Rebelote

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Une famille est composée de membres dont les qualités des uns permettront à certains de se lier, et dont les défauts intolérables des autres deviendront des mobiles pour quitter le clan à jamais...


La famille de l'auteure ne semblait pas si éloignée de ces quelques généralités, mais elle a tant égayé sa jeunesse qu'elle a tenté au mieux de la remercier...


Publié le : mercredi 9 septembre 2015
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EAN13 : 9782332982216
Nombre de pages : 226
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ISBN numérique : 978-2-332-98219-3
© Edilivre, 2015
Citation
« Écrire, c’est une façon intelligente de tromper son ennui et d’oublier qu’il vous manque l’essentiel. »
Françoise SAGAN
Dans ma famille, on parle sans cesse en se taquinant mais les sentiments ne ressurgissent jamais. Les « je t’aime » sont enfouis, les « tu me manques » sont imaginés.
Dans ma famille, on ne dit pas « ton plat est bon ». On dit « ce n’est pas mauvais ». Dans ma famille, on ne dit jamais « t’es belle ». On dit « ça va, tu ne vieillis pas trop mal ».
Pourtant, ma famille, c’est ma thérapie. Celle du rire garanti à chaque retrouvaille. La moindre connerie réalisée par cette équipe de clowns suscite des larmes de joie et bien sûr, tout le monde apprécie.
Alors dans ma famille, on se réunit, on mange, on boit, on danse, on salit. Mais personne ne dit « quelle belle journée passée ensemble ». Chez nous, on dit « on y va, le temps de se faire arrêter par les flics et de souffler dans le ballon, on n’est pas couché ».
J’aime ma tribu pour son manque de finesse et son humour. Je l’aime aussi pour sa folie et sa grande franchise. Au fil des années, les gags et les blagues se sont accumulés. Aujourd’hui, ce clan est une véritable gourmandise.
Ces premiers mots permettent d’expliquer pourquoi dans ma famille, le film culte de la dernière génération est « LA SOUPE AUX CHOUX ». Et cette génération, c’est la mienne. Enfin la nôtre, à Romain et moi…
Introduction
«En famille, tout se sait mais rien ne se dit. »
Jean Gouny
Je patientais depuis trente minutes à la terrasse d’un café lorsque Joëlle arriva. Elle s’excusa pour son retard puis renifla. Elle portait des lunettes de soleil et semblait irritée. Elle prononça « fais chier ! » en découvrant son paquet de cigarettes vide et je vis trembler ses mains lorsqu’elle écrasa son mégot dans le cendrier.
– J’ai tant de choses à te dire. Je ne sais pas comment commencer, annonça-t-elle en se laissant tomber sur une chaise.
Joëlle venait de parcourir 250 km en voiture. Elle tenait absolument à me parler. Trois heures auparavant, elle me téléphonait pour me fixer ce rendez-vous. Elle me suppliait d’accepter. Elle me priait de garder cet entretien secret. Je n’aimais pas ces entourloupes qui sentaient la mauvaise nouvelle. Mon imagination me portait préjudice. Je ne pouvais m’empêcher de penser au pire. « Que se passe-t-il ENCORE ? » aurait été la question posée dans ma famille. Il faut nous comprendre. Chez nous, les déboires sont aussi courants que les changements climatiques. De plus, ils excitent les réunions de famille et alimentent la curiosité de chacun. C’est un folklore qui permet au principal intéressé d’être pour un temps, le centre d’intérêt de tous. Et évidemment, j’ai connu mon tour. Joëlle habite dans le nord de la France avec son fils, Romain. Romain est mon cousin. Il est né la même année que moi et il est enfant unique. Comme moi. Privés d’un frère ou d’une sœur, c’est ensemble que nous avons découvert le mot fraternité. Nous avons grandi avec ce terme en bandoulière et depuis il ne nous a jamais quittés. Nous avons connu des errances, des ruptures, des grandes distances mais Romain est mon âme d’enfant. Celle que l’on conserve toute sa vie dans son portefeuille, comme une photographie précieuse qu’il nous est impossible de jeter. Cette fraternité a fait de Romain, mon jumeau. De mon berceau à mon adolescence, de mes chagrins à mes plus grandes joies, j’ai pris l’habitude de tout vivre avec lui. Et pendant que nous grandissions, nos parents observaient ce duo qui s’épanouissait. Joëlle a une relation fusionnelle avec son fils. Elle a élevé seule cet enfant parfois turbulent, souvent têtu et dissipé. Tolérante, ouverte au dialogue, elle a toujours haï les silences et les non-dits qui assassinent les familles. Son amour pour lui est inégalable. Comme la plupart des mères, elle souhaite le meilleur pour son fils et se dit, prête à tout pour le protéger. Ce jour-là, Joëlle était venue pour deux raisons. La première renfermait une vérité. La seconde me sollicitait pour un service. Avant de parler, je lus son hésitation. Je devinais ses suées dans le dos, je distinguais la moiteur de ses mains. Joëlle éteignit son portable, enleva son manteau et ôta ses lunettes de soleil. Elle dévoila des yeux rougis par les pleurs et en pénétrant son regard, je saisis sa détresse. – Joëlle, qu’est-ce qui se passe ? demandais-je. – Je vais parler, ne me coupe pas la parole sinon je risque de perdre le fil et d’oublier des choses, me répondit-elle, déboussolée. Il était plus aisé pour elle d’entamer un monologue. Elle ne voulait pas croiser mon regard, elle préférait oublier ma présence. Hagarde, les yeux fixant le vide, elle me narra ses doutes et ses angoisses de maman : – Depuis sa naissance, m’avoua-t-elle, je suis présente, j’écoute, j’aide. Je conseille, parfois oui, je le surveille. Je l’ai apaisé, je l’ai porté mais aujourd’hui je suis épuisée. Je suis impuissante. J’ai cherché des solutions, crois-moi, dit-elle calmement, mais ça n’est plus de mon ressort. Depuis quelques temps, j’ai mis des mots sur ce mal qui troublait mon sommeil et hantait mes nuits. Ce mot, Mad, c’est la maladie alcoolique. Romain est tombé dans la
dépendance. Elle marqua un temps avant de reprendre le récit. Ce temps m’assomma. – Depuis des mois, me confia-t-elle, je supporte ses humeurs. Il rit, il pleure. Il sort, il ne rentre pas, ne me prévient jamais. J’accepte tous les déboires. Bien sûr, j’ai essayé de confirmer ma présence en engageant une conversation mais il m’a littéralement envoyée sur les roses. Alors j’ai continué à me lever tôt pour me rendre au travail sans cesser de guetter son retour chaque soir. Son chagrin me désarmait. Je n’aurai jamais su trouver les mots justes si elle m’avait autorisée à lui couper la parole. Personne n’est préparé à recevoir des confidences aussi violentes qu’une paire de claques dans la figure. – Un matin, reprit-elle en pleurant, un voisin m’interpella devant chez moi. Il me demanda si la nuit, je n’entendais pas de bruit. Il était inquiet. Il retrouvait des bouteilles d’alcool dans ses parterres de fleurs. Chaque matin, vers sept heures, il récupérait une bouteille de whisky ou de vodka qu’il jetait à la poubelle. Tous les jours, quelqu’un se débarrassait donc de bouteilles vides dans son jardin. Parfois, il restait éveillé afin de surveiller les alentours mais il ne voyait personne. Il semblait étonné que je ne récupère aucun déchet dans ma pelouse. Je ne dis rien à mon voisin, mais je compris que c’était Romain. Il balançait sa bouteille chez le voisin avant de rentrer à la maison. Ainsi, je ne pouvais rien voir. J’étais horrifiée de découvrir à quel point il calculait ses moindres gestes pour me cacher sa consommation excessive. Il buvait au moins une bouteille par jour. Tu te rends compte ? m’interrogea-t-elle. Comment en est-il arrivé là ? Qu’ai-je fait pour qu’il se tue ainsi avec ces saloperies ? Elle était désemparée. Elle vidait ses rancœurs. Elle évacuait sa souffrance. Fatiguée, elle ne contrôlait plus ses mots, se confondait dans ses pensées. Elle s’emballait puis finissait par s’excuser. Ce n’était plus Joëlle. Le quotidien qu’elle endurait l’avait anéantie. Et comme toutes les mères, elle ne pouvait s’empêcher de culpabiliser. Elle pensait s’être trompée en éduquant son garçon.
– Je n’ai pas posé de questions, continua-t-elle. J’aurai peut-être dû mais je voulais me renseigner avant d’affronter ce tête-à-tête. Je voulais comprendre alors j’ai appelé une association qui vient en aide aux malades alcooliques. Ils m’ont proposé d’assister à une réunion. Deux semaines plus tard, je m’attendais à entrevoir des hommes tristes, rougis et bouffis. J’avais tant d’a priori. En pénétrant dans l’enceinte, je suis restée en état de choc : personne n’aurait pu deviner leur dépendance. Ils m’ont invitée à rejoindre l’assemblée. Je me suis assise, j’ai écouté chaque personne et chaque histoire avec la même intensité. Ma solitude s’est évanouie petit à petit. Autour de moi, je percevais des êtres sensibles qui parlaient comme on se dénude : timidement et pudiquement. Je n’étais pas seule, une sœur d’un malade alcoolique était venue pour déchiffrer la dépendance de son frère et balayer les clichés. A la fin de la réunion, elle s’avança vers moi, me sourit et m’emmena discuter. Cette rencontre me réchauffa. Nous étions deux à encaisser les mêmes coups et cela me réconforta. Elle m’apprit que l’alcoolisme était une maladie. Elle m’avoua qu’arrêter de boire n’était pas lié à la volonté. Nombreux sont les hommes et les femmes qui cultivent cette pensée. Pourtant, elle ternit considérablement l’image des malades souffrant quotidiennement de cette dépendance terrible.
– En fait, me révéla Joëlle, l’alcoolisme est une drogue, une addiction. Le nier c’est se mentir. Le cerveau a besoin d’une certaine quantité d’alcool pour que le malade se sente serein. Seul l’arrêt définitif est préconisé pour cette maladie. Une goutte, et c’est la récidive. Les gens l’ignorent, ajouta-t-elle, mais un chocolat à la liqueur suffirait à enclencher la rechute. Cette entrevue avait confirmé les soupçons de Joëlle. Elle pourrait accompagner Romain, elle pourrait le soutenir mais elle ne serait jamais en mesure de le guérir. Romain avait besoin d’un médecin pour chasser ses démons et soigner sa maladie. Cependant, à tort, cette maman poule culpabilisait. D’où provenait ce mal-être que Romain n’arrivait qu’à apaiser grâce à l’alcool ? Qu’a-t-il manqué à Romain ? Que se passait-il dans sa tête et surtout était-ce de sa
faute ? Aborder le sujet devenait primordial. Joëlle ne pouvait continuer à s’incriminer. Ses épaules chargées de raisonnements sinistres ne tarderaient pas à lâcher prise. Elle ne vivait plus, elle déraillait.
* * *
Un soir, elle fit les cent pas dans sa maison en attendant Romain. Elle se répétait les mêmes mots et les mêmes questions. Elle maitrisait son texte et était prête à mentionner ce qui ne faisait plus l’ombre d’un doute. Elle entendit le bruit de la porte d’entrée, se cacha dans le couloir et alluma la lumière dès qu’il pénétra dans le salon. Surpris et sous l’emprise de l’alcool, il ria lorsqu’elle dit calmement « romain, faut qu’on parle. » De suite, elle sentit son irritation. Pourtant, elle ne se désarma pas. Elle commença son récit par des évidences et Romain ne put nier qu’il buvait tous les soirs. Elle réclama des explications, parla de sa consommation excessive, des remarques du voisin et Romain se trouva acculé. Le ton monta, Romain alla vomir, revint en titubant, insulta sa mère de menteuse, emporta une bière dans le réfrigérateur et s’enfuit en claquant la porte. Le désarroi s’empara de Joëlle. Elle vit qu’il avait donné un coup dans le mur de la cuisine. Sonnée, elle s’assit et gémit en regardant les dessins accrochés aux murs, ceux que son fils griffonnait pour elle à chaque fête des mères. Vingt-deux tableaux décoraient sa cuisine, vingt-deux tableaux qu’elle observait aujourd’hui avec terreur et appréhension. Elle était confrontée à sa vie de maman pour laquelle elle avait sacrifié sa vie de femme. Evidemment qu’elle ne regrettait rien mais son fils souffrait et aucune mère n’est assez robuste pour surmonter la peine de sa progéniture. Aucune maman n’est indifférente à ces tourments-là. On ne met pas au monde des enfants pour les regarder se détruire à petit feu. Abattue, en larmes, elle ressuscitait les images de Romain bébé, ses grands sourires, ses nombreuses dents cassées, et ses premiers « maman, je t’aime. » C’est à cet instant qu’il revint pour se jeter dans les bras de sa mère. Démasqué, rincé, puant l’alcool et transpirant le mal-être, il n’émit qu’une phrase : – Maman, aide-moi. Assise devant mon café, je ne tenais plus. Bouche bée devant mon spéculoos, je réalisais alors le traumatisme qu’elle vivait et celui que Romain devait traverser. Moi, qui me taisais depuis de nombreuses minutes en écoutant ce récit qui me rongeait le ventre à en crever. Moi, qui détestais imaginer ce frère brisé au point de se détruire avec des litres d’alcool, je brûlais de questions et de remords. Pourquoi ce jumeau que j’ai tant adulé ne m’a-t-il jamais téléphonée ? Comment une cousine prétendant être proche de celui qu’elle nomme « mon frère » ne peut-elle rien voir ? Étais-je égoïste ? Avais-je des œillères ? – Non, scinda Joëlle. C’est la honte qui a poussé Romain à se taire. Penses-tu vraiment qu’il soit simple d’assumer cette dépendance ? Tu crois vraiment que l’on crie sur tous les toits ce genre de problème ? Elle est si difficile à assumer, comment veux-tu qu’elle soit simple à révéler ? Tu serais surprise par le nombre de personnes atteintes de cette maladie. Tu n’as rien vu parce que Romain ne voulait pas que tu vois. Tu n’as rien su parce que Romain craignait que tu saches, ajouta-t-elle excédée et à bout. Romain rejoignit le groupe que Joëlle avait rencontré. Ensemble, ils apprirent à parler de cette souffrance. Il promit de ne plus boire mais rechuta. Touché par cette addiction qu’il vit enfin comme une drogue, Romain réalisa que les associations ne suffiraient nullement. Il voulait vaincre ses maux mais son cerveau ne l’écoutait jamais, commandant sans cesse à boire. Dans les rares instants où la raison prenait l’avantage sur la maladie, Romain rêvait de revanche. Il y croyait. Il aimait suffisamment la vie pour la vivre et non la bousiller. Il décida d’entamer une cure dans un centre spécialisé. Joëlle invoqua alors la seconde raison de sa présence. Elle avait un service à me demander. Elle hésita, ne sachant comment aborder sa requête, elle contourna le sujet en m’expliquant que Romain serait injoignable le temps de sa cure. Ces soins nécessitaient un isolement total, on privait les malades de leur téléphone et de
tout contact extérieur. Elle appréhendait cette séparation et plus que tout, elle appréhendait son retour. Comment allait-il géré son addiction dès sa rentrée ? Ses monstres entêtants allaient-ils à nouveau le ronger ? Elle ne savait à quoi s’attendre. Joëlle avait besoin de moi et me sollicitait pour un souhait inattendu et particulier. Elle voulait que j’écrive un livre pour lui. – Un livre ? ai-je alors demandé avec étonnement. Oui, un livre, a-t-elle confirmé avec assurance. J’aimerais réellement que tu écrives un livre pour lui. Un livre sur vous, un livre qui parlerait de votre enfance, de la famille et de tous ces instants magiques qui ont égayé votre vie. Certes, vous avez vieilli mais cette enfance lui manque. Les réunions de famille lui manquent. Je sais qu’en te lisant, il revivra ces instants et découvrira des pensées qui le distrairont et le rassureront. – Tu comprends, me supplia-t-elle, te lire permettrait à Romain de combler le vide qui réside en lui, celui qui le plonge sans retenue dans la dépendance. En sortant, je l’imagine déjà perdu, ne sachant comment lutter contre ses démons. Cette pensée m’est insupportable parce que je veux que mon fils prenne un nouveau chemin, parsemé d’optimisme et de joie de vivre. Je veux qu’il se sente pétillant, prêt à relever des montagnes. Toi seule, peux contribuer à cela. Tes mots sont assez puissants pour le motiver à aller de l’avant. Ramène-le à nous ce Romain avec lequel tu as grandi. Rappelle-lui ce qu’il était : un enfant plein de gaieté. Un enfant qu’il est capable de redevenir. J’en avais le souffle coupé. Je voyageais dans une conversation délirante, encaissant des aveux cauchemardesques, recevant des demandes troublantes qui me faisait pleurer à outrance et me blessait comme si ma vie en dépendait. Que fallait-il répondre ? Il est vrai que j’écris de temps en temps. Il m’est arrivé de me confier en passant par cet exercice mais je ne suis pas un écrivain. Suis-je capable de paraphraser des passages entiers ? Écrire un livre est pour moi un travail bien prétentieux. Mais peut-on refuser ? Avais-je envie de m’opposer à cette demande ? Au fond n’avais-je pas également besoin de ces retrouvailles ? La trouille est-elle une excuse recevable ? – Tu aimes écrire, c’est indéniable, ajouta Joëlle. Épaule-le, guide-le, puise dans ta mémoire ce qui te touche le plus. Si ces pages pouvaient devenir son livre de chevet, je reste persuadée que cela l’aiderait. Dès qu’il se sentirait flancher, il parcourrait ces souvenirs et grâce à eux, il résisterait. Cette enfance que je porte et balade comme une boîte à trésor, ce manège enchanté que j’ai aimé parcourir en photos, tout cela n’est-il pas finalement rude à rouvrir ? N’ai-je pas peur de retrouver ces anciens disparus qui m’ont divertie avant de rejoindre l’au-delà ? Sûrement car j’ai beau être une adulte, mes PLAYMOBIL me manquent régulièrement. Joëlle a tenté de me rassurer mais cette tâche que j’allais accomplir me réservait bien des surprises, je le savais. Ce livre que Joëlle réclamait, m’inonderait de nostalgie. Elle m’a rappelé ces photos de famille que je collectionnais et ces heures de VHS que je n’arrivais jamais à quitter. Pour la première fois, j’allais ouvrir mon cœur et c’était pour narrer, sans aucun doute, la plus belle des histoires. Oui, cette enfance avec son fils était la période la plus tendre de ma vie. La seule incontestablement sur laquelle je sois capable de me concentrer. La seule pour laquelle je suis susceptible de m’émouvoir à chaque mot posé sur un cahier. Ensemble, nous avons vécu comme dans la célèbre série de livres de la collection Martine sauf que nous étions deux : Mad et Romain font du vélo. Mad et Romain vont à la plage. Mad et Romain fêtent Noël. Finalement Joëlle n’avait-elle pas raison ? Notre enfance ne couvrirait-elle pas autant de pages qu’un couple ayant partagé de nombreuses années de mariage, comme le pensait Françoise Sagan ? Il ne restait qu’à rembobiner mes cassettes, sortir ma plume et mes mouchoirs. Elle précisa qu’aucun membre de la famille n’avait entendu parler de l’addiction de Romain. Même pas son père. Tu es la seule, avoua-t-elle mais je suis venue à toi sans la permission de Romain. S’il te plait, souligna-t-elle, peux-tu taire ce que tu vas accomplir ?
Ce livre était donc un cadeau : celui d’une sœur qui ne devrait jamais juger l’addiction de son frère.
Elle me quitta sur ces mots. Elle se leva, vint vers moi, me dit au revoir, et durant cette dernière étreinte, je sentis son cri, ses attentes, son appel au secours. Un peu comme si Joëlle avait misé tous ses espoirs en moi. La couleur regagna ses joues, les pleurs aussi. Elle me serra contre elle et avant de se retourner, elle me donna un bout de papier sur lequel elle avait griffonné ceci :
« Vos caisses de jouets sont au grenier mais un jour, ce sont vos enfants qui iront les chercher. J’espère sincèrement que ce jour-là, la famille sera présente pour les regarder jouer. Le temps et la distance vous ont séparés mais crois-moi, la clé de votre bonheur repose sur ce passé ensoleillé. C’est en pensant à lui que vous avez toujours eu envie de sourire. Alors votre force à tous les deux doit provenir de cette histoire qui vous a rassemblés. Je sais que tu es capable de l’aider. Bon courage ma grande. »
Et Joëlle s’en alla.
Partie 1
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