ce qui s’était passé. Anne-Marie
chercha François en salle des profs.
- François, je peux vous parler.
- Votre fils vous a mis au courant.
- C’est Benoît qui est venu me voir. Je vais faire quelque chose que je
n’aime pas trop faire, je vais vous demander de passer l’éponge.
Stéphane est très bouleversé par la nuit qu’il vient de passer. Mon
mari a fait admettre d’urgence Jeanne à l’hôpital. Stéphane s’est
occupé de Julien pour le reste de la nuit et m’a conduit chez
Frédéric.
Anne-Marie marqua un temps avant d’enchaîner :
- Je sais que le courant passe mal entre vous, mais par amitié pour
Jeanne.
- Je ne savais pas. Je vous remercie pour elle. Tout danger est écarté ?
- Oui.
- Anne-Marie. Je peux vous appeler Anne-Marie. Je ne collerai pas
Stéphane. Mais pour la classe, j’aimerai qu’il fasse des excuses.
- J’essaierai de le convaincre, mais vous savez, il est encore plus têtu
avec moi. François, vous vous faites une fausse idée de Stéphane.
J’ai vu cette nuit à quel point c’est un garçon très bien.
- Mais je sais, Anne-Marie. C’est pour ça que je le maltraite. Je suis
sûr qu’il pourrait avoir d’excellents résultats. Ne vous tourmentez
pas. Vous pouvez dire à Stéphane que nous avons parlé et que j’ai
une réelle estime pour lui.
- S’il vous plaît, dites-le-lui.
Evidemment, Benoît attendait devant la salle des profs. Il alla droit à
AnneMarie.
- Tu peux dire à ton impossible copain que j’ai tout arrangé. Il faudrait
qu’il présente des excuses à monsieur Lopez.
Benoît fonça jusqu’au café où il pensait trouver Stéphane qui, en effet, était
là.
- Tu peux rentrer en cours. Je suis allé voir ta mère. Elle a parlé avec
Lopez.
- De quoi tu te mêles ?
- De sortir de la merde un pauvre con dont j’ai eu l’idée idiote de faire
mon meilleur ami. Grave Jeanne ?
- Sérieux. Mais je ne peux pas tout te dire. Plus tard.
15 - T’as pas confiance en moi ?
- Arrête ça, Ben, je t’adore. Merci de m’avoir sauvé la mise.
- Attends encore un peu. Le prof veut que tu t’excuses.
- Tu déconnes.
- Bien sûr, je trouve que la situation en vaut le coup.
- J’irai pas.
- Steph, juré, je te parle plus jamais de ma vie, si tu le fais pas.
- T’es qu’un sale con.
Ils rentrèrent ensemble en maths. Dès le début du cours, docile, Stéphane
leva la main.
- Guidel ?
- Monsieur, je voulais vous demander de m’excuser pour tout à
l’heure.
- Disons que nous passons l’éponge, pour cette fois. Mais cette fois-ci,
au tableau.
Stéphane fit ce qu’il put pour se sortir honorablement de la situation. Il
regagna sa place, Benoît posa sa main sur la main de Stéphane.

A la fin du cours, François demanda à Guidel de rester :
- J’imagine que votre fidèle garde du corps vous a tout dit, comme
vous lui aviez tout dit, quand il ne vous a pas trouvé.
Benoît regarda le bout de ses chaussures.
- Guidel, j’ai dit à votre mère ce que je vais vous dire : vous êtes un
jeune homme très remarquable qui fait enrager son prof de maths
parce qu’il pourrait avoir d’excellents résultats s’il voulait bien s’en
donner la peine. Voilà c’est pour vous rendre vos excuses.
Maintenant je ne veux plus entendre parler de vous jusqu’à la fin du
trimestre. Compris ?
- Compris monsieur. Dites, votre histoire d’excuses, ça fait tout de
même très révolution culturelle. Vous devenez chinois ?
- Foutez-moi le camp avant que je ne change d’avis.

Anne-Marie attendait Stéphane :
- Je dois ramener Frédéric chez lui. Benoît, qu’est-ce que Stéphane
ferait sans toi ?
Elle baissa la fenêtre de sa portière :
- Je t’emmène chercher Julien à la fin des cours et je vous conduis
chez Jeanne.
Les deux garçons partirent au réfectoire où, pendant le repas, Stéphane
raconta tout à Benoît, sous le sceau du plus grand secret.
- Tu vois, c’est Frédéric qui m’a fait le plus de peine.
- Parce que t’es amoureux de lui.
- C’est pas vrai.
16 - Tu n’oses pas te l’avouer, mais ça se voit comme le nez au milieu du
visage. J’en suis même jaloux.
- Mais non, Frédéric, c’est un grand frère que j’admire, parce que
c’est un grand artiste. Mon grand frère en Art. Toi, t’es mon jumeau
que je connais tellement bien que, des fois, je crois qu’on se
connaissait déjà quand on était dans le ventre de nos mères.

L’après-midi se passa tranquillement, de cours de latin en cours d’anglais. A
la fin, Stéphane courut rejoindre sa mère. A la sortie de l’école, ils
retrouvèrent Frédéric qui s’était arrangé avec Antoine pour la traite du soir.
Julien se précipita vers eux. Il se jeta dans les bras de Frédéric :
- Qu’est-ce qui est arrivé à maman ?
- Viens, on va la voir.
Il prit son vélo et installa Julien sur le porte-bagages, puis se tournant vers
Anne-Marie :
- Vous avez déjà tellement fait pour nous. Stéphane, je compte sur toi,
demain matin. Il faudrait que tu t’occupes de Juju.
- Je viendrai dîner avec vous. Tu veux bien maman ?
Naturellement, Anne-Marie accepta. Elle pensait à Jeanne et ses trois
garçons : son fils, son amant. Et Stéphane qu’était-il pour elle ? A l’hôpital,
Julien se précipita dans les bras de sa mère :
- Maman.
Frédéric restait en retrait.
- Viens Frédéric, je sais comme tu es malheureux.
Le jeune homme s’assit sur le lit de cette femme qu’il aimait tant, dont il
avait tant envie qu’elle lui donne cet enfant qu’elle venait de perdre. Frédéric
n’osait pas pleurer en présence de Jeanne et de Julien, il prétexta le besoin de
fumer et s’assit sur un banc du cloître. Là, discrètement, tout en tirant les
bouffées de tabac, il pleura doucement, silencieusement. Il n’y avait plus
Stéphane pour essuyer ses larmes. Il rejoignit la mère et son enfant quand on
servait le dîner :
- Je te laisse ma Jeanne, repose-toi.
- Je ne veux plus voir cette tristesse dans tes yeux.
Frédéric éluda :
- Ne t’inquiète pas pour Julien, Stéphane vient dîner avec nous. Il
s’occupera de lui demain matin. Moi, je dois aller travailler quand
même.
- Je sais bien.
Il l’embrassa longuement. Dans les couloirs, ils croisèrent François qui serra
chaleureusement la main de Frédéric et posa un baiser sur la tête de Julien.
- Comment va-t-elle ?
- Ça va, elle se rétablit très vite.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
17 - Elle t’expliquera, je vais faire faire ses devoirs au petit. D’habitude,
c’est Stéphane qui s’en occupe quand Jeanne ne peut pas, mais il
vient déjà passer la nuit pour le relais du matin.

Ils laissèrent François entrer dans la chambre de Jeanne.
- François, je suis heureuse de te voir. Comment as-tu su ?
- Tes amis Guidel.
- Heureusement qu’ils étaient là.
- Je suis bien obligé de le reconnaître. Figure-toi que j’ai même eu une
longue conversation avec Anne-Marie, puisque maintenant nous
nous appelons par nos prénoms.
- A propos de quoi ?
- De quoi veux-tu que nous parlions ? Ou plutôt de qui ? De ton jeune
protégé, qui est son fils.
- Pourquoi ?
- Parce que ton chouchou a encore fait des siennes. Figure-toi que
pour toi, j’ai retiré les heures de colle que je lui avais flanquées.
- Un miracle.
- Non, je reconnais mes torts. Ce sont des gens bien. Comme quoi on
peut être de droite et très bien. Et si le jeune Guidel m’horripile à
refuser de travailler en maths, je lui attribue aussi de grandes
qualités. Mais toi qu’est-ce qui t’est arrivé ?
- Les Guidel ne t’ont rien dit ?
- Simplement que le papa toubib t’avait fait admettre aux urgences.
- François, je ne sais pas pourquoi je ne t’ai rien dit. Je n’ai pas eu le
courage. Ou je ne sais pas. Peut-être, est-ce que je n’y croyais pas
vraiment. J’attendais un enfant de Frédéric.
- Pourquoi tu attendais ?
- Parce que j’ai perdu cet enfant cette nuit.
François se tut, puis :
- Ma pauvre Jeanne.
- Le coup de massue est aussi pour Frédéric. J’ai peur pour lui, il y a
une tristesse dans ses yeux.
- Et les Guidel savaient ?
- Pas Stéphane.
- Et avec leurs principes ?
- Avec leurs principes, Henri est venu tout de suite, c’est lui qui
suivait ma grossesse. Il m’a accompagnée à l’hôpital. Anne-Marie a
emmené Julien chez eux où il a dormi dans le lit de Stéphane. Et
c’est Stéphane encore qui a conduit sa mère à la ferme. Ils ont
emmené Frédéric pour qu’il vienne me voir.
- Et j’ai eu ce heurt avec le gamin juste après. Ce matin, elle est venue
me voir pour me demander de ne pas punir son fils et de ne pas mal
le juger parce que c’est un jeune homme très bien.
18 - Et c’est vrai François.
- Et bien tu vois Jeanne, je reconnais m’être trompé sur ces gens-là.
C’est toi qui avais raison.
Ils discutèrent de choses et d’autres : le lycée, les collègues, les élèves, le
Parti. Quand François se rendit compte que Jeanne était fatiguée, il prit
congé :
- Hélène serait bien venue, mais tu comprends, il fallait quelqu’un
pour les gosses.
- Pourquoi n’emploies-tu pas Stéphane ?
- Ah ! Non quand même, il ne faut rien exagérer. Repose-toi bien. Je
ne sais pas je pourrais repasser. De toute façon les Guidel me
donneront des nouvelles.
- Merci d’être venu François.

Pendant ce temps, Stéphane révisait sa leçon de maths en essayant de
s’appliquer. Pendant ce temps, Frédéric faisait faire ses devoirs à Julien. A
six heures trente, François prit congé de Jeanne :
- Si je peux faire quoi que ce soit pour toi.
- Pour moi, tout va bien aller. Passe voir Frédéric.
François sonna à la porte et Stéphane, qui venait juste d’arriver, ouvrit.
- Ah ! C’est vous, Guidel.
- J’ai fini mes exos.
- Frédéric est là ?
- Il prépare le dîner. Frédéric, Monsieur Lopez est là. Je te remplace à
la cuisine. Tu viens Juju, on va faire un gâteau d’enfer.
- Stéphane, en dehors du lycée, tu peux m’appeler François.
Frédéric arriva.
- Je te laisse avec François.
- Entrez.
- Tout à l’heure, quand je t’ai croisé à l’hôpital, je ne savais pas.
Jeanne m’a tout dit. Alors je venais te faire-part de toute mon amitié.
- C’est gentil. Jeanne est inquiète pour moi ? Et moi pour elle, ça doit
être comme ça dans un couple, en cas de pépin ?
- Si tu as besoin de quelque chose, j’espère que tu n’hésiterais pas.
- Tout va pour le mieux dans un moment pareil.
François prit congé.
- Alors, promis Frédéric, tu fais signe dès que tu as besoin ?
Il se tourna vers Stéphane :
- Alors, jeune homme, on signe un pacte de non-agression. Tu fais ton
boulot, je te tolère le strict minimum et tu fais semblant que les
maths ne t’emmerdent pas.

Ils déjeunèrent dans une bonne humeur toute relative. Ensuite, ils
s’installèrent tous les trois dans le canapé du salon. Frédéric pensait à tous
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