Que reste-t-il quand il ne reste rien ?

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296312616
Nombre de pages : 144
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QUE RESTE-T-IL iQUAND IL NE RESTE RIEN?

Collection Vivre et L'Écrire

Déjà parus
- Vivre et l'écrire-Jeunes 100 lettres d'adolescents. Reste encore un peu, j'ai pas fini de grandir. Le stylo sauvage. J'en ai marre de me retenir. J'aimerais bien aider le monde à se lever. Le livre de mes pensées secrètes. Ici j'ai tout, la maison, le travail et l'école. - Vivre et l'écrire-Adultes Saisons adultes. Merci pour le timbre. L'encrier des espérances. Sous les pierres mon cœur. Donnez-moi donc de vos nouvelles.

- Vivre et l'écrire-Retraités
Écrire pour ne pas perdre la main. Grattez l'écorce.

1995 ISBN: 2-7384-3882-2

@ L'Harmattan,

Catherine ALBERT

QUE RESTE-T-IL QUAND IL NE RESTE RIEN?

Vivre et l'écrire Limours Éditions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75 005 Paris

Merci à Maurice Bellet d'avoir accepté qu'une phrase de son livre INCIPIT (éditions DDB) puisse être mise comme titre de ce livre.

Parce que nos rêves ne sont pas utopies, ils sont aussi parfois réalités.

Pour que ton âme chrysalide s'envole au-devant de tes rêves.

SOMMAIRE

« Il n'y a pas d'autre forme de mort que l'absence d'amour. » B. Vian ...................................................... « Je ne peux pas donner ma foi au responsable d'un univers où meurent les enfants. » A. Camus ...............

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« Il faut écrire pour soi, c'est ainsi que l'on peut arriver aux autres. » E. Ionesco 111 Présentation de «Vivre et l'écrire» 136

Square Lamartine
Tout a commencé il y a trois mois environ. J'étais tranquillement installée chez moi lorsque j'entendis le téléphone sonner. Au bout du fil une voix inconnue: «- Tu ne me connais pas, moi si, est-ce que je peux te parler? » Complètement étourdie par la surprise de cet appel je laissai mon interlocuteur continuer. La voix était amicale et nous avons ainsi bavardé quelques minutes. Puis il a raccroché. Je n'ai pas réagi tout de suite, pensant «c'est sûrement un plaisantin, quelqu'un qui s'ennuie.» Je n'étais pas contrariée, j'avais plutôt envie de rire, de sourire devant cette situation inattendue. Les jours ont passé, j'avais complètement oublié cet appel. Puis le téléphone a de nouveau sonné, de nouveau c'était lui, même scénario, paroles amicales puis interruption brusque. Qu'est-ce que ça voulait dire? Je me jurai alors de ne pas me laisser faire lors d'un éventuel prochain appel. Le téléphone a sonné, c'était toujours vers la même heure. J'ai pris aussitôt les devants: «- Je ne sais pas qui tu es, je suis d'accord pour te parler mais ne me raccroche pas au nez comme tu le fais, ça m'énerve, ok? » Il était d'accord et s'excusait, n'aimant pas les au revoir il préférait couper court en plein milieu de conversation. Curieux malgré tout! 9

Tout cela a duré plusieurs semaines, presque tous les 2-3 jours j'avais « mon appel », c'est ainsi que je m'amusais à dénommer ce jeu que je vivais. Car qu'était-ce d'autre sinon un jeu ? Puis un matin je trouvai dans ma boîte aux lettres une enveloppe dont l'écriture m'était inconnue. Avide de savoir je déchirai l'enveloppe. C'était lui, des semaines qu'il m'appelait, des semaines qu'il n'osait sans doute pas écrire et aujourd'hui il se lançait. J'étais terriblement émue, touchée par ce geste. Il avait une très jolie écriture et ce qu'il me racontait faisait écho en moi à tant de choses. Comment pouvait-il savoir? Qui était-il? Il prétendait me connaître mais qui était-il donc? Une avalanche de questions envahissait ma tête. Je pris la décision de lui écrire à mon tour et de poser sur le papier toutes ces interrogations qui m'obsédaient. Ma lettre partit. Il me répondit et s'ensuivirent ainsi plusieurs lettres toujours aussi profondes, aussi touchantes, émouvantes mais toujours aucune réponse à la question: « qui était-il? » Oh! bien sûr, j'avais un prénom, Bruno, un nom, Vanier, une adresse, un téléphone mais je n'étais pas plus avancée sur mon correspondant qui, malgré cet état-civil, demeurait un inconnu pour moi. A plusieurs reprises m'est venue l'idée d'aller chez lui, à l'improviste, frapper à sa porte et enfin SAVOIR. Est-ce le courage qui m'a manqué? Non je crois que j'étais trop prise par le jeu, tant de choses avaient été échangées,j'avais en fait si peur de voir ce rêve se confronter violemment à une réalité que peut-être je n'allais pas aimer. Et puis il y a eu cette lettre qui est arrivée un matin avec ces mots: «- Je serai mardi prochain à 12 h square Lamartine à Paris, je t'attends, je t'espère. Bruno. » 10

J'étais paniquée et ne savais que faire. Fallait-il y aller? Pourquoi? Pour qui? De nouveau des milliers de questions m'assaillaient. Que cherchait-il? Qu'allait-il se passer? L'évidence m'apparut, je devais y aller au risque de le regretter peut-être très longtemps. Nous sommes mardi. J'ai très peu dormi, je m'apprête à partir pour Paris. Tout le long du voyage je m'efforce de ne penser à rien, non sans difficultés, surtout ne rien imaginer, ne rien espérer. C'est trop dur, le voyage me semble si long. Ça y est j'y suis, je suis assise sur un banc, n'importe lequel, dans ce square face à la gigantesque statue de Lamartine. Je me sens toute petite, ridicule. Et s'il ne venait pas? Et s'ils étaient plusieurs? Et si, et si, je n'en finis pas de monter toutes sortes de scénarios que je démonte aussitôt pour en remonter de plus farfelus. Je ne sais plus oùj'en suis. J'ai du mal à garder tout mon calme. Je me rappelle nos premiers échanges, au téléphone: «Tu ne me connais pas, moi si.» Comment se peut-il qu'il me connaisse aussi bien qu'il me l'a montré dans ses lettres et qu'il me soit lui inconnu. Quelle tête a-t-il? Estil grand? blond? brun? jeune? vieux? Ce n'est pas juste, je ne sais rien de lui et pourtant, pourtant... J'ai l'impression de l'avoir toujours connu. Il est midi, il ne va pas tarder. Je fixe toute mon attention sur le bout de mes chaussures, surtout ne pas l'attendre du regard, ne rien chercher, ne voir que le bout de mes chaussures et rien d'autre. Je vais devenir folle. Tout à coup quelqu'un s'assoit sur le banc, sur MON banc. Prise de peur je ferme les yeux, je m'accroche au banc, mais qu'est-ce que je suis venue faire ici? Doucement une main se pose sur la mienne, oui quel11

qu'un vient de prendre ma main dans la sienne et je suis incapable de réagir, d'ouvrir les yeux. Je me sens étrangement bizarre. Le temps s'est arrêté. Sa main s'est refennée sur la mienne, doucement. Il ne dit rien mais le silence n'est pas pesant, il nous enveloppe. J'ouvre un œil, je vois ma chaussure droite, j'ouvre l'autre, ma chaussure gauche; ça au moins c'est bien réel. Sans relever la tête j'ouvre enfin les yeux, je vois maintenant ses chaussures, ses chaussures à LUI. Sans savoir pourquoi, j'ai envie de rire, n'être venue que pour voir ses chaussures, vraiment tu me déçois me munnure une petite voix à l'intérieur. Je relève doucement la tête, c'est sûr je vais m'évanOUir. Je regarde devant moi, Lamartine est toujours là. Doucement, très doucement je sens une main, sa main se poser sur ma joue, doucement, très doucement imprimer à ma tête un mouvement vers lui-vers lui! Ça y est, je le vois, il est là. En une fraction de seconde repasse devant mes yeux toute I'histoire, notre histoire, sur la voix du téléphone je mets un visage, sur l'écriture ronde et appliquée je mets un . . vIsage, son vIsage. « Alors c'était toi? »

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