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Une écriture hardie qui croise érudition, érotisme et humour, le récit ricoche entre profondeurs sombres et lumière irisée. Une femme, d'abandons en renaissance, s'ouvre à la littérature et la vie. Fragments erratiques, son temps comme son corps sont la proie des autres jusqu'au "redémarrage" qui la fait advenir auteure de sa propre existence.
Publié le : mardi 1 décembre 2009
Lecture(s) : 279
EAN13 : 9782296688773
Nombre de pages : 150
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RESET

Du même auteur

Poèmes & Slam, L’Harmattan,2007

CarolineBarbier-Beltz

RESET

Collection«Écritures»
dirigéeparDanielCohen

L’Harmattan

À Bernard Lamarche-Vadel

asouris s’aventure brusquement sur
lesablejusL
qu’àlalimite del’eau, bonditdans le ciel
;immobile; puis s’enfonce ànouveaudans l’ombre des
cocotiers.
Démarrer. Arrêter.
Jeregrette chaquejour sansfaillel’achatde
cettenouvellemachine.J’ai faim ou un peufroid.Je
sais quele choixdetravailleràlamaisonest une
erreur.C’est uneliberté desouris.
Vous pouvez maintenant arrêter votre
ordinateur en toute sécurité.
L’annoncepassesur l’écranàlalimite dela
préhension rétinienne inutilepuisquel’arrêtde cette
générationd’ordinateurs s’estaffranchi
detoutemanipulation.
Autrefois, il yapresqueun mois,lemessage
chaleureux s’invitaitcalmement.Plus qu’unavis,
audelà ducompliment ; une bénédiction.
Jepressaisamplement le commutateurdela
tour ; unesorte depont-levis ;en toutesécurité.

Lanuit vientd’enjamber lejouretcette heuretoujours
sombrenem’est pas malveillante.

8

CAROLINEBARBIER-BELTZ

quet.

J’aiun peufaimetfroid.
Jepasse devant la grande cagevide du
perro

Levétérinaire avaitengouffrésesdoutes,quelques
gestesinutileset toutesonimpuissance danscettemort
quis’avançait sans raison.Lestress ;
unepeurdéstructurantejusqu’au néant luisemblait laseule explication.
Enétait-ce bien une?
Car plus présentequemon oiseaubavard et
tendre, bien plus présente, cette causequi avait tué
Jeudirôdaithorsd’atteinte.

Je faischaufferdu laitet jepréparemonchocolatà
petitsgestes soigneux.
Demain jerépondrai aucourrierde ce
MonsieurFélixArnaudet.Il sembleque cepuisse êtreune
propositionintéressante.
Jeredoutel’escalier.J’aurais
préféréunemaisondeplain-pied.Jepasse devant la chambre de
Christophe.
Jenesais plus si c’est luiou moiquiretarde
toujours la défragmentation.

RESET9

ncaptivité,leperroquetgrisduGabonaune
E
espérance devie desoixante-dixans.Le cheval
trente,le chien quinze.Cecirevientà
direquel’adoptiond’un perroquet pose d’embléeleproblème de
votrepropremort.
Jen’avaisdoncjamaisenvisagélamortde
Jeudi.Dans son œilgris, dans samémoire claire,
j’avaiscapitaliséquelquesintérêts plus quejene
contemplais monau-delà.Cetespoir menu, cepetit recel
demoi-mêmen’avaitaucun relais.
Leregard brouillé de Christophe communique
probablementavecuncerveaudont l’étatdeson sac
desport meparaît lamétaphorelaplus juste.
Nonc’estfaux.
Jen’aijamais, fut-ceuninstant,préféréun
perroquetàmonfils.

Lamortest une grande croqueuse de bourgeons.
Et nousétionsensemble dansce cortègequi
allaitdel’église,où tousentrèrent pour lapremière
fois, aucimetièreoù tous pleuraient pour lapremière
foisdeuxenfants morts un samedisur laroute dubal
desangesauxailesde bois.

10

CAROLINEBARBIER-BELTZ

[
Madame,
J’ai jeté dans cet apprentissage des fonctions du
courrier électronique mes dernières forces
informatiques.C’est pourquoi je viens vers vous par ce moyen
solliciter votre aide.C’est cet excellent Martineau, un
vieux camarade, qui m’a recommandé vos services.
Voici l’objet : un long compagnonnage m’attache à notre
grand Péguy dont, tout au long de ma vie, j’ai
immodérément médité et modestement commenté l’œuvre. Me
voici au soir, tard, faisant mes affaires et désireux de
mettre de l’ordre dans ces notes. Pensez-vous avoir du
goût pour cette toilette d’un mort encore sur pied ? Je
vous offre, Madame, l’expression de mes sentiments
respectueux.
FélixArnaudet

\

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11

a durée deviemoyenneoucequ’ilconvient
pluL
tôtd’appeler, àpartirdes tablesdu moment,
l’espérance devie,soitàlanaissance,soitàtoutautre
âge, est lenombre d’annéesdeviequiresteraità
chacundes survivants silenombre desannées qu’ils ont
encore àvivre à eux tousétaitégalement partagé
entre eux ; ouencore, cequirevientau même,la
duréemoyenneobtenue en répartissantégalemententre
les survivantsdu même
âgelenombretotaldesannées qu’ils ontàvivre à eux tous»(Démographie,
Encyclopædia Universalis)
Je doisconveniràregret que eux tousexcluent
les perroquets, bien que,mathématiquement,une
année deperroquet,voiremêmeune année deverde
terre,soitexactementégale à celle de MonsieurFélix
Arnaudet.
Quelâgepeut-ilavoir ?Soixante-dix ?Plusde
soixante-seize ans ?Etcomment
représenterceporteà-fauxau-dessusdelamort ?Plus quel’espérance.
Au-delà de cettelimite, àquiprofitentcesannées ?à
quisont-elles prises ?

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CAROLINEBARBIER-BELTZ

[
Monsieur,
Jevous remercie devotre confiance etaccepte
avecjoie de collaboreràvotreprojet.Bien
quemaqualification nesoit pasexactementcelle d’une
documentaliste,je croiscependant pouvoir vousêtreutilepar une
bonne connaissance des logicielsd’éditionassociée à
une formation littéraire dontMonsieurMartineau vous
auraparlé.
Jevous prie d’agréer, Monsieur,l’expressionde
mes meilleures salutations.
Catherine Duffour
\

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l’homme etàla femmeliés par la harde,le Sei
À
gneurdit: Et le chien,votre
compagnon,jeleretirerai deparmivous,pilonnant votrevie avecses
morts.Jemultiplieraipar sept les souffrancesdudeuil
jusqu’à cequevous retourniezau sol».

Verset apocryphe de laGenèsede mon cru.

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CAROLINEBARBIER-BELTZ

arobe de chambre baveuse,le cheveuautonome,
L
j’avance au rasdu sol.
Chaquejour quej’extraisdelatourbe des
matins me coûteun travailharassant.Une fois sec,le
tempsdevient plus légeret verscinqheures,jepeux
même, assez
souvent,mesentirconfortablementinstallée dans mapeau.
Péguy, Claudel,je doisconfondrelescalottes
et les képis.
JevaischercherPéguyCharles.

Qu’ilestétrangelepouvoird’uncœur pur! Comme il
semble complexe !

« Engagévolontairelorsdelapremière
guerremondiale,lelieutenantPéguy mouruthéroïquement la
veille dela bataille dela Marne àlatête desa
compagnie, deboutface àl’ennemi, frappé d’une balle en
pleinfront.»(www.eleves.ens.fr.)
Exactementcomme Jeanne d’Arc.

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a couverture d’un
recueilPoésie/GallimardmonL
treun visagemagnifique.Le cadrageraccourcit le
front trophaut (j’aivucettephoto sur l’écran toutà
l’heure)etconcentreleregard.
La cible delamortdisparaîtau profitdes yeux
relevés ; non pasextatiques,tenduset tournés vers
l’intérieur.

J’ai fait unepetite botte, comme del’herbe à
notesbiographiquesetdetextes.J’ai fourré
sitesdans mesfavoris.

lapin, de
quelques

En vrac, çaparle de bergères, de baisers sur le front
desdimanches, d’unbûcheron rudementbon, des
guirlandesdelaprocession, dudoublerecrutement
des saintsetdela Lorraine.
Ças’enfourchesans manière etça avancetout
seul.On seretrouveplus loin qu’onaurait voulu.
Ou lala.

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