Que s'est-il passé madame ?

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Que s'est-il exactement passé, au premier jour de l'été, dans un salon de province des années 80 ? Que s'est-il passé surtout dans le parcours et dans l'esprit d'Anne Laprade, épouse Courvois, la compagne aimante, la mère attentionnée, la femme du député, du ministre, de l'homme auquel la ville s'est vouée, soit conduite à un geste qui transforme un incident en drame et une vie en destin ? Au carrefour de la politique et du sentiment, de l'ambition et du désir, telles sont les questions auxquelles doivent répondre ceux qui ont à juger ce geste et celle qui l'a accompli.
Publié le : dimanche 5 juin 2016
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EAN13 : 9782140012723
Nombre de pages : 166
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jeune Ille amoureuse, la compagne aimante, la mère
geste qui transforme un incident en drame et une vie en
doivent répondre ceux qui ont à juger ce geste et celle
Alain Dulot
Que s’est-il passé, madame ?
Roman
Que s’est-il passé, madame ?
Que s’est-il passé, madame ?
Écritures Collection fondée par Maguy Albet Viellevoye (Josée),Josse et autres souvenirs détournés, 2016. Lévy (Odette),Les Derniers Feux du rayon vert, 2016. Vidal (Edgard),Arcanes dormants, 2016. Bodin (Véronique),La place des murmures, 2016. Lissorgues (Yvan),Manuelita, 2016. Hériche (Marie-Claire),Ferme la porte. Die Tür Zu, 2016. Danbakli (Yves),Le Festin des loups, 2016. Grellard (Jean-Mary),La Clé du Nil, 2016. Krassilchik (Irène),Jours intranquilles au paradis, 2016. Armand (Jean),Enfer et contre tous, 2016. Clos (Yvonne),Quand je serai une dame et que tu seras morte, 2016. Cladart (Thierry),Une bien étrange compagnie, 2016. Fontaine Kerbellec (Laurence),Carmencita ou l’aqueduc aux oranges, 2016. Renaud (Dominique),Le Voyage imaginaire, 2016. Schved (Jean-François),La Croix byzantine. Aïvali ou la mémoire des oliviers, 2016. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Alain Dulot Que s’est-il passé, madame ?
Roman
Du même auteur Les Remparts de Dubrovnik,roman, L’Harmattan, 2008.
Un certain jeudi de mai,roman, L’Harmattan, 2009.
L’Économie entre savoir et illusion, essai, L’Harmattan, 2011.
Amicales pensées et autres propos, L’Harmattan, 2012.
L’Accident,roman, L’Harmattan, 2013.
Ce que penser veut dire,essai, L’Harmattan, 2014.
Impasse de l’école, essai, L’Harmattan, 2015.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09194-5 EAN : 9782343091945
Tout se joue là, à quelques mètres, dans la lumière verticale de midi. En ce premier jour de l’été, d’entêtants effluves de tilleuls enveloppent la place de Bourgogne, mais personne n’y prête attention. Tous les regards, toutes les pensées convergent vers « La Pommeraie », recroquevillée sur son mystère. Devant l’entrée de la bâtisse, un groupe trépignant se tient à l’affût : des voisins, des habitants du quartier – certains quittant tout juste le marché du samedi, encombrés encore de leurs sacs à provisions –, des badauds qui se trouvaient là par hasard et se sont joints à eux, des inconnus accourus d’autres quartiers… Ils parlent entre eux, ou plutôt, chuchotent. Tout s’est passé derrière cette terrasse, cette allée de buis et d’hortensias, cette grille ouverte près de laquelle stationne un véhicule de gendarmerie… Les premiers arrivés l’assurent : ils ont bien vu sortir une ambulance, gyrophares et avertisseurs sonores en action, qui a filé en direction de l’hôpital. Difficile de faire la part des choses. Il suffirait d’interroger le couple de retraités qui occupe, près de l’entrée, une petite dépendance, mais porte et fenêtres du pavillon sont closes et nul ne songerait à franchir l’invisible frontière. Comment tous ces gens, plus nombreux de minute en minute, ont-ils pu savoir ? À croire que quelqu’un aura trop parlé… Ici même, à quelques mètres, l’officier de sécurité qui ne quitte jamais Stéphane Courvois a dû
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prévenir le chef de cabinet à Paris, qui à son tour aura alerté Matignon, l’Élysée peut-être... Concernant un homme ordinaire, ce genre de nouvelle n’atteindrait que le lendemain un public restreint. S’agissant d’une personnalité comme lui, elle sera dans l’heure connue de tous. Une simple dépêche d’agence, que reprendront radio et télévision, et toute la France sera au courant. La foule s’est encore accrue. Certains se sont munis de petits transistors dans l’espoir de suivre le cours des événements à travers les flashes d’information. Mais pour l’heure il n’est question sur les ondes que du déroulement du baccalauréat, de la météorologie et du prochain grand prix de formule 1. Enfin une ombre sort. Flanquée de deux hommes en uniforme, elle descend les quelques marches du perron. Oui, c’est bien elle, Anne Courvois, née Laprade, l’épouse du maire, du ministre, de l’homme auquel la ville s’est vouée et qui est sa fierté… Un murmure monte aussitôt. La femme marche, droit devant elle, comme absente, indifférente. Près de la grille, au bas de l’allée de buis, le véhicule ronronne. Le chauffeur en surgit, ouvre les portières. Les deux uniformes qui entourent la femme accélèrent le pas. Le murmure se fait houle. Mais elle ne voit rien, que des gestes confus, une effervescence. Elle n’entend rien, qu’un vacarme insaisissable. Ce n’est d’ailleurs l’affaire que de quelques secondes. Déjà tous trois se sont engouffrés dans la voiture. Claquement de portières. Démarrage en trombe. La foule demeure agglutinée, tétanisée, en attente d’elle ne sait quoi…
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Première partie
Comment en est-on arrivé là ? Que s’est-il passé, Anne, pour qu’advienne cet instant où tu es comme arrachée à toi-même, expulsée de ta propre vie ? Une vie faite pour le meilleur, pas pour le pire. Car il te suffit de fermer les yeux. Vas-y, ferme les yeux sur le présent, fouille au fond de toi-même pour en faire renaître le passé : ce sont les images d’une enfance heureuse qui aussitôt surgissent. S’appeler Laprade, déjà, ne représentait pas un handicap. Souviens-toi du regard des autres enfants sur la petite fille que tu étais alors. À travers ce simple regard, tu avais conscience d’appartenir à une lignée. Comme toutes les familles, les Laprade ont commencé modestement – des générations de bergers, de laboureurs puis de bûcherons, de forestiers, de sylviculteurs… Mais ton grand-père avait créé une, deux, trois scieries que Jacques Laprade, ton père, en les reprenant à son compte, avait agrandies et modernisées jusqu’à devenir l’un des premiers entrepreneurs de la région. Il n’a jamais négligé pour autant ses devoirs paternels, ce chef de famille paradoxal, à la fois absent, dévoré qu’il était par ses activités, et très présent par l’intensité même de cette présence. Nul besoin pour lui de manifester son autorité par des éclats de voix. Pour sévir, un froncement de sourcil, un silence lui suffisaient. Tu chercherais en vain le souvenir d’une
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