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Récits d'enfance et contes

De
186 pages
"Simon lui-même écoutait avec intérêt ses propres histoires, et même si, pour de vrai, il n'avait pas de maison en fer et qu'il n'était pas tsar pour les loups la nuit, en réalité, il était content de ses affabulations. La bouche ouverte, oubliant de cligner des yeux, les frères regardaient Simon comme un homme supérieur et terrible." Tels les petits frères de Simon, les lecteurs se laissent entraîner par ces contes de la vie d'Andreï Platonov et sillonnent avec lui sa "Patrie de l'enfance", étrangement familière.
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AndreïPlatonov
Ré c it sd’e n f a nc e e tc o nt e s
Traduction de Carole Hardouin-Thouard Préface d’Alexeï Ovtcharenko
Récits d’enfance et contes
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02804-0 EAN : 9782343028040
Andréï Platonov Récits d’enfance et contesTraduction Carole Hardouin-Thouard Préface d’Alexeï Ovtcharenko
Préface Les herbes hautes de l’enfance  «Platonov est né en 1899 et mort en 1951 d’une tuber-culose contractée par son fils dont il obtint la libération de prison après de longs efforts, juste pour que celui-ci meure dans ses bras» écrit Joseph Brodsky, lauréat du Prix Nobel en 1987 et l’un des écrivains russesles plus géniaux du XXème siècle.  AndréPlatonovitch Klimentov ayant pris, en sou-venir de son père Platon, le pseudonyme littéraire de « Platonov »naquit un an avant l’entrée tragique dans le vingtième siècle qui vit changer à jamais le destin de la Russie; il disparut deux ans avant la mort de Staline. 1899-1951: dans ce petit tiret entre deux dates est contenu le destin de l’homme russe ayant vécu des années de bouleversements gigan-tesques :l’effondrement de l’ancienne culture et de l’ancien monde et la naissance sanglante et doulou-reuse d’un nouveau monde, d’une nouvelle culture, d’une nouvelle littérature, d’une nouvelle langue. Dans la vie de Platonov est contenu tout ce que 7
l’ensemble du peuple russe dut endurer: la révolu-tion, la terrible guerre civile, la famine, la ruine, l’espoir de la renaissance de la Russie et la faillite de cette espérance, les tentatives par son œuvre, sa Pa-role de participer au travail créateur commun, la cri-tique destructrice et le silence forcé, l’horreur de la terreur stalinienne ( il mourut peu après la libération de son fils Platon Platonov), la Grande Guerre contre le fascisme à laquelle il participa en tant que corres-pondant de guerre, la destruction des illusions quant à une vie nouvelle plus libre, une existence quasi in-digente, une mort précoce et l’oubli pour de longues années.
 AndréPlatonov avait dix-huit ans l’année de la révolution. Il suivit de pair avec sa nation le chemin de la nouvelle intelligentsia « authentiquement » po-pulaire, du nouvel écrivain russe s’efforçant de cons-truire avec tous le nouveau monde, l’« avenirra-dieux ».Le parcours d’une famille ouvrière nom-breuse (11 enfants) vers la littérature sera typique pour de nombreux écrivains soviétiques. De Plato-nov, nous pouvons dire à juste titre qu’il est un écri-vain prolétaire dans l’esprit et de par ses origines.
 Platonovest notre camarade. Rappelons-nous jus-tement de cette vieille formule oubliée; c’est ainsi
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qu’en Russie les gens s’adressaient les uns aux autres, unis dans une tâche commune, des parte-naires (soyouzniki). Platonov est sans aucun doute le plus «prolétaire »de tous les écrivains post-révolution :Il écrivait tout en continuant à travailler comme bonificateur, ingénieur, électricien, statisti-cien, etc. parce qu’il considérait que le temps consa-cré à la nation ne devait pastravailen un« consister contemplatif : la littérature». Il fut simple ouvrier dans l’énorme armée de ceux qui partirent construire le nouveau monde sur les ruines de l’ancien. Cepen-dant, on ne trouve dans sa prose aucun mot sur l’incendie mondial et sur la révolution universelle: Sa prose parle en elle-même du peuple russe, dans une langue incorrecte détruisant toutes les règles grammaticales, la langue dans laquelle vivait et tra-vaillait Platonov et qui est aussi un personnage de ses livres. Dans l’article «Pouchkine et Gorki», Pla-tonov écrit:politique, la poésie, la joie et le grand« La malheur se trouve dans le peuple lui-même». On pour-rait penser qu’il s’agit seulement de la langue de sa prose, mais dans ses journaux, ses carnets, y compris dans ses lettres, la langue est la même : ainsi pensait, écrivait et parlait Platonov et ce n’est pas un hasard si dans la marge de ses manuscrits, on peut souvent voir, en réponse aux corrections de la rédaction, ces
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